CHAPITRE 2
J'avais passé mon week-end au côté de Nathaniel, plus proches que jamais. Nous avions tellement mal de se dire que tout cela serait fini dans quelques temps pour une année. Et encore ... Il avait dit qu'on se reverrait, mais qui nous assurait que les filles et les garçons allaient au même endroit. Nous avons donc décidé de profiter du mieux qu'on pouvait du temps dont on disposait. Nous étions complètement dans notre bulle, comme lorsque nous étions enfants. Puis les cours avaient repris, et je m'étais mis en tête d'avoir des informations sur ces bâtiments, les conditions de vie, ce qu'on y fesait. Je passais donc mes soirées dans la bibliothèque, sans Nathaniel, s'il savait il m'aurait immédiatement dit de m'arrêter. Je prétextais donc un devoir quelconque. Ca me faisait mal au coeur de ne pas pouvoir être avec lui, ne devoir lui mentir, mais il fallait que je sache.
Arriva mercredi, le jour où Nathaniel allait visiter ces nouveaux bâtiments qu'il intégrerait à la rentrée. J'avais donc toute l'après-midi de libre, sans devoir me justifier pour continuer mes recherches. Je n'avais rien trouvé jusqu'à présent. Les livres présents étaient soigneusement choisis pour qu'on ne sache rien qui pourrait nous pousser à intervenir. Il devait être 16h, j'étais à présent seule dans la bibliothèque. J'avais plusieurs fois failli baisser les bras, mais je me reprenais très vite, ma persévérance prenant le dessus. Nathaniel allait bientôt revenir, et je n'aurais plus le champ libre. J'avais fait presque tous les rayons du bâtiment lorsque je tombais sur un livre, ressemblant plus à un sommaire assemblage de feuilles. Il était sous forme de journal.
J'entrepris donc sa lecture et compris tout de suite que j'avais trouvé ce que je cherchais. Il détaillait toute son adolescence dans l'orphelinat, les conditions de vie, ses amours, ses amis, ses punitions pour ses différentes tentatives de rébellion. Puis il parla des bâtiments post-majorité. Lorsque je lus ce qu'il avait écrit, mon coeur se serra. Il parlait de camp de travail dans des conditions horribles, dans des mines, dans la boue. Il détaillait également les séances où des chercheurs les utilisaient comme cobaye afin de mieux comprendre leurs différences. Il n'y avait également aucune présence féminine, ce qui approuvait mes peurs. Cet homme, Daniel Johns, il fallait que j'en sache plus sur lui. Il avait grandi dans le même orphelinat que moi, mais il ne mentionnait jamais son pouvoir. Mais surtout, j'admirais cet homme pour sa volonté de changer les choses, j'éprouvais pour je ne sais quelle raison une grande sympathie envers lui. Peut-être me retrouvais-je dans ses dires. Mais il me fallait tout de même tester la fiabilité de cette source. Je cachais le livre sous ma tunique et partit voir la bibliothécaire. C'était une vieille femme, présente depuis très longtemps. Elle devait le connaître.
"Madame ? J'aurais une petite question. demandais-je innocemment.
-Allez-y, je vous écoute. dit-elle ne levant les yeux de son tricot.
-J'ai un exposé à faire sur un ancien habitant de l'orphelinat qui aurait m arqué les esprits. Et la professeur avait donné comme exemple celui de Daniel Johns. Et je voulais savoir ce que vous saviez de lui ?
Elle réfléchit quelques instants.
-Daniel Johns, murmura-t-elle pour se souvenir. Ah ! Oui Daniel Johns. Un charmant garçon, très poli. C'est étonnant que vous ne le connaissiez pas, il a fait une intervention dans ce bâtiment l'année dernière. Il était même passé me voir, il voulait revoir les livres. Il passait, comme vous, beaucoup de temps dans cette bibliothèque avant sa majorité. En soi, vous lui ressemblez beaucoup sur certains points.
-Ah bon ? Lesquels ?! demandais-je feignant l'étonnement.
En réalité, je me doutais qu'elle faisait référence à cette volonté de faire bouger les choses. Tout le monde me connaissait comme tel, lui aussi sans doute. Mais elle balbutia quelque chose d'incompréhensible. Elle venait de comprendre qu'elle avait failli dire quelque chose qu'elle n'avait pas le droit de dire. Ici tout était étouffé. Rien ne devait se savoir, surtout si cela pouvait entraîner un mouvement de rébellion. Mais je lui demandais quand même de répéter, toujours innocemment. Elle reprit contenance et lança, plus sèchement.
-Il n'y a qu'avec les livres que vous êtes calmes."
Je compris immédiatement que mon entretien était fini. Je partis donc me réfugier dans mon endroit, afin d'être tranquille pour réfléchir. J'avais eu les informations que je voulais. Daniel Johns ne pouvait mentir, il était venu pour déposer son journal espérant qu'un élève tombe dessus un jour et fasse ce qu'il faut faire pour réagir. La chance lui souriait, j'étais tombée dessus. Mais je ne pouvais être heureuse, en sachant cela, jamais de la vie, je pourrais laisser Nathaniel y allait. Mais avec ce qu'il allait voir aujourd'hui, il serait d'accord avec moi, et ensemble nous trouverons une solution.
Il était 19h lorsque je sortis de mon coin. Nathaniel devait être rentré maintenant, nous nous étions donnés rendez-vous à la cantine, pour manger ensemble. Lorsque j'entrais dans celle-ci je le vis assis à notre table habituelle, son visage étrangement détendu. Je m'attendais au pire.
Je m'empressais donc de chercher mon plateau et m'asseoir avec lui. Lorsqu'il me vit, son visage s'illumina.
"Tu ne devineras jamais.
Mon coeur se mit à battre plus difficilement. Il n'attendit pas ma réponse et continua, bien que son sourire se rapetissait à la vue de mon absence de réaction.
-On n'a plus de soucis à se faire. C'est pas si mal là-bas.
Ca y'est mon coeur me fait mal. Comment c'est possible, il ne peut pas se réjouir de ce qu'il y a là-bas, c'est horrible.
-Qu'est ce qui te fait dire ça ? arrivais-je à dire.
-Il nous on fait visiter. Les locaux sont cools, c'est des chambres individuelles avec salle de bain privative et le travail n'a pas l'air trop dur, c'est du travail à la chaîne. Bon ! Je te l'accorde ce n'est pas très stimulant mais ça pourrait être pire.
-Mais c'est pire ! lâchais-je.
Nathaniel voulu d'abord s'énerver mais quand il vit la détresse chez sa meilleure amie, il se calma.
-Que veux-tu dire par là ? demanda-t-il calmement, le sourire effacé.
-J'ai lu quelque chose à la bibliothèque, un ancien élève racontait tout. -je parlais moins fort afin de ne pas attirer les soupçons- Les conditions de vie, le travail dans les mines, la boue, les expériences, il dit toute la vérité.
-Je ne comprend pas ... J'ai vu tout le contraire, et ... comment es-tu tombée sur ce livre ?
-J'ai fait mes recherches.
-Tu es folle Marion ! Complètement folle ! -s'énerva-t-il- Tu vas encore t'attirer des ennuis !
-Mais je voulais savoir, je devais savoir ...
-Tu ne pouvais pas attendre que je rentrais de ma visite!
-Qui te dis que ce qu'ils t'ont montré est le véritable endroit où tu vas aller ?! Hein, qui te le garantis !?
-Qui te garantis que ce que dit ton livre est vrai ! Nathaniel s'énervait, il devait trouver injuste que je ne lui avais rien dit de mes recherches, que je croyais un livre plutôt que mon meilleur ami.
-Nathaniel -répondis-je calmement après avoir réfléchi- ce n'est pas ce que toi tu dis que je remet en cause. Je ne ferais jamais une chose p areille. Mais je te demande juste une chose.-je marquais une pause, j'avais toute son attention- A ton avis, quels sont les intérêts pour Daniel Johns de mentir dans son livre ? Mais surtout, quels sont les intérêts pour les autres de vous montrer une fausse réalité ? Pour lequel des deux est-ce le plus rentable ?
A mes mots Nathaniel se calma. Il semblait réfléchir et comprendre à quelle conclusion je voulais qu'il aboutisse. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux. On lui avait menti, son avenir était beaucoup plus sombre qu'il ne le pensait, tout comme celui de Marion, celle qu'il avait toujours voulu protéger, au dépend de lui même. Celle qui était si importante à ses yeux. Son tout.
-Peut-on aller dans ta cachette, je ne me sens pas bien.
Je me levais immédiatement, le pris par la main et nous nous dirigeâmes vers ma planque. Je détournais les regards moqueurs en un coup d'oeil, et très vite nous l'atteignîment.
