ACTION & RÉACTION
Je regardais Johanne qui paraissait s'être totalement statufié, physiquement, mais aussi mentalement. Elle resta ainsi durant une bonne minute, scrutant Esmée avec un regard vide, puis son cerveau se remit soudainement en route et elle étira un sourire que je crus d'abord dû au soulagement de savoir que la mort n'était pas la seule alternative, mais en sondant son esprit, je pus voir tout ce qu'elle simplement incrédule, se demandant si elle devait nous croire ou non
Où est-ce qu'ils ont mit leurs dents? Se demanda-t-elle en se penchant vers Esmée
- Johanne? S'inquiéta celle-ci
Des vampires? J'aurais eu moins de mal à y croire s'ils m'avaient dit venir d'une autre planète, songea-t-elle
Toutes sortes de pensées chaotiques passa dans son esprit, elle ne savait pas quoi penser, bien sur, elle avait remarqué que nous étions différents, mais pour elle, croire aux vampires s'apparenter à croire aux elfs, aux fées et aux sorcières.
- Bien, vous êtes des vampires, acquiesça-t-elle presque inaudible
Elle secoua la tête et commença brusquement à repenser à sa vie à l'hôpital, puis elle se leva en s'excusant auprès de nous pour aller jusqu'à la salle de bain.
- Je n'ai jamais vu un être humain réagir de cette façon, marmonna Carlisle
- Elle a peut-être simplement l'esprit ouvert, répondit Esmée en haussant les épaules
- Son esprit n'avait jamais été si chaotique, expliquai-je doucement, elle est perdu
Lorsqu'elle revint dans le salon quelques minutes plus tard, Johanne était toujours aussi calme, à présent, elle essayait de coller les paroles de Carlisle et d'Esmée à la réalité, de comprendre concrètement l'existence des vampires. Depuis que je connaissais Johanne, j'avais pu remarquer que son esprit était relativement logique, elle avait besoin de comprendre, d'avoir une explication à toute chose et c'est parce qu'elle n'en avait trouvé aucune à notre sujet qu'elle s'était évertué à ne pas creuser d'avantage.
Il doit y avoir du vrai même dans les histoires les plus abracadabrantesques, songea-t-elle en s'installant face à moi, c'est tellement étrange, quoi que de savoir qu'ils n'ont pas d'affreuses canines est plutôt rassurant...
- Johanne? L'appela doucement Esmée
Celle-ci tourna la tête vers elle, ses pensées fusaient de plus en plus rapidement, si bien que j'avais un mal fou à suivre, apparemment, elle ne savait pas quoi répondre.
- Alors, qu'en dis-tu? Renchérit Carlisle
Bien que ses yeux avaient un instant quitté Esmée pour se poser sur Carlisle, elle ne prêta pas attention à la question de celui-ci et reporta son attention sur Esmée presque aussitôt, je vis dans son esprit une sorte de peinture étrange.
- Alors, c'est vraiment toi? Souffla-t-elle pensive
- Comment ça? Demanda Esmée
- Je t'ai reconnu la première fois que je t'ai vu à l'hôpital, mais je ne voulais pas y croire, c'était impossible que tu sois cette femme...
Malgré ses yeux rivés sur Esmée, elle paraissait s'adresser à elle même, se remémorant le jour ou elle avait vu cette peinture dans la bibliothèque chez sa grand-mère, elle était jeune, mais elle se souvenait s'être fait la réflexion que la femme était très belle, bien qu'elle paraissait affreusement triste.
- Je ne comprends pas, marmonna Esmée toujours aussi troublé
Johanne ne répondit pas, trop absorbé par ses souvenirs, alors je le fis pour elle
- Elle a vu une peinture de toi chez sa grand-mère lorsqu'elle était plus jeune, expliquai-je en me tournant vers Esmée
Celle-ci se pencha en avant en secouant légèrement la tête incrédule, tendit que je me concentrais sur l'esprit de Johanne s'enfonçant dans des souvenirs principalement centré sur sa mère, des souvenirs plus que désagréables.
Elle se leva brusquement, s'excusa poliment et monta dans sa chambre sans rajouter quoi que ce soit, nous laissant tous les trois perplexe face à sa réaction soudaine.
- Je ne comprends, soupira Carlisle en reportant son attention sur moi
- Je n'en sais pas beaucoup plus, murmurais-je en rejouant ses dernières pensées, j'ai parfois un peu de mal à la lire tant ses pensées peuvent apparaître et disparaître à une vitesse affolante. Juste avant de partir, elle pensait à sa mère, à ce qu'elle lui avait dit lorsqu'elles se sont vu la dernière fois
- Et qu'est-ce qu'elle lui a dit? S'enquit Esmée le front plissé dans l'inquiétude
- Ne m'en veut pas, mais c'est très personnel, je préfère qu'elle t'en parle d'elle-même, soufflais-je en me levant à mon tour
J'étais toujours décontenancé, et par la réaction de Johanne, et par les dernières images qui étaient apparut dans son esprit, je savais que sa mère était loin d'être douce d'après ce que Johanne m'avait expliqué, mais je ne m'étais pas imaginé qu'elle avait tenu des propos si choquant à l'encontre de sa fille, elle avait vraiment été ignoble au sujet de sa maladie... beaucoup plus que ce qu'elle m'avait avoué, elle l'avait traité comme la dernière des pestiférées et rapidement, même poser les yeux sur sa fille la rendait clairement malade, j'avais vu beaucoup de choses durant mon existence, mais jamais je n'avais été témoin de ce genre de regard d'une mère sur sa propre enfant, Johanne avait raison lorsqu'elle disait que celle-ci ne l'aimait pas.
Je soupirais en passant devant sa porte, me demandant si je ne devrais pas me contenter de la laisser seule, je pris quelques secondes à me demander quoi faire, à me fustiger de me soucier de cette humaine qui au fond n'avait aucune importance, mais quelque chose paraissait me retenir, m'empêcher de passer mon chemin.
Cette fille semblait capable de faire disparaitre ma colère à certains moments et une partie de moi n'aimait pas ça du tout. Je ne voulais pas redevenir celui que j'avais été, je ne voulais pas redevenir aussi faible, compatissant et compréhensif. En particulier à cause d'une saleté d'humaine
Cette fille n'est rien, me répétais-je inlassablement devant cette satané porte, elle n'est rien d'autre qu'un morceau de viande se mourant un peu plus chaque seconde, il serait tellement plus facile d'écraser son sale petit cou, de la soulager une bonne fois pour toute, de lui offrir enfin cette mort qu'elle attendait patiemment depuis des mois...
Je frappais à la porte soudainement énervé au point de désirer me cogner la tête contre les murs et le fait qu'elle ne réponde pas ne fit qu'attiser mon irritation. J'ouvrais la porte pour la découvrir assise sur le balcon, occupé à contempler le paysage. Elle m'avait entendu, mais ne prit pas la peine de se retourner.
- Pourquoi tu ne réponds pas? Grognai-je en serrant les mâchoires
Peut-être parce que je n'en avais pas envie? Rétorqua-t-elle en haussant les épaules
Sans prendre en compte sa remarque, je m'avançais lentement vers elle et agrippa son bras pour l'obliger à me faire face, peu importe ce qu'elle avait décidé, la moindre des choses aurait été de donner une réponse à Esmée et Carlisle, son état ne lui permettait pas de rester indécise, par ailleurs, elle ne pouvait pas laisser Esmée s'inquiéter de la sorte. Mais lorsqu'elle se retourna, je fus surpris de la trouver en pleure, ce qui ne m'empêcher cependant pas d'être toujours étrangement énervé contre elle.
- Pourquoi tu pleures?
Je voudrais être seule, Edward, m'informa-t-elle en se détournant de moi
- Pourquoi ne pas avoir donné de réponse à Esmée? Insistais-je en m'adossant à la porte fenêtre
Je vais aller faire un tour, éluda-t-elle
- Tu ne devrais pas partir toute seule dans ton état...
Elle passa près de moi sans prendre la peine de me répondre, ni même de m'adresser un regard, mais avant qu'elle ne passe la porte de la chambre, je l'agrippais à nouveau par le bras, de plus en plus irrité par son comportement
- Pourrais-tu me répondre? Sifflai-je sévèrement
Je n'ai pas de réponse, Edward, j'ai passé des mois à me faire à l'idée que j'allais mourir, à essayer de m'y préparer. Sincèrement, je m'attendais à tout entendre, mais certainement pas être en présence de vampires, certainement pas à ce qu'on me propose la vie éternelle, alors non, je n'ai pas de réponse, désolé mais je ne suis pas sur de vouloir de cette vie...ce n'est pas comme si j'avais quoi que ce soit capable de meubler une éternité
Je ne la libérais pas durant une bonne minute, une minute à aimanter son regard, une minute à essayer de me convaincre de garder mon calme, une minute à attendre quelque chose que je ne parvenais pas à comprendre, puis las, je lâchais son bras en la regardant disparaître de ma vue avant de prendre le chemin de ma chambre en poussant un grognement, bien décidé à attendre impatiemment la nuit pour étancher ma soif et calmer mes nerfs.
Je ne comprenais pas plus sa réaction que la mienne, pourquoi ne sautait-elle pas simplement sur l'occasion? Bon nombre de mourants seraient ravi d'avoir la chance qui lui été offerte, alors pourquoi cette réaction? Elle n'avait pas peur, j'en étais sur, alors quoi?
Ne disposait-elle d'aucun instinct de survie?
Mieux, en quoi cela m'importait-il?
Je me laissais lourdement tomber sur le lit en me demandant s'il n'était pas temps pour moi de retourner à Voltera, je ne comprenais pas mon intérêt pour cette humaine, mais j'en voulais déjà à Esmée de m'avoir poussé à perdre mon temps avec elle. Je n'avais rien à faire ici, j'étais revenu pour aider à trouver les vampires repérés sur nos terres, hors, depuis mon arrivé, ils avaient apparemment disparut, ce qui à mon sens voulait dire que je pouvais à présent partir, Johanne n'était pas mon problème, elle avait prouvé qu'elle était en mesure de parler, je n'avais plus aucune raison de m'attarder ici.
Je décidais donc de partir le soir même, je n'avais déjà que trop perdu de temps, au moins à Voltera, mon nouveau régime alimentaire ne provoquait pas ma culpabilité, là bas, je n'avais à m'occuper de rien et surtout de personne, au pire, épier quelques pensées pendant une heure ou deux dans la salle du trône, mais à part ça, j'étais libre, libre d'être celui que je voulais être et non la caricature de adolescent que Carlisle s'évertuait à préserver pour son propre plaisir égoïste.
J'étais resté immobile sur mon lit scrutant la fenêtre avec intérêt jusqu'à ce que la nuit ne me recouvre de son voile sombre, essayant en vain de trouver une explication à mon irritation grandissante envers Johanne, j'en étais venu à la conclusion qu'elle avait sans doute besoin d'un temps de réflexion pour nous donner sa réponse, de trouver des raisons d'accepter cette éternité, ce qui était compréhensif, alors pourquoi ce simple fait me rendait fou?
En poussant un sifflement d'exaspération, je me levais pour rassembler mes quelques affaires que j'engouffrais grossièrement dans un sac et je me pressais de sortir par la fenêtre bien décidais à partir sans avoir à me justifier auprès de qui que ce soit.
Après m'être nourrit de deux pervers et d'une droguée avec lesquelles je ne me gênais pas pour exprimer ma colère, je pris la direction de l'aéroport déçu de ne pas avoir été capable de calmer mes nerfs malgré la violence que j'avais mis dans ces trois meurtres, prenant un plaisir non dissimulé à faire souffrir mes victimes, rien n'était parvenu à assouvir ma hargne, une hargne dont je ne parvenais pas à trouver la source.
Était-ce le fait d'avoir dû faire face à Bella? Cette garce avait-elle encore ce genre de pouvoir sur moi?
Je n'en étais pas certain, cela m'avais ennuyé sur le moment, mais pas au point de provoquer ma rage.
Non, cela avait quelque chose à voir avec cette humaine qu'Esmée nous avait imposé, cette humaine sans importance qui semblait capable de m'apaiser tout autant que de provoquer ma folie meurtrière, ce qui n'avait aucun sens, comment pouvait-elle me mettre dans un tel état? Concrètement, elle n'avait rien fait de mal, elle n'était rien...
En soupirant, je vérifiais une dernière fois de ne pas avoir de trace de sang sur moi avant de pénétrer dans l'aéroport, puis je me pressais d'aller prendre un billet pour le premier vol en direction de New York, heureux de laisser toute cette humanité écœurante derrière moi.
Je n'avais aucune envie d'attendre les deux heures me séparant de mon vol à écouter les pensées fugaces autour de moi, je ressortais donc pour attendre à l'extérieur. Pendant un heure, je tentais de penser à autre chose qu'à l'indécision étrangement irritante de Johanne, lorsque mon téléphone se mit à vibrer dans ma poche, je ne répondais pas, entendre Esmée tenter de me faire rentrer était la dernière chose dont j'avais besoin, je le laissais donc sonner à plusieurs reprises dans ma poche en soupirant.
Lorsqu'il fut l'heure d'embarquer, je me décidais à contre cœur à écouter mes messages pousser par une curiosité incompréhensible
- Edward, ça fait des heures qu'ont te cherche partout! Sifflait Alice à travers le combiné, au cas ou quelque chose d'autre que toi serait encore en mesure de t'intéresser, Johanne est gravement blessé,elle est dans le coma, apparemment, elle a été attaqué... par un loup...
