CHAPITRE 3
Nous étions dans mon placard depuis un petit moment. Nathaniel s'était effondré qu'une fois que nous étions seuls. Il répétait sans cesse des choses que je n'arrivais pas à comprendre. Il parlait de protéger, qu'il avait failli à sa mission, qu'il était désolé. Pour le calmer, j'avais du prendre son visage entre mes mains, le forçant ainsi à me regarder droit dans les yeux. Puis je lui avais dit de se calmer, et l'embrassai sur la joue. Et le serrai contre moi, le plus fort dont j'étais capable. Je voulais qu'il sache que j'étais présente, là à ses côtés pour l'aider. Je lui murmurais sans cesse que nous allions trouver une solution.
Nous avions passé au moins dix minutes dans les bras l'un de l'autre jusqu'à ce qu'il se calme complètement. Puis il se détacha de moi, il était gêné et avait honte de lui de s'être laissé aller à ce point.
[i]« Je suis désolé Marion … soupira-t-il
-Tu n'as pas à être désolé Nath. Nous ne sommes que des pions dans ce monde.
-Comment allons-nous faire ?
-On trouvera, j'en suis sûre.
-Le temps nous est compté Marion.
-Tu oublies à qui tu parles mon vieux ! m'exclamais-je souriante, je suis la reine de la débrouille.
-C'est vrai … avoua-t-il puis après un silence reprit, tu as vraiment réagi en adulte avant, tu m'étonnes de jour en jour.
Son beau visage se rembrunit à nouveau. Je lui relevais alors le menton.
-Ne pense plus à ça Nath, on a tous nos moments de faiblesse et je suis bien placée pour le savoir. Il faut juste savoir passer outre. »[/i]
Il hocha la tête et me sourit. Il était malheureusement l'heure de retourner dans nos chambres. Nous sortîmes donc en silence, tout les deux plongés dans nos pensées. Il fallait que l'on trouve une solution. Je lui fis un énième bisou sur la joue lui glissant un dernier "courage" avant de nous quitter pour aller chacun dans nos chambres.
J'ignorais complètement Laura ma colocataire, qui avait encore une fois ramené un garçon dans la chambre. Je me débarbouillais puis me mis directement de mon lit. J'étais coupée du monde extérieure, l'esprit en ébullition. Je devais trouver une solution, c'était moi la débrouillarde. Mais j'avais beau tourner mon esprit dans tous les sens, je ne trouvais aucune solution convenable. Nous ne pouvions pas mentir sur l'âge de Nathaniel, il était trop tard, a machine était déjà en route. On pourrait peut-être soudoyer les autorités afin qu'ils ferment les yeux sur l'âge de Nathaniel, mais avec quoi ? Nous n'avions rien.
Le sommeil non plus ne me venait pas. Ce qui était tout à fait compréhensible tant mon cerveau devait travailler à ce moment. Cela faisait depuis longtemps que le garçon de Laura était parti et qu'elle s'était couchée, son ventre se soulevant de manière régulière indiquant qu'elle dormait paisiblement. Je ne savais pas quelle heure il était, mais la nuit était présente depuis bien longtemps et seuls les rayons de la lune éclairaient.
Mon esprit toujours tourmenté, je me demandais comment allait Nathaniel. Arrivait-il à dormir ? Je n'en n'avais aucune idée. Peut-être cherchait-il lui aussi des solutions et peut-être se rendait-il compte lui aussi qu'aucune issue n'était possible ? Je n'espérais pas, je voulais qu'il dorme paisiblement. Mais rien ne m'assurait que c'était le cas.
Les idées se chamboulant, je cherchais toujours une solution. Je m'étais levée et regardais par la fenêtre de la chambre, observant la lune et les nuages. Cela me calmait à un point inimaginable. Une idée perça alors, une idée à laquelle je n'os ais penser mais qui petit à petit s'insinuait dans mon esprit de rebelle torturé. La fuite. Au début cette pensée fut impensable mais peu à peu elle devint réalité et possible. Il fallait s'évader d'ici, tous les deux. Ainsi on ne serait plus à leur merci, ainsi nous éviterions la vie qui nous attendait. Cette vie qui m'insupportait depuis toujours, à laquelle je n'avais jamais réussi à me faire. C'était ça la solution. Il ne me restait plus qu'à trouver un plan pour s'évader et à convaincre Nathaniel que c'était l'I-D-E-E qui allait nous sortir de ce pétrin.
Je passais le reste de la nuit à chercher un plan d'évasion, l'esprit allégé par la perspective d'un avenir meilleur, ou du moins, moins pire. Malheureusement trouver un plan n'était pas simple non plus. Il y avait beaucoup de dangers qu'il fallait le plus possible éviter, et ça, c'était compliqué. Et ma connaissance en les lieux était plutôt réservée, à part les pièces que j'avais l'habitude de fréquenter jusque là et quelques exceptions, j'ignorais tout du grand bâtiment dans lequel je vivais depuis toujours.
J'avais plusieurs fois déjà essayé de m'échapper, mais sans réfléchir, les soldats postés sur les murs entourant l'orphelinat surveillaient sans relâche les alentours. Ils m'attrapaient toujours avant que j'ailles bien loin.
Cependant, un souvenir précis me vint à l'esprit. Lors de plusieurs de mes punitions, j'avais dû aider le personnel en cuisine, en ménage ou ce genre de choses. J'avais donc pu les observer partir par la porte de service et sortir par un passage bien que surveillé pour rentrer chez eux, ou aller en ville par des chemins inconnus à ma connaissance. Il fallait qu'on arrive à s'habiller comme eux afin de passer par là sans qu'on nous reconnaisse. Il fallait trouver la buanderie, ou les vestiaires ou réussir à se faire punir en dernier recours afin d'y avoir accès facilement et sans trop de dangers. Plusieurs moyens nous permettraient d'y parvenir, tout me paraissait facile. Je me sentais tellement mieux.
Mon âme de résistante était tellement satisfaite. J'allais accomplir ce que je rêvais de faire depuis mon enfance : quitter cet endroit et enfin faire bouger les choses, peut-être que notre fuite allait faire réagir les autres, peut-être y'aurait-il rébellion dans l'orphelinat. Je me donnais une petite claque intérieure, pour le moment il fallait se concentrer sur nous et rien d'autre. Et pour l'heure, il fallait surtout que j'arrive à convaincre Nathaniel de me suivre, le jour allait bientôt se lever et je n'avais pas encore pu préparer mon argumentaire.
Quand la sonnerie annonçant le réveil retentit, je venais de m'assoupir. Ce fut donc difficilement que je me levais. Toute la nuit je n'avais pas eu sommeil, mais je payais dès maintenant mon manque de sommeil. Je m'humidifiais le visage afin de me réveiller et je pus voir de magnifiques cernes bleuâtres sous mes yeux dorés. Laura me questionna du regard.
[i]"Je n'ai pas réussi à dormir. donnais-je comme réponse
-Quelque chose te tracasse, c'était à cause du garçon de hier ?[/i]
Je ne répondis pas immédiatement, étonnée par tant d'attention. Mais n'ayant rien de particulier contre elle, je décidais de ne pas être méchante pour aujourd'hui, après tout, ma nuit n'avait pas été si mauvaise que cela, j'avais réussi à trouver une solution à mes problèmes.
[i]"-Non non, ne t'inquiètes pas. Les garçons ne me dérangent plus depuis bien longtemps.
-Ce sont des reproches ? demanda-t-elle, haussant le sourcil
-Pas du tout, juste ce que je ressentais. répondis-je plus froidement énervée par sa question, comme si je passais ma vie à lui faire des reproches[/i]
Elle dut comprendre qu'elle m'avait vexée puisqu'elle s'excusa dans un soupir et ne chercha plus à faire la conversation. Une fois prête je partais pour la cantine afin de rejoindre Nathaniel.
J'entrais dans la grande salle, et comme chaque matin vis Nathaniel à notre table habituelle. Il était de dos et je ne pouvais voir son visage reposé ou non. Je m'empressais donc d'aller chercher mon plateau et de le rejoindre. Après l'habituel bisous quotidien je m'installai en face de lui. Je pus malheureusement voir sur son beau visage les mêmes cernes avec lesquelles je m'étais réveillée.
[i]"Tu n'as pas non plus beaucoup dormi ? me demanda-t-il
-Non pas du tout même. Mon esprit a surchauffé toute la nuit. souriais-je
-A-t-il surchauffé pour quelque chose ? Parce que le mien il a beau avoir surchauffé, aucune solution ne m'est venue. dit-il désespéré
-Eh bien figures-toi que j'ai trouvé quelque chose."[/i]
Son visage s'illumina.
[i]"Dis-moi pas que c'est pas vrai !? Et qu'as-tu trouvé ? C'est pas risqué ou dangereux au moins ?
-Je crains que le risqué nous ne pouvons l'éviter mais dangereux ce n'est pas, je peux te l'assurer.
-Alors dis-moi, ne tournes pas autour du pot comme ça ! s'impatienta-t-il"[/i]
Je lui fit signe de se pencher vers moi. Je fis de même pour pouvoir lui chuchoter à l'oreille.
|i]"On va s'évader."[/i]
Sa réaction, que je redoutais sois dit en passant, ne se fit pas attendre. Et ce ne fut pas celle que je rêvais de voir.
[i]"Mais tu es complètement folle !
-Chuuut ! fis-je, lui faisant signe de baisser le volume, tu vas attirer l'attention !"[/i]
Il se calma instantanément, du moins en apparence, comprenant que sur ce point j'avais raison. Il ne fallait pas trop attirer l'attention.
[i]"Tu es folle Marion ! On ne peut pas faire ça !
-Mais si on peut ! J'ai un plan ! affirmais-je
-Tu es encore partie dans tes délires de rébellion Marion ! Tu sais aussi bien que moi que c'est impossible !"[/i]
L'emploi de l'expression "délires de rébellion", du "encore" ainsi que son ton achevèrent de lâcher mes nerfs. Moi qui aurais aimer des encouragements, des remerciements, voilà que je n'avais que des critiques et des représailles. Je savais qu'il n'allait pas sauter de joie à mon annonce mais ces mots de la bouche de mon ami eurent l'effet d'une véritable bombe nucléaire sur moi. Il dut comprendre qu'il était allé trop loin puisque lorsqu'il vit l'effet de ses paroles, son visage se teint immédiatement de regrets. Mais il était trop tard, la bombe était enclenchée.
[i]"Eh benh tu sais quoi !? m'énervais-je, Je vais délirer seule sur ma rébellion, et toi, benh ... t'as qu'à te démerder tout seul, si tu es tellement intelligent ![/i]
Je ne lui laissais pas le temps de répondre et me levai pour quitter rapidement le réfectoire. Il avait essayé de me retenir par le bras, mais je m'étais dégagée violemment. Une fois sortie de celui-ci, je courus vers ma cachette, un besoin pressant d'être seule pour pleurer.
