Ce chapitre, vous le remarquerez par vous-même, sera plus court que les autres.
Une bonne lecture à vous cependant !
CHAPITRE III
John Watson, ancien médecin militaire
Noir. Non, gris.
Gris nuancés avec des bandes noires autour.
John tenta d'ouvrir les yeux, mais une voix lui ordonna de ne pas bouger, de ne rien faire, de ne pas les ouvrir. Il avait obéit.
Étant lui-même médecin, il savait combien il était contrariant qu'un patient n'en fasse qu'à sa tête et refuse d'obéir à son docteur. C'était très stupide et totalement inutile.
Puis il y eut un nouveau choc. Des cris tout autour.
Il tenta de bouger, de se relever... mais où était-il, d'ailleurs ?
Il ne voyait rien, ne percevait rien, entendait à peine. Il ne savait plus s'il était assis, debout, sur le côté, allongé, dans quelle position, dans quel sens, pourquoi ?
On l'attrapa. Des mains s'agrippèrent sur son pull où des morceaux de verres s'étaient plantés. Un liquide coula le long de sa main gauche. Il voulu ouvrir la bouche mais ne bougea pas. Il ne la sentait plus.
John paniqua.
Il ne savait plus où il était, ce qu'il faisait là, pourquoi, quand, comment, quelle heure était-il, qu'allait-il faire ? Des cris. Ces cris, oh, ces cris, il aurait voulu les faire taire.
Son cerveau semblait exploser de l'intérieur. Un cri suraigu venait parfois le hanter avant de disparaître quelques temps, pour revenir à la charge à n'importe quel instant.
Il pensa à Prométhée, cet homme de la mythologie Grecque qui se faisait dévorer le foie par un aigle tous les jours de chaque journée, vivant. Il avait l'impression d'être dans la même position que cet homme – ou du moins dans le même genre de souffrance – et le comprenait tellement bien...
Pris d'une petite folie passagère, il commença à rire, rire comme s'il était habité par Satan, rire comme si sa vie en dépendait, rire comme s'il ne pouvait faire que cela, rire. Il rit en pensant à Prométhée, cet homme banni des dieux, personnage auquel il n'avait jamais vraiment prêté attention et il riait de penser à lui, maintenant, dans cette situation incompréhensible qu'il vivait, dans ce chaos intérieur qui régnait maintenant en lui. Cet insensé fou rire se calma peu à peu.
Une voix masculine acheva son absurde délire.
- Dépêchez-vous, son état est grave !
Il voulu lever les bras et se prendre la tête entre ses mains pour arracher de sa tête cette voix qui revenait encore et encore, sans cesse, ne le laisserait-elle donc jamais en paix ?! Ses ongles s'enfoncèrent dans le front et descendirent jusqu'aux sourcils en rappant la peau sans pourtant causer de très grands dégâts... ses doigts étaient en sangs. Une main saisi ses bras et les plaqua le long de son corps.
- Il faut le placer dans les urgences.
- Et l'autre passager ?
- On l'a déjà embarqué, signala quelqu'un.
John senti soudainement son corps se détacher du sol pour se poser lourdement sur un tissu qui l'embrassa entièrement. Sa tête lui faisait moins mal.
Il tenta de comprendre les paroles qu'on avait prononcée autour de lui. « urgence... », « autre passager … ? ». Il sentait qu'il n'était pas loin de comprendre ce qu'il se passait, il devait juste gratter ce mur qui séparait son esprit de cette logique qu'il n'arrivait pas à retrouver. Il força. Les douleurs commencèrent à le reprendre.
Il stoppa instantanément, paralysé par la souffrance. Ses mains s'agrippèrent à un drap qui avait apparemment recouvert son corps. Ses ongles le déchira. Il ne s'en rendit pas compte.
Son environnement commença à bouger. Il n'était plus stable. Encore.
Toujours des cris. Des hurlements.
Il sursauta quand quelque chose de glacé se colla contre sa peau et coula un liquide froid dans son bras.
Il se débattu un peu. Il ne savait pas trop pourquoi. Pour la forme, peut-être.
Puis il sombra à nouveau dans les ténèbres.
