ENRAGÉ
Pov Edward
J'étais parvenu par je ne sais quel miracle à ne pas briser le téléphone entre mes doigts, mais il me fallut me concentrer presque douloureusement pour composer le numéro d'Esmée.
- Oui? Murmura-t-elle d'une voix brisé
- Où est-elle? Parvins-je à articuler
- Edward?
- Où? Hurlais-je sans me soucier des humains gravitant autour de moi
- Elle... elle vient de se réveiller et à demandé qu'on la ramène à la maison, nous allons sortir de l'hôpital d'ici une heure...
Je raccrochais. L'hôpital n'était qu'à une dizaine de kilomètres et je me mis à courir dans sa direction, incapable de gérer la rage qui grandissait en moi, jamais ma bête n'avait autant combattu pour détruire ma raison et je dois dire qu'elle y travaillait particulièrement bien.
J'étais incapable de l'empêcher de grogner, tout comme j'étais incapable de desserrer les poings, je cherchais mon air, comme s'il était soudainement devenu indispensable.
Je passais le hall d'accueil pour me rendre directement aux urgences, suivant l'odeur des membres de ma famille. Alice fut la première que j'aperçus, elle était assise dans le couloir sur les genoux de son compagnon, dès qu'elle me vit, elle se leva droite comme un piquet. Trop pris par ma colère, je fus incapable de comprendre ses pensées, ce qui n'était surement pas plus mal vu le regard qu'elle me lançait.
- Tu étais où! Grogna-t-elle en se plantant devant moi
Avant même que j'ai le temps d'ouvrir la bouche, Jasper la tira en arrière sans jamais me quitter des yeux et je sentis une vague de calme tenter de prendre le contrôle de ma colère, j'en aurais sans doute ris dans d'autres circonstances, il pouvait jouer autant qu'il le voulait avec mes émotions humaines, mais certainement pas contrôler ma bête et au fond, il le savait.
Alice se tourna vers lui en lui adressant un regard mauvais
- Ses iris sont totalement noires! Siffla-t-elle à l'intention de son compagnon, s'il a soif, on ne peut pas le laisser entrer dans sa chambre!
- Il n'a pas soif, Alice, répondit-il calmement sans jamais me quitter des yeux
Elle se retourna pour me faire face, plissant les yeux comme pour vérifier les dires de son mari
- Hors de mon chemin! Grondais-je les dents serrés
Jasper la tira violemment en arrière et l'emprisonna dans ses bras et enfin, je poussais la porte de la chambre.
Esmée était assise sur un fauteuil près du lit sur lequel Johanne était allongé pendant que Carlisle baladait une petite lampe devant ses yeux. J'eus brusquement une inexplicable envie de lui arracher les bras, il était près, beaucoup trop près d'elle. Je dû prendre plusieurs inspirations pour me calmer tant j'étais à deux doigts de le déchirer.
Je n'osais pas de suite lever les yeux sur elle, trop occupé à tenter de dompter ma rage...
- Edward, murmura Esmée en posant sa main sur mon épaule
Je n'avais même pas remarqué qu'elle s'était levé, je reculais instantanément comme si sa main m'avait brulé.
- Ne me touche pas! Grognais-je la haine baignant chacun de mes mots
Elle recula visiblement blessé et je vis Carlisle s'éloigner de Johanne pour prendre la main de sa femme certainement dans l'espoir de la consoler.
- Edward, murmura-t-il dans un soupire, peut-être que tu devrais revenir quand tu te seras calmé?
- Sortez! Sifflais-je en levant les yeux sur lui
- Nous n'allons pas te laisser seule avec elle dans ton état, rétorqua Esmée, il faut que tu te calme
- Sortez! Répétais-je un peu plus fort
J'entendis la porte s'ouvrir sur Jasper qui affichait une expression mélangeant crainte et inquiétude, vu ce qu'il devait ressentir venant de moi, ça pouvait se comprendre, j'étais tout à fait disposé à les sortir de force si nécessaire
- Edward! Gronda Carlisle
- Ça va, murmura Johanne d'une faible voix, laissez-nous s'il vous plait
- Johanne, ce n'est sans doute pas une bonne idée, plaida Esmée
- S'il vous plait, insista Johanne
Esmée m'adressa un regard qu'elle voulait sans doute faire passer pour un avertissement et Carlisle l'entraina à l'extérieur de la chambre visiblement pas plus ravis que sa femme de me laisser seul avec elle, j'attendis que la porte se referme sur eux avant de m'avancer vers le lit.
Tu n'as pas l'air bien, songea Johanne
Mon regard se baladait sur le sol, j'avais peur de perdre la tête en voyant les dégâts, j'avais peur de lâcher le fil trop fragile me permettant de ne pas tomber totalement dans la folie meurtrière qui s'imposait à moi comme une réponse évidente.
Edward, qu'est-ce qui se passe? M'interrogea-t-elle visiblement inquiète par mon comportement
Je poussais un grognement rugueux, comment pouvait-elle me poser une question pareille?
Dis-moi ce qui ne va pas, insista-t-elle, est-ce que j'ai fais quelque chose de mal? Tu parais tellement énervé
Je levais enfin les yeux vers elle à une lenteur affligeante et je vis ce qu'il lui avait fait.
Alors que mon regard se posait sur elle, je reculais de quelques pas pour me coller contre le mur derrière moi, choqué en découvrant le pansement cachant le côté droit de son visage se prolongeant sur son cou et s'arrêtant je ne sais où.
Je haletais, cherchant à prendre des bouffées d'air dont j'avais inexplicablement besoin, je baissais furtivement les yeux sur mes mains tremblantes en essayant de conserver le résidu d'humanité qui s'accrochait désespérément à mon esprit.
Me laissant glisser le long du mur, j'imaginais déjà les mille et une façon de détruire ces pathétiques clébards, je me fichais de savoir pourquoi elle avait été attaqué, ni même s'il s'agissait d'un accident, ces soit disant protecteurs allaient avoir fort à faire pour se protéger eux-même de l'enfer que je leur réservais.
- Edward?
Une partie de mon esprit, celle capable de réfléchir à autre chose qu'à des visions sanglantes se demandait comment il était possible pour moi d'être dans un tel état, jamais ma colère n'avait atteint de tels niveaux, Victoria n'avait pas provoqué cette colère en voulant tuer Bella, Jacob n'avait pas provoqué cette colère alors qu'il tentait encore et encore de me la voler, la trahison de mon ex fiancé non plus n'avait pas provoqué la haine sans borne que je ressentais en ce moment même.
Je m'étais toujours félicité de parvenir à maintenir un certain niveau de contrôle sur ma bête malgré tout ce qui pouvait m'atteindre, je n'avais jusqu'ici jamais perdu la raison. Mais alors que je ne pouvais m'expliquer pourquoi la douleur de cette humaine que je connaissais à peine était capable de me ramener à mes pires instincts meurtriers, je jubilais intérieurement à l'idée de détruire les Quilleutes, et pas seulement les loups, mais toute la réserve, je voulais tous les éradiquer, me fichant bien de ce qui pourrait se trouver sur mon chemin, me délectant par avance à l'idée de saigner leurs précieuses imprégnés sous leurs yeux, de préférence.
Après tout, n'était-ce pas ce qu'il venait de me faire? Ne s'étaient-ils pas attaqué à ce que j'avais de plus précieux? Grogna ma bête
Serais-je capable de me contenter du coupable? Je n'en avais pas la moindre idée, mais dans les fantasmes que je nourrissais à cet instant, ils mouraient tous
- Edward? Murmura-t-elle d'une voix rauque me ramenant instantanément à la réalité
Avec beaucoup d'effort, je levais les yeux sur elle, elle avait pivoté sur son lit, les jambes se balançant dans le vide, elle tentait difficilement de se lever.
J'apparaissais instantanément devant elle pour la repousser doucement sur le lit, incapable de soutenir son regard. J'attrapais ses jambes pour l'allonger et je m'installais à sa droite, rivant les yeux sur le sol blanc.
Je sentis brusquement sa petite main chaude sur la mienne
- Edward, qu'est-ce qui se passe?
- Comment... comment peux-tu me demander une telle chose! Grognais-je furieux en retirant ma main
Elle resta silencieuse un moment, visiblement surprise que son état me mette dans une telle colère, comment lui en vouloir? Après tout, j'en étais le premier surpris.
- Je suis désolé, soupira-t-elle, je voulais juste aller faire un tour sur la plage, je ne savais pas que...
- Arrête! Sifflais-je incapable de l'entendre se fustiger pour quelque chose dont elle n'était pas responsable. Tu n'as rien fais... rien qui méritait ça...
Tu m'avais quand même dit de ne pas partir seule, insista-t-elle
- Parce que tu avais fait un malaise quelques minutes auparavant, expliquai-je en avalant d'une traite le venin dans ma bouche
Je ne me suis pas encore vu, mais s'il évite à ce point de poser les yeux sur moi, ça doit vraiment être moche, songea-t-elle tristement
- Non, grognais-je en me forçant à faire face à ses blessures, j'essaye... de me calmer... et voir... c'est juste...
Elle planta ses jolies iris dans les miennes en étirant un sourire aussi triste que ses pensées
- Carlisle m'a expliqué ce qu'était ce garçon, il m'a dit à quel point il était instable et...
- Ne fais pas ça! Sifflais-je en claquant les mâchoires, pour ma santé mental, tu ne vas pas lui chercher d'excuse, ni me demander de garder mon calme, c'est clair?
Elle fronça les sourcils, mais hocha aussitôt la tête
- Bien. Je veux tout savoir
Je ne suis pas sur que ce soit une bonne idée, plaida-t-elle silencieusement
Je plantais à mon tour mes iris noircies de colère dans les siens, la suppliant de ne pas me contredire, de ne pas aller contre ma volonté, espérant qu'elle comprendrait que ça ne pourrait faire qu'empirer mon état.
Elle soupira dans la défaite, puis baissa les yeux sur ses mains meurtries
- J'étais allé faire un tour sur la plage, commença-t-elle
Je l'arrêtais d'un geste
- Montre-moi, commandais-je en relevant son menton du doigt
Elle hocha à nouveau la tête et commença à repasser la scène dans son esprit. Je la vis assise tranquillement sur la plage, essayant de réfléchir à la situation, à la décision qu'elle devait prendre, à moi... Puis, elle vit cette saloperie de clébard puant se planter brusquement devant elle, je la vis le détailler plutôt amusé par son accoutrement tout en se demandant pourquoi il paraissait tellement en colère contre elle, elle chercha un instant dans son esprit, essayant de se souvenir où elle avait pu le croiser, mais c'est lorsqu'elle posa les yeux sur Bella à quelques mètres derrière lui remarquant l'attelle qu'elle portait au poignée qu'elle comprit ce qui se passait. Johanne ne pu s'empêcher de ricaner les yeux scotchés sur l'attelle et la seconde d'après, elle vit Jacob exploser dans sa forme de loup, les pattes retombant sur elle en une fraction de seconde et tout devint noir, le souvenir suivant, elle se réveillait dans ce lit avec Carlisle au dessus d'elle.
J'eus toutes les peines du monde à revenir à la réalité, même alors que les pensées de Johanne étaient concentrés sur moi, je repassais la scène en boucle, encore et encore.
- Est-ce que ça va?
Je fus incapable de retenir le rugissement qui s'échappa du fin fond de mes entrailles, ce qui n'empêcha pas Johanne de poser sa main sur la mienne en caressant doucement le dos de celle-ci dans un geste qu'elle voulait apaisant.
Pour la première fois, je me mis réellement à haïr Bella de toutes les fibres de mon être, pour la première fois, je désirais réellement sa mort et que le ciel la préserve de moi, je savais qu'il me suffirait de la voir pour être incapable de retenir le fantasme morbide que je nourrissais pour elle ainsi que pour son nouveau petit ami. Il allait mourir, il n'y avait aucun doute à ce sujet et j'en arrivais à espérer qu'elle soit à ses côtés à ce moment là, qu'elle me voit déchirer sa chaire et ses os avant que je m'élance pour bondir sur elle.
- Edward? Soupira Johanne, je vais bien, je...
Je la pris brusquement dans mes bras, la faisant taire instantanément
- Par pitié, tais-toi, suppliais-je contre son oreille, ne dis rien, surtout, ne dis rien
Elle se laissa tomber sur moi, collant son front contre mon épaule, elle ne disait effectivement rien, mais ne pouvait cependant pas s'empêcher de penser
Pourquoi est-ce qu'il a fallut que j'aille sur cette stupide plage, quelle conne!
Je ne pouvais pas lui demander d'arrêter de penser, mais je ne pouvais pas non plus en supporter d'avantage, je me détachais lentement d'elle, la repoussa doucement sur l'oreiller, me levais du lit en reculant d'un pas
- Tu vas repartir avec Esmée et Carlisle, ils vont prendre soin de...
- Où vas-tu? Exigea-t-elle en se redressant brusquement, tu dois rester avec moi, j'ai besoin que tu reste avec moi
Je secouais la tête, incapable de répondre, incapable de faire face à ses craintes et à sa douleur, elle avait peur pour moi, elle savait ce que j'avais l'intention de faire, dans une certaine mesure, elle pouvait comprendre, ce qui ne l'empêchait pas de se demander pourquoi cet incident me mettait dans un tel état, elle se voyait si peu importante, trop peu pour provoquer une altercation avec les loups, non pas que le maintient du traité lui importer réellement, mais elle ne voulait pas que je sois blessé à cause d'elle...
Il se passait tant de chose dans son esprit, tellement de pensées fusant en si peu de temps que je ne parvenais pas à toutes les intercepter. Ses larmes et ses supplications silencieuses ne firent que m'achever d'avantage et pas de la meilleurs façon qui soit, puisque je sentais la colère évaporer le peu de raison que j'étais parvenu à conserver jusqu'ici.
Instinctivement, mes lèvres se posèrent sur les siennes, elle écarquilla les yeux, mais ne me repoussa pas. Ma conscience s'était presque totalement évaporé, la dernière chose que je vis avant de disparaître fut mon doigt passant doucement sur l'arrête de son nez...
