Titre de l'épisode : "Carré d'as et duo de comiques"
Avertissement : PG pour présence de jurons.
Spoiler : tome5
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de JKR (et de WB)
Note : sur une idée dérivée de Kaamelott
Note² : je n'ai utilisé que les noms propres originaux, ce qui m'a d'ailleurs bien ennuyée ! Parce que si je suis habituée à dire "Moony" ou "Padfoot", je le suis beaucoup moins à dire "Pettigrew" ou "Scabbers". La cohérence, c'est nul parfois ;p
personnages présents : Harry Potter, Ron Weasley, Hermione Granger, Ginny Weasley, Fred&George Weasley, Tonks, Sirius Black, Remus Lupin.
Grimmauld Place
Carré d'as et duo de comiques
Il flottait dans la cuisine une humeur endormie.
La petite cuillère mécanique et l'air morne, Harry fixait stupidement Coco l'Asticot clamer joyeusement que les céréales Gellokk's étaient les céréales du Champion (« recommandées par le Champion Viktor Krum ! »). De l'autre côté du paquet, Ron traçait des yeux le chemin que devait parcourir ledit Coco l'Asticot pour s'échapper du labyrinthe, récupérer son bol de céréales et se rendre à Poudlard, sans tomber dans les pièges tendus par les affreux Vengesorts. Tandis qu'il sirotait sa crème fouettée agrémentée d'un nuage de café, George parcourait vaguement les pages d'un journal oublié par quelque personne d'une fournée précédente. Hermione, par contre, était particulièrement concentrée sur ce qu'elle lisait. Elle dévorait avidement un de ses romans préférés tandis que le bacon refroidissait dans son assiette. Ginny n'aimait pas particulièrement lire, mais d'après Hermione, c'était parce que le monde sorcier ne possédait aucun romancier valable. Pas même Georgina Lowring, la sorcière aux multiples best-sellers, ne pouvait tenir la comparaison face à une Austen ou une Brontë. Quand elle aurait fini de le relire pour la énième fois, elle lui prêterait et Ginny découvrirait alors ce qu'était le talent. En attendant, Ginny aurait bien aimé que ce roman fût un peu moins captivant, car, tous les soirs, Hermione repoussait le moment d'éteindre la lumière. Résultat, le matin, il était difficile d'avoir les yeux en face des trous. Ginny enviait l'entrain de Fred qui, quelque fût le nombre d'heures de sommeil qu'il avait au compteur, était toujours frais et dispos au saut du lit. Le second jumeau, perché sur le comptoir, avalait son porridge tout en marquant avec application de la tête le rythme aliénant de la musique. De la musique moldue, je vous prie. Et ce matin, Ginny était même tentée de dire, de l'affreuse musique moldue !
En effet, Mr Weasley avait ramené d'une de ses perquisitions une radio moldue et avait soigneusement oublié de la déposer au Ministère. Mais contre toute attente (surtout la sienne !), il s'était bien vite vu dépossédé de sa prise par la jeune génération. Très vite, il était apparu que plus aucun d'eux n'était capable de faire quoique ce soit sans les solos de batteries, les envolées de notes et autres chantonneuses persuadées d'être des cantatrices. Ceux qui avaient grandi dans le monde sorcier s'étaient attendus à ce que ceux qui avaient grandi dans le monde moldu les initient aux mystères de la musique moldue. Mais ni Hermione, ni Harry ne s'étaient montrés franchement au courant de ce qui s'écoutaient et surtout ne s'écoutaient pas. Ils avaient juste quelques vagues notions qui, d'ailleurs, se contredisaient. Les adolescents avaient donc résolu de découvrir tous ensemble l'ensemble du répertoire musical moldu et pour cela avait mis au point une méthode infaillible : chaque jour, une nouvelle station. Des clivages étaient bien vite apparus au sein du groupe, clivages qui avaient même réussi à diviser les jumeaux. Fait tellement rare qu'il avait fallu quelques secondes à chaque unité de la paire génétique pour digérer l'information. Et tandis que tous débattaient chaudement, démolissaient ou encensaient, les portraits de la demeure Black tremblaient dans leurs cadres, ulcérés d'entendre ces notes sacrilèges se répercuter le long de leurs augustes murs.
« Qu'est-ce que ce bruit ? » grimaça Tonks en s'emparant d'une tasse qui traînait sur le bord de l'évier. « On dirait que quelqu'un tape sur des fonds de chaudrons. »
La jeune Auror avait, semblait-il, eu le réveil également difficile. Elle traînait du bout des pieds des chaussons chauve-souris qui battaient péniblement des ailes et arborait des lunettes noires pour éviter toute confrontation trop directe avec la lumière du jour. Elle laissa tomber un sachet de thé dans un verre de jus de citrouille et étala sur une tranche pain un reste d'œufs brouillés.
« Un truc affreux qui s'appelle Techno, marmonna Ron.
– Fred a réussi à tomber sur une station qui en diffuse en continue, expliqua Hermione. Ce qui est une hérésie puisqu'il s'agit d'une musique de boîte de nuit, ajouta-t-elle avec agacement.
– Et l'on est le matin, dans une cuisine ! s'exclama George.
– Vous connaissez la règle : un jour, une station, se contenta de dire Fred la bouche pleine.
– C'était pour découvrir ! Mais la Techno, on connaît : ils en passent sur pratiquement toutes les stations, fit remarquer Ginny.
– M'en fous ! La règle, c'est la règle, répliqua Fred, buté.
– Depuis quand, tu respectes les règles ? demanda Tonks en buvant une gorgée de son jus de citrouille au thé. Elle recracha tout sur Ron qui, malgré son brusque recul, fut grandement arrosé.
– Depuis que j'ai découvert une station qui diffusait toute la journée de la Techno, répondit-il en envoyant à son petit frère le torchon qu'il réclamait.
– On va donc devoir supporter ça toute la journée ? » demanda froidement le professeur Lupin qui entrait à son tour dans la cuisine.
Était-ce la lune qui serait bientôt pleine ou les événements politiques ? Ginny ne savait trop, mais toujours était-il que, ces derniers temps, le professeur Lupin, habituellement d'humeur si calme, perdait vite patience et cachait derrière une politesse tranchante des remarques acides et acérées.
« Il semblerait », soupira Harry qui, d'un sort de lévitation, remplissait la tasse vide du professeur Lupin.
« Ce n'est pas forcément une fatalité. » déclara ce dernier. Il resserra ses doigts sur la tasse pour en capter le plus de chaleur possible. Tous les yeux se levèrent vers lui avec espoir.
« Non, non, non. Couper n'est pas permis », s'affola Fred.
« Je pensais plus à… » Le professeur Lupin prit sa tasse d'une main et de l'autre claqua des doigts. Quelque chose qui ressemblait à un épais fil noir apparut dans le creux de sa paume. « … Un casque », répondit-il nonchalamment.
Hermione fronça les sourcils, visiblement vexée de ne pas y avoir pensé elle-même. Avec dextérité et sous le regard curieux des jeunes sorciers, Remus ficha dans les oreilles de Fred deux petits bitoniaux et encastra un troisième zigouigoui dans un trou de la radio. Et le silence fut.
« Remus, je peux te vouer un culte ? » demanda George.
Si Ginny ne pouvait se résoudre à appeler leur ancien professeur de Défense contre les Forces du Mal par son prénom, ses frères n'avaient pas du tout les mêmes états d'âme.
Le sorcier répondit par un petit sourire en coin. Réponse qui n'était pas une acceptation, mais pas un refus non plus.
« Pourquoi êtes-vous debout si tôt ? » s'inquiéta-t-il. « Un dimanche matin, surtout ! »
Les mines se renfrognèrent immédiatement.
« Si tu as une formule pour dormir quand les chaudrons explosent ? marmonna Harry. Je suis preneur.
– S'il n'y avait que ça ! s'exclama Ron. Il aurait été possible de se rendormir. Avec Fred et George, on est habitué aux réveils en fanfare. On se réveille en croyant que la maison nous tombe dessus et comme rien ne s'effondre, on se rendort tout aussitôt. Mais là, après les chaudrons explosifs, on a eu le droit à une dispute.
– Puis aux cris de maman pour la faire cesser, ajouta sombrement Ginny.
– Et ensuite aux tentatives d'apaisement de papa qui devait crier plus fort pour se faire entendre. » hurla Fred pour couvrir la musique qui n'existait plus que pour lui.
– Sans parler de la mère de Sirius qui a pris le relais, acheva Harry.
Le professeur Lupin hocha la tête, but une gorgée de thé, mais il ne dit rien. Les jeunes sorciers échangèrent alors quelques regards significatifs. Le professeur Lupin devait bien se douter qu'ils voulaient connaître les dessous de cette affaire, mais fit mine de ne rien voir.
« Est-ce qui s'est passé quelque chose… de grave ? » se décida Hermione.
« Oui et non », soupira Remus. Il posa sa tasse, un peu plus fortement que ce que la fragile porcelaine n'aurait dû subir. « Juste Severus et Sirius qui régressent un peu plus chaque jour.
– Ces deux-là sont comme Kneazles et Crups, marmonna Tonks, la tête dans la main et les lunettes noires toujours sur le nez.
– Eh bien il serait temps qu'ils se comportent comme deux adultes raisonnables, déclara froidement le professeur Lupin. On a autre chose à faire que les empêcher de s'avadakedavriser à tout bout de champs. Sans parler des dégâts qu'il faut réparer. »
Le professeur Lupin se laissa tomber sur un siège et se massa les tempes. Il semblait tellement las. Ses traits étaient tirés, les cernes violets sous ses yeux étaient d'autant plus visibles qu'il avait le teint blafard et ses vêtements déjà habituellement bien fatigués étaient froissés et crottés. Ginny se demanda depuis combien de temps le sorcier n'avait pas eu une véritable nuit de sommeil. Tous le regardaient en silence, gênés, et ne sachant trop que dire.
« Peut-être que… » commença Harry. Il fut interrompu par un hurlement, puis il y eut une dégringolade bruyante dans les escaliers.
« Putain de bordel de merde ! Quel est le Serpentard qui a coupé l'eau chaude ? vociféra Sirius qui débarqua dans la cuisine comme un cognard.
– Le seul Serpentard de la maison, en fait, soupira le professeur Lupin.
Il leva les yeux vers le nouvel arrivant et le découvrit à moitié nu – une serviette à peine accrochée aux hanches – et dégoulinant d'eau.
– Et s'il te plaît va t'habiller, il y a des dames, marmonna-t-il.
– On ne se plaint pas ! déclara Tonks, avec un grand sourire. Elle avait repoussé sur sa tête ses lunettes noires et détaillait en toute sérénité l'anatomie de son cousin.
Sirius prit conscience de l'assistance et resserra machinalement la serviette autour de sa taille. Il se laissa tomber sur un siège à quelques centimètres de la cheminée dans laquelle ronflait un feu vivace et tendit les mains vers le brasier.
« Je vais lui refaire la tronche façon puzzle, Moony, j'te jure ! » reprit-il d'un ton menaçant.
Ginny ne douta pas un instant que Sirius était capable de mettre ses paroles à exécution et prit bonne note de ne jamais se le mettre à dos. Mais elle inscrivit également dans un coin de son cerveau la maigreur du sorcier et les cicatrices qui marbraient une peau tellement blanche qu'elle en semblait presque grise.
Alors que le professeur Lupin levait yeux et mains vers le ciel en signe d'impuissance, il y eut un fracas de vaisselle brisée. Tous les regards se tournèrent par habitude vers Tonks. Mais la jeune Auror se tenait tranquillement assise, mâchonnant une tartine un peu trop grillée. Une sorte de cri jumeau, qui ressemblait à une fusion de 'QUOI ?' et de 'COMMENT !', fit trembler Grimmauld Place jusque dans ses soubassements.
Fred avait fait tomber son bol à terre, tandis que George avait versé du jus de citrouille partout sur la table sauf dans son verre.
« Qu'est-ce que tu viens de dire, Sirius ? » demanda le premier en sautant au bas du comptoir, tandis que le second se levait si brusquement qu'il manqua de renverser la moitié du contenu de la table.
« Je vais lui refaire la tronche façon puzzle ? répéta ce dernier un peu déstabilisé par la question.
– Non, fit George.
– Après, précisa Fred.
– Euh… » fit Sirius de plus en plus perplexe et il n'était pas le seul. Il haussa les épaules. « J'te jure Remus ? » tenta-t-il.
Les deux avancèrent de quelques pas, serrant Sirius de plus près.
Fred secoua la tête. « Non. »
– Pas exactement, précisa George.
Sirius questionna du regard le professeur Lupin qui signifie d'une grimace qu'il ne comprenait pas davantage.
– Moony, peut-être ? proposa Sirius.
Fred attrapa Sirius par le bras tandis que George agrippait l'épaule de son jumeau.
– Pourquoi l'as-tu appelé comme ça ? » demanda Fred le regard de plus en plus exorbité. Il commençait à vraiment inquiéter Ginny.
« Parce que c'est son nom, répondit Sirius.
– Pas vraiment, rectifia le professeur Lupin. C'est un surnom dont Sirius a cru malin de m'affubler à Poudlard. Mais je l'ai toujours détesté, ajouta-t-il.
– Pfff ! Quel menteur, minimisa Sirius. Tu l'adores !
Le professeur Lupin secoua la tête en signe de dénégation.
– Je m'y suis fait, ce n'est pas pareil.
– Je savais pas que tu ne l'aimais pas. », s'étonna Harry. Il semblait déçu, presque peiné.
« Un surnom qui me rappelle à longueur de temps que je suis un loup-garou ? J'ai moyennement apprécié la plaisanterie.
Harry hocha silencieusement la tête, mais il avait toujours l'air un peu chagriné. Le professeur Lupin s'approcha de Harry et posa affectueusement la main sur l'épaule de l'adolescent.
– Je ne dis pas que je n'ai pas aimé être Moony ou un Maraudeur, Harry, juste que… tenta-t-il d'expliquer, mais il fut interrompu par Fred :
– Alors tu es vraiment…
Remus tourna la tête vers les jumeaux, étonné par leur surprise : tout le monde ne savait-il pas déjà qu'il était un loup-garou ?
– Moony ? termina George.
– Le Moony ? demanda Fred.
– Vous êtes sourds ou quoi ? s'inquiéta Ron. Faut arrêter la… Ron ne put terminer sa phrase : il se prit une claque derrière la tête par Tonks.
– Termine ta phrase et je te fais manger tes céréales par le nez, le prévint-elle. Ron déglutit et se dépêcha d'avaler son bol.
– Euh oui… Je ne sais pas si je suis le Moony, mais oui, j'en suis au moins un.
– Celui des Maraudeurs ? demandèrent d'une même voix les Jumeaux.
– Celui des Maraudeurs, acquiesça le professeur Lupin.
Les jumeaux tombèrent en même temps à genoux et levèrent un regard d'adoration vers le professeur Lupin.
– Quel honneur de vous rencontrer enfin ! s'exclama George.
– Maître, nous sommes vos fervents disciples. », déclara avec ferveur Fred.
Le professeur Lupin tourna un regard anxieux vers la table. « Mais qu'est-ce qu'il leur arrive ? »
Tous dirent qu'il n'en avait pas la moindre idée, lorsque Harry émit un petit rire discret. Il compta sur ses doigts :
« Nettoyer la cage d'Hedwige, recopier le devoir de potions de Hermione (« dans tes rêves, Potter ! »), rester en vie et… » Il fit mine de chercher quelques secondes et se frappa théâtralement le front. « Mais bien sûr ! Dire aux Jumeaux pour les Maraudeurs. Je savais qu'il m'en manquait un, sourit-il.
– Nous dire quoi ? s'exclamèrent les deux concernés à l'unisson.
– Que Remus est Moony et Sirius Padfoot.
– Sirius aussi ! s'écrièrent-ils. Ils sont donc vraiment les Maraudeurs ! Vous êtes vraiment les Maraudeurs ?
– C'est vrai qu'on ne leur a jamais dit, remarqua Ron la bouche pleine. Comment ça se fait ?
Il se prit une nouvelle claque derrière la tête de Tonks.
– Mais pourquoi ? gémit-il.
– On ne parle pas la bouche pleine, le semonça-t-elle.
Ron lança un regard mauvais à la jeune Auror et éloigna subrepticement sa chaise.
« Mais pourquoi leur auriez-vous parlé de nous ? et pourquoi ils ont la tête de sorciers qui auraient vu Viviane ? s'inquiéta Sirius. Ils sont flippants à nous fixer comme ça. Je me sens nu.
– Tu es nu ! rappela Remus.
– Ah oui c'est vrai. C'est pour ça que j'ai froid. » Sirius fit un vague mouvement de la main gauche et se retrouva vêtu d'un vieux jean délavé et d'un T-shirt à manches longues. Il saisit une tasse de thé qui achevait de refroidir sur la table. Il en but une gorgée et poussa un petit soupir content.
« Ça ne te dérange pas ? demanda-t-il à l'adresse le professeur Lupin.
– Pas de problème. Ce n'est pas ma tasse, répondit nonchalamment ce dernier.
– Ce sont des fans, expliqua Ginny qui était également quelque peu ébranlée par cette révélation, trop pour défendre sa tasse en tout cas.
Toute son enfance, la benjamine de la fratrie Weasley avait entendu ses aînés narrer avec passion les frasques des quatre Maraudeurs. Que ce soit pour l'endormir, la consoler, la faire rire ou lui faire peur, ses frères ne lui avaient jamais raconté les terrifiantes rencontres qu'Ulysse avait faites sur les mers de la Méditerranée, elle n'avait pas non plus eu le droit aux exploits de Siegfried, aux aventures de Robin des Bois ou au grandissime destin d'Arthur. Non, tour à tour, ils lui avaient raconté la chanson de gestes des Maraudeurs. Bill les racontait comme des garnements malins et polissons. On aurait dit des petits diablotins échappés de leurs boîtes multicolores, prêts à toutes les facéties. Avec les mots de Charlie, les Maraudeurs devenaient les héros de terrifiantes aventures pleines de dragons, d'acromantulas et de goules. Percy, lui, prétendait pouvoir enseigner à travers les quatre figures des Maraudeurs les fondements de la morale, ce qui se faisait ou ne se faisait pas, que le crime ne paie jamais et que toute bonne action est récompensée. Mais dans la bouche des Jumeaux, les Maraudeurs recouvraient toute leur grandeur : génie de la blague, découvreur de Poudlard, petits prodiges de la magie. De frère en frère, les Maraudeurs avaient été élevés au rang de mythe.
Ginny avait toujours eu une préférence pour Moony. Probablement le côté à la fois fascinant et terrifiant du loup-garou jouait beaucoup sur son imaginaire. Mais découvrir que le Moony de ses rêves s'avérait être son ancien professeur de Défense contre les Forces du Mal s'avérait quelque peu perturbant pour Ginny. Comment diable allait-elle pouvoir le regarder dans les yeux maintenant ?
« Euh… Je sens que je vais passer pour l'inculte de service. Mais c'est quoi les maraudeurs au juste ? » demanda Tonks quelque peu perdue.
Les Jumeaux prirent une expression outrée. « Blasphématrice ! » s'exclama Fred. « Sacrilège ! » cria George. Tonks se défendit, mais ils ne voulurent rien entendre. Hermione tenta d'apporter une réponse, Ginny commentait, Sirius riait, Ron essayait de calmer ses frères et Harry se tenait un peu en retrait. Le professeur Lupin, excédé par la cacophonie ambiante, lança un sort dans la cheminée. Les flammes enflèrent brutalement dans un bruit d'enfer. Sous l'effet de la surprise, tous se turent. Le professeur Lupin demanda à tout le monde s'asseoir en silence puis offrit un rapide explicatif à la pauvre Tonks.
Tonks eut l'air songeuse quelques secondes. « J'avais également entendu parler des exploits de ces Maraudeurs. J'étais bien loin de m'imaginer qu'il s'agissait de mon cousin. » dit-elle en envoyant de manière taquine son coude dans les côtes de Sirius.
– Mais, à 'mon époque', dit-elle en mimant les guillemets avec ses doigts, les Maraudeurs étaient nombreux.
– Pardon ? fit George outré.
– Je ne sais pas s'il le fait encore, mais Rusard avait l'habitude de traiter les fauteurs de troubles de maraudeurs. Comme c'était le nom de ces quatre légendaires étudiants, il était perçu comme un honneur de recevoir cette insulte – qui avait presque valeur de titre. Je crois bien que, pour ma part, j'ai été une Maraudeuse deux ou trois fois, ajouta-t-elle pensivement.
Le professeur Lupin et Sirius échangèrent un regard amusé.
– Quoi ? demanda Tonks.
– En fait, 'maraudeur' est vraiment une insulte dont Rusard nous gratifiait régulièrement. Tant et si bien que nous avons fini par la reprendre à notre compte et l'endosser complètement, expliqua le professeur Lupin avec un petit sourire en coin.
– Rusard a toujours aimé les insultes très désuètes, acquiesça Sirius. Mais j'ignorais que nos petites blagues étaient passées dans la légende de Poudlard. Si Prongs savait ça… »
Sirius se passa la main dans les cheveux et riant doucement.
– Sûr que James aurait adoré, admit Remus avec nostalgie.
– James ? répéta Fred.
– Comme James Potter ? demanda George.
– Comme James Potter le père de Harry ?
– Celui-là même. Ne me dites pas que vous ne l'aviez vraiment pas vu venir ? demanda Sirius sur un ton de reproche.
Les Jumeaux se tournèrent d'un même mouvement vers Harry.
– Mais alors tu es Prongs Junior ? s'exclamèrent-ils d'une même voix.
Sirius éclata de rire, le sourire de Remus s'élargit.
– James voulait t'appeler comme ça, révéla l'ancien professeur de Défense contre les Forces du Mal.
– Tu veux dire comme surnom ? s'inquiéta Harry.
– Non, comme prénom tout ce qu'il y a de plus officiel, assura le sorcier.
– Mais il avait à peine émis cette idée que, le lendemain, Lily t'inscrivait – avant même que tu ne sois né ! – sous le nom de Harry James Potter, compléta Sirius en essuyant les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux. Quand il l'a découvert, James a été très déçu et, par la suite, c'est resté un sujet de contentieux entre eux deux.
– Mais il ne l'aurait pas vraiment fait ? Je veux dire l'appeler Prongs Jr ? s'inquiéta Ginny.
– Lily l'en pensait tout à fait capable, dit le professeur Lupin.
– Et, à mon avis, elle n'avait pas tout à fait tort de se méfier, ajouta Sirius. James ne t'appelait que très rarement Harry. Je n'ai jamais su si c'était pour agacer ta mère ou parce qu'il regrettait vraiment de ne pas avoir pu t'appeler Prongs Junior.
– Sérieux ? Prongs Junior Potter ? À ce compte là, je crois que je préfère encore Celui-qui-a-survécu ! marmonna Harry.
– La vache ! s'exclama Ron. Ta vie aurait été un enfer. Pire que maintenant, crut-il bon d'ajouter.
Cette remarque lui valut une nouvelle claque derrière la tête, mais généreusement offerte par Hermione cette fois-ci.
– Merci vieux, dit Harry d'une voix sardonique.
– Et le quatrième, Wormtail ? demanda Fred.
Les rires se turent immédiatement et les sourires moururent. Ginny remarqua les regards fuyants de Ron et Hermione, les expressions dures de Harry et Sirius, presque haineuses. Le professeur Lupin avait quant à lui quelque chose d'indéchiffrable dans le regard.
– C'est Peter Pettigrew, répondit finalement ce dernier.
– Était ! corrigea avec véhémence Sirius.
– Peter Pettigrow celui qui… commença George
Et pour une fois Fred ne prit pas le relais.
– Eh oui, sourit tristement Remus. Celui qui… »
Les genoux de George ployèrent. Fred secoua la tête mécaniquement, les yeux agrandis pas l'horreur. À l'instant même où ils trouvaient les Maraudeurs, ils les perdaient. La réalité avait rattrapé le mythe et l'avait fait voler en éclats. Les quatre Maraudeurs n'étaient plus des petits sorciers espiègles en quête d'une bonne farce à faire ou de grands aventuriers chevaucheurs de dragons ! Adieu les caractères monochromes : Moony le réfléchi, Padfoot l'imprévisible, Prongs le meneur et Wormtail-aux-bonnes-idées. Les Maraudeurs n'étaient plus que trois adultes avec leurs imperfections, leurs angoisses, leurs désillusions, leurs douleurs au cœur.
« Et la morale de cette histoire est que l'expression 'garde tes amis près de toi et tes ennemis encore plus' ne vaut que si l'on sait qui sont ses amis et qui sont ses ennemis, déclara le professeur Lupin avec une froide ironie.
– Pour ma part, la morale est plutôt 'exterminez la vermine !', répliqua Sirius. Mais Moony a toujours été le philosophe de la bande. »
Le professeur Lupin baissa la tête et la secoua légèrement, comme s'il se moquait des paroles prononcées par Sirius. Mais entre deux mèches de cheveux, un sourire était venu se poser sur ses lèvres.
Une tasse tomba et se brisa en mille éclats sur le sol. Tous les regards se tournèrent vers Tonks, mais la jeune Auror n'avait d'yeux que pour le professeur Lupin. Elle le fixait avec stupeur, le visage défait. Elle avait les mains positionnées devant elle, persuadée de tenir encore sa tasse.
« Tonks ? » appela Ginny. Elle toucha le bras de la jeune sorcière qui tressaillit.
– Oui ?
– Tu te sens bien ?
– Non. Oui… Je ne sais pas. Il faut que je m'assoie.
– Tu es assise, remarqua Ron.
– Alors il faut que je me lève.
Mais elle ne bougea pas, le regard toujours fixé sur le professeur Lupin qui la dévisageait, un peu inquiet, un peu gêné également.
– À quinze ans ils sont devenus des Animagi pour soutenir Remus dans ses transformations ? répéta George. Balèze ! s'exclama-t-il.
Toute la jeune génération s'était réunie dans la chambre que Ginny et Hermione partageaient. À la demande de Fred et George, Harry, Hermione, Ron s'étaient lancés dans une historiographie des Maraudeurs. Mais il n'était pas aisé de les suivre, car les trois amis se coupaient mutuellement la parole, complétant, contredisant, rappelant, supposant. Il avait plusieurs fois fallu les interrompre pour dénouer les fils de cette épopée.
« OK, je suis amoureux ! », décréta Fred, une main sur le cœur. Et George de le seconder.
Ginny pouvait presque voir les étoiles briller dans les quatre yeux de ses frères et elle n'était pas loin d'éprouver le même sentiment. Mais est-ce qu'on pouvait revenir sur cette histoire où Scabbers est Pettigrew qui est Wormtail qui est le traître ?
« Mais en fait, on n'est pas du tout à la hauteur ! » reprit avec sérieux George.
Fred se laissa tomber en arrière sur le lit de Ginny et fixa pensivement le plafond.
« Faut avouer qu'ils ont mis la barre haut, marmonna-t-il.
– On a un an pour trouver comment nous montrer à la hauteur des Maraudeurs.
– Quelque chose de grand, qui restera gravé dans les mémoires et qui fera hurler toute l'autorité…
George acquiesça silencieusement, puis il se tourna brusquement vers Harry.
– En fin de compte, on a été bien inspiré de te passer la carte, Prongs Junior, s'exclama-t-il joyeusement. Quand on pense à tous les intermédiaires qu'il a fallu pour que cette carte soit restituée à son propriétaire légitime ! Cela relève presque du grand plan ineffable !
– Ou d'un heureux hasard, proposa Fred.
– Ou d'un heureux hasard, convint George.
– Je ne vous remercierai jamais assez pour la carte, mais le surnom, c'est vraiment obligatoire ? gémit Harry.
– Tu dois te montrer fier de ton héritage.
– Le porter avec dignité.
– Tu es la descendance.
– Une grande mission repose sur tes épaules.
– Cela va être dur. Même à nous l'ampleur de la tâche nous donne le tournis.
– Surtout que nous devons faire deux fois plus nos preuves.
– Eh ! Les deux fangirls, vous en avez jamais assez de vous écouter parler ? demanda Ginny en envoyant aux Jumeaux deux coussins en pleine tête.
Ron se tourna vers Harry.
– Imagine que tu te sois vraiment appelé Prongs Jr…
– Mais ce n'est pas le cas, le coupa Harry.
– Oui, mais imagine ! contra Ron. Tu te rends compte des titres de tes biographies : Prongs Potter vs Vous-Savez-Qui… ou, mieux : Prongs Potter porteur d'espoir… Je vais le noter pour plus tard, celui-là.
Ron se prit la quatrième claque derrière de la tête de la journée. Une bataille de coussins s'ensuivit qui n'alla pas sans quelques fous rires et hurlements en tout genre.
Remus s'était resservi une énième tasse de thé et, confortablement installé devant la cheminée, il lisait avec plaisir le dernier compte rendu de la réunion qu'il avait manquée. Ce n'était pas que les nouvelles qui y étaient rapportées s'avéraient positives, loin de là ! La situation était au contraire on ne peut plus préoccupante : le nombre de Voldemortistes était toujours croissant, le Ministère refusait de voir la vérité en face et les exactions des Mangemorts gagnaient en ampleur. En fait, le grand absent du moment était Voldemort lui-même. Remus ne comprenait pas pourquoi le Mage Noir mettait autant de temps à réapparaître en pleine lumière. Peut-être qu'il avait besoin de temps pour réorganiser ses forces et comptait donc profiter au maximum de la politique de l'autruche du Ministère.
Le seul plaisir que Remus trouvait à lire les rapports résidait dans leur style incisif. Le professeur McGonagall était la secrétaire de l'Ordre et, en tant que telle, elle se devait de rédiger tous les rapports. Or il s'avérait que le professeur de Métamorphoses n'avait pas son pareil pour épingler les incohérences, manier l'ironie et quelle inventivité dans les comparaisons ! Remus se régalait. Si jamais la sorcière se lassait un jour d'enseigner, elle avait une voie toute tracée dans l'écriture.
À un fauteuil de là, une tasse de café fumant à portée de main, Sirius était également plongé dans un roman moldu. Il l'avait trouvé sur la table de la cuisine et en avait lu les premières pages par curiosité, pour passer le temps. Et puis de premières pages en pages suivantes, il avait atteint celles du milieu et ne semblait pas du tout disposé à s'arrêter avant d'avoir atteint les dernières. De temps en temps, il émettait un petit rire, marmonnait quelques commentaires et replongeait dans les mots.
Bien malgré lui, Remus se retrouva transporter vingt ans en arrière : la cheminée, Sirius pieds nus (toujours pieds nus !) qui lisait juste côté. Il ne manquait que James allongé par terre et Peter assis pas très loin à une table de travail. Remus éprouva le sempiternel pincement au cœur. Serait-il un jour capable de repenser à cette époque sans amertume, juste heureux que cela fut advenu ?
« Sirius ?
– Hmm ?
– Quelle question poserais-tu à Peter : pourquoi ? ou quand ?
– On sait tout ça, Remus, répondit avec le plus grand détachement possible Sirius. Il refusa même de relever la tête pour répondre.
– Non. On sait le pour quoi. » Remus insista bien sur les deux mots pour différencier du 'pourquoi '. « On sait également à peu près quand il a intégré les Mangemorts. Mais on ignore quand l'idée de nous trahir lui est venue, quel est l'élément déclencheur, ce qui lui a fait prendre pareille décision.
– Pas besoin de lui demander, je peux te le dire : quand il s'est retrouvé avec la baguette de Voldemort sous le nez.
Remus effleura la cicatrice à la base de son cou. À l'approche de la pleine lune, elle le lançait de plus en plus.
« Si cette amitié avait été aussi importante pour lui que… » Il se tut. Sirius s'arracha de son livre et dévisagea froidement Remus, le mettant au défi d'aller au bout de sa phrase. Remus, mal à l'aise, se leva. Il fit quelques pas, puis reprit :
« Si ça avait vraiment compté pour lui, il n'aurait pas cédé.
– Peter était faible. Il l'a toujours été. On l'avait juste oublié. » trancha Sirius.
Mais Remus ne se satisfaisait pas de cette réponse. Il y avait quatorze ans, on lui en avait fourni une du même acabit. À cette époque, il l'avait servilement acceptée… Il l'avait acceptée parce que n'importe quelle explication était bonne à prendre, parce qu'il avait besoin que l'on trouve du sens, là où pour lui il n'y en avait pas. Mais maintenant, il était hors de question qu'il reconnaisse à quelques mots froidement énoncés la valeur de vérité. Il voulait comprendre. Il voulait des certitudes. Il avait besoin que ses souvenirs ne soient pas entachés par la trahison.
« Un faible ne reste pas une année à s'occuper d'un mage noir déchu. Il ne se tranche pas volontairement la main, argua Remus. Un faible n'accepte pas de devenir un Animagus non déclaré pour tenir compagnie à un loup-garou illégalement inscrit à Poudlard.
– Peter a besoin de lever les yeux et de courber le dos devant une figure plus puissante.
– Peter admirait vraiment James. Il avait beaucoup d'admiration pour toi également et tu le sais. Mais James était particulier…
Sirius hocha la tête.
– En effet, James était particulier, convint-il. Mais peut-être… »
Sirius s'interrompit, son regard tomba sur la radio moldue. Dans le grand silence de la cuisine, Remus percevait distinctement la musique aliénante qui filtrait à travers le casque.
« … Peut-être que les Maraudeurs ne sont finalement que ça : des personnages imaginaires que la réalité a balayés. »
Fin de l'épisode
