Chapitre 7 : une longue matinée de fiançailles
Il semblait à Elizabeth que cela faisait à peine quelques minutes qu'elle avait fermé les yeux. Le billet qu'elle avait reçu et la discussion avec leur mère l'avaient empêchée de dormir. Même si l'échéance pour elle était plus lointaine, elle s'inquiétait du sort de sa soeur. Elle n'eût pas le loisir de ressasser ces sombres pensées car leur mère pénétra comme une furie dans leur chambre, le bonnet de nuit de travers et la robe de chambre ouverte.
-"Vous n'êtes pas encore debouts ? Dépéchez vous voyons vous allez être en retard ! Jane, quelle mine radieuse vous avez ! Vous êtes absolument ravissante !"
Elizabeth était toujours cachée sous les draps. Mrs Bennet tira dessus sans ménagement, ne pouvant retenir un cri en voyant les yeux cernés et le teint pâle de la cadette.
-"Vous faîtes peur à voir Lizzie !"
Jane grignotait du bout des lèvres, son estomac était noué par l'angoisse de la cérémonie.
-"Jane chérie, il faut que vous mangiez quelque chose, je ne voudrais surtout pas que vous fassiez un malaise au milieu de l'église !"
Mrs Bennet joignant le geste à la parole lui donna une large tranche de pain, généreusement beurrée. Jane se força à l'avaler pour faire plaisir à sa mère. A peine sa dernière gorgée de thé bue, elle dût se précipiter à l'étage, entrainée par sa mère.
-"Il faut vous habiller ! Nous sommes déjà terriblement en retard !"
Mrs Bennet s'afflolait, mélangeant les vêtements de la mari&ée et ceux des demoiselles d'honneur. Elle causait une telle pagaille qu'Elizabeth prit les choses en main.
-"Mère, je crois que vous devriez vous aussi songer à vous préparer. Soyez certaine qu'après Jane, c'est bien vous que les gens d'admireront."
-"Vous avez raison Lizzie ! En cas de besoin je suis dans ma chambre !"
Restées seules les deux soeurs s'habillèrent mutuellement, comme elles avaient l'habitude de le faire depuis leur tendre enfance.
-"Je ne sais comment te remercier ma chère Lizzie, je crois que mère aurait fini par me rendre malade et mon teint de rose aurait verdi !"
Elizabeth rit à cette idée. Ses doigts habiles achevaient de boutonner le dos de la robe de Jane. C'était vraiment une merveille, Charles n'avait vraiment pas lésiné sur les moyens. Les sous-vêtements étaient en baptiste blanche, joliement décoré de dentelles, assortis au lourd jupon. La robe était faite d'une étoffe de soie rosée, qui s'accordait parfaitement avec le teint de Jane. Ses cheveux avaient été tressés et relevés en chignon, qui devait servir de support au long voile brodé qui complétait la tenue. Elizabeth s'écarta de sa soeur pour mieux l'admirer.
-"Jane, tu es superbe ! Je ne vois pas comment Ch arles a fait pour te résister toute une année !"
Elle sourit modestement, arguant que c'était la tenue qui la mettait en valeur.
-"A ton tour maintenant !"
Elle échangèrent leur place et Elizabeth se retrouva face au miroir. C'est vrai qu'elle faisait peur à voir. Ses traits étaient tirés, ses joues pâles et de vilains cernes avaient élus domicile sous ses beaux yeux noisette. Elle s'en émue, craignant la réaction de M Darcy.
-"Ne t'inquiète pas, nous allons arranger ça !"
Le sourire de Jane lui redonna confiance. Sa robe la mettait plutôt bien en valeur, le vert réhaussait son teint pâle et accentuait sa taille fine.
-"Allonge toi sur le lit quelques minutes, le temps que le baume fasse effet."
Elizabeth obéit docilement et ferma les yeux. Jane lui appliqua deux compresses de bleuet qui atténurait les cernes et redonnerait de l'éclat à son visage. Alors qu'elles se reposaient ainsi depuis quelques minutes, une bonne vint leur apporter deux coffrets. L'un était adressé à Jane et l'autre Elizabeth. Curieuses les deux femmes s'interrogeaient du regard. Elles les ouvrirent en même temps. Celui de Jane contenait un admirable bouquet rond tenu par un ruban de la même étoffe que sa robe. Il était composé de délicates roses roses en harmonie avec sa tenue. Celui d'Elizabeth ne contenait qu'une seule fleur, une rose rouge à la limite du pourpre fixée sur un ravissant peigne en ivoire. Elles examinèrent avec attention les fleurs qu'elles avaient reçue.
-"Je crois qu'il ne manquait plus que cela pour parfaire ta tenue ma chère Lizzie."
Elizabeth tenait avec précaution le bouquet de mariée de sa soeur, tandis que cette dernière s'appliquait à placer le peigne dans sa chevelure. Elles se tirent ainsi devant le miroir, silencieuses, conscientes du calme avant la tempête.
-"Ma chère Jane, si tu savais comme je suis heureuse pour toi ! Tu ne pouvais rêver meilleur mari, un homme bon, gentil et dévoué !"
-"Mais ma chère Lizzie, tu oublies ses 5 000 livres de rente !"
A ces mots, elles éclatèrent de rire, heureuses de ce dernier moment de complicité.
Assises dans la voiture qui les emmenaient vers l'église, elles restèrent silencieuses, laissant à leur mère et Kitty le loisir de s'épancher sur l'évènement à venir. Les chevaux eurent du mal à se frayer un chemin jusqu'au parvis de l'église, Mrs Bennet avait bien dû inviter la moitié du Hertforshire. Lorsque la voiture s'immobilisa, Jane risqua un coup d'oeil par la fenêtre. La place grouillait de monde et elle ne parvenait pas à voir Charles.
-"Ne t'inquiètes pas, je vais le chercher."
Et avant que sa mère n'ait pu l'en empêcher, Elizabeth s'engagea dans la foule. Elle ne tarda pas à apercevoir un groupe de gentlemans, dont les hauts de forme surplombaient la masse. M Bennet s'avança à sa rencontre.
-"Ma chère Lizzie vous êtes ravissante !"
-"Merci père. Avez vous vu M Bingley ? Jane vient d'arriver."
-"Je crois qu'il se trouve déjà dans l'église en compagnie d'un certain gentleman ..."
Le clin d'oeil équivoque de son père la fit sourire. Elle s'engagea rapidement sous le porche et pénétra dans le bâtiment. La fraicheur et la solennité du lieu la firent frissonner. Elle aperçu M Bingley en grande discussion avec le prêtre devant l'autel mais pas de trace de M Darcy. Légèrement déçue, elle s'avança à leur rencontre.
-"M Bingley."
-"Miss Elisabeth ! Quel plaisir de vous voir !"
-"Ma soeur Jane vient d'arriver. Elle vous attend dans la voiture devant le parvis."
A ces mots, M Bingley bafouilla et s'élança rapidement vers le porche, pressé d'accueillir celle qui serait bientôt sa femme. Le prêtre disparut dans une pièce adjacente, laissant Elisabeth seule. Elle admira la beauté du lieu, les fleurs fraîches disposées autour de l'autel embaumaient l'air et de nombreux rubans avaient été placés sur les bancs, indiquant la place de chacun. Elle ne l'avait pas vu mais lui ne la quittait pas des yeux. Caché dans un renfoncement, il l'observait depuis quelques minutes. Il avait remarqué dès son entrée qu'elle portait dans sa chevelure le peigne et la rose qu'il lui avait fait parvenir. Il la trouvait sublime et désirable. Peut être allait-il aller chercher le prêtre pour l'épouser sur le champ ? Il sourit à cette idée et s'avança vers elle.
-"Miss Elisabeth ?"
Elle sursauta.
-"M Darcy ! Vous étiez caché là depuis tout ce temps ?"
Elle remarqua aussitôt qu'il portait à sa boutonnière la même rose rouge qui ornait sa tête.
-"Je dois vous remercier pour le charmant cadeau que vous m'avez fait parvenir."
Il s'inclina. Elle brûlait d'envie de le toucher, cela faisait deux semaines qu'elle ne l'avait pas vu. Il la dévorait du regard, détaillant sa tenue qui mettait en valeur ses douces formes. La tension entre eux était palpable, ils ne se quittaient pas des yeux. Darcy qui se tenait toujours à quelques pas d'elle, s'approcha doucement. Tout son être lui criait de la prendre dans ses bras. Son coeur allait l'emporter sur sa raison, lorsque le prêtre revint dans la nef, rompant le charme. Résigné, il se contenta de lui offrir son bras. Le coeur d'Elizabeth battait la chamade. Elle avait bien cru céder à la tentation de se jeter dans ses bras. Darcy sentit le trouble et l'émoi de la jeune femme. Se penchant délicatement vers elle, il lui murmura :
-"Vous m'avez terriblement manqué ..."
