Il est temps que la magie opère... et de voir si elle va fonctionner comme prévu.
Merci encore pour les encouragements, et merci d'apprécier Emily, ça me fait vraiment chaud au cœur. :)
...
- "Les ingrédients manquants sont sur la table du salon." Dit Dean. "Quand est-ce qu'on pourra pratiquer le sort maintenant qu'on a tout?"
Frances allait proposer d'attendre d'avoir dormi une bonne nuit, mais quelque chose dans le ton du jeune homme lui fit changer d'avis. Il était visiblement impatient de se débarrasser de son morceau de Castiel. Et de retrouver enfin, comme ils l'espéraient tous, à la foi l'ange et l'Emily qu'ils connaissaient bien.
- "Est-ce que Sam est arrivé?" Demanda-t-elle à la place.
- "Non, pas avant… deux heures normalement." Répondit Dean après avoir consulté sa montre.
- "Bien, on devrait avoir le temps de tout mettre en place, on commencera dès qu'il sera là dans ce cas.
- Pourquoi l'attendre, on a pas besoin de lui." Dit Dean.
- Si, pour la petite d'abord, et puis, on sera tous impliqués là-dedans, il nous faut quelqu'un capable de réagir en cas de problème, et il connaît le sort aussi bien que nous." Répondit Bobby
Heureusement que Kate était là, parce que les deux heures suivantes semblèrent s'étirer interminablement. Ils avaient finalement téléphoné à Sandy également, et elle leur promit de les rejoindre aussi vite que possible, au cas où il y aurait un problème médical.
Puis Dean monta avec Kate voir Emily, et la préparer pour l'amener dans la grange. Ils avaient bien sûr pensé lancer le sort au laboratoire, comme d'habitude, mais les protections anti-anges auraient pu interférer. Ils avaient donc décidé de protéger l'annexe plutôt que de retirer quoi que ce soit de la maison.
Il regarda la jeune femme pâle, le regard vide, qui se tenait légèrement avachie dans son fauteuil et eut comme toujours un pincement au cœur. Il aurait donné n'importe quoi pour qu'elle lui sourie comme avant, avec les yeux scintillants. Ou même qu'elle l'engueule parce qu'il allait faire quelque chose sans son accord, et voir son menton avancer dans une moue butée. Mais si tout fonctionnait comme prévu, bientôt, ce serait à nouveau le cas se dit-il pour se rassurer.
- "Emily ? Tout est presque prêt, on attend plus que Sam et on va enfin pouvoir retirer ce bout de grâce qui n'a rien à faire en nous et ramener Castiel."
Elle ne répondit pas mais tourna la tête vers lui, le regard toujours absent. Il aurait pu le dire que le repas était prêt, la réaction aurait été la même. Et comme chaque fois qu'il lui parlait, il se demanda s'il retrouverait un jour la femme qu'il aimait.
- "Je sais que tu es quelque part là au fond Emily. Je me souviens de ce que c'est que d'être prisonnier à l'intérieur de soi. Il faut que tu te battes tu m'entends ? Que tu nous aides de toutes tes forces à repousser ce qui n'est pas toi, pour toi, et pour Castiel." Dit encore Dean avec une sorte de ferveur en lui prenant la main.
Est-ce qu'il avait rêvé, trompé par son envie de la voir revenir vers eux, ou est-ce que quelque chose, un éclair de conscience avait traversé les grands yeux gris ?
Il fit lever Emily, avant de la guider vers la grange, où les autres les attendaient.
Sam arriva alors qu'ils traversaient le hall.
- "Pile à l'heure frangin." Dit l'ainée.
- "Tout est prêt ?" Demanda le cadet
- "On attendait plus que toi, Sandy est arrivée il y a dix minutes."
Enfin, après ces longues semaines de préparatifs, le moment était venu. Installés en triangle dans la grange, Dean, Bobby et Emily s'apprêtait à reformer des focales, inversées cette fois. Frances se tenait debout à côté d'eux pour mener le sort, Sam était en retrait, prêt à intervenir si quelque chose tournait mal. Kate était en sécurité avec Sandy, qui se rongeait les sangs pour eux tous, au Fort.
Frances avait dessiné le symbole nécessaire sur Emily qui était incapable de le faire, et les deux chasseurs achevaient de faire de même. Après un dernier regard pour s'assurer qu'ils n'avaient rien oublié, Frances lança l'invocation. Ils avaient rédigé le texte avec Bobby et elle en connaissait chaque nuance. Néanmoins, elle fut surprise de la puissance qu'elle sentit s'accumuler au centre du triangle, et un doute l'envahit. Les protections qui empêchaient la magie de "fuir" hors de la grange suffiraient-elles ? Ressusciter un ange, était-ce bien raisonnable ? Ils n'étaient qu'humains après tout.
Mais un regard sur sa nièce lui rappela les enjeux. Il n'y avait pas que le retour de Castiel qui les motivait à prendre ce risque.
Ils devaient reprendre le sort qui avait donné lieu à la liaison primaire dans l'ordre inverse, c'est donc Emily qui devait prononcer son mot de pouvoir en premier. Vu son état, c'était une des principales inquiétudes de toutes les personnes présentes. Serait-elle capable de le faire ?
Frances tissa patiemment la puissance pour lui donner la "forme" voulue, et arriva au moment où Emily devait intervenir. D'un regard, elle fit signe à Bobby, qui pressa doucement le genou de la jeune femme, toujours apathique. Il y eut un instant de flottement, et Dean sentit une goutte de sueur glacée couler le long de sa colonne. Si ça ne marchait pas, il n'était pas sûr qu'ils puissent un jour faire un autre essai.
Mais enfin, Emily se redressa légèrement, inspira plus profondément que d'habitude et cracha plus qu'elle ne dit le premier mot qui lançait cette partie de l'enchantement.
- "Vis Animus !"
Le son claqua dans le silence, l'air au centre du triangle trembla, et tous ressentirent une vague de chaleur les balayer.
Soulagé, Bobby pût poursuivre, et son "vis sophus" amena une brume laiteuse, venue de nulle part, dans la colonne d'air chaud.
Quand Dean prononça le "vis manus" qui devait le libérer de sa part de grâce et achever leur partie du sort, il eut l'impression qu'on lui arrachait les entrailles avec un fer chauffé à blanc. Incapable de bouger ou de hurler, il se crût de retour en enfer tant la sensation était atroce. Fort heureusement, elle ne dura pas et il vit devant lui la lumière virer au blanc pur.
Mais la grâce maintenant réunie était "brute" en quelque sorte. Manquant de cohérence, elle lançait des éclairs de lumière dans toutes les directions, et l'un d'eux, touchant une lampe posée plus loin, la fit exploser. Sam en évita un autre, peu désireux de découvrir l'effet que cela pouvait avoir sur lui.
Venait la partie la plus délicate du sort. Redonner une forme et une cohérence à Castiel, et couper enfin les liens entre lui et les trois focales, pour l'instant toujours immobilisées par l'interaction avec l'espèce d'ectoplasme de puissance qui pulsait entre eux.
Frances prit une grande inspiration et commença à déclamer la suite de l'enchantement. Elle sentait ses forces s'épuiser rapidement, drainées par la concentration nécessaire au maintien d'un flux de pouvoir régulier. En gros, elle avait l'impression de hurler des poèmes épiques, en équilibre instable sur un toit battu par la grêle en tenant une douzaine d'œufs dans ses mains. Mais elle tint bon, sachant qu'elle n'avait pas droit à l'erreur, et que d'une certaine manière, toute sa vie de sorcière avait été un entrainement pour la rendre capable de pratiquer une magie d'aussi haut niveau.
Et puis, comme pour l'encourager, à chaque syllabe prononcée, la brume semblait réagir, cessant de se disperser et se compactant petit à petit. Arrivée aux derniers vers, elle vit, ou plutôt sentit, aveuglée par la puissance du sort et l'épuisement, une forme se dessiner. Une forme humaine.
Enfin, dans une ultime exhortation, elle intima à la puissance de se soumettre à sa volonté et acheva le sort par un ordre sans appel. Avant de s'effondrer, évanouie.
Sam se précipita, appelant Sandy à grands cris, pour venir en aide aux cinq personnes écroulées sur le tapis de la grange. Il eut juste le temps de s'assurer que tous étaient vivants et respiraient avant que la sage-femme ne débarque en trombe. Elle s'arrêta un instant en voyant le spectacle, et eu un petit "oh" de surprise en voyant Castiel, nu comme au jour de sa naissance, couché au centre du cercle. Mais elle se reprit immédiatement quand Sam lui ordonna de s'occuper de Frances pendant qu'il tentait de réveiller Dean, Bobby et Emily.
Heureusement, les deux chasseurs reprirent conscience rapidement. Ils auraient sans doute besoin de plusieurs jours pour se remettre complètement, et Bobby ne cessait de gémir de douleur en se tenant la tête, mais ils étaient en vie, et ils étaient eux-mêmes, pour autant que Sam puisse en juger en si peu de temps. Il chargea Bobby et Sandy de ramener Frances à l'infirmerie, pendant que Dean s'occupait d'Emily, la soulevant avec précaution, comme s'il risquait de la casser. Enfin, Sam prit un drap sur un des lits voisins, enveloppa Cass avec et l'emporta lui aussi vers la maison. Le sort avait marché, l'inconnue était de savoir dans quel état seraient les trois dormeurs à leur réveil.
...
Emily ouvrit les yeux. Elle reconnut pour l'avoir détaillé si souvent le plafond de sa chambre. Elle se sentait… Vide. Comme si quelque chose d'important lui manquait. Une fatigue immense lui donnait l'impression de s'enfoncer dans le matelas, tant l'effort de bouger semblait insurmontable, et elle se demanda pourquoi elle s'était réveillée alors qu'elle avait tellement sommeil. Son ventre lui fournit la réponse en grognant bruyamment. Elle mourrait de faim. Et de soif. Elle rassembla ses forces pour remuer son bras, il fallait qu'elle se lève, qu'elle mange et boive quelque chose, alors elle pourrait enfin dormir.
Le mouvement, plus faible que prévu, lui arracha un petit gémissement. Bon sang, qu'est-ce qu'elle avait fait pour se mettre dans un état pareil. Alors qu'elle tentait de rassembler ses souvenirs, elle entendit quelqu'un l'appeler doucement.
- "Emily?
- Dean?"
Pas facile de parler avec la bouche aussi sèche. Elle bougea sa langue pour tenter d'activer la salivation.
- "Emily, comment tu te sens?" Demanda-t-il.
Pourquoi est-ce qu'il avait l'air inquiet comme ça? Et qu'est-ce qu'il faisait dans sa chambre d'ailleurs? Pourquoi elle qui n'était d'habitude jamais désorientée au réveil n'arrivait pas à se rappeler ce qu'il s'était passé?
- "Je crève de soif, t'aurais pas un verre d'eau?" Dit-elle presque en s'excusant, la voix rauque.
Le son qu'il fit, quelque part entre le rire et le sanglot lui fit trouver la force de tourner la tête. Et son regard plongea dans deux yeux verts, rendu brillants à la fois par les larmes et par le grand sourire qu'il arborait. Surprise, elle lui rendit son sourire, et vit le sien s'élargir encore un peu. Profitant de ces bonnes dispositions apparentes, elle ajouta d'un ton plaintif exagéré:
- "Et si t'avais un truc à manger avec… "
Il éclata de rire et se pencha vers elle pour déposer un baiser rapide sur son front.
- "Je t'amène ça tout de suite."
Et il sortit. En sifflotant.
Décidément, il se passait un truc pas net. Elle continua de fouiller de son mieux sa mémoire récalcitrante.
