CHAPITRE 1
Il était six heures comme tout les matins lorsque la cloche annonçant le réveil de tout l'orphelinat sonna. Je me levais péniblement du dur matelas sur lequel je passais mes nuits pour me dirigeais vers le miroir afin de dompter quelque peu ma crinière blonde. Alors que je tressais mes cheveux afin qu'ils ne me dérangent plus, une autre jeune fille vint se placer à côté de moi. Elle avait de longs cheveux rouges et de grands yeux marrons. C'est une jolie fille, qui aurait pu passer inaperçue puisque sa marque se trouve sur sa plante de pied gauche. Malheureusement pour elle, sa mère l'avait tout de suite remarquée à sa naissance et l'avait laissée ici sans jamais revenir la chercher. J'étais persuadée que cela avait causé chez elle un traumatisme qui faisait ce qu'elle est aujourd'hui. Elle s'est forgée une carapace pour ne pas souffrir, comme chacun d'entre nous ici. Mais au contraire de moi qui m'étais plutôt refermée sur moi-même, avec mes rêves, n'acceptant que quelques rares présences, elle était ouverte, surtout vers les garçons, qu'elle ramenait souvent dans la chambre quand je n'étais pas là, et parfois même quand j'étais là et qu'elle pensait que je dormais. C'est quelque chose que je préfère oublier, c'était pas très joli joli à voir. Cependant je pense que c'est cette différence qui fait de nous de simples colocataires de chambre au lieu d'amies. La seule personne que je considérais vraiment comme mon ami était Nathaniel, celui avec qui je passais chastement mes journées depuis toujours. Je m'empressais d'ailleurs d'aller le rejoindre à la cantine.
Nathaniel ... Nous avons grandi ensemble, depuis toujours nous sommes inséparables. Bien qu'opposés nous avons créé un lien impossible à rompre. Il est le calme, je suis la fougue, il est le réfléchi, je suis l'impulsivité. Et malgrè des hauts et des bas je ne peux nier que sans lui je ne serais rien.
Lorsque j'entra dans le réfectoire, je le vis assis seul à une table, son plateau devant lui. J'allais chercher le mien et le poser à sa table tandis que je lui faisais son bisou quotidien sur la joue. Mais je remarqua immédiatement que quelque chose n'allait pas quand il posq sa main sur la mienne certe comme tout les matins mais cette fois il ne la lâcha pas et au contraire la serra.
[i]"Quelque chose ne va pas Nath ? demandais-je, inquiète"[/i]
Il me lâcha la main et j'allais m'asseoir en face de lui. Il planta alors ses yeux bleus dans les miens et je pus y voir toute l'inquiètude.
[i]"-Je suis convoqué chez le responsable du service, il est venu me l'annoncer hier soir, avant le couvre-feu.
-Tu ne sais pas pourquoi ?
-Non pas du tout ... dit-il baissant les yeux.
-Mais tu n'as rien fait de mal ! Tu n'as pas à t'inquièter. Qui sait !? C'est peut être pour une bonne nouvelle ! essayais-je de détendre l'atmosphère.
-Si seulement ... baissa t-il à nouveau les yeux.
-Aller, viens là, dis-je en ouvrant les bras, tu as besoin d'un câlin réconfortant."[/i]
Il vint sans aucune hésitation dans mes bras. La peur le rongeait vraiment. Je lui chuchotais à l'oreille des mots pour le calmer, pour qu'il ne dramatise pas la situation. Je vis les regards moqueurs de certains se poser sur nous. Regards qui se baissaient très vite quand ils croisaient le mien, ils savaient de quoi j'étais capable.
Heureusement nous étions samedi et n'avions donc pas de cours. Après avoir mangé, nous nous sommes levés pour aller dans le parc ou plutôt le coin de verdure entourée par des murailles hautes de trois mètres minimum, afin d'attendre l'heure fatidique pour Nathaniel. J'essayais tant bien que mal de le détendre. Blagues, massages, j'avais tout essayé en vain,
rien ne me rendait mon Nathaniel de tous les jours.
Arriva enfin l'heure attendue. Nathaniel partit vers le bureau du responsable de service tandis que je restais là à attendre. Toute l'inquiètude cachée éclata et je ne pus m'empêcher de me ronger les ongles. Puis, après avoir attendu pend ant une heure qui m'avais paru une éternité, je vis enfin une tête blonde réapparaître, ma tête blonde. Je courus alors vers lui.
[i]"Alors !?[/i]
Je pouvais voir que son inquiètude n'avait pas complètement disparu contrairement à ce que j'aurais aimé voir.
[i]-Eh benh il m'a dit que mes 18 approchaient, et qu'avec eux, le règlement allait changer.
-Le règlement ? demandais-je ne comprenant pas.
Nathaniel se rembrunit et son visage prit une teinte de tristesse.
-Je vais être transféré vers un nouveau bâtiment. [/i]
A cette annonce mon coeur rata un battement, puis une douleur lancinante vint le remplacer.
[i]-Quoi !?"[/i]
Nathaniel ne répondit rien, mais nous partageions les mêmes ressentis. Notre petit monde s'écroulait, nous allions perdre notre bouée qui nous avait permi de tenir jusque là.
Dans ma tête une multitude de choses passaient : des souvenirs, des solutions possibles, encore des souvenirs et finalement le visage de mon meilleur et seul ami.
[i]"C'est pas possible, on va trouver une solution ... Je ... On va chercher ensemble et on trouvera. Hein ?... N'est-ce pas ?!... Nath ?! m'agitais-je partout.
-Ca ne sert à rien.[/i]
Ces quelques mots furent durs à prononcer pour Nathaniel mais furent encore plus douloureux à entendre pour Marion.
lls eurent l'effet d'une bombe sur moi.
[i]-Mais ... Il faut faire quelque chose ... balbutiais-je estomaquée.
-Il faudra un an, juste un an Marion. répondit Nathaniel, la voix emplie de tristesse.
-Non ! m'exclamais-je, on ne peut pas se résigner à ça !
-Combien de personnes avant nous on déjà été séparées sans pouvoir faire quelque chose.
-Ce n'est pas une raison ! m'indignais-je, je ne te comprend pas Nath ... Comment peux-tu accepter tout ça si facilement ?... demandais-je les larmes aux yeux.[/i]
Il ne répondit pas immédiatement. Sans doute cherchait-il les bons mots ou tout simplement refoulait-il les larmes qui le menaçaient également.
[i]-Je ne l'accepte pas ... répondit-il enfin, c'est aussi dur pour moi que pour toi ne crois pas. Seulement je suis lucide, nous ne décidons rien du tout dans ce monde, nous sommes balloté d'endroit en endroit, enfermés commes des bêtes sans pouvoir rien faire. J'essais juste de le prendre le plus positivement possible et de m'y faire. Devoir me séparer de toi me brise le coeur - les larmes lui coulaient tout comme moi- mais je me dis qu'un an c'est rien du tout, et que si après je peux revoir ton visage, t'avoir à nouveau près de moi, je me dis que je pourrais tenir.
-Mais c'est trop dur !... m'exclamais-je.[/i]
J'aurais voulu me blottir dans ses bras et pleurer encore et encore, mais je ne le fis pas. La seule chose que j'arrivais à faire c'était partir en courant pour me réfugier dans un coin, mon coin. C'était dans le bâtiment B, la où sont toutes les salles de cours et la cantine. Mais il y avait également un placard à balais inutilisé. J'étais dévastée, mes larmes ne s'arrêtaient plus. Je détestais pleurer, c'était pour moi une marque de faiblesse, même devant mon ami je ne voulais pas pleurer. Je devais être seul afin de mettre les choses au clair.
Je devais avoir passé au moins une heure dans ce placard, mon état était déplorable. Je ne pleurais plus, mais je sanglotais encore et mes joues étaient trempées. Je broyais du noir quand la porte s'ouvrit. Je ne me retournais pas pour voir qui c'était, je restais recroquevillée sur moi-même. Très vite la porte se referma, et je sentis son odeur. C'était Nathaniel, il me cherchait. Il ne dit rien mais vint se mettre derrière moi et m'entoura de ses bras forts, blotissant son visage dans mon cou. Lui aussi avait les joues mouillées.
[i]"Comment c'est là-bas ? demandais-je dans un murmure.
-Je ne sais pas... Triste, sale et surveillé j'imagine, comme tout ce qu'on a toujours connu."[/i]
Nouveau silence.
[i]"Je suis désolée Nath ... murmurais-je à nouveau, les larmes me guettant.
-Pourquoi ? s'étonna-t-il me lâchant.
-Pour mon égoïsme ... Je ne pense qu'à moi, à m'enfuir à un moment où tu as vraiment besoin de moi -je pleurais à nouveau et m'étais retournée pour lui faire face, puis lâcha dans un souffle- je suis nulle comme meilleure amie.
-Tu es avec moi là.
-Mais c'est toi qui est venu me chercher et ...[/i]
Il me coupa en me posant un doigt sur les lèvres, m'intimant le silence.
[i]-Ne dis pas ça. Tu as toujours été là pour moi, et si ça n'avait pas été le cas tu ne serais pas dans cet état à cause de moi. "[/i]
Je ne sus quoi lui répondre et me jetta dans ses bras, le serrant le plus fort possible. Comment allions-nous faire ?
