Bonjour, bonsoir.

On arrive bientôt à la fin parce que c'est l'avant-dernier chapitre.

J'espère que cela vous plaira, bonne lecture.


Mes yeux s'ouvrent lentement alors que je sens quelque chose bouger contre moi. Il me faut quelques secondes pour me rendre compte que c'est la main de Julien qui vient de se poser sur mon ventre alors qu'il continue de dormir. Un sourire se dessine sur mes lèvres en le regardant plonger dans le sommeil. Je me décide après quelques secondes de passer la main sur sa joue pour la caresser avec légèreté. J'ai l'impression d'être trop faible, je ne peux pas résister à la tentation, et cela, même si on se trouve tous les deux en mauvaise situation. Je ne devrais pas, mais tant pis. L'épée de Damoclès est au-dessus de notre tête, donc autant profiter un minimum avant qu'elle s'abatte.

Je prolonge la caresse encore un moment avant de soupirer tout en gardant la tête contre le mur derrière moi. Je ne me sens plus du tout fatigué, mais je ne bouge pas pour autant. Je sais que Julien n'a pas encore pu se reposer jusqu'à maintenant donc le voir endormit, et en train de sourire, me pousse à ne pas le réveiller. Je pose ma main sur son front pour regarder si la fièvre est montée ou pas. Ce qui n'est pas le cas. Il doit sûrement avoir une bonne vieille migraine qui dure un peu trop longtemps à mon goût.

C'est une vibration au niveau de la poche de mon pantalon qui m'arrache de ma contemplation et je me sens idiot d'un coup. J'avais totalement oublié mon téléphone… Je suis vraiment con. J'ai du mal à le prendre parce que Julien dort sur mon bras valide. C'est une fois que j'ai réussi à un peu le pousser, j'accède à ma poche. Malgré mes efforts de ne pas réveiller Julien, c'est la luminosité de l'écran qui arrive à le faire. Vraiment, je suis très con. Et pas doué.

Julien bouge un peu à mes côtés en lâchant un grognement. Ses paupières papillonnent quelques secondes avant qu'il ouvre ses yeux fatigués. Il me regarde de suite en me questionnant du regard sur le pourquoi il s'est réveillé.

« Je suis désolé de t'avoir réveillé…

- Ce n'est pas grave.

- Mon téléphone vient de me rappeler son existence en vibrant dans ma poche.

- Tu n'es pas doué, toi.

- Je le sais… Et toi, pourquoi tu n'en as pas parlé ?

- Je…

- Tu l'avais aussi oublié, n'est-ce pas ?

- Je ne dirai rien. »

Je ne peux m'empêcher de rire en entendant sa réponse. Cela fait du bien de s'amuser malgré la situation, je crois que j'en ai besoin. Je ne suis pas le seul à rire, heureusement.

Après avoir rigolé, je me souviens de la présence de mon téléphone qui a sonné malgré l'endroit où je suis. Avec mon bras valide, je le prends avant de diminuer la luminosité pour ne pas que cela nous fasse mal aux yeux. Je remarque que l'écran est un peu abîmé, mais cela ne m'empêche pas que je puisse accéder au message envoyé par Grégoire, alias Superbrioche, qui dit : « Je n'ai plus de nouvelles de Julien. Sais-tu où il est ? L'hôtel s'est écroulé, ce n'est plus qu'un tas de gravats. Réponds-moi dès que tu lis ce message. ». J'entends Julien soupirer à mes côtés, il doit avoir lu le message.

« Tu pourrais y répondre ? Avec mon bras cassé, je suis incapable de le faire.

- Oui, pas de soucis. … Mais j'écris quoi ?

- Dis-lui où tu es et -

- Où nous sommes.

- - que tu ne vas pas trop mal. »

Je préfère ne pas répondre, mais cette simple rectification réussit à me faire sourire. Cela peut paraître triste de se dire qu'une seule personne pense à nous. Mais le simple fait que Julien pense à moi est beaucoup plus important à mes yeux que si d'autres personnes le faisaient.

Du coin de l'œil, je vois Julien finir d'envoyer le message en rajoutant à la fin qu'il faudrait prévenir tous ceux qui s'inquiètent. On attend quelques minutes avant de recevoir une bonne dizaine de messages paniqués, mais on préfère économiser la batterie que de leur répondre à tous. Ils pourront comprendre que ce n'est pas pratique dans notre situation de tenir à jour tous ceux qui le désirent. Puis je n'ai pas envie de supporter leurs espoirs vains et de devoir les rassurer alors que je ne sais pas si je vais vivre encore une heure voir moins. Pour une fois, je m'autorise à être égoïste.

Le silence s'est installé entre nous et je remarque que Julien s'est un peu reculé de moi. Il n'a plus sa tête posée contre mon épaule même s'il n'est pas très loin à cause du manque d'espace. C'est étrange la sensation que j'ai actuellement, c'est comme s'il est à la fois proche de moi et très loin. Je me retiens de tendre le bras pour attraper sa main, cela n'est pas une bonne idée. Je ne peux pas m'empêcher de retenir un soupir qui attire le regard de Julien durant plusieurs secondes.

Pour ne pas craquer, je décide de porter mon attention ailleurs que sur mon compagnon d'infortune. C'est ainsi que je porte mon attention sur les bruits de sirène même si ça semble encore lointain. Je me demande vaguement s'ils arriveront à nous retrouver. Et s'ils y arrivent, est-ce qu'on sera toujours en vie ? Enfin, est-ce que Julien sera encore vivant ? De nous deux, j'ai envie que ce soit lui qui s'en sorte. L'amour peut faire des choses folles et je suis prêt à le prouver.

Mais je ne peux pas m'attarder sur ce fait que j'entends la voix paniqué de Julien m'interpeller.

« Oh mon dieu… Alex, je... Je ne sens plus ma jambe droite !

Alors que je pose mon regard sur lui, je me rends compte qu'il a vraiment l'air terrifié en tenant sa jambe. Je remarque qu'elle bouge, mais je le crois quand il dit qu'il ne la sent plus. Surtout que c'est sa jambe cassée. Ce n'est pas normal, vraiment pas normal.

- Comment ça se fait ? Tu as ça d'un coup ?

- Non. Enfin… J'ai encore senti des fourmillements puis d'un coup, plus rien.

- Okay… Ne pas paniquer, ne pas paniquer.

- Facile à dire pour toi !

- Désolé. Mais… On ne peut rien faire ici. On doit juste attendre les secours.

- Si je ne suis pas mort avant…

- Ne dis pas ça ! On va s'en sortir. Tous les deux.

- Si tu le dis… »

Le cœur serré, j'entends Julien se retenir de pleurer tant il est effrayé. Et je le suis aussi. Son état s'aggrave et je ne connais pas la raison. Puis surtout, qu'est-ce que les secours attendent pour pouvoir le sauver ? Vraiment, je suis prêt à sacrifier ma vie pour qu'il ait mieux, et même si cela ne changeait sûrement rien. Je me mords fort la lèvre inférieure en voyant quelques larmes glisser sur ses joues et je me retiens de tendre la main pour les essuyer avant de le serrer contre moi.

Cette fois-ci, je ne me retiens pas d'accomplir ma seconde envie en le serrant contre moi. Au début, je vois bien qu'il tente de s'éloigner avant de se laisser aller et pleurer contre moi. Je glisse ma main contre son dos avec douceur. Il finit par se calmer au bout de plusieurs minutes sans pour autant sombrer. Il regarde un point devant lui en restant contre moi.

Après l'avoir contemplé du coin de l'œil, je finis par remarquer que le bruit des sirènes est plus important qu'il y a encore peu de temps. Bon signe. Même si cela semble encore beaucoup trop loin pour avoir un espoir fondé. Je prie en silence pour qu'on s'en sorte surtout que l'envie de boire est de plus en plus importante. Je me demande combien de temps on peut tenir sans boire une seule goutte. Dommage que je ne me promène pas avec une bouteille d'eau.

Julien finit par bouger en attrapant son téléphone et je vois qu'il a eu moins de chance que le mien. Si le mien a l'écran fissuré, celui de l'autre homme donne l'air d'avoir été frappé avec un marteau, mais étrangement, il arrive à accéder au contenu, certes avec quelques difficultés. Il a reçu aussi un bon nombre de messages de personnes inquiètes peu après la chute de l'immeuble, beaucoup plus que moi.

Malgré le nombre de messages qui attendent une réponse, Julien range son téléphone dans sa poche avant de fermer les yeux. Je ne sais pas ce qu'il a lu, mais cela ne semble pas lui plaire.

« Pourquoi tu ne leurs réponds pas ?

- Je n'en ai pas envie.

- Ta petite amie doit s'inquiéter…

Bien que je n'aime pas parler d'elle parce que cela me fait souffrir, je veux comprendre sa réaction après tout.

- Ne parle pas d'elle.

- Quoi ? Je n'aurai pas dû ?

- Ce n'est plus ma petite amie et je préfère éviter de parler d'elle.

- Toi et elle, vous…

- Je ne veux pas en parler. S'il te plaît, n'insiste pas. »

Le simple fait que Julien ne soit plus avec Clémence m'interpelle aussi bien en bien qu'en mal. Mon cœur bat plus vite dans ma poitrine alors que je me dis qu'il y a plus de possibilités que mes sentiments soient réciproques, même si cela reste encore improbable. Je ne peux m'empêcher d'espérer et de rêver à un avenir ensemble alors que je m'accroche à ce que je m'imagine. Je ne devrais pas me réjouir qu'il y ait une rupture, mais c'est plus fort que moi.

Sans prévenir, je décide de glisser encore ma main sur son dos pour débuter une caresse qui dure plusieurs minutes. Je crois entendre Julien lâcher un petit bruit de contentement alors qu'il ferme à nouveau les yeux. On a beau être en danger de mort, je refuse d'arrêter les attentions que je lui offre. Enfin, jusqu'à ce que je commence à m'occuper de sa nuque parce que je l'entends alors lâcher presque un cri de frustration.

Inquiet, je regarde Julien qui s'est redressé d'un bond pour prendre en main sa jambe intacte. Il la serre tellement fort que je me demande comment cela se fait qu'il n'ait pas mal. Je remarque que des larmes coulent sur ses joues, mais ce ne sont pas des larmes de tristesse. J'en suis certain en l'entendant parler.

« Fais chier, je ne sens plus mes jambes ! »

Même si une partie de moi m'empêche de paniquer, je sens quand même la peur affluer de plus en plus. Malgré mon bras cassé, j'oblige Julien à me regarder comme je peux. Nos regards se croisent et je l'empêche de se défiler.

« Julien, écoute-moi. Je sais que tu as peur et tu n'es pas le seul. Je suis désolé qu'on ne puisse rien faire pour l'instant alors qu'on a tous les deux l'impression que ce que tu as empire. Vraiment, si je pouvais, je ferais tout pour t'aider, mais là ce n'est pas possible. Si on commence à paniquer, cela n'aidera pas. On va venir nous sauver, tu ne vas pas mourir aujourd'hui !

- … Tu me le promets ?

- Oui. Je te le promets Julien. »

En étant aux premières loges, je vois parfaitement ses yeux s'embuer de plus en plus avant qu'il recommence à pleurer et cette fois-ci, ma main vient essuyer les larmes avec douceur. Et sans que je m'y attende, je sens la joue de l'autre homme se frotter contre ma main. Pendant quelques secondes, je ne réagis pas parce que je suis trop choqué et ce que fait Julien juste après ne m'aide pas du tout.

Ses lèvres se posent sur ma paume pour un léger baiser. Je me sens frissonner entièrement, ce qui le fait sourire. Je ne comprends pas ce changement de comportement qui est vraiment bizarre, un peu trop pour mon cœur qui bat trop vite. Est-ce possible que mes sentiments soient partagés ? Non. Ce n'est pas du tout possible. Après tout, il sort d'une relation avec une fille et je le saurais s'il est gay. Enfin… Je ne suis pas gay, mais je suis amoureux d'un homme donc je suis mal placé pour dire qu'on est hétéro ou homo. J'arrive à une conclusion, je ne suis plus sûr de rien.

Malgré que je sois plongé dans mes pensées, je remarque que Julien affiche un petit sourire qui contraste avec ses yeux encore mouillés de larmes. Enregistrant cette vision dans mon esprit, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il est magnifique. Pas grave si son visage et ses cheveux sont recouverts de poussière avec des griffures à certains endroits.

« Je te trouble tant que ça ?

- Si tu fais ça pour t'amuser ou t'occuper, tu peux arrêter tout de suite. Ce n'est pas marrant…

- Qui a dit que je joue ? »

Je compte lui répondre quand je le sens embrasser mon poignet puis le mordiller. J'ai du mal à retenir un autre frisson alors que j'hésite à récupérer mon bras pour ne plus être autant subjugué par sa présence. Puis comme si de rien n'était, Julien relâche mon bras en fermant les yeux. Je ne comprends plus rien, j'ai l'impression de rêver. Ne bougeant pas de suite, je finis par me remettre dans la même position, ce qui veut dire avoir le dos contre une paroi et les jambes étendues devant moi. Enfin, je ne suis pas exactement à la même position parce que je me suis reculé de Julien si c'est vraiment possible.

Dire que je suis totalement perdu est un fait avéré. Et j'espère avoir très vite une réponse avant de me croire fou.


A très vite pour le dernier chapitre,

Liliael.