Un tout petit trip comme au bon vieux temps, ça fait toujours du bien, non?

...


En attendant, il téléphona à Sam dès son retour dans l'Impala pour le prévenir qu'il allait avoir besoin de lui. Il aurait bien aimé demander à Bobby de l'aide pour trouver des objets dans le bunker, mais tant que le sort n'était pas au point, mieux valait se concentrer sur sa rédaction.

Sam accepta avec enthousiasme un petit road trip à l'ancienne, ce qui laissa penser à Dean que le couple de son frère n'avait pas encore trouvé son équilibre finalement. Mais après tout, il n'avait de leçon à donner à personne, compte tenu de ses échecs passés et de sa situation actuelle. Restait à savoir si ça le dissuaderait de charrier Sam là-dessus… Probablement que non d'ailleurs, c'est fait pour ça un frangin après tout.

Durant le voyage du retour, Dean peinait à se concentrer, ses pensées papillonnant sans cesse d'un sujet à l'autre, revivant aussi bien les derniers évènements que de vieux souvenirs avec Sam, voir avec son père. La seule constante de ce tourbillon était le temps, perdu, passé, gagné ou à rallonge. Cette idée finit par l'obséder, il y avait quelque chose dans ce chaos qui cherchait à émerger.

En arrivant au Fort, il prit tout juste le temps d'embrasser sa fille avant de prendre Bobby à part et de téléphoner à Sam pour qu'ils puissent discuter tous les trois.

- "Sam ? J'ai eu une idée en cours de route pour votre sort, Bobby est là aussi et je voudrais savoir si vous pensez que c'est faisable." Dit Dean à peine la communication établie.

- "Une idée ? Raconte." Dit Sam d'un ton un peu trop dubitatif au goût de Dean.

- "Vous avez dit qu'un des problèmes, c'est qu'on ne sait pas ce qu'on pourra ramener de Cass, et donc, il risque de ne pas avoir de vaisseau, et on ne sait pas si dans son état, il pourra s'en passer, vrai ?

- Oui, on pense que sa grâce sera épuisée par la réunion des trois pièces et on craint qu'il ne soit pas capable de garder sa forme naturelle en étant mort dans son vaisseau.

- Et si on lui faisait remonter le temps ?" dit enfin Dean.

- "Quoi !" s'écrièrent Sam et Bobby ensemble

- "Les hommes de lettres savaient le faire, Henry nous l'a prouvé. Donc, il faudrait récupérer son corps au moment de sa mort, pour pouvoir le remettre dedans et le soigner. C'est faisable ça ?

- C'est…" commença Sam.

- "C'est une sacrément bonne idée, il faut que j'y réfléchisse." Dit Bobby.

- "Heu… ok, on va regarder si c'est réalisable alors… mais ça risque d'être fichtrement compliqué." Dit Sam, encore surpris.

- "On est plus à ça prêt." Conclut Dean, fier de lui.

Quelques jours plus tard, Sam le rejoignait pour leur road trip en vue d'obtenir ce qu'il leur fallait pour acheter les produits indispensables à leur tentative. Ils partirent d'abord presque à l'autre bout du pays, un corps avait été retrouvé, la cage thoracique ouverte et le cœur manquant, ce qui, espéraient-ils, était un signe qu'ils pourraient ramener des griffes de loup-garou rapidement. D'autant que le cycle lunaire correspondait.

De fait, c'était bien un loup-garou qui avait fait le coup. Malheureusement, il n'était pas exactement seul. Sam et Dean durent éliminer toute la meute, soit une jolie famille de sept personnes. Mais malgré les risques et les blessures récoltés, ils étaient étonnement heureux de se retrouver là, tous les deux, pour une chasse à l'ancienne. Un boulot qu'ils savaient faire, pour lequel ils étaient doués et qui ne mettait en danger qu'eux même, c'était presque des vacances.

- "Bon sang, je ne pensais pas que ça me manquait autant !" Dit Dean en déposant la boîte contenant les griffes dans le coffre de l'Impala.

- "Quoi ? Se faire assommer ou manquer de se faire tuer par arrachement du cœur ?" demanda Sam, moqueur.

- "La chasse. Nous d'un côté, les méchants de l'autre, les gens à sauver…

- Je ne le croirais pas si je ne le vivais pas mais ça me manquait à moi aussi." Avoua Sam avec un brin de nostalgie.

- "Malgré tes nouvelles cicatrices ?" Demanda Dean en désignant la chemise déchirée et le torse ensanglanté de son frère.

- "Ça, je m'en passerais. La prochaine fois, c'est toi qui fera l'appât ok.

- Hey ! pour une fois que je gagne à papier cailloux ciseaux !

- Je me demande encore bien comment ça se fait d'ailleurs." Grogna Sam, l'air faussement indigné.

- "Tu te ramollis mon vieux, c'est sûrement ça.

- Dans tes rêves. Bon, et si on retournait au motel avant que quelqu'un n'appelle la police, ou une ambulance vu la quantité de sang qui nous recouvre.

- Sûr qu'une douche, une bière et un cheeseburger ne seraient pas de refus, dans cet ordre." Dit Dean en lançant le moteur.

Quand ils revinrent au Fort, ayant engrangé des dents de vampires croisés sur un coup de chance en plus des griffes de loup-garou, les recherches de Bobby et Frances sur le sort avaient bien avancées. Grâce à la documentation des hommes des lettres, ils avaient pu remettre la main sur les bases permettant le voyage dans le temps, et même s'il restait encore beaucoup de détails à régler, le travail avançait bien.

Par contre, la liste des ingrédients s'allongeait, et certains seraient sans doute aussi difficiles à trouver que la plume. Ils décidèrent donc de faire un saut au bunker, histoire de dénicher quelques objets précieux à soumettre à Ian.

Sam ne souhaitant pas s'éloigner plus longtemps que nécessaire de Laureen, c'est Dean qui fit plusieurs fois le voyage jusqu'au magasin d'Ian. Chaque rencontre commençait par cette étrange sensation de creux dans l'estomac, mais plus les deux hommes faisaient affaire, plus un sentiment de sympathie, voire d'amitié se développait entre eux. Se souvenant des mauvaises expériences vécues avec Bella, Dean passait au crible chacune de leurs transactions, mais Ian semblait sincèrement prêt à les aider. Il leur fournit à plusieurs reprise des informations sur l'endroit où trouver certains monstres pour augmenter leur capital et gardait apparemment une marge très raisonnable sur les artefacts venant des hommes de lettre.

Mais surtout, malgré le chaos qui régnait dans le magasin, et l'ordre un peu trop méticuleux de l'appartement, Dean se sentait bien là-bas. Il revenait toujours l'esprit bouillonnant d'idées et avec un regain de motivation.

Enfin, après un peu plus d'un mois, Frances et Bobby estimèrent avoir résolu les problèmes à leur satisfaction, et jugèrent qu'ils pouvaient tenter de lancer leur sort tout neuf, pour autant qu'ils aient tous les ingrédients. Un dernier passage chez Ian, avec un poignard Maya utilisé par les prêtres de l'époque contre une sorte de jaguar-garou, permit à Dean de réunir la somme demandée. Et Ian put négocier avec ses clients les échanges nécessaires.

Emily n'étant pas en état, et Laureen ne souhaitant plus se retrouver mêlée à tout ça, c'est Frances qui fit le voyage pour leur offrir son concours en tant que sorcière. Elle passa la nuit en arrivant chez Laureen, puis pris la route avec Sam, après avoir eu une longue conversation avec sa nièce sur les responsabilités que leurs pouvoirs les obligeaient à prendre, et les options possibles pour trouver une sorte d'équilibre là-dedans.

Elle passa ensuite le voyage à parler avec Sam, lui racontant l'enfance de Laureen, entre un père « moldu » et une mère partie trop tôt, victime d'un accident de voiture quand sa fille n'avait que neuf ans. La petite avait du coup été plus ou moins élevée par Frances et Maggie. Mais elle était sortie de ce traumatisme avec une peur frisant l'irrationnel de perdre les gens qu'elle aimait, même si elle avait appris à le cacher. Ce qui expliquait certaines de ses réactions. Sam fut surpris de ne rien savoir de tout ça, il n'avait pas caché à Laureen les difficultés de son enfance et fut un peu blessé qu'elle ne lui ait pas fait suffisamment confiance pour lui confier les siennes. Mais d'après sa tante, la carapace solide qu'elle avait dû se forger très tôt était ce qui lui permettait de tenir, et il fallait beaucoup de temps avant que Laureen ne laisse qui que ce soit voir derrière l'image parfaite qu'elle avait créée pour se protéger.

Sam appréciait beaucoup Frances et il eut du plaisir à discuter ainsi avec elle. Elle était surprise par l'éducation quasi militaire que John avait donnée à ses fils et adorait écouter le récit des aventures des deux frères, qu'elle commentait avec finesse et humour, ayant parfaitement compris la relation un peu fusionnelle entre les deux Winchester, avec tout ce que ça comportait comme avantages et inconvénients.

Mais de fait, Sam n'était pas le seul à apprécier le mélange de hauteur et d'humour terre-à-terre à l'anglaise. Quand ils arrivèrent au manoir, c'est un Bobby douché et peigné de frais, à la barbe raisonnablement entretenue pour une fois, qui vint leur ouvrir. Le coup d'œil moqueur que lui adressa Sam le fit presque rougir, à moins que le grand sourire de Frances en le voyant et l'accolade chaleureuse qu'elle lui accorda n'y soient pour quelque chose.

Ils passèrent le reste de la journée à jouer avec Kate, qui semblait rattraper le temps perdu chez les ravisseurs dans le développement de son langage. Elle babillait depuis deux semaines à un tel point que même son père perdait parfois un peu patience devant ce bavardage (souvent peu intelligible quand même) incessant.

Frances prit également le temps de monter voir Emily. Celle-ci restait la plupart du temps dans sa chambre. Regardant par la fenêtre, elle passait de longues heures à ne rien faire d'après Dean. Et ne répondait aux sollicitations ou aux questions que de manière neutre. Il fallait aussi lui rappeler de manger et de s'occuper d'elle-même, comme si ce genre d'activités ne la concernait pas vraiment. Et elle avait certes repris un peu de poids depuis l'épisode de la guérison miraculeuse, mais aux yeux de sa tante, qui l'avait vue pour la dernière fois lors de la bataille au paradis, elle paraissait presque transparente. Visiblement, l'espèce de fusion avec la part de grâce fichée en elle la rongeait comme un cancer.

Le lendemain, Dean devait repartir voir Ian pour récupérer le résultat de ses négociations quand quelqu'un sonna à la grille. Le receleur avait apparemment décidé qu'une livraison à domicile s'imposait, et patientait sagement dans sa berline de luxe devant l'entrée.

Dean hésita une minute, après tout, il n'avait pas demandé à ce que Ian lui amène directement la marchandise et surtout, il n'avait jamais donné d'adresse, donc, comment savait-il où les trouver ? Mais peut-être y avait-il eu un problème. Et puis, il ne pouvait décemment pas le laisser devant la grille comme ça. Il appuya donc sur le bouton de l'interphone et l'invita à entrer.

Kate, qui jouait tranquillement dans le salon, se précipita vers son père quand elle entendit le carillon de la porte. Quand Ian entra, elle réalisa que c'était un inconnu et se réfugia immédiatement derrière les jambes de Dean pour se cacher. Depuis son enlèvement, elle supportait mal les nouvelles têtes.

- "Ian… On ne devait pas se retrouver ce soir au magasin ?" Dit Dean, un peu méfiant quand même, surtout en présence de Kate.

- "Effectivement, mais comme mon trajet me menait de toute façon à passer pas très loin d'ici, je me suis dit que puisque c'était pressé, je pouvais t'épargner un trajet.

- C'est gentil mais comment…

- Comment je savais où vous trouver ? Je te l'ai dit, l'information est une monnaie, et je suis assez riche pour me la procurer quand j'en ai besoin. Et n'oublie pas que la famille d'Emily vit ici depuis très longtemps. ça laisse des traces… Tout comme votre petite sauterie lors de la bataille du paradis…"

Forcément, avec plus de 40 chasseurs réunis à l'hôtel, certains avaient parlés. Et plusieurs d'entre eux connaissaient Emily avant ça. Dean se permit de se détendre un peu.

- "Mais ma parole, qui avons-nous là ?" Dit alors Ian en se penchant un peu, regardant Kate qui glissait un œil depuis l'abri des genoux de son père.

Dean se pencha et la sortant de là, pris la petite dans ses bras pour la rassurer.

- "C'est ma fille, Kate, elle est un peu timide avec les gens qu'elle ne connaît pas."

L'enfant et le vendeur échangèrent un regard, mais presque immédiatement, l'enfant se cacha la figure contre l'épaule de son père, en tremblant un peu.

- "Je vais aller la confier à son grand-père et nous pourrons parler affaire. Installe-toi au salon, je reviens." Dit le chasseur.

Ian acquiesça sans un mot, et Dean descendit au labo où il trouva, sans surprise, Bobby et Frances plongés en plein travail. Il leur laissa Kate, leur dit d'attendre qu'il vienne la rechercher, et remonta prendre possession des derniers composants nécessaire à leur tentative de libérer à la fois Castiel et Emily.

- "Charmante maison que vous avez là." Lui dit Ian alors qu'il franchissait le seuil du salon.

- "Elle vaut mieux que tous les motels miteux dans lesquels j'ai trop souvent dormi, c'est sûr." Dit Dean, sans s'avancer trop.

- "Bien, passons aux choses sérieuses." Dit Ian, levant son attaché-case. "J'ai ici tout ce que tu m'as demandé, surtout et y compris la plume-nom.

- Des problèmes durant la négociation ?" Demanda Dean en remarquant une longue griffure dans le cuir de la mallette.

Ian avait suivi son regard et haussa les épaules.

- "Rien d'inhabituel, certains pensent que faire une démonstration de leur capacité à me décapiter sans sourciller permet de lancer la discussion. Que veux-tu, les bonnes manières se perdent." Dit-il en sortant de ladite mallette plusieurs paquets soigneusement enveloppés.

- "Et moi qui pensais qu'être vendeur était un job tranquille.

- Disons que dans mon domaine, ça demande de bons réflexes en plus d'un bon sens de la répartie." Répondit Ian avec un sourire.

- "Et pour le prix ?

- Pas de surprises non plus, j'ai pu négocier comme prévu. En fait, grâce à une petite plus-value sur le poignard, j'ai même pu économiser quelques griffes de loup-garou, mais il faut dire que vous en aviez collecté plus que prévu.

- Remercie les gens qui travaillent en famille pour ça.

- Du coup, je me suis permis de mettre cette "somme" sur un compte pour vous, au cas où vous auriez besoin d'autre chose à l'avenir.

- C'est gentil, mais tu aurais pu les garder, à titre de commission."

Ian le regarda pour savoir s'il plaisantait, mais devant l'air détendu et visiblement sérieux de Dean, il éclata de rire.

- "C'est très généreux, mais crois-moi, ma part a été soigneusement calculée dans toute cette affaire, et je ne me plaindrai de mes revenus qu'au fisc. Surtout, tu ne me le proposerais pas si tu connaissais le prix réel de ce genre d'objets sur le marché. Je n'ai jamais compris pourquoi tant de chasseurs vivent si mal alors que certaines choses qu'ils croisent presque quotidiennement s'arrachent à prix d'or."

Dean le regardait, abasourdis. Il repensa brièvement à ces années passées dans des hôtels miteux à falsifier des cartes de crédits. En même temps, Bella à l'époque l'avait déjà mentionné, et l'éthique extrêmement discutable de la plupart des clients lui revint en mémoire. Non, décidément, moins il y avait de gens qui jouaient avec le feu, mieux ça vaudrait.

- "Dans ce cas, merci de ton aide Ian, et merci pour la livraison. Tu te doutes que nous avons encore du pain sur la planche alors…

- Bien, je ne te retiens pas plus longtemps, j'espère que nous aurons la chance de refaire affaire ensemble à l'avenir.

- Ce serait avec plaisir. Dit Dean, sincère, en le raccompagnant à la porte.

Dès que la voiture eut franchi la grille, il redescendit au labo. Kate courut vers lui et se jeta dans ses bras.

- "Hey, doucement petite, qu'est-ce qu'il y a?" Demanda-t-il alors que sa fille le serrait de toutes ses forces.

- "Lui, j'aime pas!" Répondit Kate d'un ton définitif.

Un peu étonné par une réaction aussi tranchée, il la rassura un moment, mais ils avaient des affaires plus urgentes à régler qu'un caprice de petite fille.