Chapitre 16 :
Darcy jeta rageusement sa veste sur le lit. Le front contre la fenêtre, il repensait aux mots d'Elizabeth.
« Monsieur ? Votre bain est prêt.»
Peter savait que son maître était contrarié mais même s'il en ignorait la véritable cause, il avait sa petite idée sur la question. Darcy remercia son valet et plongea rapidement dans l'eau chaude. Il écoutait Peter ouvrir les placards et choisir sa tenue du soir en sifflotant. Cela faisait bientôt quinze ans que l'homme s'occupait de son bien être au quotidien. Alors qu'il venait juste de fêter ses douze ans, son père le convoqua dans son bureau. Intimidé le jeune garçon découvrit M Darcy en compagnie d'un homme qui devait avoir environ 35 ans.
« Mon fils, te voilà presque un homme. Aussi il est nécessaire que tu disposes de ton propre valet de pied. Je te présente Peter. A partir de maintenant, cet homme est à ta charge.»
Peter s'inclina respectueusement devant le jeune garçon. Impressionné Fitzwilliam le salua en retour.
« Veuillez attendre mon fils dans le couloir je vous prie.»
Son père lui expliqua comment il devait se comporter envers son valet et qu'elles étaient ses responsabilités en tant que maître.
« Cet homme va partager ton quotidien pendant de longues années. Sois toujours courtois et poli envers lui. Assures-toi de son bien être comme il se préoccupe du tien. J'espère qu'il te sera un camarade fidèle.»
Darcy avait appliqué les consignes de son père à la lettre et avec le temps, Peter était devenu plus qu'un simple valet de pied. Sans pouvoir traiter d'égal à égal, il existait une certaine forme de libéralité entre eux. C'est cette amitié qui poussa Peter à questionner son maître. Tandis qu'il l'aidait à s'habiller, le valet hasarda quelques mots sur la future Mrs Darcy, s'enquérant de sa réaction lors de la visite du château.
« Absoluement ravie jusqu'au moment où elle a découvert sa nouvelle garde robe ! Elle a pensé que je lui offrais des vêtements parce que j'avais honte de ses tenues.»
Peter esquissa un sourire. Cette Miss Bennet n'était pas faite du même bois que les autres !
« Est-ce le cas Monsieur ?»
Darcy réfléchit un instant. Non il n'avait pas honte d'elle, même si sa naissance et sa famille avaient été à un moment donné, un obstacle pour lui.
« Non, j'avais juste envie de lui faire plaisir. Si je pouvais la couvrir de cadeaux, de bijoux, de fourrures et je ne sais quoi d'autre encore, je le ferais sans hésiter.»
Ajustant la cravate de son maître, Peter ajouta innocemment.
« Avez-vous songé à ce qui ferait réellement plaisir à Miss Bennet ?»
Darcy était un idiot. Elizabeth était bien trop indépendante pour que quelqu'un puisse dicter sa conduite. En redécorant la chambre et en choisissant ses tenues, il lui avait ôté toute possibilité d'exprimer ses propres envies. Il lui avait imposé la durée de leurs fiançailles et le lieu de leur mariage, ne lui laissant que des détails dans l'organisation de leur noce. Elle avait raison de lui en vouloir, il s'était comporté comme si elle était sa chose au lieu de la considérer comme son égale.
« Merci Peter pour vos sages conseils.»
Il inspira et ouvrit la porte. Elizabeth l'attendait dans leur salon commun, assise sur une bergère près du feu. Elle se leva aussitôt. Darcy remarqua qu'elle avait choisi la robe la plus simple, celle qui était le plus à son image.
« M Darcy je crois que je vous dois des excuses ...»
« Non je crois plutôt que c'est moi qui devrait m'excuser.»
Ils s'assirent côte à côte.
« Je regrette de vous avoir imposé mes choix sans vous consulter. Je n'ai pensé qu'à mon plaisir sans réfléchir à ce qui pourrait réellement vous plaire. J'ai été égoiste envers vous et vous avez tout à fait raison de m'en vouloir.»
Elizabeth l'écouta sans broncher, consciente que M Darcy fait un gros effort pour s'amender.
« Je sais que tout ce que vous avez fait, vous l'avait pensé pour me faire plaisir et je vous en suis reconnaissante. Il est vrai que depuis nos fiançailles vous avez pris beaucoup de choses en main, sans me laisser beaucoup de latitude. C'est là un trait de caractère particulièrement fort chez vous. Il fait votre charme aussi bien qu'il peut vous desservir.»
Darcy gardait la tête baissée. Elizabeth lui prit la main.
« Je ne veux pas me disputer avec vous, faisons la paix voulez-vous ?»
En guise de réponse, il embrassa sa main en retour.
« A l'avenir vous aurez toujours votre mot à dire concernant les décisions importantes. Je veux que vous soyez mon égale et pas seulement ma femme.»
A ces mots, le coeur d'Elizabeth fondit. C'était tout ce qu'elle désirait, un mari aimant, loyal et fidèle, avec lequel elle pourrait être sur un pied d'égalité. Quelques larmes de joie roulèrent sur ses joues. M Darcy les essuya du bout des doigts, conscient que quelque chose d'important venait de naître entre eux. Elizabeth se laissait aller à la douce caresse de ses doigts, qui explorait tendrement son visage. Elle tenait toujours la main de Darcy dans la sienne, traçant des petits cercles dans sa paume. Sans s'en rendre compte, ils se rapprochaient l'un de l'autre, mus par la force invisible du désir. Darcy se pencha doucement vers Elizabeth, passant son bras autour de ses épaules comme pour la réchauffer. La jeune femme se laissait faire, savourant l'étreinte légère de son fiancé. Arrivé à quelques centimètres du visage de sa bien aimée, Darcy déposa un tendre baiser sur son front. Elizabeth lui sourit, comme un encouragement. Puis il l'embrassa chastement sur les deux joues. Son petit nez pointu le ravissait et il ne résista pas à l'envie de l'embrasser aussi. Elizabeth ne souriait plus. Elle leva la tête vers son fiancé. Ce dernier l'observait avec passion, quêtant une autorisation implicite. En guise de réponse, elle ferma les yeux. Le premier contact de ses lèvres sur les siennes fut à l'image d'un battement d'ailes de papillon, léger et fugace. Darcy ne voulait pas se laisser emporter par son désir. Il lui picora les lèvres de petits baisers. Elizabeth se laissait faire, savourant ce premier baiser. Lorsqu'il la sentit prête, ses baisers se firent plus longs, plus appuyés, son bras se ressera autour de ses épaules comme pour éviter toute tentative de fuite. Elizabeth était serrée contre lui, les mains contre son torse, abandonnée à son étreinte. Leurs lèvres s'ouvrirent sous la pression du désir et leur baiser devint beaucoup plus passionné. Haletant M Darcy s'écarta brusquement d'Elizabeth, marchant en direction de la fênetre. La jeune femme avait le visage rouge et les yeux brillants. Son premier baiser avait été à la hauteur de ses espérances, elle aurait aimé qu'il se prolonge à l'infini. M Darcy lui tournait ostensiblement le dos. La jeune femme s'en inquiéta. Avait-elle fait quelque chose d'inconvenant ? Elle secoua la tête. Malgré la présence de Peter dans la pièce adjacente, leur situation devait sembler inconvenante aux yeux de M Darcy. Elle s'approcha doucement de lui et posa sa main sur son épaule.
« Je vous en prie ne me touchez pas.»
Sa voix était rauque, il faisait manifestement des efforts pour se contenir. Elizabeth était inquiète, elle ne comprenait pas ce qui mettait son fiancé dans un tel état. Docile, elle retourna s'asseoir sur la méridienne.
« Aurais-je fait quelque chose de déplaisant ?»
Aux sanglots dans la voix d'Elizabeth, Darcy se retourna vivement. La jeune femme tentait à grand peine de retenir ses larmes.
« Ne pleurez pas je vous en prie !»
Il se jeta à ses pieds.
« Vous n'avez rien fait de mal, j'ai seulement eu peur de ne pas pouvoir me contenir. Je vous aime tellement que j'ai bien failli me laisser emporter par mon désir pour vous.»
A cet aveu, Elizabeth sourit. Prenant entre ses mains le visage de son fiancé, elle prit l'initiative de l'embrasser.
« Non Elizabeth, je vous en prie, il ne faut pas ...»
« Chuutt ...»
A son tour, elle explora le visage de M Darcy par des baisers légers. Vaincu, il se laissa faire, profitant des caresses de sa fiancée. Ainsi qu'il l'avait fait pour elle, elle embrassa son front, ses joues et son nez, puis déposa un chaste baiser sur ses lèvres. Grisée par le plaisir, elle l'embrassa encore et encore, jusqu'à ce que leurs lèvres se trouvent scellées dans une étreinte encore plus passionnée. M Darcy avait passé ses bras autour de sa taille et l'attirait inexorablement vers lui. Les mains d'Elizabeth avaient délaissé son visage pour se croiser dans son dos. Ils basculèrent sur le tapis. Surprise la jeune femme se mit à rire mettant ainsi fin à leur étreinte. M Darcy l'aida à se relever, et elle prit le temps de remettre de l'ordre dans son apparence. Avisant sa cravate de travers et ses cheveux en bataille, elle fit de même pour son fiancé. C'est encore plus amoureux qu'ils descendirent au salon où la famille Bennet et Georgiana les attendaient patiemment. La soirée se passa agréablement. M Darcy semblait beaucoup plus détendu et bien disposé envers Mrs Bennet. Après le repas, Mrs Reynolds vint les retrouver pour discuter des arrangements décidés par Elizabeth pour le mariage. Darcy invita sa future belle mère à donner son avis, et approuva sans réserve les décisions pertinentes de sa fiancée. Mrs Bennet trouva bien quelques choses à redire ici et là mais fut impressionnée par le bon sens et le bon goût de sa fille. A n'en pas douter, elle serait une parfaite maîtresse de maison.
Les jours suivants s'écoulèrent sensiblement de la même façon. Georgiana fut autorisée à rendre visite aux Bennet à Ripley House. La maison résonnait des rires et des cris des quatre jeunes femmes, remplissant le vide laissé par le départ de Lydia dans le coeur de Mrs Bennet. Elizabeth et M Darcy se découvraient chaque jour un peu plus, leur complicité était tellement flagrante qu'elle provoqua de nombreuses interrogations chez Mrs Bennet. Un soir, elle s'aventura jusqu'à la chambre de sa fille.
« Je vous dérange Lizzie ?»
« Je vous en prie mère.»
« Puis-je m'entretenir quelques instants avec vous ?»
Elizabeth s'inquiéta à l'idée de subir une nouvelle leçon sur le devoir conjugal.
« Je crois que vous avez déjà abordé ce sujet avec moi, la veille du mariage de Jane. »
Mrs Bennet secoua la tête.
« Il s'agit nullement de cela Lizzie. Je voulais vous interroger sur la nature de vos sentiments envers M Darcy. »
Elizabeth était surprise. Sa mère était donc aveugle à ce point ?
« Pensez-vous réellement que je pourrais me marier à M Darcy, sans éprouver d'amour pour lui ? »
Mrs Bennet prit un air contrit, lui rappelant son attitude détestable au bal de Meryton et lors de leur visite à Netherfield.
« J'ai pensé que vous vouliez faire un plus beau mariage que Jane ! »
A ces mots, Elizabeth éclata de rire.
« Quand bien même il n'aurait pas un sou, je l'aurais quand même épousé ! Mais je sais l'importance que revêt pour vous ses 10 000 livres de rente et le fait qu'il possède la moitié du Derbyshire ! »
Mrs Bennet soupira. N'ayant pas de fils, sa plus grande crainte était de se voir jetée à la rue lors que son mari viendrait à décéder. Les mariages avantageux de ses filles aînées calmaient quelque peu ses angoisses.
« Je voulais juste m'assurer que vous ne changeriez pas d'avis au dernier moment. »
Mrs Bennet se retira très dignement. Elizabeth était soulagée. Sa mère avait enfin compris qu'elle faisait un mariage d'amour et non pas un mariage d'argent.
