Chapitre 15 : Mrs Reynolds

Lorsque la voiture s'immobilisa devant l'escalier de Pemberley, Mrs Reynolds attendait déjà Elizabeth. Après les salutations d'usage, elle entraina rapidement la jeune femme dans le château. Débarassée de son manteau et de ses gants par un domestique empressé, elle suivit docilement l'intendante. Cette dernière l'entraina vers la partie basse du château, réservée aux domestiques. Par une porte entrouverte, Elizabeth aperçu les cuisines. Elle croisa de nombreux domestiques qui s'affairaient à leurs tâches. La jeune femme pensa que ce détour, visait à démontrer à la future Mrs Darcy que Mrs Reynolds accomplissait avec efficacité son travail d'intendante. Arrivée devant une petite porte, elle s'effaça pour laisser entrer Elizabeth.

« Voici mon bureau. Bien que je n'y sois que fort rarement, c'est d'ici que j'organise tous les évènements de Pemberley.»

La pièce était propre et bien rangée. Mrs Reynolds disposait d'une large table derrière laquelle elle s'assit, invitant Elizabeth à s'installer dans le fauteuil qui lui faisait face.

« Nous avons beaucoup de détails à régler et peu de temps à notre disposition.»

M Darcy avait tracé les grandes lignes du mariage mais avait négligé de nombreux détails. Elizabeth allait donc devoir prendre des décisions en son nom.

La cérémonie devait avoir lieu en fin de matinée à la chapelle de Pemberley, elle serait suivi d'un repas assis dans la salle de réception principale du château.

« J'ai plusieurs propositions de menus à vous soumettre.»

Joingnant le geste à la parole, elle lui tendit une large feuille. Elizabeth parcouru rapidement le feuillet.

« Combien d'invités M Darcy compte-t'il reçevoir ?»

« Environ une cinquantaine Miss Bennet.»

C'était trois fois moins que pour le mariage de Jane et de M Bingley. Elizabeth fit rapidement son choix, elle voulait quelque chose de simple mais de raffiné. Mrs Reynolds nota ses exigences sans les commenter. La jeune femme ignorait les pensées de l'intendante.

« D'autre part, il vous faut choisir la décoration de l'église et de la salle de réception. Concernant la vaisselle et le linge de table, j'ai trois services à votre disposition et ...»

Elizabeth ne lui laissa pas le temps de terminer.

« Ne serait-il pas judicieux de me faire visiter avant de me demander de choisir ?»

Mrs Reynolds acquiesça et entraina Elizabeth vers la salle de réception. C'était une pièce immense bordée de hautes fenêtres. Son plafond était entièrement recouvert d'une fresque aux tons rouges, qui suscita l'admiration de la jeune femme.

« Cette pièce est bien trop grande pour seulement cinquante invités», fit remarquer Elizabeth.

La salle pouvait contenir au bas mot deux cent personnes, idéale pour une grande réception mais pas pour un repas assis.

« A vrai dire, M Darcy voulait clotûrer la soirée en donnant un bal en votre honneur. Il avait donc pensé utiliser l'espace vacant comme piste de danse.»

Elizabeth fronça les sourcils. Cette disposition ne lui convenait guère.

« Je suis persuadée que vous disposez d'une pièce aux dimensions plus réduites, qui permettrait d'y dîner .»

Mrs Reynolds ouvrit l'une des portes attenantes, dévoilant le grand salon de Pemberley. Le regard de la jeune femme s'éclaira, elle venait d'avoir une idée.

« Qu'en pensez vous Mrs Reynolds ?»

L'intendante était surprise mais séduite par sa proposition. A sa charge de convaincre le maître des lieux. Elizabeth choisit avec soin la vaisselle et le linge de table, optant pour une décoration discrète, considérant que la beauté des pièces se suffisaient à elles-mêmes.

Mrs Reynolds entraina ensuite la future mariée jusqu'à la chapelle. Elle était située de l'autre côté du lac, sur un petit promontoir verdoyant. De taille modeste, elle était suffisamment grande pour accueillir la cinquantaine d'invités prévue. Edifiée dans le plus pur style gothique, son aspect n'était guère engageant. Elizabeth choisit de la décorer avec des tentures blanches et des bouquets de roses et de lys blancs. Mrs Reynolds consignait consciencieusement tous ce que la jeune femme choisissait.

Lorsqu'elles revinrent à Pemberley il était presque une heure de l'après midi. L'intendante semblait satisfaite et Elizabeth également.

« Miss Georgiana vous attend dans le petit salon. Je vous fais apporter le déjeuner dans quelques instants.»

Elle s'inclina, voulant prendre congé.

« Je souhaiterai vous dire quelques mots si vous n'êtes pas trop pressée Mrs Reynolds.»

L'intendante se raidit.

« Je tenais à vous féliciter pour votre travail. Pemberley se présente sous son meilleur jour et je sais que vous y veillez chaque jour. Je souhaitais aussi vous remercier personnellement pour le soin que vous mettez dans l'organisation du mariage, je suis ravie de notre collaboration et j'espère qu'il en sera toujours de même à l'avenir.»

Mrs Reynolds s'inclina une seconde fois et disparu sans dire un mot. Sans plus attendre, Elizabeth s'avança vers le petit salon où l'attendait Georgiana. La jeune fille trépignait d'impatience, aussi lorsqu'Elizabeth frappa à la porte, elle se précipita pour lui ouvrir.

« Miss Elizabeth !»

Elle s'inclina respectueuesement devant son aînée.

« Ma chère Georgiana ! Je suis heureuse de vous revoir !»

Elizabeth s'avança vers la jeune fille et les prit les mains. Ravie de cette marque de tendresse, Georgiana rougit.

« Je vous en prie appelez moi Elizabeth et permettez que je vous appelle par votre prénom.»

Les deux femmes prirent place à table dans l'intimité du petit salon. Georgiana raconta son enfance à Elizabeth et ses années de pensionnat à Londres. Elle passa volontairement sous silence la fuite avortée avec Wickham, et lui vanta sous toutes les coutures les qualités de M Darcy.

« En vérité Georgiana, je crois que votre analyse est biaisée par l'amour que vous portez à votre frère !»

« Vous vous méprenez ! Fitzwilliam est doué de toutes les qualités et n'a que peu de défauts. C'est un frère aimant, un ami fidèle et un bon maître. Il peut parfois se montrer froid et hautain mais c'est pour se protéger.»

A son tour, Elizabeth passa par le menu détail ses plus tendres années, provocant l'incrédulité de Georgiana lorsqu'elle lui raconta qu'à l'âge de dix ans, elle avait décidé d'apprendre à nager et qu'elle s'était jetée toute habillée dans l'étang qui jouxtait Longbourne. Georgiana lui enviait son enfance heureuse, entourée par une famille nombreuse et présente. Elle n'avait pas eu cette chance, sa mère était morte en lui donnant la vie alors que Fitzwilliam était âgé d'une dizaine d'années. Leur père s'était retranché dans son chagrin et avait délaissé l'enfant qu'elle était. Seul son frère lui accordait toute son attention et sa tendresse, tissant un lien indéfectible entre eux.

Leur déjeuner achevé, Georgiana entraina malgré elle Elizabeth dans son salon de musique. La jeune femme reconnut instantenement l'endroit. C'est ici qu'elle avait surpris les retrouvailles de Darcy et de son soeur lors de sa visite à Pemberley l'année dernière.

« Mary m'a avoué que vous vous étiez entrainée dur sur les partitions que je vous ai fait parvenir à Longbourne. Voulez-vous bien jouer avec moi ?»

« Telle était mon intention Georgiana, mais je ne suis pas sûre d'être à la hauteur de vos espérances.»

Elles s'assirent sur le banc devant le pianoforte. Les débuts furent assez difficiles. Georgiana jouait avec une telle virtuosité qu'Elizabeth s'arrêtait de jouer pour mieux l'écouter. Au bout d'une heure d'efforts, elles parvinrent à s'accorder, jouant de concert. Leurs joues s'étaient rosies sous l'effort de concentration et par le plaisir qu'elles avaient à être ensemble. Dans l'encadrement de la porte, M Darcy observait attentivement la scène. Les deux jeunes femmes lui tournaient le dos et ne s'étaient pas aperçues de sa présence. Lorsque résonnèrent les dernières notes du concerto, Georgiana releva la tête et remarqua son frère dans le miroir.

« Fitzwilliam !»

Elle se releva précipitemment pour se jeter dans ses bras. Elizabeth était gênée.

« Miss Elizabeth. Ce fut un plaisir pour moi de vous écouter, vous jouez à ravir.»

« Pas aussi bien que votre soeur j'en ai peur, mais j'ai essayé de lui faire honneur.»

M Darcy était rentré plus tôt que prévu, ne résistant pas à l'envie de revoir sa fiancée.

« Mrs Reynolds vous a-t'elle fait visité Pemberley ?»

« Seulement les endroits relatifs à notre mariage.»

M Darcy sourit.

« Vous plairait-il que je vous serve de guide ?»

Elizabeth découvrit avec enchantement les merveilles du château. Le rez de chaussée était composé de plusieurs pièces de réception, salles à manger et salons, dont la jeune femme avait eu un aperçu le matin même. Il l'entraina dans la partie réservée aux domestiques. Le personnel les regarda, étonnés, de voir leur maître accompagné de sa future épouse, faire le tour des communs. M Darcy les appelait tous par leur prénom, demandant des nouvelles de leurs enfants et de leurs familles. Elizabeth était étonnée par la proximité de son fiancé envers ses domestiques. Elle découvrait une nouvelle facette de sa personnalité.

Leur visite se poursuivit à l'étage. Divisé en deux parties, l'aile gauche accueillait les visiteurs et les invités. Composée d'une dizaine de chambres, cette partie semblait désertée. Cela faisait bien longtemps que Pemberley ne recevait plus. L'aile droite déservait les appartements personnels de la famille Darcy.

« Ici se trouve la chambre de Georgiana et au bout du couloir notre suite.»

L'emploi du mot notre avait fait sourire Elizabeth. Il ouvrit la porte centrale. La jeune femme pénétra dans charmant salon. Elle s'avança jusqu'à la porte fenêtre pour y découvrir le paysage. Un charmant jardin à l'anglaise s'étalait à ses pieds, avec en son centre un batiment de pierres blanches et de verre.

« C'est bien votre serre que j'aperçois ?»

« Comment avez-vous deviné ?»

Elizabeth sourit. En fille de botaniste, elle savait que les rosiers ne produisait leurs plus belles roses qu'au mois de mai. Or les fleurs que lui avait offert M Darcy ne pouvait provenir que d'une serre. L'homme se félicita de l'esprit perspicace de sa fiancée. Légèrement gêné, il lui indiqua que la porte de gauche déservait sa chambre et celle de droite celle qui serait bientôt la sienne.

« C'était celle de ma mère. Georgiana m'a aidé à la redécorer, j'espère qu'elle vous plaira.»

Elizabeth s'avança doucement vers la chambre. Elle était bien plus grande que celle de Longbourne mais son aspect cosy la rendait tout de suite chaleureuse. Un grand lit à baldaquin faisait face à une cheminée où flambait déjà un bon feu. Une coiffeuse était installé près de la porte fenêtre et de nombreuses penderies occupaient le reste de la chambre. Une petite porte la mena jusqu'à un charmant boudoir au centre duquel trônait une baignoire sur pied. La décoration des pièces était simple, dans des tons de rose pâle et de blanc, Elizabeth était sous le charme. M Darcy attendait anxieusement dans l'encadrement de la porte.

« C'est merveilleux ! Cette chambre est un véritable paradis !»

M Darcy soupira de soulagement. Il avait tellement envie qu'Elizabeth se sente comme chez elle, qu'il aurait été prêt à repeindre toute la façade Pemberley si elle lui avait demandé. On frappa doucement à la porte.

« Voici Kate, elle va vous aider à vous préparer pour le dîner de ce soir.»

« Mais je n'ai pas prévu de tenue, je pensais rentrer à Ripley.»

Darcy lui sourit et fit un geste en direction de la femme de chambre. Ouvrant l'un des nombreux placards de la chambre, Elizabeth découvrit une penderie garnie de robes et de rubans.

« J'ai pensé qu'une nouvelle garde robe vous ferait plaisir.»

Elizabeth était dubitative, avait-il honte de ses toilettes ? Elle ne savait quoi penser. M Darcy s'inquiéta du mutisme de sa fiancée. Il demanda à Kate de préparer un bain pour la future Mrs Darcy. La bonne s'enferma dans le boudoir, laissant le couple en tête à tête.

« Aurais-je fait quelque chose qui vous a froissé ?»

Elizabeth haussa les épaules.

« Auriez-vous honte de moi M Darcy ?»

Face à cette attaque frontale, ce fut à son tour de rester muet. Elizabeth enchaina.

« La robe verte m'a beaucoup touché car je pensais que c'était un cadeau du coeur. Mais voilà que maintenant vous m'obligez à me préparer ici et que vous m'offrez une garde robe bien plus luxueuse que celle que je possède. Je suis donc en droit de vous demander si je vous fait honte.»

« Il n'est aucunement question de cela.»

M Darcy lui avait répondu d'un ton sec et avait revêtu son masque de froideur. Elizabeth se raidit. En une minute, la belle complicité qui lui unissait avait volé en éclats.

« L'unique but de ma démarche était de vous faire plaisir et de faire en sorte que vous vous sentiez comme chez vous à Pemberley. Cependant en tant que future Mrs Darcy vous vous devez de tenir un certain rang. Pemberley n'est pas Longbourne.»

Arguant qu'il devait lui aussi se préparer, il la salua rapidement et referma la porte derrière lui. Elizabeth était désemparée, elle voulut le rattraper pour s'excuser mais lorsqu'elle entra dans le salon, il avait déjà disparu. La jeune femme s'assit sur le lit, l'air défait.

« Avez vous choisi votre tenue Miss Bennet ?»

Kate la regardait avec sollicitude. Elle lui présenta plusieurs robes mais aucune ne plaisait à Elizabeth.

« Auriez vous quelque chose de plus simple, de plus sobre ?»

Kate était surprise. Généralement, les dames aimaient les robes très ouvragées, très riches. Elle ouvrit un autre placard. Une robe gris perle attira l'attention d'Elizabeth.

« Votre bain est prêt, vous n'avez qu'à sonner si vous avez besoin de moi, je suis juste à côté.»

La jeune femme s'enfonça entièrement dans l'eau chaude, laissant le liquide submerger ses cheveux.

« Quelle idiote je fais ! Nous ne sommes même pas encore mariés et nous nous disputons déjà !»

Elle prit le temps de réfléchir aux paroles de M Darcy. Devenir sa femme impliquait-il de renoncer à sa simplicité, à sa volonté propre pour épouser un style de vie où les convenances avaient préséance sur tout le reste ?

Lorsqu'elle en eut assez de tremper dans l'eau, elle voulut se saisir d'une serviette pour s'essuyer. Mais elle n'en trouva pas à sa disposition. Gênée, elle sonna.

« Kate ? Pourriez vous m'apporter de quoi me sécher s'il vous plait ?»

La bonne entra munie d'une grande serviette qu'elle déplia devant Elizabeth. Peu habituée à un tel service, la jeune femme voulut se saisir du drap.

« Levez-vous Miss, je vais vous sécher.»

Le visage d'Elizabeth prit une teinte cramoisie. Jamais elle ne s'était retrouvée nue devant qui que ce soit. Enroulée dans sa serviette, la jeune femme suivit la bonne dans la chambre. Elle avait étendu sur le lit le linge de corps et la robe grise. Kate prit les choses en main, rodée à ce genre d'exercice. Ne prêtant pas attention à l'attitude gênée de la jeune femme, elle l'habilla soignant chaque détail de sa tenue. Après l'avoir peignée et coiffée, elle la laissa seule. Elizabeth s'avança vers la porte du salon et écouta attentivement. Aucun bruit de lui parvenait. Elle ouvrit la porte. Le salon était désert. Bien décidée à s'expliquer avec M Darcy, elle s'assit et attendit patiemment.