Chapitre 13 : le dernier voyage
Elisabeth était déjà prête et habillée depuis un long moment lorsque sa mère vint la réveiller. Cela faisait bientôt deux jours qu'elle ne dormait plus, impatiente à l'idée de retrouver M Darcy. Une fois ses affaires descendues dans le hall, elle resta un long moment à examiner sa chambre. Elle se revit couchée sous les draps avec Jane, discutant le soir du fameux bal de Meryton qui allait bouleverser leurs vies, consolant Jane du départ précipité de M Bingley de Netherfield, et dansant de joie pour célébrer leurs fiançailles.
« Lizzie ? C'est l'heure de partir.»
M Bennet se tenait dans l'encadrement de la porte. Elizabeth était partagée entre la tristesse de quitter Longbourne et son père et sa joie à l'idée de retrouver son fiancé. Comme pour l'encourager, M Bennet lui prit le bras et ils quittèrent ensemble la maison de son enfance.
M Darcy s'était occupé des moindres détails de leur voyage, qui devait durer trois jours. Ils avaient à leur disposition deux voitures pour leur permettre de voyager à leur aise et d'emporter autant que de bagages que le souhaitait Mrs Bennet. Les cochers avaient été spécialement choisis par M Darcy et connaissaient avec précision l'itinéraire et les étapes du voyage. Bercée par la voiture, Elizabeth ne tarda pas à s'endormir rapidement. Elle ne se réveilla que lors de la halte programmée du déjeuner.
« Où sommes nous père ?»
« Nous venons d'arriver dans le Bedforshire. Cela fait près de quatre heures que nous roulons sans discontinuer.»
Elizabeth était heureuse de se dégourdir les jambes. Elle se sentait reposée mais toujours aussi impatiente. Après une collation rapide, la famille Bennet reprit la route. Ils étaient attendus le soir même dans une auberge de Northampton. En une journée, ils avaient accompli une bonne partie du trajet. Malgré le confort des voitures, tous furent heureux de ce nouvel arrêt. M Darcy leur avait réservé un étage entier de l'établissement, composé de trois chambres et d'un grand salon. Ils dinèrent tous ensemble avant d'aller se coucher. Dans sa chambre, Elisabeth découvrit un magnifique bouquet qui embaumait l'air, composé de roses rouges, fait étonnant en cette période de l'année.
Ma chère Elizabeth,
J'espère que votre voyage se passe bien et que vous n'êtes pas trop fatiguée par tant de route. Plus que deux jours et vous serez enfin près de nous ...
Fitzwilliam Darcy
Charmée par le message qui accompagnait le bouquet, Elizabeth s'endormit rapidement.
La seconde journée de voyage se passa agréablement. Il faisait encore froid mais le manteau neigeux avait disparu, facilitant le cheminement des Bennet. Lorsqu'ils arrivèrent à l'auberge le soir, ils venaient d'entrer dans le Derbyshire.
« Eh bien Lizzie, comment trouvez vous les terres de votre futur époux ?»
« Voyons mère, M Darcy ne possède pas tout le Derbyshire !»
« Vous avez raison ma chère, nous ne sommes sans doute pas encore entrés dans la moitié lui appartenant ...»
Elizabeth leva les yeux au ciel. Sa mère était incorrigible et son attitude manquait cruellement de savoir-vivre. Comme la veille, elle trouva dans sa chambre un bouquet de roses ainsi qu'un grand paquet. Intriguée, elle souleva délicatement le couvercle.
Ma chère Elizabeth,
Vous voilà arrivée dans le Derbyshire. Voici un modeste présent pour vous souhaiter la bienvenue ...
Fitzwilliam Darcy
Sous le papier de soie reposait une robe vert emeraude. Elizabeth la déplia délicatement. Elle était simple mais élégante, sans fioritures mais d'une coupe impeccable. Tandis qu'elle admirait la robe, Kitty fit irruption dans sa chambre.
« Quelle robe superbe Lizzie ! Mère ? Venez vite voir ce que M Darcy a envoyé à Lizzie !»
Mrs Bennet s'empressa d'accourir accompagnée de Mary et de M Bennet. Gênée Elizabeth voulut ranger la robe dans sa boîte mais sa mère ne lui en laissa pas le loisir.
« Voilà un cadeau somptueux ma chère Lizzie, cette couleur vous va à merveille.»
M Bennet hocha la tête, se félicitant mentalement de la délicatesse de son futur gendre.
Après un copieux petit déjeuner, la famille Bennet reprit tranquillement la route. Il ne restait guère plus de trois heures de voyage avant d'arriver à Pemberley. Les paysages du Derbyshire semblèrent encore plus beaux à Elizabeth que lors de son voyage avec les Gardiner. M Darcy avait eu raison d'insister pour célébrer leur mariage au printemps. Bien que seuls les prémices en soient apparents, Elizabeth se doutait que le spectacle de Pemberley au début du mois de mai serait magique. M Bennet, en fin connaisseur, appréciait à sa juste valeur la beauté des paysages environnants. Passé le village de Lambton où avait grandi Mrs Gardiner, les voiture s'engagèrent dans une petite allée. La tête passée par le fenêtre, Mrs Bennet observait la route avec attention, tentant d'aperçevoir le château de Pemberley. Lorsque les voitures arrivèrent enfin devant l'édifice, Mrs Bennet poussa un cri de désappointement.
« Est ce donc là Pemberley ? Mais c'est à peine plus grand que Longbourne !»
Elizabeth regarda par la fenêtre.
« Ne vous méprenez pas mère, il ne s'agit nullement de Pemberley.»
« Mais où sommes nous donc alors ?»
Sur le perron, deux domestiques attendaient patiemment l'arrivée de la famille Bennet. A l'arrivée des voitures, ils s'avancèrent pour les accueillir.
« Soyez les bienvenus à Ripley House. Je m'appelle Coleen et voici mon mari John.»
Elisabeth s'avança vers le couple.
« Ravie de faire votre connaissance. Je suis Elisabeth Bennet, voici mes parents, M et Mrs Bennet, et mes deux jeunes soeurs Catherine et Mary.»
Le couple salua respectueusement les invités de leur maître.
« M Darcy met à votre disposition la maison ainsi que ses dépendances. John va s'occuper de vos bagages. Je vous invite à entrer, je vais vous montrer vos appartements.»
Ainsi que l'avait affirmé Mrs Bennet, Ripley House n'était guère plus grand que Longbourne, aussi Elisabeth s'y trouva rapidement à son aise. Prévenus par Coleen, qu'ils étaient attendus le soir même à Pemberley pour dîner, chaque membre de la famille Bennet se retira dans sa chambre afin de se préparer. Elisabeth savoura le bain que lui avait préparé la jeune femme, qui lui portait une attention toute particulière. Elle regardait distraitement les volutes de vapeur qui se formaient au dessus de l'eau chaude, se préparant mentalement à revoir M Darcy. Elle était toujours aussi impatiente mais une certaine angoisse lui nouait le ventre. Elle n'était pas une simple invitée mais la future Mrs Darcy et elle ne savait quelle attitude adopter. S'était-elle montrée trop familière avec les domestiques ? Elisabeth décida que rester elle-même était la meilleure ligne de conduite. Elle était une personne simple et elle le resterait, Mrs Darcy ou pas. Après s'être prélassée une bonne demie heure dans l'eau, elle s'inquiéta de sa tenue. Tout naturellement, elle voulait porter la robe verte que M Darcy lui avait fait parvenir lors de leur seconde étape. Elle s'apprêtait à s'habiller lorsque l'on frappa à la porte.
« Oui ?»
« C'est Coleen Miss Bennet.»
« Entrez je vous en prie.»
Coleen s'avança vers Elisabeth qui tenait toujours sa robe.
« Je vous en prie Miss, laissez moi vous aider.»
Surprise Elizabeth refusa gentiment son aide. Coleen était perplexe. Elle n'avait jamais connu de jeune femme qui sache se vêtir seule et cela l'étonnait grandement. Certes elle avait entendu de nombreuses rumeurs au château qui disaient que la future Mrs Darcy n'était rien d'autre qu'une campagnarde mal dégrossie mais elle ne leur avait pas prêté attention. Miss Bennet n'avait rien d'une paysanne, ses manières étaient délicates et elle était d'une grande beauté. Elizabeth finissait de s'habiller sous le regard attentif de Coleen. Cependant la jeune femme n'avait jamais porté de robe de cette facture et elle ne parvenait pas à attacher les lacets dans le dos.
« Je crois que votre aide sera la bienvenue.»
Les deux femmes se sourirent mutuellement. L'habileté de Coleen impressionna Elizabeth, qui se hasarda à lui demander si ses talents feraient aussi des miracles sur ses cheveux.
« Je vous en prie Miss Bennet, installez vous devant la coiffeuse.»
Elizabeth obtempéra et c'est tout naturellement qu'elle entama la conversation.
« Cela fait-il longtemps que vous êtes au service de M Darcy ?»
« Depuis cinq ans Miss.»
« Quelle fonction occupez vous à Pemberley ?»
« Je suis femme de chambre et j'aide occasionnellement aux cuisines. Mon mari John est jardinier et il est responsable de la serre.»
Une serre, voilà l'explication aux superbes bouquets de roses qu'elle avait reçu. Elle continua son interrogatoire.
« Que pensez-vous de M Darcy ? Est-ce un bon maître ?»
Coleen suspendit ses gestes et considéra la jeune femme dans le miroir. Elle ne devait pas se laisser aller à trop de familiarité avec la future Mrs Darcy. Reprenant d'un geste lent, la mèche de cheveux qu'elle était en train de tresser, elle lui répondit d'un ton neutre.
« M Darcy est un bon maître, ses employés sont bien traités et nous ne manquons de rien.»
Elizabeth la regarda à son tour. La domestique lui avait fait une réponse de façade.
« Je n'attends pas de vous que vous me disiez ce que j'ai envie d'entendre. Je souhaite connaître votre opinion personnelle sur M Darcy. Soyez assurée que cette conversation restera entre nous.»
Coleen hésita. Elle se sentait proche de la jeune femme, elles avaient quasiment le même âge, elles auraient pu être soeurs dans une autre vie. Elle soupira.
« M Darcy est un homme bon, je le pense réellement. Il se soucie de notre sort et nous protège de son mieux. Mais il est parfois trop exigeant et il ne se rend pas toujours compte de nos difficultés.»
Elizabeth remercia la jeune femme pour sa franchise. Ce qu'elle lui disait de M Darcy était en accord avec l'image du maître de Pemberley qu'elle s'était forgée.
« J'ai terminé Miss Bennet.»
Toute à ses réflexions, Elizabeth n'avait pas suivi le travail de Coleen. Lorsqu'elle releva la tête, elle eut un choc en se regardant dans le miroir. La robe mettait parfaitement en valeur son teint de porcelaine, ses cheveux relevés en un savant chignon dégageaient délicatement ses épaules, que venaient habiller quelques boucles brunes.
« Vous êtes une véritable magicienne Coleen ! J'ai peine à me reconnaître !»
La jeune femme rosit du compliment d'Elizabeth et s'éclipsa discrètement. Face à la psychée, elle s'examina attentivement, admirant la robe et la coiffure.
« Me voici une vraie dame !»
Elle se mit à rire, savourant à l'avance l'effet qu'elle espérait provoquer chez M Darcy.
