Chapitre 11 : l'hiver
Ainsi que l'avait prédit Jane, les Wickham écourtèrent leur séjour à Longbourne, mais Elizabeth préféra prolonger l'invitation à Netherfield pour profiter de ses derniers jours en compagnie de sa soeur. La vie des Bingley était douce et calme. Jane et Charles s'entendaient à merveille. Toujours d'accord sur tout, aucune dispute ne venait assombrir les premières semaines de leur mariage. Elisabeth et Jane passaient leurs journées ensemble, Charles préférant s'éclipser pour de longues balades à cheval, laissant de nombreux moments d'intimité aux deux soeurs.
Le moment des adieux vint trop rapidement. Ce petit matin de janvier était glacial. Les Bingley avaient raccompagné Elizabeth jusqu'à Longbourne pour prendre congé de la famille Bennet. La Saison commençait et les nouveaux mariés devaient y participer activement.
« Je t'écrirais souvent ma chère Lizzie, tu sauras absoluement tout !»
« J'y compte bien Jane !»
Les deux soeurs s'étreignirent une dernière fois. Elisabeth resta un long moment dehors à regarder la voiture s'éloigner. Lorsqu'elle se décida enfin à rentrer, Betsy vint à sa rencontre.
« Miss Elisabeth ! Ce courrier et ce colis sont arrivés durant votre séjour à Netherfield.»
Intriguée Elizabeth monta rapidement dans sa chambre. Elle reconnut sans peine l'écriture de M Darcy.
Ma chère Elisabeth,
J'espère que ma lettre et le colis qui l'accompagne n'arriveront pas trop tardivement à Longbourne. Malgré le fait que nous soyons séparé, j'ai souhaité vous offrir ce petit présent. J'espère que grâce à lui, vous ne m'oublierez pas ...
Fitzwilliam Darcy
La lettre contenait un autre feuillet dont l'écriture était inconnue à Elizabeth.
Miss Bennet,
Je me permets de vous écrire avec l'autorisation de mon frère, afin de vous souhaiter ainsi qu'à votre famille, mes voeux les plus sincères. Je me réjouis d'avance à l'idée de votre futur mariage avec Fitzwilliam et il me tarde de vous avoir auprès de nous. J'espère que nous aurons l'occasion de nous écrire souvent. Au plaisir de vous lire,
Georgiana Darcy
Elisabeth relut une seconde fois la lettre de sa future belle-soeur. Il en émanait tant de gentillesse et de spontanéité qu'elle se sentit fondre de tendresse pour Georgiana. Elle était persuadée qu'elles s'entendraient parfaitement, car elle avait le même âge de Kitty. La perspective d'avoir une nouvelle soeur la ravissait. Cependant sa curiosité la ramena rapidement au colis qui accompagnait les lettres. Il n'était pas très grand et plutôt léger. Défaisant délicatement les liens qui maintenaient la boîte fermée, elle découvrit d'abord un rouleau. Georgiana lui faisait parvenir plusieurs partitions pour piano à quatre mains. Elizabeth rit de bon coeur.
« Décidément, elle n'en démords pas !»
Depuis leur rencontre à Pemberley, la jeune femme insistait pour qu'Elisabeth joue du piano avec elle, son frère lui ayant exagérément vanté les mérites musicaux de sa fiancée. Elisabeth soupira. Elle mettrait Mary à contribution pour l'aider à s'améliorer. Le second cadeau était un délicat mouchoir brodé, qu'elle devina être encore un cadeau de Georgiana.
« M Darcy m'aurait-il caché ses talents de brodeur ?»
Elisabeth sourit en imaginant son fiancé penché sur un travail de couture, plissant les yeux et jurant parce qu'il s'était piqué avec l'aiguille. Passant délicatement son doigt sur les fils, elle déchiffra les lettres brodées, E D. Elle réfléchit un instant, avant de réaliser que ces initiales seraient les siennes après son mariage.
« Mrs Elisabeth Darcy. Ca rend plutôt bien comme nom !»
Elle s'entraina à le répéter plusieurs fois, tantôt d'une voix aimable, puis d'une voix autoritaire. Son attention se reporta vite sur la boîte qui contenait un troisième et dernier cadeau. Il était soigneusement enveloppé dans un papier de soie gris. De taille petite, l'objet était plat et de forme ovale. Elizabeth tatait délicatement l'emballage, essayant de deviner ce qu'il pouvait bien contenir. Il protégeait une adorable miniature représentant M Darcy, semblable à celle qu'elle avait pû admirer dans la vitrine de Pemberley lors de sa visite avec son oncle et sa tante Gardiner. Elle examina avec attention le portait. Il était extraordinairement ressemblant, les yeux en particulier étaient si expressifs qu'ils semblaient réels. Elisabeth contempla longuement le portrait de son bien aimé avant de le poser délicatement sur l'oreiller à côté d'elle. Elle s'endormit sous le regard bienveillant de M Darcy.
« Voyons Lizzie ! Fais un effort, c'est la troisième fois que tu te trompes au même passage !»
Mary désespérait de réussir à faire de sa soeur aînée une pianiste accomplie. Elle avait accepté avec enthousiasme d'aider Elisabeth à travailler les partitions que lui avait fait parvenir Georgiana mais devant la difficulté de la tâche, elle faillit renoncer.
« J'ai mal à la tête Mary, faisons une pause veux-tu ?»
Mary haussa les épaules et se remit à jouer.
« Pour te remercier de ton aide, je t'emmène à Meryton cet après midi. Tu pourras choisir ce que tu veux, je te l'offre.»
Mary ne semblait pas très enthousiaste à cette perspective mais poussée par Kitty qui souhaitait elle aussi aller à Meryton, elle finit par accepter.
Tandis que Kitty dévalisait la boutique de rubans sous le regard désapprobateur de Mary, Elisabeth réfléchissait à ce qu'elle pourrait offrir en retour à Georgiana et à M Darcy. Meryton n'offrait pas les mêmes ressources que Londres, et Elisabeth ne possédait pas encore les finances des Darcy. Elle entraina ses soeurs chez le libraire. Mary se montra plus intéressée et Kitty ronchonnait. Elisabeth finit par trouver ce qu'elle cherchait. Passionnée de musique, Georgiana devait certainement disposer de nombreuses partitions.
« Ce bel étui en cuir devrait lui plaire, je pourrais facilement le lui personnaliser en gravant ses initiales sur le devant.»
Comme promis, elle offrit à Mary un livre de maximes qui avait retenu son attention. De retour à Longbourne, Elisabeth s'affligea de n'avoir rien trouvé pour M Darcy. Le cadeau qu'il lui avait offert était bien trop personnel pour se contenter du premier objet venu. Elle décida de commencer par la gravure de l'étui de Georgiana, pensant que l'inspiration lui viendrait peut être en travaillant.
Chère Georgiana,
Votre lettre et vos présents m'ont causé une grande joie. C'est donc avec plaisir que je vous souhaite à mon tour mes meilleurs voeux. Je serais ravie de correspondre avec vous jusqu'au printemps, date à laquelle nous aura le plaisir de nous revoir. J'espère recevoir bientôt de vos nouvelles,
Elizabeth Bennet
Lorsqu'elle acheva le paquet et la lettre destinés à Georgiana, il faisait nuit depuis longtemps. Elle n'avait rien mangé depuis le midi, préférant éviter les repas de famille où les lamentations de Mrs Bennet la mettait au supplice. Une petite excursion nocturne dans les cuisines s'imposait. Mais quelle ne fut pas sa surprise en ouvrant la porte de découvrir M Bennet, tranquillement attablé devant une assiette généreusement garnie.
« Je vois que la faim fait sortir les souris de leur trou.»
M Bennet souriait.
« Les rats de bibliothèque aussi il semblerait.»
Elisabeth s'assit en face de son père. Ce dernier l'examina avec attention. Sa fille avait minci, elle flottait dans ses robes et sa peau était de plus en plus pâle.
« Lizzie chérie, vous ne pouvez vous nourrir d'amour et d'eau fraîche. Que va penser M Darcy au printemps prochain ?»
Elisabeth baissa les yeux. Depuis son départ pour Pemberley, elle se sentait dépérir, l'appétit l'avait quitté en même temps que lui.
« Il faut que vous preniez soin de vous et quelques kilos supplémentaires ne vous feraient pas de mal. Commencez donc par cela.»
Joingnant le geste à la parole, il lui donna sa propre assiette. Tout en ouvrant les placards pour se resservir, il questionna sa fille.
« As-tu eu des nouvelles de M Darcy dernièrement ?»
« En effet père, des lettres et des cadeaux de sa part ainsi que de sa soeur.»
« En voilà une jeune fille gâtée !»
M Bennet regarda le visage de fille s'éclairer au souvenir de son fiancé. Il l'interrogea sur le contenu du colis. En guise de réponse, Elizabeth lui tendit le portrait qui ne la quittait plus.
« Voilà une peinture fort ressemblante.»
La jeune femme acquiesça et confia soudain à son père qu'elle ne savait quoi lui offrir en retour. M Bennet sourit.
« De mon temps, lorsqu'une jeune fille était éprise d'un jeune homme, elle lui offrait une mèche de ses cheveux.»
Assise devant son miroir, Elisabeth peignait soigneusement ses longues boucles brunes. Armée d'un ciseau, elle dégagea une longue mèche qui courrait le long de sa nuque. D'un coup sec, elle la coupa puis la tressa avec soin. Choississant à dessein l'un des rubans de sa tenue de demoiselle d'honneur lors du mariage de Jane, elle acheva son cadeau par un noeud savant. Satisfaite du résultat, elle enveloppa soigneusement cette petite partie d'elle-même dans son plus joli mouchoir, avant de la glisser dans l'enveloppe destinée à son fiancé.
Cher M Darcy,
Je ne saurais vous dire à quel point votre cadeau m'a ravie ! Cette miniature est une véritable source de réconfort pour moi, alors que vous vous trouvez si loin de moi. Elle ne me quitte jamais, ainsi je peux à tout moment la regarder... J'ai pris la liberté d'écrire à Georgiana sans passer par votre intermédiaire, j'espère que cela ne vous déplait pas. Puissiez vous trouver dans mon cadeau, autant de plaisir que j'en reçu du vôtre. J'attends de vos nouvelles avec impatience.
Elizabeth Bennet
