NOUVELLE VIE
Johanne était là depuis quelques jours et j'avais pris la décision de rester distant avec elle, la vie s'était déjà bien acharné sur cette fille et je ne voulais pas reporter ma colère toujours bien présente sur elle, alors l'éviter me semblait être la meilleurs chose à faire.
- Edward, pourrais-tu essayer de savoir si Johanne à besoin de quelque chose ou si elle veut aller quelque part?
Je me tournais pour voir Esmée passant la tête dans l'encadrement de la porte, un large sourire illuminant son visage. Depuis que sa petite protégée était là, elle semblait plus heureuse qu'à son habitude, chose que je n'aurais jamais cru possible.
- Peut-être qu'elle est heureuse en se contentant de ses quelques promenades et de ses bouquins...
- Edward, nous allons lui parler demain, et qu'elle dise oui ou non, j'aimerais la voir s'amuser d'avantage, elle a pratiquement le même comportement qu'à l'hôpital
- C'est compréhensible Esmée, soupirai-je en levant les yeux aux ciel
Elle s'avança pour s'installer sur le lit près de moi
- J'aimerais que tu sois plus proche d'elle, depuis le jour ou tu l'as ramené, tu parais différent, plus distant avec elle, j'ai besoin de toi pour savoir ce qui se passe dans sa tête, elle semble réfractaire à toute sorte de communication
- Bien, je vais aller la voir, dis-je à contre cœur
Esmée déposa un baiser sur mon front et quitta ma chambre. Je n'avais pas envi d'aller voir cette fille, non que je ne l'appréciais pas, mais elle m'obligeais à ressentir de la compassion et je n'avais aucune envi de ressentir ce genre d'émotion inutile.
Je me levais en balançant le livre que j'avais entre les mains sur mon lit et me dirigea vers sa chambre. Dès que je fus dans le couloir, je captais ses pensées, en fait, ce n'était que des images, un souvenir sans doute. Apparemment, elle écoutait de la musique et revoyait des scènes dans lesquelles elle dansait, je dois avouer que pour une humaine, elle était particulièrement gracieuse. J'avançais jusqu'à sa porte en effaçant le sourire stupide qui était apparut sur mes lèvres et frappa, une fois, deux fois, lorsque je pris conscience qu'elle ne pouvait certainement pas entendre, j'ouvrais doucement la porte, elle était au milieu de la pièce, assise par terre, les yeux rivés sur la fenêtre. Je fis un pas vers elle et elle tourna brusquement la tête dans ma direction.
Je devais écouter trop fort, pensa-t-elle
- Salut Johanne, commençais-je en m'approchant de quelques pas, est-ce que je peux te parler?
Elle ôta ses écouteurs et pencha la tête sur le côté
Je n'ai pas entendu, désolé
- J'aimerais te parler
Je t'écoute
Je m'installais sur le bord de son lit en me demandant ce que j'allais bien pouvoir lui dire, elle ne connaissait pas encore la vérité à notre sujet et d'après ce que j'avais pu constaté, elle était tellement prise dans son propre monde et avait tellement peur de nous déranger qu'elle évitait de se poser trop de question à notre sujet. Dans l'état actuel des choses, je me voyais mal me contenter de lui dire de s'amuser.
- Je me demandais s'il y a quelque chose que tu aimes ou que tu voudrais faire?
C'est gentil à toi de te poser la question, mais non, rien
- Esmée s'inquiète, continuais-je, elle aimerait que tu sorte, que tu trouve une autre occupation que de rester seule ici toute la journée
Esmée est très gentille, vraiment, mais je n'ai pas besoin d'une seconde mère.
Elle soupira avant de reprendre
Je suis désolé, mais lorsqu'elle a insisté pour m'amener ici, elle n'a pas énoncé de condition
- Je sais, grommelai-je, mais ce n'est pas bon pour toi de rester seule ici
Elle se mit à rire doucement, un son qui ressemblait à un joli carillon à mes oreilles
Edward, je suis en train de mourir, répondit-elle étrangement amusé, rien n'est bon pour moi en ce moment
Je me levais soudainement pour m'emparer doucement de son bras afin de l'entrainer avec moi
Qu'est ce que tu fais?
- Nous allons sortir faire un tour, répondis-je en la portant jusqu'à ma voiture, aller boire un verre ou aller au cinéma, comme tu veux
Tu ne devrais pas t'ennuyer avec ça, je ne suis pas malheureuse
Je fronçais les sourcils à cette pensée
Pas vraiment, rectifia-t-elle, ce que je veux dire, c'est que je me suis habitué à tout ça maintenant, à cette vie
- Et bien, tu n'aurais peut-être pas dû, rétorquai-je durement
Je fermais la portière après l'avoir installé dans la voiture et prit la route pour le centre ville. Elle s'était tourné vers la vitre, observant minutieusement le paysage, si minutieusement que toutes ses pensées n'étaient faite que de ce qui passaient sous ses yeux.
- Aurais-je la chance d'entendre ta voix aujourd'hui? Demandai-je soudainement
Elle pivota la tête vers moi en souriant faiblement
Aurais-je la chance d'assouvir ma curiosité?
- Si tu as une question, je suis disposé à y répondre, mais uniquement si tu la pose à voix haute
Elle se racla la gorge visiblement amusé avant de se lancer
- Pourquoi... comment peux-tu lire dans les pensées?
- Je ne suis pas humain, répondis-je honnêtement
Oui, je m'en doute un peu, pensa-t-elle, comment est-ce possible?
- Tu te doute que nous ne sommes pas humains? M'enquis-je surpris
Je suis malade, pas aveugle. Quand j'ai paniqué lors de ma rencontre avec ta famille, j'ai sentis un calme étrange me parcourir et je suis sur que ça venait de Jasper, quand à Alice, elle semble elle aussi étrange, elle paraît deviner certaines choses avant qu'elles arrivent...
- Observatrice, murmurai-je
Vos yeux sont tous de la même couleur, ce qui paraît étrange pour des enfants adoptés, reprit-elle, depuis que je suis là, je n'ai vu aucun de vous n'a prit son repas avec moi, ce qui m'a parut très troublant surtout de la part d'Emmet, une montagne comme lui doit avoir besoin de se nourrir...
- Très observatrice...
- Alors? Souffla-t-elle faiblement
- Alors tu le sauras bien assez tôt
Est-ce pour ça qu'Esmée m'a amené ici? Pour me rendre différente?
Sa question me désarçonna, elle pouvait être observatrice, je ne me serais jamais douté qu'elle avait pratiquement tout deviner. Je restais silencieux un long moment et me gara sur le trottoir toujours incapable de me décider sur ce que je devais lui répondre.
- Nous en parlerons avec tous le monde dès que nous serons à la maison, me contentais-je de répondre en sortant de la voiture
Drôle de manière de dire oui, mais je m'en contenterais, s'amusa-t-elle en sortant à son tour.
Je l'emmenais dans un bar pour boire un verre et m'installa avec elle autour d'une table au fond de la salle, j'aurais voulu continuer à discuter de tout et de rien, mais elle était de nouveau plongé dans l'observation de ce qu'elle avait autour d'elle, alors je me risquais à ouvrir de nouveau la conversation en espérant qu'elle n'insiste pas sur les caractéristiques de notre famille.
- As-tu d'autres questions? A voix haute, précisai-je
- Pourquoi tant de colère?
- Je ne suis pas en colère, répondis-je sur sur la défensive
- Même si tu le cache très bien, tu es en colère la plupart du temps
Je restais coït, cette fille avait décidément un sens de l'observation particulièrement développé, bien plus que Bella. Je ne voulais pas répondre à cette question et encore moins perdre mon temps à parler de mon ex fiancé, heureusement pour moi, c'est la serveuse qui vint me sauver en prenant notre commande.
- Café ou jus de mangue?
- Mangue, merci
Je commandais la même chose et elle m'adressa un sourire espiègle
Tu vas le boire?
- Non
Uniquement pour avoir l'air normal?
- Oui
Est-ce que tu as dis à ta famille que je savais que tu pouvais lire dans les pensées?
- Non
Pourquoi?
- Je ne sais pas
Je trouve ça dommage...
Elle releva la tête en fronçant les sourcils, mais j'avais eu le temps de voir que ses pensées étaient dirigées vers moi
- Quoi dont? M'enquis-je
Rien
- S'il te plait, insistai-je
- Tu as toute la vie devant toi, pourquoi perdre ton temps à être malheureux?
- Parfois... certaines personnes semble s'évertuer à blesser leurs proches, marmonnais-je en reportant mon attention sur les deux verres que la serveuse venait de poser devant nous. Parfois ça remet en question la personne que tu as choisis d'être
Sa main se posa doucement sur la mienne, ce qui eut le don de ramener mon attention sur elle, je ne comprenais pas pourquoi je lui avais confié ce que je ressentais, parce qu'au fond, parler de ça impliquait forcement penser à Bella, ce dont je n'avais pas la moindre envie. Elle étira un sourire compatissant et s'éclaircit de nouveau la voix
- Tu sais, quand ma mère à découvert que j'étais malade, ce que j'avais, murmura-t-elle, c'était presque aussi douloureux que d'apprendre que j'allais mourir, elle m'a adressé un tel regard, comme si j'étais la chose la plus écœurante qu'elle n'avait jamais vu. Elle ferma furtivement les yeux en soupirant, retenant les sanglots qui menaçaient de s'échapper. J'avais peur, tellement peur, reprit-elle en rouvrant les yeux, et tout ce qu'elle a fait, c'est m'adresser un regard qui paraissait dire que j'avais eu ce que je méritais. J'ai pensé à ça chaque jour depuis, essayant de comprendre son comportement, mais je cherche encore, peut-être que certaines personnes ne se rendent pas compte du mal qu'ils font... ou peut-être qu'il s'en fiche
Elle baissa les yeux sur la table et je pus lire dans son esprit qu'elle paraissait gêné de s'être confié à moi, presque autant que je l'étais moi-même d'en avoir fait autant.
- Est-ce que tu lui en veux?
Le silence s'installa quelques secondes tendit que les souvenirs affluèrent dans son esprit, mais lorsqu'elle prit conscience que j'en étais témoin, elle reprit de suite le contrôle de ses pensées.
- Au début, répondit-elle doucement sans quitter la table des yeux, je l'aie haït parce que je savais que jamais je n'aurais pu faire une chose pareille, peu importe les circonstances, jamais je ne pourrais renier quelqu'un que je suis censé aimer pour cette raison. Mais lorsque je suis arrivé à la conclusion qu'elle ne m'aimait pas, j'ai arrêté de lui en vouloir, comment pourrais-je en vouloir à quelqu'un de ne pas m'aimer? Contrairement à ce qu'en pense la plupart des gens, l'amour d'une mère n'est pas un sentiment inné
- C'est ta mère, contrais-je
- Et alors? Ma mère s'aime, elle et sa position sociale, il n'y a jamais eu de place pour moi au milieu de tout ça
J'acquiesçais en silence, elle était parvenu à se débarrasser de sa colère malgré la situation, la mienne me paraissait soudainement beaucoup plus lourde à porter.
- Je suis désolé
Elle releva la tête en souriant largement
N'est-ce pas pour toi que tu devrais être désolé?
Elle me prit à nouveau la main et se leva brusquement
Allons nous promener, proposa-t-elle
Je hochai la tête en déposant un billet sur la table et la suivit à l'extérieur. Nous flânions durant plus d'une heure passant d'un magasin à l'autre, mais refusa à chaque fois d'acheter quoi que ce soit, et ce malgré mon insistance. Alors que nous faisions le tour d'une boutique d'antiquité, elle s'arrêta devant un bijoux en cristal et je crus que ce serait là l'occasion de lui faire plaisir, à elle et à Esmée par la même occasion.
- Je souhaiterais acheter ce pendentif s'il vous plait, dis-je à la vendeuse
Surtout pas! M'arrêta Johanne
- Tu préfères une pierre précieuse? On peut faire modifier le bijoux par un joaillier, proposais-je
Non, je préfère le cristal, les gens sous-estime l'utilité des cristaux, le cristal de quartz en particulier. Mais celui-ci est un vieux bijoux, certainement gorgé de mauvaises énergies. C'est très gentil à toi, Edward, mais de toute façon, que ferais-je d'un bijoux?
Je commençais sérieusement à me sentir mal de ne pas pouvoir lui dire la vérité, Esmée avait tenu à attendre qu'elle nous connaisse tous un peu avant, mais je trouvais ça cruel de se garder de lui dire qu'il y avait une alternative à sa situation.
J'attrapai sa main et l'entraina avec moi en direction de la voiture, bien décidé à rentrer pour lui dire la vérité, une vérité qu'elle avait en grande partie deviné.
- Est-ce que j'ai fais quelque chose de mal? Murmura-t-elle derrière moi
- Pas du tout, soupirai-je en ralentissant la cadence, nous devons rentrer rapidement pour parler avec Esmée
Arrivé à quelques mètres de la voiture, Bella sortit soudainement d'un magasin de location de vidéo avec Émilie et lorsqu'elle me vit, elle ne put s'empêcher de venir vers nous et je ne pu retenir un grognement en sentant la colère remonter rapidement à la surface.
- Edward! Grommela-t-elle en reportant son attention sur Johanne, je vois que tu m'as vite remplacé, je peux savoir qui est cette fille?
- Non, me contentais-je de répondre en passant devant elle
Elle attrapa le bras de Johanne au passage pour l'arrêter et je fus à deux doigts de devenir violent, mais elle savait que je ne pouvais rien faire en pleine rue, me faire remarquer était bien trop dangereux.
- On peut savoir qui tu es? Cracha-t-elle
Johanne baissa les yeux sur la main de Bella qui la tenait fermement, puis releva la tête pour la regarder.
- Lâche là, grognai-je menaçant
- Ou quoi Edward? Tu vas faire quoi? Me provoqua-t-elle en ricanant
Je vis dans l'esprit de Johanne qu'elle était sur le point de s'énerver, ses pensées devenaient de plus en plus chaotiques. J'allais enlever moi même la main de Bella, mais elle ne m'en laissa pas l'occasion
- Il ne peut peut-être rien faire, mais pas moi
Sur ses bonnes paroles, Johanne dégagea brusquement son autre main de la mienne, attrapa celle de Bella qui s'agrippait toujours à son bras et lui tordit le poignée d'un coup sec.
- N'essaye pas d'être violente si tu es incapable d'en assumer les conséquences, siffla-t-elle doucement en se tournant vers moi
Je ne pus me retenir de rire, cette fille était vraiment étonnante, elle avait fait ça instinctivement et je n'avais même pas pu voir cela arriver dans son esprit. Elle se remit à marcher et j'en fis de même après avoir poliment salué Émilie qui tenait le poignée de Bella qui était apparemment cassé.
- Tu sais te défendre, déclarai-je en l'aidant à monter en voiture
J'ai pratiqué plusieurs sports de combat
Je souriais, plus qu'impressionné, Johanne avait beau être gravement affaiblie par la maladie, cela ne la rendait pas faible pour autant, dans tout les sens du termes. Je m'installai derrière le volant en souriant, toujours amusé par ce qui venait de se passer, il est vrai que je n'avais aucune envie de voir Bella, mais l'expression qu'elle avait eu valait le détour.
Je tentais tant bien que mal de l'effacer de mon esprit, mais je ne pus m'empêcher de penser à elle durant tout le trajet, jamais je n'avais vu Bella avoir un tel comportement, elle paraissait être devenu quelqu'un d'autre ou peut-être avait-elle toujours été ainsi et que dans ma bêtise, le silence de son esprit m'avait amené à voir ce que j'avais envi de voir.
Je fus brusquement tiré de mes pensées par celles de Johanne qui se sentais apparemment mal
- Est-ce que ça va? Demandai-je en me tournant vers elle
Ce n'est rien, tenta-t-elle de me rassurer, disons que les émotions fortes ne sont pas vraiment conseillés dans mon cas
- Je suis désolé, Johanne, m'excusai-je sincèrement
Ce n'est pas de ta faute
Je garais la voiture devant la maison et elle se pressa de sortir de voiture, mais à peine avait-elle fait deux pas, qu'elle faillit s'écrouler au sol. Je la rattrapais de justesse et l'emmena à l'intérieur pour l'allonger sur l'un des divans.
- Que se passe-t-il? Paniqua Esmée en pénétrant dans la pièce
- Elle a un malaise, appelle Carlisle
Edward, ça va passer dans quelques minutes, pas la peine d'ennuyer Carlisle
- Je préfère qu'il vienne, contrais-je sévèrement, et tu n'ennuie personne
Elle soupira en haussant les épaules, peu importe ce qu'elle prétendait, je voyais bien qu'elle se sentait vraiment mal, alors je m'installais près d'elle pour attendre l'arrivé de Carlisle en lui tenant la main.
Il lui fallut moins de vingt minutes pour arriver, à cette vitesse, je me doutais qu'il avait préféré courir. Il prit ma place à ses côtés et commença à l'ausculter.
- Je suis désolé qu'on vous est dérangé, soupira-t-elle gêné de nous avoir tous autour d'elle
Carlisle afficha une expression marquant sa surprise, il savait qu'il lui arrivait de me parler, mais elle ne s'était jamais adressé à lui.
C'est pour bientôt, songea-t-il en adressant un triste sourire à Esmée qui y répondit en hochant la tête.
- Nous devons lui dire, déclarai-je trop faiblement pour qu'elle entende, de toute façon, elle a pratiquement deviné
- Comment ça? S'enquit Esmée les yeux ronds
- Et bien, elle est loin d'être stupide, répondis-je en haussant les épaules
Je ne pensais pas qu'on était si peu discret, pensa-t-elle
Johanne tenta de se redresser dès que Carlisle eut finit de lui faire sa piqure, il l'aida à s'assoir et interrogea Esmée du regard, lorsqu'il obtint la permission qu'il attendait, il se déplaça sur le divan d'en face en souriant faiblement.
- Johanne, comme tu as pu le remarquer, nous sommes différents, commença-t-il avec une voix empreinte de douceur. Nous avons la possibilité de te sauver, mais pour ça, tu dois devenir comme nous
Esmée s'installa près d'elle sur le canapé et lui prit doucement la main tendit que Johanne gardait un visage impassible, même ses pensées étaient calme, elle attendait...
- Nous ne sommes pas humains, lâcha-t-elle brusquement, Johanne, est-ce que tu accepte d'être transformé en vampire?
