Houlà... Très très très trèèès longtemps... que je n'ai pas écrit sur cette histoire. Disons que j'ai un problème de "End" pour cette fic' puisque j'ai deux idées, et que je n'arrive pas à me décider. Et finalement, je reprends... et puis on verra. J'ai relu l'histoire, histoire qui est au passage ma première fic' à chapitres, et maintenant que j'ai du recul... je vois des fautes, que j'ai corrigées. Je reposterais donc prochainement les chapitres précédents. Mais ça ne veut pas dire que je n'ai pas fait de fautes non plus dans celui-ci hein... xD

Ensuite, je vous remercie de me continuer/reprendre à lire cette fic'. J'ai adoré vos derniers commentaires. Merci. Vraiment. *cœur sur vous*

Une petite review à la fin de ce chapitre serait la bienvenue, vraiment :3

Ceci dit, je vous souhaite une très bonne lecture ~


"John Watson" n'est pas synonyme de "ne rien faire"


- Mr. Watson.

Taisez-vous.

- Mr. Watson !

Je vous ai dit de vous taire.

- Mr. Watson, répondez-moi, s'il vous plaît. Vous savez très bien que tout va bien. Ne vous inquiétez pas.

C'est ce qu'ils disent tous.

La femme soupira et inversa son croisement de jambes. John ne réagit pas. De toute façon, il n'en voyait pas l'utilité.

« Vous avez vécu un traumatisme. » Qu'ils disaient. « Vous devez voir un médecin, Mr. Watson. » Qu'ils disaient. « ...Parler vous procurera le plus grand bien. » Qu'ils disent.

Il avait fait la guerre. Il avait été la-bas, parmi tous ces gens qui se battaient et que la mort venait réconforter. Il les avait vu, mutilés, défigurés, massacrés, agoniser et mourir sous ses yeux, sous ses propres mains. Elles étaient encore rouges de leur sang. Il avait déjà vécu pire. Il avait déjà vécu quelque chose de traumatisant.

Alors qu'on n'aille pas lui dire que ce stupide soit-disant accident "d'il-ne-savait-encore-quoi" en était un, parce qu'il ne les croyait pas. Rien ne pouvait être pire que cette fichue guerre. John Watson pouvait être quelqu'un de bien patient, il n'était pas non plus totalement abruti. Une séance de psychanalyse était peut-être d'usage, mais il n'en avait absolument rien à faire.

Ils pourraient rouspéter, crier, supplier, menacer et l'amadouer autant qu'ils le veulent, ça ne changeait rien. Rien du tout. Et cette femme brune qui le fixait de ses yeux bruns... Qu'ils étaient laids, ses yeux. Il n'avait jamais vu d'yeux aussi laids. Comme tout le reste de son visage. Quelle affreuse banalité. Quelle affreuse femme. Et pourtant elle n'était pas moche. Non, à vrai dire, elle était plutôt... normale. Mais elle lui faisait horreur. A moins que ça ne soit pas elle, qui lui fasse horreur. Peut-être que tout lui faisait horreur. Tout semblait pitoyablement banal. Rien n'était novateur, ici.

- Mr. Watson, je sais que ça peut se trouver dur de parler... de ce genre de choses. Mais je vous en prie, pour une fois, tentez-le. Répondez-moi. Seulement un mot.

Ne dites pas de sottises. Vous en fichez comme de l'an quarante, avouez-le. Tout ce qui vous intéresse, c'est qu'on augmente votre prime, comme tout le monde.

Elle avait une voix qui pouvait apaiser et irriter en même temps. Que c'était étrange. Un sourire involontaire s'esquissa sur les lèvres de John avant qu'il ne le fasse disparaître aussitôt. Elle ne sembla pas l'avoir remarqué.

Nouveau soupire. Elle était tenace. Tenace, mais lasse.

- Cela fait trois jours maintenant, Mr. Watson. Deux jours que vous êtes réveillé, deux jours que vous n'avez absolument rien dit, rien émit si ce n'est cet hurlement que vous avez poussé lors de votre premier éveil. N'avez-vous donc rien à dire ?

Si, bien sûr que j'ai quelque chose à dire ! Cette salle sent tellement mauvais qu'on pourrait croire que c'est vous qui l'avez parfumée ainsi... Il serait temps qu'elle comprenne que, effectivement non, il n'avait rien à dire. Ou du moins, rien envie de dire.

- ...Rien à demander ?

John haussa un sourcil d'intérêt. Voici enfin une excellente question. Enfin, excellente, non, n'exagérons pas. Une question à ne pas négliger. N'avait-il pas quelque chose à demander ? Voire plusieurs ? Non, en fait, il le savait très bien : son cerveau ne jurait qu'en engendrant questions sur questions. Alors des demandes, il en avait des millions à lui soumettre.

Il ouvrit la bouche et hésita un instant.

Si elle lui posait cette question, c'est qu'elle devait réellement vouloir l'aider et lui apporter le plus de réponses possible, en fin de compte. Peut-être qu'il devait mettre fin à cette passe muette. Il se racla la gorge, chose qu'il avait l'habitude de faire lorsqu'il souhaitait attirer l'attention de quelqu'un ou seulement pour déclarer quelque chose d'important.

Et aucun son n'en sortit.

- Ne vous inquiétez pas, se pressa de le rassurer la psychanalyste face à son hébétement. Il est fréquent de perdre l'usage de sa voix lors de ce genre d'épreuves, monsieur. Nous n'étions seulement pas sûrs en ce qui vous concerne, étant donné que vous refusez tout traitement...

Évidemment qu'il refusait tout traitement ! Ces imbéciles de docteurs avaient interdit à toute personne de lui parler de son accident. Ou même de lui parler tout cours de sa vie antérieure. Il ne savait même pas de quel accident il s'agissait. Avion ? Voiture ? Train ? Attaque terroriste ? Vol à main armé ? Un accident pouvait être un bel euphémisme comme une magnifique hyperbole. Même s'il penchait peut-être davantage sur l'hyperbole – on exagérait toujours tout dans les hôpitaux.

Nouvel essai, sans succès. Tout en essayant de garder son calme et conservant un visage impassible, John saisit un carnet à notes sur la table d'à côté qui lui était à portée de main – et qui sans avait été posé là en son attention ou celle d'un précédant patient.

Puis il écrivit cette principale question qui le hantait depuis ces deux derniers jours. Cette question évidente et muette à laquelle personne n'avait songé utile de l'informer. Sans doute en craignant les effets secondaires de cet « accident ». Quelle bande de pauvres demeurés. Il lui retourna le carnet lorsqu'il eut fini.

« Que m'est-il arrivé ? »

Une petite lueur de joie s'alluma dans ses yeux bruns. Ils n'étaient pas si laids que ça, finalement. Jusqu'à ce qu'ils s'éteignent à nouveau. Comme pour le contrarier.

- Mr. Watson, nous ne sommes pas supposés parler de cela. Nous sommes ici pour vous demander, à vous, ce dont vous vous souvenez.

Comme si vous ne le saviez pas !

John reprit le stylo et souligna sèchement de trois traits la phrase qu'il lui avait soumise.

- Mr. Watson, après le choc que vous avez enduré, il est préférable de ne pas trop vous bousculer, répéta-t-elle. Il est conseillé d'attendre quelques temps avant de vous informer des précédents événements.

Comme si je ne l'avais pas compris.

Il jura. S'il avait oublié quelques éléments de sa vie, John Watson se souvenait parfaitement ne jamais au grand jamais, jusqu'à ce jour, n'avoir rencontré de femme aussi stupide que celle-ci. Sauf peut-être la boulangère du quartier où il vivait lorsqu'il était bien plus proche de sa sœur qu'aujourd'hui.

- De quoi vous souvenez-vous ?

Comme si vous vous en souciez.

Mais très bien. Autant ne pas perdre de temps. Puisqu'elle l'agaçait prodigieusement, mais tout de même malgré lui, le médecin se décida à lui donner ce qu'elle voulait. Ainsi, il n'aurait plus à la supporter, et elle de même. Echange équivalent. John saisit le carnet, arracha la première feuille et commença à la remplir à la manière d'un enfant rédigeant son profil pour se présenter à sa nouvelle classe.


Enfin.

En agissant ainsi, il s'était rendu compte à quel point il avait été idiot. Inconsciemment – ou disons plus ou moins – il avait reporté toute la faute sur cet hôpital. Tout ce qu'il se passait et ne comprenait pas. Et finalement, en parlant (ou plutôt en écrivant) John avait récupéré ce qu'il avait cessé d'espérer aujourd'hui : son téléphone portable. Certes, totalement brisé, mais récupéré quand même. Il l'avait mis à charger en espérant qu'il fonctionne toujours – après tout, s'il se chargeait, tout était possible, non ? Le lendemain, en se levant, il l'allumerait et alors là... peut-être saurait-il.

C'est à cet instant qu'une infirmière frappa à sa porte.

- Mr. Watson ? Vous avez de la visite.

John fronça des sourcils. Ces derniers jours, ceux qui avaient voulu lui rendre visite étaient des malades, complètement fêlés. Des journalistes paparazzis avaient voulu et insisté pour le voir, débarquant à l'hôpital en masse. Il ne savait pas ce qu'il avait fait ou aurait pu faire pour mériter cela, mais une chose était sûre, c'est qu'il sentait n'avoir jamais réellement apprécié ce genre de choses. Ça lui rappelait les stars potiches qui posaient stupidement sur les couvertures de magazines people.

L'infirmière s'effaça et laissa place à... une jeune femme. John fut surpris, il dût l'admettre. La seule personne qu'il avait vue jusqu'à présent et qu'il semblait apprécier, était un l'Inspecteur Lestrade. C'était un homme compréhensif et plutôt amical. Il n'avait pas revu l'homme habillé en noir et aux cheveux en batailles. Mais il lui avait laissé son numéro de téléphone sur le papier. Et une adresse. John l'avait retenue sans grande difficulté. 221B Baker Street. 221B Baker Street. 221B Baker Street. 221B Baker Street.

S'il avait pu, il y serait allé. Mais il semblait que le monde entier se soit ligué contre lui et après quelques tentatives désespérées – comme celles de voler les habits d'un autre patient et de tenter de filer à l'Anglaise (sans grand succès). Ce qui, par ailleurs, ne lui ressemblait d'ordinaire pas tellement. Mais il n'allait pas non plus se poser de questions à propos de toutes ses réactions, faits et gestes.

La jeune femme entra timidement. Les traits de son visage étaient tirés, des cernes bordaient ses yeux et John aurait parié qu'elle n'avait pas bénéficié d'un solide sommeil réparateur depuis au moins trois jours. Ses cheveux bruns avaient été ramenés en queue de cheval ce qui lui donnait une certaine allure.

- Bonjour, John, le salua-t-elle. Je... J'ai appris pour ta voix. J'espère que ça ira mieux.

Contrairement à sa psy, sa voix était douce et sensible. Elle avait une note de compassion qui l'aurait irrité normalement, mais son regard le troublait. Elle paraissait avoir été très touchée par les derniers événements. Ayant gardé le carnet, il se hâta de gribouiller un mot.

« Merci. »

Il ne la connaissait pas. Que pouvait-il dire d'autre ? Elle hocha de la tête, semblant rassurée.

- Je suppose que tu ne te souviens pas de moi..., commença-t-elle.

Il hocha de la tête dans la négative et une hombre de tristesse parut s'abattre sur elle, mais elle se reprit vite.

- Molly. Je suis Molly Hooper. Nous nous sommes rencontrés... par l'intermédiaire d'un ami commun, bafouilla-t-elle.

Étrangement, cette phrase lui sembla familière. Ou du moins ne lui était pas inconnue.

Ils discutèrent quelques temps. Elle resta longtemps, mais leur conversation était principalement composées de longs silences successifs. Jusqu'au moment de son départ.

- Ravie de t'avoir vu, John.

Sans réfléchir, il écrivit cette dernière question qui lui vint à l'esprit au moment où elle s'excuser de devoir le laisser et passait le seuil de la porte. « Où travailles-tu ? »

- A la morgue.

Oh. Très heureux métier pour une jeune femme.

Et puis ce fût tout.


Il se réveilla en sursaut par la voix. Une fois encore.

Elle était stridente, tellement stridente. Elle hurlait à le tuer. Il se secoua la tête comme si cela pouvait la faire disparaître lorsque son attention fût attirée par des bruits au-dehors. Il se leva en prenant appui contre le mur afin de ne pas perdre son équilibre et de se remettre de ce réveil en panique et longea le couloir de la même manière.

Nouvelle catastrophe. Un feu dans les environs aurait fait quelques blessés dont trois graves. Il faisait nuit, mais John ne s'en préoccupait pas vraiment. Ceci était l'occasion idéale pour faire le mur. D'après les médecins, il ne pourrait sortir qu'avant, minimum, dix jours. Hors, encore huit jours dans cet hôpital et c'était la folie assurée qui attendait John. Il le savait mieux que quiconque.

En évitant quelques infirmiers qui courraient dans tous les sens – bon Dieu, mais n'avait-il jamais aucune organisation ? – John se faufila dans une chambre en tentant de faire le moins de bruit possible. Avec sa jambe et sans sa canne, il se trouvait que jouer le ninja ne paraissait pas aussi simple que ça. Ça avait échoué une fois, mais jamais deux sans trois. Et le personnel était bien trop occupé de toute manière pour lui prêter la moindre attention. Il enfila rapidement une grosse veste en cuir qui ne lui allait absolument pas et un gros jogging gris. Le type qui résidait ici n'avait visiblement pas de très bons goûts en matière d'habillement. Il déposa sur la table deux billets qui suffiraient à l'achat de vêtements de meilleure qualité en guise de dédommagement – il restait honnête tout de même – et fila.

John atteignit non sans problèmes la sortie de l'hôpital et héla un taxi qui s'apprêtait par chance à partir. En embarquant dans celui-ci, il vérifia entre temps la monnaie qu'il lui restait et indiqua l'adresse à laquelle il voulait se rendre sans hésiter lorsque le chauffeur le lui demanda, bien qu'il n'en avait aucune idée auparavant.

- 221B Baker Street s'il vous plaît.