Chapitre 1 : Arrow


POV Heiji

- Peut-on faire un détour ? C'est bientôt l'anniversaire d'Otou-chan et j'aimerai lui trouver quelque chose pour l'occasion…

Je tournais la tête vers celle qui venait de me sortir de ma rêverie ; Kazuha Toyama, une amie d'enfance. Coiffée de son habituelle queue de cheval qui lui caressait le cou, elle me regardait d'un air interrogatif :

- Ce ne sera pas long. Promis, s'empressa-t-elle d'ajouter.

- Pourquoi pas…, acceptai-je alors que nous atteignions la sortie du lycée.

Après tout, je n'avais rien de prévu pour la soirée et j'aimais mieux passer du temps avec elle que de glander à la maison.

Et qui sait, peut-être qu'on tombera sur une affaire et que je pourrai égaliser le score de Kudo et ses trois cas de la semaine dernière ; alors que moi j'en avais à peine résolu un et en plus je l'avais à moitié foiré…

- Hey, j'ai parlé de « Shopping », pas d'une affaire de meurtre !, précisa Kazuha d'un air de reproche ; apparemment mon enthousiasme ne lui avait pas échappé…

- Ok, compris…, soupirai-je la tête baissée en signe d'excuse.

Et merde, j'étais grillé. Cette fille à la queue de cheval devenait redoutable quand il s'agissait de deviner mes pensées. Ça commençait même à devenir craignos.

Note pour moi-même : Trouver un moyen de remédier à ce problème. Et vite.

o.O.o

Gêné par une sensation de brûlure dans le cou, je me frottais la nuque. C'était la deuxième fois déjà depuis que nous avions quitté le lycée, il y a de cela 10 minutes ; et je savais que ça ne pouvait dire qu'une chose : nous étions suivis. Toutes ces années de pratique des arts martiaux m'avaient permis d'acquérir cette capacité à ressentir les choses autour de moi ; et il y avait en ce moment même, une présence juste dernière nous que je n'étais pas encore en mesure d'identifier.

- Heiji ?, s'inquiéta Kazuha, visiblement troublée par mon attitude.

- Kazuha, désolé mais nous ferions mieux de rentrer…

- Mais, je devais…

- On s'en occupera demain, on a encore une semaine devant nous.

Elle planta son regard dans le mien.

Mon visage était grave, mais je ne voulais pas l'alarmer, ou pire encore, qu'elle s'en mêle à cause de moi. N'ayant aucune idée de ce qui nous attendait, je ne pouvais pas prendre de risque.

Je soupirais presque de soulagement lorsqu'elle finit par céder d'un air déçu.

- Très bien, rentrons alors.

o.O.o

Sur le chemin du retour, je bavardais avec Kazuha tout en gardant un œil sur nos poursuivants indésirables. J'avais été en mesure de repérer deux hommes habillés d'un costume noir et d'une chemise blanche ; le genre de tenue caractéristique qu'ils devaient porter régulièrement … La Police ? Les Yakusa ? Mais qui diable étaient-ils ?

Alors que nous franchissions le dernier virage en direction de la maison de Kazuha, j'eus l'occasion de voir leur visage à l'aide d'un miroir de voirie. Je m'arrêtai quelques secondes, pour finalement soupirer de soulagement lorsque je les reconnus.

- Tout va bien Heiji ?

- Oui, c'est juste qu'Oyaji semble vouloir me jouer un sale tour aujourd'hui, répondis-je contrarié, voyant du coin de l'œil que ces deux hommes patientaient discrètement à quelques mètres de là. On se voit demain !

- N'oublie pas que tu m'as promis de faire du shopping avec moi !, s'écria-t-elle tandis que je courrais en direction de la cachette des deux hommes.

- C'est promis, la rassurai-je.

Peu après, je me retrouvai, les mains sur les hanches, devant les deux policiers que je venais de débusquer.

- Oï, je peux savoir ce qui vous prend les gars ? Depuis quand j'ai besoin de deux nounous armées d'un flingue ?

Les deux hommes échangèrent un regard d'un air embarrassé, ils n'avaient visiblement pas envie de se confier :

- Ok, commençons par les suppositions… C'est un ordre de mon père ?

Le plus grand, Sakamoto, répondit d'un léger signe de tête.

- Pourquoi ?

- Désolé Hattori-kun, on ne peut rien dire…, finit par admettre Naka… Nakashima ? Nakajima ? Je ne me souvenais plus de son nom.

- Fais chier… Conduisez-moi auprès de lui alors !, râlai-je, sentant que j'étais sur le point de perdre mon sang froid.

Était-ce ma punition pour ce qu'il s'était passé la semaine dernière ? Je l'ai attrapé ce gars ; c'était pas de ma faute s'il avait pris un vase précieux avant que je ne le plaque au sol. En plus le proprio ne semblait pas y tenir tant que ça ; sa maison regorgeait déjà de bibelots de ce genre. Sa femme en revanche…

Raaa peu importe ! Cédai-je avec frustration en retirant ma casquette pour ébouriffer mes cheveux.

Cette dernière de nouveau en place, je me tournais vers les deux policiers qui ne semblaient toujours pas prêts à coopérer. Bon, je suppose qu'il allait falloir que je joue le tout pour le tout …

- Ok, et si nous parlions de ces parties de poker que vous organisez durant vos gardes de nuit ?

Ils blêmirent aussitôt, et j'eus bien du mal à me retenir de rire face à leur réaction.

- Mais comment…

- Ne jamais sous-estimer un détective, Sakamoto-keiji, l'avisai-je, ne pouvant dissimuler mon sourire.

- Bon, très bien. Après tout, le patron ne nous a pas interdit de lui amener son fils …

- Soit, approuva Naka-machin, en portant une main à son oreillette, Hey, Ikuo, peux-tu nous dire où est le chef en ce moment ? … OK. Il est dans le parc près du château d'Osaka, un corps vient d'être découvert sur les lieux…

Oh, serait-ce ma première affaire de la semaine ? J'en remercierai presque Oyaji pour ça.

- Très bien allons-s'y , ordonnai-je soudainement surexcité.

Vingt minutes de voiture, et dix minutes de marche plus tard, je reconnus la grande silhouette de mon géniteur qui discutait, comme toujours, avec le père de Kazuha.

Mon tempérament fougueux prit le dessus une fois de plus, si bien que je ne pris pas la peine d'attendre qu'ils aient terminé leur conversation pour aborder mon père :

- Oï, Oyaji, tu m'expliques pourquoi tu m'as collé deux baby Sitter au cul ?

- Ton langage, fils.

Mais je fus encore plus en rogne en voyant qu'il m'ignorait complètement pour reprendre sa conversation avec Toyama.

Ce n'est qu'une fois qu'il aperçut mes deux nounous qui approchaient, la queue entre les jambes, qu'il nous accorda quelques secondes d'attention :

- Sakamoto, Nakashima, ramenez-le à la maison. A moins que cette mission ne soit trop dure pour vous ?

C'était tellement injuste… je demandais simplement des réponses, mais ce mec me renvoyait chez moi comme si j'étais un gamin de 5 ans qu'on devait mettre au lit…

- Je veux d'abord savoir pourquoi tu m'as mis sous surveillance, grognai-je avec un regard de défi, serrant les poings le long de mon corps pour garder mon calme malgré le feu qui bouillonnait en moi.

- Ce n'est pas une surveillance, c'est pour ta protection.

Ok. Ça, je ne l'avais pas vu venir. Ça m'avait fait l'effet d'une douche froide, calmant aussitôt ma colère. Et vu l'expression sur mon visage, ça n'avait pas dû échapper à mon père ; de toute façon je pari que même dans le noir il aurait été capable de le voir …

- Quoi ? Contre qui ?

Il resta silencieux tandis que je plantais mon regard dans le sien à la recherche de réponses. C'était peut-être mon imagination, mais l'espace d'un instant, j'ai cru déceler de l'inquiétude sur son visage.

Depuis quand Oyaji était capable de s'inquiéter ? Lui qui d'habitude restait toujours impassible et froid. Sans compter qu'il était fin stratège, du genre à deviner la fin d'une partie d'échec à peine 5 minutes après qu'elle ait commencé …

Non, impossible. Ça ne pouvait être que mon imagination.

- Attends-moi ici, m'ordonna-t-il avec un soupir. Je termine ce que j'ai à faire ici et on en discutera après. Reste simplement prés de mes hommes.

J'avais enfin obtenu une première victoire et j'étais assez tenté d'en abuser un peu ; même si ça me mettait toujours un peu mal à l'aise de devoir demander à mon père de l'aider dans ses enquêtes… Mais faut croire que c'était plus fort que moi :

- Laissez-moi vous aider.

Mon vieux me considéra un instant et finit par hocher la tête :

- Ne touche à rien, et tient toi tranquille.

- Bien reçu !

J'ignorais s'il avait accepté mon aide parce qu'il me faisait confiance ou s'il voulait simplement me garder à l'œil ; mais je m'en fichais. J'avais vraiment besoin de cette affaire pour me changer les idées.

o.O.o

C'est fou de voir combien je pouvais me sentir minuscule à chaque fois que je voyais mon père sur le terrain. Je me considérais moi-même comme un excellent détective, mais le voir à l'œuvre avait tendance à me faire perdre mon assurance. J'avais toujours un coup d'avance sur les autres, ce qui était suffisant pour les impressionner et résoudre des affaires ; mais mon père, lui, en avait systématiquement cinq d'avance. Et aussi désagréable que ça puisse être, je devais admettre qu'il avait encore beaucoup de choses à m'apprendre.

Mais ça je ne le dirais jamais, pas même sur mon lit de mort. Jamais. Surtout que ce n'était pas ma priorité du moment. Il venait de résoudre cette affaire en l'espace d'une demi-heure et nous étions encore dans le parc, un peu à l'écart des autres agents de police. J'avais enfin l'occasion de lui demander pourquoi il m'avait mis sous surveillance :

- Alors, c'est quoi tout ce mystère ? lui demandai-je dans un soupir, l'air blasé. Je ne suis plus un gamin tu sais…

- Mais tu agis comme tel, rétorqua Oyaji sur le même ton que moi, alors promets-moi simplement que tu te tiendras tranquille durant les prochains jours.

- Encore une fois, pourquoi ?

- Je te connais, si je te le dis, tu vas courir dans les rues comme un ahou.

- Dis. Moi. Pourquoi !, finis-je par crier, incapable de garder mon calme plus longtemps, complètement énervé par ce manque de confiance de la part de mon géniteur.

Brusquement il m'attrapa le bras. Je crus une seconde que c'était pour me frapper, comme il l'avait fait la dernière fois dans ce même parc. Je savais que je n'aurais pas dû lui aboyer dessus comme ça, c'était mon père après tout, mais je n'ai pas pu m'en empêcher.

Il me jeta la tête la première sur le sol. Il s'immobilisa quelques secondes devant moi, le dos tourné, avant de s'écrouler à quelques pas de là. Mes oreilles bourdonnaient et j'étais confus, mais j'avais très bien compris que ça n'avait rien à voir avec une correction. Et ce sifflement, suivit d'un bruit spongieux que j'avais entendu lorsque je suis tombé ne présageait rien de bon.

Cela me rappelait… le Kyudo. Et en effet, c'est en me levant que j'aperçus une flèche.

- Oyaji, hurlai-je en constatant qu'elle lui avait traversé le torse.

Bien que sous le choc, je savais que je devais me rendre à ses côtés pour comprimer sa blessure. Mais notre agresseur en avait décidé autrement.

Une nouvelle flèche siffla près de mon visage, m'obligeant à me replier. Je roulais donc vers l'arbre le plus proche lorsqu'une troisième flèche vint se planter dans le tronc de ce dernier.

Je serrais les dents. J'enrageais de ne pas pouvoir me défendre contre cet archer dont j'ignorais la position. J'enrageais de ne pas pouvoir secourir mon père qui saignait beaucoup trop pour avoir une chance de survie. Je n'avais pas le choix ; je savais j'allais perdre l'occasion d'arrêter notre agresseur, mais mon père était ma seule priorité.

- Oï, Officier à terre ! Appelez une ambulance !, criai-je suffisamment fort pour me faire entendre des policiers à quelques mètres de là.

- Ton père ne pourra pas toujours te protéger, lâche !

J'ignorais d'où provenait cette voix, mais j'appris deux choses : premièrement, cette voix m'était familière mais impossible de l'identifier. Deuxièmement, un bruit de branches cassées m'indiqua que l'homme s'en allait, ce qui voulait dire que je pouvais rejoindre Oyaji. Du moins je l'espérais. Je n'en fus sûr qu'à mon arrivée près de lui, sans flèche dans le crâne.

- Heiji-kun, qu'est-ce qu'il se passe ?, demanda la voix de Sakamoto derrière moi. Je savais qu'il n'était pas loin puisqu'il était supposé me raccompagner une fois que j'aurais fini de discuter avec Oyaji.

- Oyaji… il… quelqu'un lui a tiré dessus… l'agresseur s'est enfui par-là, expliquai-je en indiquant les buissons où j'avais localisé le bruit un peu plus tôt. Appelez une ambulance et envoyer des hommes arrêter ce type !

- Oh mon dieu… je m'en occupe !

L'officier était probablement parti, je n'y prêta pas attention, la seule chose que je sus en m'agenouillant près de mon père, fut qu'il avait été gravement blessé.

- Oï, oyaji, tiens le coup ! Les médecins vont arriver, murmurai-je en retirant ma veste pour mieux comprimer sa blessure, essayant d'ignorer le fait qu'elle était si sanglante. Donc, à proximité du cœur.

Mes gestes devaient le faire souffrir car il tressaillit et ouvrit les yeux :

- Heiji…

- Tais-toi, Tu me le parleras plus tard, lui promis-je, ignorant cette petite voix en moi qui me disait que ce « plus tard » pourrait ne jamais arriver.

Je ne sais pas comment, mais il avait dû entendre cette voix lui aussi car il plaça sa main tremblante sur ma joue.

- Je… Je suis fière de toi.

C'était bien la dernière chose à laquelle je m'attendais venant de lui.

- Non… Tais-toi...

Je ne voulais pas qu'il parle comme un mourant. Il ne pouvait pas mourir, pas lui. Je ne le lui permettrais jamais.

Je commençai vraiment à paniquer lorsque je sentis sa main glisser le long de mon visage, et vit que son torse ne bougeait plus.

- Oï, Oyaji ! Reste avec moi ! OYAJI !

Mais en dépit de la proximité de l'hôpital Otemae, Oyaji n'était déjà plus en vie lorsqu'il franchi les portes automatiques du service des urgences.


Et voilà pour le 1er chapitre. Pas très joyeux, certes mais ça ira mieux sur les prochains chapitres ^^

La suite dans deux semaines !