Chapitre 8 : Mrs Jane Bingley

La cérémonie se déroula sans heurts et fut à l'image des jeunes mariés, simple et émouvante. Il n'y eut qu'un léger moment de flottement lors de l'échange des consentements.

-"M Charles Bingley, consentez-vous à prendre cette femme pour épouse, de l'aimer et de la chérir tout au long de votre vie ?"

-"Plus que tout au monde, je le veux."

Le prêtre se tourna alors vers Jane.

-"Miss Jane Bennet, consentez vous à prendre cet homme pour légitime époux, de l'honorer et de le respecter tout au long de votre vie ?"

Mais Jane restait muette, sous le coup de l'émotion. Mrs Bennet crut alors défaillir. Se levant de sa chaise, elle s'exclama :

-"Ma chère Jane, ne faîtes pas attendre ce cher M Bingley."

L'intervention de sa mère la sortit de sa torpeur.

-"Rien ne saurait me rendre plus heureuse, moi aussi je le veux."

-"Par les pouvoirs qui me sont conférés, je vous déclare mari et femme."

Emus aux larmes les deux jeunes mariés se regardaient tandis que la foule applaudissait à tout rompre. Mrs Bennet poussa un soupir de soulagement.

La salle de bal de Meryton était pleine à craquer. Jane et Charles étaient installés sur des fauteuils placés sur une petite estrade. Ils durent recevoir les félicitations des convives une heure durant ! Ils étaient tout sourire, remerciant les invités de leur présence. Elizabeth était assise dans un coin de la salle, gardant un oeil sur sa soeur et son nouveau beau-frère. Près d'elle Mrs Gardiner et Mrs Philipps commentaient avec enthousiasme la cérémonie du mariage. Elle ne prêtait guère attention aux propos de ses tantes, se contentant d'observer les invités et plus précisement M Darcy, accaparé par un dignitaire local. Il faisait des efforts pour rester poli, cela se voyait et Elisabeth ne put s'empêcher de sourire.

-"Peut-on savoir ce qui provoque votre hilarité Miss Elizabeth ?"

Caroline Bingley la toisait de toute sa hauteur. Elle se leva et esquissa une révérence.

-"Miss Bingley, c'est un véritable plaisir de vous revoir."

Caroline ne put ignorer le ton ironique de la jeune femme.

-"Hélas, répondit-elle, j'aurais préféré que cela soit en d'autres circonstances. Faute de dot, j'espère qu'elle sera une bonne épouse pour mon frère."

Accusant le coup, Elizabeth se contenta d'un sourire de façade.

-"Mais vous êtes bien seule. Votre fiancé vous a-t'il déjà abandonnée ?"

D'un geste élégant, Elisabeth replaça lentement une mèche de cheveux imaginaire derrière son oreille de sa main gauche, laissant tout le loisir à Caroline d'admirer sa bague de fiançailles.

-"Si vous voulez bien m'excuser Miss Bingley."

Elle lui tourna le dos, triomphante, tandis que Caroline devenait verte de rage et de jalousie. Darcy n'avait rien manqué de la scène. Parvenant à se débarrasser élégamment de sa ronce, il s'avança à la rencontre d'Elisabeth.

-"Miss Elisabeth, vous plairait-il de faire quelques pas à l'extérieur en ma compagnie ?"

Rose de plaisir, la jeune femme lui prit le bras. Ils traversèrent la salle sous les murmures des invités. Comme seuls au monde, ils ne prêtèrent pas attentions aux commentaires sur leur passage. Leur entrée dans l'église avant la cérémonie du mariage avait déjà provoqué de nombreux remous parmi les invités. La plupart ne connaissait pas M Darcy et tous étaient curieux de voir cet homme si fortuné, possédant la moitié du Derbyshire. Elizabeth n'était pas considéré comme une beauté, subissant l'éternelle comparaison avec sa soeur Jane. Les mauvaises langues prétendaient que M Darcy devait être aveugle ou affublé d'une tare terrible pour n'avoir d'autre choix que d'épouser la cadette des Bennet. Aussi quelle ne fut pas leur surprise en découvrant que M Darcy était un très bel homme, d'une haute stature et d'une belle prestance. A ses côtés, Elizabeth rayonnait et certaines trouvèrent qu'elle s'était embellie depuis ses fiançailles. Le jeune couple ne se rendait pas compte qu'en traversant la salle de bal, ils étaient devenus le centre de toutes les attentions.

Le pâle soleil de novembre ne réchauffait guère l'atmosphère automnale. A peine se furent-ils éloignés de la salle qu'Elizabeth regretta de ne pas avoir pris son châle. Elle frissonnait tandis qu'ils marchaient en silence. Darcy posa sa main sur la sienne.

-"Votre main est glacée, souhaitez-vous que nous rentrions ?"

Elle ne voulait pas se priver du plaisir de l'avoir quelques instants pour elle toute seule. Elle secoua la tête en signe de dénégation. Il lâcha sa main pour ôter sa veste et la poser délicatement sur ses épaules.

-"Merci, mais je ne voudrais pas que vous preniez froid par ma faute."

Il lui sourit, ses mains toujours posées sur ses épaules. Elisabeth l'observait. Elle ne l'avait que rarement vu sourire. Son visage s'éclairait instantanemment, faisant disparaître le masque de froideur et de politesse qui le caractérisait. Elle se sentait bien, enveloppée dans la chaleur de sa veste, sous son sourire bienveillant. Se penchant doucement vers lui, elle se laissa aller contre son torse. L'oreille posée sur son coeur, elle le sentit battre de plus en plus vite. Darcy était tétanisé. Elle reposait, confiante contre lui. Ses mains glissèrent de ses épaules vers son dos pour l'emprisonner toute entière dans ses bras. Dieu qu'elle semblait fragile, petite chose entre ses mains puissantes. Ils restèrent enlacées ainsi de longues minutes, savourant ce premier moment d'intimité. Les premières notes de l'orchestre résonnèrent à travers les fenêtres ouvertes, sonnant le glas de cette chaste étreinte. A regrets, ils se séparèrent, reprenant une posture convenable.

-"Miss Elisabeth, voulez-vous m'accorder vos deux premières danses ?"

-"Voyons M Darcy ! Je croyais que vous ne dansiez que si vous y étiez obligé ?"

-"Pour vous je serais prêt à danser toute la nuit s'il le fallait."

La fête se prolongea jusque tard dans la nuit. Jane et Charles avaient pris congé de leurs invités quelques heures auparavant. Au moment de se quitter, l'émotion gagna les deux soeurs. Jane quittait définitivement Longbourne et sa vie de jeune fille pour endosser son rôle de femme mariée. Elisabeth était heureuse pour elle même si Jane allait terriblement lui manquer. Darcy s'aperçu de sa tristesse et employa sa soirée à la distraire. Ils dansèrent ensemble une bonne partie de la nuit. Malgré les sollicitations, Elisabeth refusa de danser avec un autre homme que son fiancé, ce qui ravit secrètement Darcy. En la quittant au petit jour, ce dernier lui promit de rester quelques jours à Netherfield, pour passer le plus de temps possible avec elle. Une fois n'est pas coutume, le voyage du retour se passa dans le silence le plus total. Mary et Kitty dormaient la tête appuyée sur les épaules de leur mère, elle aussi endormie. M Bennet regardait pensivement par le fenêtre le paysage s'éclairer sous les rayons de soleil naissant. Elisabeth ressentit pour la première fois le poids de sa solitude et encore plus lorsqu'elle se retrouva seule sous les draps qu'elle partageait encore la veille avec sa chère soeur. Mais cette longue journée eut raison de sa tristesse et elle sombra bien vite dans un sommeil profond.