Chapitre 6 :

« Bon sang Allen mais qu'est-ce que tu fais ? Râla Lavi tandis qu'Allen l'entrainait vers des endroits un peu… suspects.

Ca Lavi, ça ne te regarde pas. Enfin si, un peu, mais bon…

Ne me dit pas que tu comptes aller dans ce bordel !

Quelle clairvoyance ! Railla Allen. Et bien nous sommes là pour retrouver le Maréchal Cross non ?

Oui mais pas là-dedans !

Ha. Au fond Lavi, malgré tes prétention d'archiviste tu ne le connais pas n'est-ce pas ? Si tu veux, tu peux être idiot et aller rejoindre notre chère amie Lenalee qui a prévu de faire le tour de la ville avec son portrait. Sinon tu peux te coucher moins bête ce soir et faire confiance au pauvre garçon qui l'a supporté pendant des années.

Tu ne confonds pas avec toi là ? Non parce que je me demande comme il a fait pour ne pas te livrer en pâture aux Akumas !

Là tu touches du doigt le troisième plus grand mystère de ce monde : pourquoi m'a-t-il gardé ? Ou plutôt, pourquoi suis-je resté avec lui ? dit Allen d'un ton mystique, le regard perdu dans le vague.

Et c'est quoi les deux autres « grands mystères » ?

Qui t'as dit qu'il n'y en avait que deux autres ? pas moi. Non sinon les deux placés avant c'est, comment ce fait-il que le Comte Millénaire soit encore vivant ? Et peut-on vraiment sauver Lenalee de sa niaiserie congénitale ?

Komui te tuera…

Un jour, peut-être, en attendant je me porte comme un charme.

…mais je ne comprends pas la première…

Ok, je reformule pour toi : avec tout ce… surplus ? – et encore je suis gentil ! – de graisse comment ce fait-il qu'il ne soit pas encore crevé à cause d'un infarctus ?

Là tu me poses une colle.

Evidement, si je n'ai pas la réponse… énonça Allen comme s'il s'agissait d'une évidence en roulant des yeux.

Voilà des mois qu'ils poursuivaient le Maréchal Cross d'un pays à l'autre et pourtant ce dernier leur échappait toujours. Et si Allen savait que courir après son maître était au moins aussi efficace que d'attraper de l'eau avec une passoire ce n'était pas le cas de ses compagnons d'infortune. Leur périple leur avait fait traverser tout le continent et les avait amené jusqu'en Chine.

Et en toute honnêteté Allen en avait pardessus la cicatrice.

Supporter cette bande de bras cassés qui leur faisait faire des détours monstrueux pour un oui ou pour un non était au-dessus de ses forces. Il ne serait pas étonné d'apprendre que son maître avait déjà atteint les Etats-Unis alors qu'il le cherchait en Chine… Une véritable aiguille dans une botte de foin ! En plus d'être une ordure mémorable ce type avait le don de se tirer de toutes les situations possibles et imaginables.

Même lorsque son apprenti essaye de lui « rendre » ses dettes…

Allen eut un sourire crispé en se souvenant de ce jour fastidieux. A vrai dire il redoutait déjà leurs « retrouvailles cordiales ». Son livre des dettes risquait fortement de s'en trouver alourdi.

Sans mot dire, il se glissa sous les imposant bras du gardien baraqué de la maison close et fila à l'intérieur en laissant à Lavi le soin de s'expliquer avec lui. Si le maréchal Cross utilisait toujours les mêmes méthodes alors il devait trouver le gérant des lieux. Il ne tarda pas le, ou plus la trouver. Vêtue dans une robe splendide mettant en valeur sa beauté naturelle, elle dévisagea Allen avec surprise.

« Je cherche le Maréchal Cross Marian. Dit-il d'entrée de jeu. Je suis, hélas, son apprenti, Allen Walker. »

La femme lui fit signe de le suivre et il l'accompagna jusque dans une petite pièce à l'abri des oreilles indiscrètes.

« Le Maréchal n'est plus ici. Dit-elle avec douceur. Il est parti pour le Japon depuis huit jours maintenant et son bateau à sombré…

Pour de vrai ? Demanda Allen stupéfait.

Des embarcations nous ont signalé que le navire avait envoyé un S.O.S. continua la jeune femme, les yeux rendus humides par le chagrin. Quand ils sont arrivés il n'y avait que les restes d'une petite armée d'Akumas qui flottaient à la surface.

Alors non, à la réflexion ne vous fatiguez pas, il n'est pas mort. Conclu Allen désabusé. Il ne peut pas être mort dans une vulgaire attaque d'Akumas… Ou devait-il aller au Japon ?

A Edo, la capitale. Mon Dieu… pensez-vous vraiment qu'il n'est pas mort ?

Croyez-moi si j'avais une once d'espoir qu'il mange les pissenlits par la racine je serais aussi joyeux que vous seriez triste…

Pourquoi le cherchez-vous ? demanda-t-elle interloquée.

Pour le ramener à la Congrégation. Nous sommes censés être sa garde rapprochée.

Nous ?

Oui moi et mes… compagnons. Grogna Allen comme si le dernier mot était une insulte.

Dans ce cas laissez-moi vous accompagner jusqu'à Edo. Nous soutenons l'Ordre depuis l'époque de ma mère dans ma famille et je possède un bateau. Je le ferai affréter dés demain. »

Allen hocha la tête et se laissa reconduire à l'entrée où Lavi avait manifestement toujours quelques ennuis avec le gardien. Après un examen plus minutieux il constata qu'il s'agissait en réalité d'une gardienne !

« Vous lui donnait quoi à manger votre catcheuse bodybuildée ? demanda-t-il mais Anita ne semblait pas l'avoir entendu.

Mahoja lâche-le. Il est avec ce jeune homme, ils sont de la Congrégation.

Les mineurs ne sont pas autorisés ici. Grommela la géante en déposant doucement un Lavi blanc comme le linge. »

Allen sourit narquoisement, pour un mineur, il en avait vu des choses « pas très catholiques » avec son maître. Encore un des facteurs de son éducation déplorable… Quoiqu'il devait bien admettre qu'il y mettait un peu du sien quand même.

« Partez chercher vos compagnons maintenant. Nous vous hébergerons pour la nuit. Déclara Anita.

Oui Lavi va chercher nos compagnons moi je serais ravi d'aller dormir. Où est-ce d'ailleurs ? »

Lavi lui jeta un regard furibond, que ce maudit gosse aille brûler en Enfer, il ne lui ferait pas le plaisir de s'énerver devant lui.

En plus… il eut un coup d'œil devant la gérante du bordel, c'est vrai quelle était plutôt pas mal dans son genre. Et puis elle avait un petit air, exotique. Pas question de mal se conduire devant une dame !

Lavi tourna fièrement les talons et sans se retourner il se rendit au point de rendez-vous fixé par l'équipe.

Allen le regarda partir avec un sourire narquois, parfait, il aurait peut-être la chance d'être déjà endormi quand les autre arriveraient. Un excellent prétexte pour éviter leur compagnie.

Anita ne posa pas de question et le conduisit dans une chambre spartiate de l'autre côté du bordel. Elle s'en excusa et lui dit qu'ils ne recevaient que rarement la visite d'autant d'exorcistes. En plus le bordel affichait complet ce soir, ils ne pourraient donc pas réquisitionner certaines chambres.

Allen haussa les épaules : bah, après toutes ces années à dormir n'importe où avec son maitre, il se fichait pas mal de la décoration de la chambre. Tant qu'il y avait un lit, un drap et un oreiller… Il s'affala sur ledit lit et s'endormit comme une souche sans prendre le temps de se déshabiller.

Le lendemain Allen avait fièrement le nez au vent, il avait tranquillement pris position sur la vigie en haut du mat du navire d'Anita. Ses yeux argentés impénétrables parcouraient paisiblement l'incroyable étendue d'eau qui s'offrait à lui.

Il avait choisi cet endroit pour trois raisons stratégiques. D'abord il était à l'abri de ma compagnie indésirable des autres exorcistes, ensuite de là-haut il n'avait pas les relents nauséabonds de l'équipage et enfin il pouvait guetter l'approche d'éventuels Akumas avec son œil maudit.

Bien entendu il n'avait donné que ce dernier prétexte pour pouvoir grimper là. Le petit espace tanguait pas mal mais Allen ne s'en plaignait pas. Il s'était défait du mal de mer depuis longtemps. Encore un remercîment qu'il ne manquerait pas d'adresser à son maître quand ils lui tomberaient dessus.

Soudain son œil gauche s'activa et Allen tourna immédiatement la tête. Il en resta bouche bée. Ce n'était ni un ni deux Akumas qui venaient vers eux, mais un véritable nuage de ces horribles machines !

« Nuage nauséabond ! cria-t-il depuis le nid de pie et puis voyant que personne ne comprenait il ajouta. Akuma en vue ! »

La seconde annonce provoqua une vague de panique sur le pont. Les matelots sortaient des calles en masse, inutile jugeait Allen, pour voir ce qu'il se passait. Les exorcistes activaient leur Innocence et pas uns n'eut l'idée de se poster à un endroit stratégique.

Bref, en désespoir de cause il fit croître son horrible bras disproportionné et le changea aussitôt de mode. Les attaques à distances s'imposaient dans cette situation. Dés que les Akuma seraient à porté de tir il tirerait sur tout ce qui les métallique et qui bouge, son œil gauche lui servirait de viseur.

Distance moins deux cents mètres.

En dessous de lui l'effervescence battait toujours son plein et en Allen mettrait son bras à couper : il y aurait des morts. Qu'on ne compte pas sur lui pour aller pleurer sur un tas de poussière.

Distance moins quatre-vingt-dix mètres.

D'ailleurs maintenant qu'il y pensait il y avait bien une petite phrase à ce sujet dans le « guide des boyscouts-exorcistes *. Qu'elle était la formulation déjà ? Ha oui, tu es poussière et à la poussière tu retourneras**. Le Comte devait avoir un drôle de sens de l'humour…

Distance moins cinquante mètres.

Ou alors le jour où il créa les Akuma, le Comte se sentit l'âme d'un poète… Maigre espoir vu les atrocités visuelles que c'était.

Distance moins vingt-cinq mètre.

Allen braqua son canon sur la première déferlante d'Akuma.

« Here I go*** ! »

Appuyé contre une façade criblées de balles et à demi-effondrée il fouille le fond de ses poches. Il a le temps de s'en tirer une avant de partir. Il sourit.

En fait, même s'il n'avait pas le temps il le prendrait. Par toutes les vierges il va en avoir besoin dans les jours à venir. Si sa consommation de tabac ne triple pas cela tient du miracle.

Une allumette grattée, une allumette cassée.

Il se rembrunit. En plus on lui fournit du matériel défectueux. Il compte le nombre de petits bâtonnets restant : onze. Onze malheureuses allumettes. Il soupire, agacé, déjà que sa réserve d'herbes séchées baisse dangereusement, s'il ne se met pas vite au travail il va en manquer avant d'avoir fini !

Deuxième essai, une allumette grattée, une allumette cassée.

Pour ça déjà faut-il qu'il s'infiltre dans leur fichu navire. Ce n'est pas parce que l'on a des passe-droits que l'on a toutes les clefs…

Troisième essais, ses doigts se resserrent autour de la cigarette. La flamme jaillit, c'est la bonne.

Il porte sa douce drogue à ses lèvres et inspire un bon coup, les yeux fermés. La délicieuse et familière sensation apaise le flux perpétuel de ses pensées. De tout les plaisirs de la terre dont il est un fervent pratiquant fumé reste l'un de ses préférés. Il expire lentement la fumée et la regarde se dissiper paresseusement.

Soudain le jacassement grinçant caractéristique des Akumas gâche l'instant.

« Hé tu t'es remis à fumer ?

Moi ? Non.

Tu sais que le patron aime pas ça hein ? Ca encrasse les rouages et ça brouille les ondes !

Mais tu vas arrêter oui ! C'est pas moi j'ai dit !

Ouai on dit tous ça hein ! »

Les bruits s'éloignent, il n'a pas bougé. Il arrive au bout et jette négligemment son mégot. Un peu plus un peu moins, pour un pays complètement souillé par les Akumas, quelle différence ? Il fait signe à son dernier atout de sortir de l'ombre. Il lui reste quelques petites choses à régler avant d'y aller.

« Chomesuke, je veux que tu ailles les mettre en garde. Que cette bande de chien galeux ne vienne pas si c'est pour se mettre dans mes pieds.

Et le garçon ? »

Il attendit un peu avant de répondre. Oui le garçon… Que va-t-il en faire de ce sale gamin ? En vérité il se pose souvent, pour ne pas dire constamment, la question depuis ces cinq dernières années.

« Si tu le vois jette-le à la mer de ma part. »

*Alias : le livre qu'il aurait dû lire s'il avait été… et bien un peu plus pieux.

**Extrait de la Genèse.

***Facile à trouver celle-là… Quand même !