Chapitre 27

Ce matin, Elizabeth s'était réveillée avec la boule au ventre. Le repas de ses fiançailles devait avoir lieu ce soir et la perspective de rencontrer des personnes importantes pour M Darcy la rendait anxieuse. Après le petit déjeuner, elle resta au salon en compagnie de sa tante.

" Quand j'avais votre âge Lizzie, j'ai rencontré M Gardiner. Il venait de reprendre l'affaire familiale et avait de grands projets pour faire fructifier l'entreprise. Nous venions juste de nous marier. Il m'annonça qu'il avait trouvé de nouveaux investisseurs, des banquiers de la haute bourgeoisie, et que l'affaire se déciderait au cours d'un repas. Je vous laisse imaginer mon angoisse. Je savais l'importance de l'enjeu et les conséquences de ce dîner."

Elizabeth écoutait attentivement l'histoire de sa tante.

" Tout cela pour vous dire Lizzie que j'ai toute confiance en vous. Vous êtes une jeune femme belle, intelligente, vive et vous allez épouser l'un des gentleman les plus riches d'Angleterre. Votre statut va changer, vous allez fréquenter des cercles plus élevés mais cela ne signifie pas que vous ne saurez pas vous adapter."

La jeune femme remercia sa tante, elle avait le don de la rassurer et de lui donner confiance en elle. Mais leur conversation fut interrompue par l'arrivée de la bonne.

" Mrs Gardiner, une certaine Mrs Richards désire vous voir."

La maîtresse de maison lui donna l'autorisation d'introduire la visiteuse.

" Mrs Gardiner, Miss Bennet, je viens de la part de M Darcy. Je suis Mrs Richards."

Les deux femmes saluèrent la visiteuse.

" A la demande de M Darcy, je viens pour confectionner un trousseau pour Miss Bennet, ainsi qu'une robe pour le dîner de ce soir."

Elizabeth regarda sa tante et lui murmura.

" Dois-je accepter ?"

Mrs Gardiner lui sourit.

" Souvenez-vous de ce que je vous ai dit, vous entrez dans un nouveau monde. M Darcy est un homme intelligent et prévenant, il vous offre ce qu'il vous manque, votre apparence."

Elizabeth apprécia la justesse et la finesse de la réflexion de sa tante, et repensa aussitôt à sa mésaventure de la veille avec Georgiana.

Mrs Richards était une femme pratique et pragmatique. En moins de dix minutes, le salon de Mrs Gardiner fut transformé en une boutique de mode. Elizabeth fut priée de monter sur un tabouret au beau milieu de la pièce et Mrs Reynolds l'examina sous toutes les coutures.

" Vous êtes parfaite Miss Bennet ! Votre taille, vos épaules, toutes les robes vous iront à merveille !"

Compte tenu du peu de temps dont disposait la couturière, elle avait amené des robes toutes faites parmi lesquelles Elizabeth devait choisir celle qu'elle porterait le soir même. La jeune femme essaya de nombreux modèles sous le regard de Mrs Gardiner et Mrs Richards.

" Ma chère Lizzie, cette robe émeraude vous va à ravir ! Vous êtes divine !"

Elizabeth observa son reflet dans le miroir. La robe était très belle.

" Vous avez raison Madame, le vert rehausse votre teint et s'accorde parfaitement avec vos cheveux bruns. Je ne saurais trop vous conseiller celle ci Miss Bennet."

La jeune femme acquiéça aux conseils avisés des deux femmes. Le reste de la matinée et le début d'après midi fut consacré au reste du trousseau commandé par M Darcy. Ce dernier n'avait pas oublié les erreurs qu'il avait commis à Pemberley en imposant la décoration et la garde robe à Elizabeth. Aussi la jeune femme eut-elle toute latitude, choisissant les modèles, les tissus, les rubans et les accessoires, toujours sous l'oeil expert de la couturière et les remarques avisées de sa tante. Outre la robe prévue pour ce soir, M Darcy avait commandé trois autres robes de soirée, une quinzaine de robes de journée, du linge de corps et tous les accessoires nécessaires, du chapeau, en passant par les rubans jusqu'aux ombrelles. Lorsque que Mrs Richards repartit, l'après midi était bien entamé. Il n'y eut finalement que de peu de reprises à faire sur la robe emeraude au grand soulagement de la couturière. Le trousseau ne serait pas prêt avant une dizaine de jours. Mrs Reynolds invita Elizabeth à faire les derniers essayages en fin de semaine prochaine. La jeune femme remercia chaleureusement la couturière pour son aide et ses conseils précieux.

" C'est toujours un plaisir de travailler pour M Darcy et pour la future Mrs Darcy."

Elizabeth observait la nuit qui tombait sur Londres. Déjà les réverbères s'allumaient et les passants se faisaient plus rare dans le froid hivernal. Bien à l'abri dans le fiacre, la jeune femme se préparait mentalement au repas qui allait suivre. M Darcy avait convié les Gardiner et Elizabeth plus tôt, de manière à pouvoir leur faire visiter Darcy House. La jeune femme ne s'était encore jamais rendue dans ce quartier, l'un des plus recherché de Londres. Les rues larges et les façades blanches tranchaient avec la noirceur et la saleté de certaines ruelles qu'Elizabeth avait pu apercevoir à travers la vitre. Lorsque le fiacre s'immobilisa devant l'une des plus imposantes demeures de la rue, les trois occupants du véhicule restèrent bouche bée. La maison était située un peu en retrait de la rue, le grand portail en fer forgé et l'allée qui menait jusqu'à la demeure étaient illuminés par de nombreuses torches et flambeaux. La façade dans le plus pur style londonien, resplendissait sous l'effet de la lumière.

" Il n'y a rien à redire ma chère Lizzie, M Darcy est un homme de goût."

Elizabeth déglutit avec difficulté, impressionnée par le faste exposé aux yeux des passants. Darcy House n'avait rien à voir avec Pemberley, et la jeune femme ne s'y sentit pas aussi à l'aise que dans le Derbyshire. Un domestique en livrée vint les accueillir à la descente du fiacre et les conduisit dans la demeure où M Darcy les attendait dans le hall.

" Mrs Gardiner, M Gardiner, Miss Bennet, je suis ravi de vous accueillir."

Et c'était vrai. M Darcy souriait et c'est spontanément que, proposant son bras à Elizabeth, il les entraina vers le petit salon où les attendaient Georgiana. Elle était charmante dans sa robe de mousseline rose et aussi intimidée qu'Elizabeth par l'évènement de ce soir. En effet, eut égard à son jeune âge, Georgiana n'avait pas encore fait son entrée dans le monde. De ce fait, elle ne fréquentait aucun salon, bal ou soirée mondaine. Le grand repas donné en l'honneur des fiançailles de son frère et d'Elizabeth était une grande première pour elle. M Darcy proposa de faire visiter la demeure avant que les autres invités arrivent. Le rez de chaussée était essentiellement composé de pièces de réception de tailles variables, dont la plus grande pouvait tout de même accueillir jusqu'à cent personnes. M Darcy expliqua à Elizabeth que sa mère avait pour tradition de donner une réception suivie d'un bal chaque année lors de la Saison, un véritable évènement mondain. La décoration luxueuse tranchait singulièrement avec la sombre majesté de Pemberley. Bien malgré elle, Elizabeth ne pouvait s'empêcher de faire le parallèle entre les deux demeures. M Darcy les amena à l'étage, desservi par un double escalier. L'aile gauche réservée aux invités ne servait que très occasionnellement.

" A vrai dire, il n'y a guère que le colonel Fitzwilliam, mon cousin et co-tuteur de Georgiana qui occupe une chambre. Vous le verrez tout à l'heure lors du dîner."

La famille Darcy était logée dans l'aile droite, où Georgiana disposait d'une vaste chambre à laquelle était adjoint un cabinet de musique où la jeune fille pouvait s'exercer en toute tranquilité à l'étude du piano. A l'image de Pemberley, la suite réservée à l'usage du couple Darcy était composée de deux chambres reliées entre elle par un vaste salon qui s'ouvrait sur un balcon. Les Gardiner remercièrent M Darcy pour la visite et s'éclipsèrent pour laisser un peu d'intimité aux jeunes fiancés. Elizabeth s'approcha de la fenêtre pour apprécier la vue qui donnait sur un magnifique jardin à la française.

" Miss Elizabeth ?"

La jeune femme se retourna.

" Je n'ai pas encore eu le temps de vous dire à quel point vous êtes ravissante ce soir."

" Et moi M Darcy, de vous remercier pour le trousseau que vous m'offrez. Mrs Richards est une véritable perle, elle a des doigts de fée."

" Voulez-vous découvrir votre partie de la suite ?"

Elizabeth rougit. L'évocation de sa future installation à Darcy House en tant que maîtresse de maison lui faisait une drôle d'impression. En ouvrant la porte située à droite, elle découvrit une vaste chambre, qui donnait sur un boudoir qui devait avoir les dimensions de sa chambre à Longbourn, entièrement composé de placards. A leur vue, Elizabeth s'affola.

" Me faudra-t'il vraiment autant de tenues pour séjourner à Londres ?"

M Darcy ne put s'empêcher de rire devant la mine déconfite de sa fiancée. Il la rassura aussitôt, arguant que lui aussi trouvait la taille de cette pièce fort déraisonnable. Rassurée Elizabeth se permit un trait d'humour.

" Assurément M Darcy, vos dix mille livres de rente ne suffiraient pas à remplir toutes ces penderies !"

La visite se termina par un ravissant cabinet de toilette pourvu d'une baignoire sur pied.

" Bien sûr, l'ensemble de votre suite et la décoration de la maison seront refait selon vos désirs."

Elizabeth bredouilla.

"Ce ne sera pas nécessaire M Darcy !"

M Darcy la regarda gravement.

" Je vous ai promis de tout mettre en oeuvre pour que vous soyez heureuse. Si vous voulez redécorer la maison et remplir votre boudoir de robes ..."

Puis il sortit un écrin de sa poche.

" Je vous avais donné ceci lors de nos premières fiançailles à Longbourn. Cela me ferait plaisir que vous la portiez désormais."

Elizabeth le regarda passer le solitaire à son doigt. Elle ressentit une curieuse sensation, un sentiment de déjà vu. Elle observa attentivement l'anneau. Le diamant scintillait, renvoyant des éclats dorés sur les murs. Elizabeth murmura :

" C'est celle de votre mère n'est ce pas ?"

Troublé M Darcy répondit par l'affirmative.

" Je me souviens, nous étions dans le parc derrière la maison. J'étais assise sur le petit banc de pierre. Nous venions d'avoir une discussion avec mes parents au sujet de l'organisation du mariage à Pemberley, et j'étais fâchée par votre manque d'empressement à concrétiser nos voeux. C'est à ce moment que vous me l'avez offerte."

M Darcy regarda intensément la jeune femme.

" Vous vous en souvenez ? C'est merveilleux Elizabeth !"

Et sans crier gare, il la prit dans ses bras et la serra fort contre lui. Surprise par cette étreinte, la jeune femme ne savait comment réagir. Peu à peu elle se détendit et naturellement ses bras entourèrent la taille de son fiancée. Elle posa sa tête contre son torse et écouta les battements désordonnés de son coeur. Touchée par cette délicate étreinte, M Darcy n'osait bouger de peur de rompre le charme de cet instant. Lorsque le tintement de la pendule indiqua huit heures, il relâcha à regret la jeune femme. L'impression de paix et de plénitude qu'avait ressenti Elizabeth se dissipa, à son grand regret. Sentant qu'elle avait vécu la même chose que lui, M Darcy lui adressa un sourire de consolation et c'est ensemble qu'ils descendirent accueillir les invités.


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