Bonjour, bonsoir.
Désolé pour le retard de ce dernier chapitre, mais je n'ai pas eu le temps de le faire avant.
J'espère que ce dernier chapitre vous plaira, bonne lecture.
Pour la première fois depuis l'éboulement, le silence entre Julien et moi est lourd, voir vraiment pesant. J'avoue avoir du mal à le supporter. Mais je n'ose pas le briser, c'est plus fort que moi. Je suis encore trop choqué par ce qu'il s'est passé peu avant pour réussir à réfléchir correctement et réussir à lui parler sans montrer qu'il ne me laisse pas indifférent. Comment expliquer le fait qu'il y a quelques minutes il était chamboulé par le fait de ne plus sentir ses jambes et puis d'un coup, devenir cet homme charmeur que je ne connais pas ? Je ne sais pas. Vraiment pas. Est-ce que cela peut avoir un lien avec le choc qu'il a eu au niveau de la tête ? Un changement de comportement n'est jamais une bonne chose, après tout. C'est même une très…
« Je suis désolé…
- Pardon ?
- Je ne sais pas ce qu'il me prend, je… C'est venu d'un coup. Je ne comprends pas…
- Je suis aussi perdu que toi.
- Non, mais… Ce n'est pas toi qui agis bizarrement. Je ne suis pas certain que je puisse arriver à le supporter si tu n'étais plus toi-même.
- Comment… Quoi ? Tu es en train de dire que tu ne pourrais pas supporter si j'agissais autrement de ce dont tu as l'habitude ?
- Je n'ai pas dit ça.
- Ce sont tes mots que j'ai utilisés et c'est aussi comme ça que je l'ai compris. Ne tente pas de me faire croire que tu as dit autre chose. Ce n'est pas parce que je me retiens de penser que je suis fou que je le suis vraiment. Alors, sois franc avec moi et dis-moi où tu veux en venir.
- Toi ? Fou ?
- Oui.
- Tu ne l'es pas…
- Merci de me rassurer. Maintenant, dis-moi ce que tu as en tête.
- Je… Je ne sais pas trop comment le dire.
- Tu as le temps pour trouver tes mots, ce n'est pas comme si on était enterré vivant après tout. »
Me donnant un léger coup sur mon épaule intacte, Julien affiche un petit sourire amusé. Au moins, il a bien compris que j'ai tenté de faire un peu d'humour. Je n'aime pas du tout l'air perdu qu'il affiche, malgré son sourire. Perdu et gêné. Comme si tout son être ne supporte pas l'idée d'avouer le doute qui a pris place en lui. Je me demande ce qu'il se passe dans son esprit, peut-être que le savoir me permettrait de mettre au clair mes pensées.
Julien est de plus en plus nerveux. Tout son être transpire de la nervosité et cela me fait froncer les sourcils. Ma note d'humeur ne semble pas avoir réussi à le rassurer sur un long terme.
J'ouvre la bouche pour rajouter quelque chose quand j'entends un bruit étrange. Fermant la bouche, je lève la tête vers le toit qui ne semble pas avoir bougé depuis le second éboulement. Il y a quelques secondes, j'ai cru entendre quelque chose frapper assez fort contre le plafond. Alors que je me dis que ce n'est pas vraiment arrivé, le bruit résonne à nouveau. C'est à ce moment-là que je me dis que c'est plus vite quelque chose qu'on déplace tout en raclant une surface que des gravats qui tombent encore. Et là, je comprends. Les secours sont tout proches.
Ça doit être une grue que j'entends. Elle est en train de retirer les gravats qui sont au-dessus de nous.
Mon regard se baisse sur Julien qui est en train de m'observer. Son regard est à la fois sombre et triste. Il continue de me fixer durant un moment avant de détourner les yeux pour les poser sur ses jambes. Mon instinct me dicte que ce qui se passe dans son esprit n'a rien de positif et je ne sais pas vraiment comment réagir. Donc c'est après une courte hésitation que j'ose prendre sa main dans la mienne. Cette fois-ci, il ne réagit pas en me sentant faire jusqu'à ce qu'il finisse par serrer à son tour ma main.
« Julien ?
- Si tu t'en sors, promets-moi d'être heureux.
- Quoi ? Non, je… »
Le geste qui arrive, par la suite, réussit l'exploit de me taire aussi bien à cause du choc comme de la surprise qu'il crée. Les lèvres de Julien sont sur les miennes.
Mes yeux sont grands ouverts sous la surprise pendant que ceux de l'autre homme sont fermés. Le baiser dure plusieurs secondes durant lesquels je ne réponds pas, incapable de le faire. Cela n'empêche pas de faire sourire Julien quand nos lèvres s'éloignent. Et ce sourire arrive à me faire perdre la raison. Agrippant sa nuque, je rapproche son visage du mien avant de l'embrasser. Nos lèvres bougent contre celles de l'autre pour un baiser passionné et aussi … désespéré.
Il ne nous faut pas longtemps pour approfondir l'échange, nos langues se caressent et jouent ensembles. Un soupir s'échappe de nos lèvres et je suis incapable de dire lequel de nous deux l'a lâché. Puis cela n'a pas vraiment d'importance. On prolonge le baiser même quand le besoin de respirer se fait de plus en plus présent. C'est comme si on risquait de ne plus jamais pouvoir profiter de la présence de l'autre dès que le baiser prendra fin. Idiot comme pensée. Mais toutes les bonnes choses ont une fin. Donc bien malgré nous, le baiser prit fin et nous respirons comme si nous étions en apnée durant des heures.
Quand mes yeux s'ouvrent, mon regard se fixe sur son visage. Ses lèvres sont rouges à cause du baiser tant que ses joues ont rougi durant l'échange. Je le trouve magnifique, encore une fois. Sans me retenir, je pose ma main sur une de ses joues rouges en continuant de fixer son regard. Alors qu'il aurait sûrement dû ressentir des sentiments positifs après le baiser, je ne vois que de la peur et de la tristesse dans ses yeux bleus.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? Dis-moi…
- Je… Je suis certain que je ne vais pas m'en sortir. Donc je préfère ne pas tout gâcher en ne t'avouant pas ce que j'ai le cœur. Je sais bien que tu vas me dire que je vais m'en sortir, mais tu n'es pas médecin et mon état empire. J'ai des picotements dans le bras droit et on sait très bien ce qui va arriver peu après.
- Julien, non. Tu ne peux pas dire ça…
- Je t'aime. Je suis amoureux de toi depuis plusieurs années et j'ai vraiment cru réussir à oublier mes sentiments en étant avec Clem, mais je n'en peux plus de me mentir. J'ai toujours pensé que tu ne peux pas m'aimer comme c'est mon cas, mais… Le baiser me fait douter. Serait-ce possible que, par miracle, tu puisses partager mes sentiments ? Je veux partir sans regret. Si tu ne m'aimes pas, tu n'es pas obligé de mentir juste pour me faire plaisir.
Les yeux de Julien sont humides et il a du mal à s'empêcher de pleurer. Ma main est toujours sur sa joue et j'en profite pour glisser mes doigts sur ses lèvres.
- Je t'aime.
- Vraiment ?
- Oui… Pour cela que je refuse l'idée que tu puisses te penser condamner. Je refuse l'idée de te perdre. »
Je sens son regard scruter le mien pour savoir si je suis sincère et comme c'est le cas, il finit par simplement sourire. Il pose à nouveau sa tête contre moi avant de fermer les yeux et il me faut un peu de temps pour réaliser qu'il a entrelacé nos doigts. Tout son être semble soulagé et je ne me trompe pas en le voyant garder son sourire. Est-il vraiment certain que son heure est sonnée ? Je refuse de l'accepter et je me promets mentalement de tout faire pour qu'il ait la vie sauve. Je ne peux pas le perdre maintenant alors que je viens à peine de goûter au plaisir de savoir qu'il partage mes sentiments. Ce serait trop injuste.
De toute manière, les secours sont tout proches. Ils font de plus en plus de bruits et mon instinct est persuadé qu'ils nous retrouveront plus vite que je le crois. Mais ça n'est pas assez vite à mon goût. Plus vite, ils trouveront Julien, plus vite il aura les soins qui le sauveront. Pour tenter de me rassurer, je commence à caresser la main de l'homme que j'aime.
Le temps continue d'avancer alors que je remarque, avec inquiétude, que Julien garde les yeux fermés. Il ne peut pas être mort parce que sa cage thoracique continue de se soulever, mais il ne réagit pas vraiment. Faites qu'il s'en sorte. Pitié. Je continue de surveiller qu'il continue bien de respirer alors que je prie toujours plus auprès de tous les dieux existants pour échanger ma vie avec la sienne. Mais c'est à croire que les dieux ne veulent pas m'accorder ce privilège.
.•° .•° .•° .•° .•° .•° .•° .•°.
C'est dans un grand bruit que la plaque au-dessus de notre tête est retirée. Je relève la tête pour regarder ceux qui nous ont sauvés avant de la rabaisser presque aussitôt, la lumière du soleil agresse un peu trop mes yeux. Entrouvrant les paupières à moitié, je vois que Julien a enfin réagi en ayant ouvert les yeux pour me regarder. Enfin, je le crois. Son regard est voilé. Le début de soulagement que je ressentais s'évapore d'un coup et je commence à paniquer.
« Ici ! Il y a deux personnes ! Ils ont l'air vivant.
C'est une voix masculine qui vient de parler et je lève mon regard implorant vers lui pour le regarder.
- Pitié, sauvez Julien. Il est… Pitié. »
Je n'ai pas à attendre longtemps pour voir qu'un homme descend dans notre abri avant de porter Julien. Nos doigts restent entrelacés jusqu'à ce qu'un second homme prenne Julien des bras de son collègue afin de l'emmener loin de moi. Je le regarde partir sans bouger, je sens juste mes joues se recouvrir de larmes. J'entends à peine l'homme me demander si j'arrive à marcher, mais je sais que j'ai répondu de façon positive avant qu'il m'aide à me relever. Plaçant mon bras blessé contre moi, je laisse le secouriste m'emmener loin d'ici.
Mon regard croise sans les voir des personnes qui continuent de retirer des gravats avec l'aide de grues. Je sais que quelqu'un m'aide à ne pas chuter sinon je l'aurai déjà fait plusieurs fois. Je me sens faible, terriblement. Mais cela ne m'empêche pas d'entendre qu'il y a pas mal de véhicules de secours aux alentours, sûrement des ambulances et la police. Finalement, on sort de l'endroit où se tenait l'hôtel et je remarque qu'il y a des spectateurs derrière des banderoles de sécurité. Mais je ne leur prête pas une grande attention.
On arrive finalement à l'endroit où il y a des ambulances et mon regard s'attarde sur l'une d'entre elles sans que je me l'explique au début. Mais finalement, je n'ai pas besoin de me poser longtemps la question parce que j'entends quelqu'un parler et j'ai l'impression que cela me concerne.
« C'est lui ! Il était avec lui. Il est encore en état de nous dire ce que le patient a. Vite. »
D'un seul homme, deux ambulanciers s'approchent de moi tandis qu'un de leurs collègues s'occupe de mon cas. Ce dernier leur dit quelque chose avant qu'ils puissent me parler, mais je ne les entends pas.
« C'est bien vous qui étiez avec le dénommé Julien ?
- Oui.
- Votre ami ne va pas bien et il faut que vous nous disiez ce qu'il s'est passé depuis l'effondrement de l'hôtel.
- Il s'est cogné à la tête durant sa chute et il s'est fracturé la jambe gauche. Par la suite, il a eu une migraine durant plusieurs heures, je crois, vu qu'il ne s'est pas vraiment plaint jusqu'à ce qu'il sente des picotements dans sa jambe droite, celle fracturée. Et quand cela a cessé, il n'a plus senti sa jambe. De même pour l'autre jambe. Et cela a recommencé dans son bras droit, il y a peu de temps. Puis… Son regard est… Est… »
Je ne peux pas finir ma phrase. Je me suis retenu de pleurer pendant que je citais tout ce qu'il a eu. L'ambulancier à mes côtés tente de me faire aller dans le véhicule des urgences avant que je me souvienne de quelque chose. Je me retourne d'un coup et cours, autant que je peux, vers les deux hommes qui sont venus me parler. Je n'ai jamais eu autant l'impression d'être faible qu'en ce moment, mais je trouve la force qui me manque pour les rattraper avant qu'ils referment les portes de l'ambulance.
« Attendez ! Attendez !
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Il… Julien a eu… Un changement de comportement à un moment. Pitié, sauvez le !
- Nous ferons notre possible. »
Quelques secondes après, ils ont fermé les portes de l'ambulance avant que celle-ci parte en trombe vers un des hôpitaux alentours.
Mon regard ne quitte pas l'endroit où l'ambulance vient de disparaître avant que je m'effondre en pleurant. Je sens à peine quelqu'un me relever pour aller m'installer dans une ambulance qui démarre à son tour. Je dois perdre connaissance durant le voyage parce que quand je me réveille, je suis couché dans un lit d'hôpital.
« Julien… Où est-il ? »
Ma voix est faible, un peu trop sûrement, mais je sais que quelqu'un a entendu parce qu'un sanglot me parvient. J'ouvre enfin les yeux et je tombe sur les visages sombres de plusieurs de mes amis et collègues de Youtube. Je n'ai aucun mal à remarquer qu'ils ont pleurés ou qu'ils se retiennent. Et cela me fait paniquer. Julien ! Il doit être vivant, il ne peut pas être mort. Je refuse cette idée.
« Alexandre, tu dois encore… te reposer…
- Où est-il ? Dites-le-moi ! Pitié…
- Tu as besoin de repos.
- Arrête ! Tu sais bien que cela ne sert à rien de lui dire ça !
Mon regard se pose sur Aymeric, alias Aypierre, qui a les poings serrés tout en se retenant de pleurer aussi. En voyant mon regard suppliant, il s'avance vers moi et il reprend la parole d'une façon terriblement triste.
- Il va falloir que tu sois fort. Je sais que tu as tout fait pour l'aider, le sauver. Mais, il… Julien est mort. »
Non… Non ! Non non non non non ! Il ne peut pas ! NON !
Heureusement qu'Aymeric a le réflexe de me retenir parce que j'avais qu'une envie : partir en courant afin de retrouver Julien qui doit être étendu dans un lit d'hôpital, bien vivant. Il me ferait le sourire que j'aime tant en me voyant puis on pourra être heureux ensemble, heureux et amoureux. C'est impossible. Il ne peut pas être mort. On me ment, je ne vois pas d'autres explications. Faites que ce soit ça. Je ne peux pas vivre dans un monde où il n'est pas présent. Je l'aime. Il est impossible de nous séparer pour toujours.
Peu m'importe que les personnes présentes dans cette chambre pleurent en me voyant me débattre, en criant et en pleurant, pour sortir d'ici. Plus rien n'a d'importance. Pareil pour le produit qu'une infirmière vient de mettre dans la perfusion et qui réussit à me rendre de plus en plus fatigué.
Mon cœur est brisé, il pleure.
C'est injuste. J'avais tant désiré qu'il s'en sorte et non moi.
Julien ! Rendez-le-moi !
Je t'aime. Pour toujours.
A très vite pour une prochaine histoire,
Liliael.
