Avertissement : PG
Spoiler : tome5
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de Rowling (et de WB) et Angelus est un peu à Master Whedon et un peu à moi.
Note : sur une idée dérivée de Kaamelott
Remerciements : à Arcadiane pour son Journal de Snape qui m'a montré du doigt un Snape que je pouvais à peu près appréhender.
Personnages présents : Harry Potter, Hermione Granger, Ginny Weasley, Fred&George Weasley, Tonks, Sirius Black, Remus Lupin, Severus Snape, Minerva McGonagall, Albus Dumbledore, Fleur Delacour, Bill Weasley, Arthur Weasley, Ron Weasley, Emmeline Vance, un ministre… et le cake à l'orange.
Grimmauld Place
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Le Cake à l'orange
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23h 17
« Dépêchez-vous, Severus. Vous êtes attendu ! » le presse McGonagall.
– Oui, oui… Laissez-moi, juste le temps…
– Non pas de temps ! le coupe-t-elle. Vous mangerez de ce cake plus tard.
La vieille sorcière saisit Severus Snape par le coude et l'entraîne résolument vers le petit salon qui sert de lieu de réunion à l'Ordre du Phénix. Severus tente bien de faire valoir ses droits inaliénables, mais autant parler essence et conscience à un Troll. Il ne retrouve sa liberté de mouvement que lorsqu'ils sont face à la porte close du petit salon.
– Le Ministre attend votre rapport et Albus compte sur vous, Severus, déclare-t-elle d'une voix glaçante.
Méfiance et menace. Peut-être même désapprobation. Severus sait qu'il doit convaincre encore, toujours, chaque jour. Mais parfois, ça le taraude, il songe à leur donner raison, retomber dans des travers de jeunesse, comme ils disent. L'honorable sorcière, étrangère à toutes ces considérations, étrangère aux doutes, au poids de la conscience, aux fantômes, ouvre la porte et pousse sans ménagement Severus dans la salle enfumée.
23h31
Avec un soin des plus scolaires, Severus s'applique à ne pas prêter une oreille à ce qui se dit. Ce n'est pas qu'il s'en moque, non, juste que c'est inintéressant au possible. Il affecte donc une écoute consciencieuse, voire méditative, mais ses pensées volent bien au-dessus de ça. Elles volent, planent, font quelques loopings avant de se diriger vers le cake à l'orange puis de rebondir vers le cordon bleu que le président du jury attachera à sa boutonnière. Soupir d'aise. Les pensées repartent et tournent en ricanant autour de la mine déconfite de Nelly Ingalls.
Oh ! bien sûr cela en ferait rire plus d'un s'il venait à s'ébruiter que Severus Snape participe à des concours culinaires (spécialité 'pâtisserie') moldus. Mais en toute absence de modestie, à bientôt trente cinq ans, Severus Snape est le meilleur maître de potions de Grande Bretagne et même un peu au-delà (il y a bien l'allemande Petra Waldman qui lui fait encore un peu d'ombre). Et chaque CMPA (1) ne le lui rappelle que plus cruellement. Il n'y a plus un concours, un test qu'il ne remporte haut la main. C'est d'une monotonie navrante. Sa vie manquait de challenge, de défi. Quand il était au fin fond du gouffre de l'ennui, il lui arrivait même de regretter les Maraudeurs et la petite guerre de gangs auxquels ils se prêtaient les uns et les autres. Soupir. Et puis il avait découvert la pâtisserie. De nouvelles propriétés à mettre à jour, des mélanges à expérimenter, des perfections à accomplir et des adversaires à défaire, à écrabouiller de son génie. Petit rire sardonique.
Minuit 18
Le sorcier ouvre la porte tandis que le vampire se dissimule dans l'ombre. La jeune femme a le cœur qui bat vite, si jamais son époux… Hermione remarque à peine l'entrée des jumeaux dans la cuisine, tant elle est absorbée par sa lecture. Pourtant ils ne font pas dans la discrétion, mais l'histoire atteint un moment tellement…
« Hermione ?! appelle Fred (ou peut-être est-ce George, il faut toujours quelques minutes de conversation à Hermione pour parvenir à les distinguer). Mais qu'est-ce que tu fous ici à cette heure ?
– Je lis.
– Je vois bien, répond l'autre. Mais pourquoi ici et à cette heure ?
– Parce qu'il fait chaud, qu'il y a à manger et à boire à portée d'Accio et parce que votre charmante sœur m'a gentiment priée d'éteindre la lumière. » Et tout ça sans relever la tête.
– Hermione, tu devrais savoir que tout est à portée d'Accio, déclare l'un d'eux, Hermione ignore lequel : elle a perdu le fil des répliques pour ne pas perdre celui du roman…
– C'est quelque peu offensant d'être délaissés pour des personnages de fiction !
– Je ne te le fais pas dire ! Tu lis quoi ? »
Hermione ne répond pas : question superflue qui ne fait que retarder le dénouement de… Une main entre dans son champ de vision et cherche à s'emparer le livre. Hermione le retire prestement.
– Hmmm, le petit rat de bibliothèque aurait quelque chose à cacher ? marmonne l'un.
– Il semblerait bien qu'il y ait de la littérature douteuse, souffle l'autre.
– N'importe quoi ! contre Hermione.
Elle pose le livre sur ses genoux, sous la table. Loin de leurs regards fouineurs.
– Et vous, que faites-vous ici à cette heure ? demande-t-elle agacée.
– Nous ? commence l'un en saisissant l'assiette dans laquelle trône un cake intact.
– Nous, très chère,… poursuit l'autre.
– … nous venons de mettre une dernière double main à notre nouvelle invention : le bubble-gum.
– Ça n'a rien d'une invention !
Les jumeaux se fendent d'un sourire qui n'augure rien de bon.
– Tu veux être la première à le goûter ?
– Vous voulez dire tester, réplique Hermione.
– Pas faux.
– Une part de cake ?
– Il est peut-être pour demain matin, remarque Hermione.
Ils haussent simultanément les épaules.
– Passé minuit, on est demain matin, dit l'un, tandis que l'autre tend une belle part.
Hermione n'hésite pas davantage et s'empare du morceau. À sa décharge, il sent vraiment trop bon.
Minuit 53
Le précédent prototype s'était révélé presque parfait. Tendre, subtile, cuit à point. Seul petit défaut : trop gras. Pas au point d'être indigeste, évidemment, Severus est un maître. Mais tout de même un peu trop pour satisfaire aux exigences d'équilibre alimentaire acceptable. Cette nouvelle variable a pris tous les apprentis pâtissiers au dépourvu, mais Severus estime que c'est un challenge intéressant : élaborer un cake à l'orage à la fois savoureux et pas trop riche. Il lui en a fallu des calculs savants ! La lutte fut acharnée pour atteindre pareille composition. Pas moins de treize cakes à l'orange furent cuits et ne parlons pas des seize qui n'eurent même pas cet honneur. Mais pas de pitié pour les cake à l'orange : Severus se doit de récupérer la médaille. Par tous les crocs de Nonos (le chien tricéphale de tante Eucharistie), cette fois-ci, il remportera le concours de pâtisserie ! (Insérer ici une expression décidée). À la cession précédente, cette petite dinde de Nelly Ingalls l'avait doublé avec sa prétentieuse charlotte aux fraises (Insérer ici une grimace).
Chaque fois qu'il y repense, il lui prend une envie toute elfique de se coincer les doigts dans un four. Comment a-t-il fait pour ne même pas songer à l'essence de roses ? Comment ?! Plus que de ne pas avoir gagné, il s'en veut peut-être davantage d'avoir ainsi manqué de subtilité et d'avoir laissé sa concurrente directe grappiller des points d'avance. Mrs Ingalls est une quadragénaire, aux cheveux jaunâtres, aux bijoux clinquants et aux vêtements trop serrés. Mère au foyer, donc tyran professionnel, elle adoucit ses ordres et ses remarques perfides d'un insupportable 'très chère/cher'. Elle et Severus se haïssent avec politesse et sournoiserie. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, mais à vaincre sans ennemi, on triomphe sans plaisir. Héhé.
Severus se fend d'un sourire victorieux et Emmeline Vance , assise juste en face de lui, s'agite sur sa chaise et le dévisage avec perplexité.
1h 22
« Ouhouh ! Je suis le Grand Faune de la Forêt ! Mais où est donc cette jolie petite Dryade ? » Quelques petits sauts et le Grand Faune pénètre dans la cuisine. La Jolie Petite Dryade écrase son mignon index sur les lèvres de son amant.
– Tais-toi donc ! On pourrait nous entendre, chuchote-t-elle quelque peu inquiète.
-– Et alors ? Je n'ai rien à cacher ! se rengorge le Grand Faune.
– C'est le moins qu'on puisse dire, sourit la Jolie Petite Dryade d'un air mutin. Tu aurais au moins pu passer un caleçon, ajoute-t-elle en lui pinçant la hanche.
– Me dit la demoiselle vêtue d'un simple drap.
– Au moins, je suis vêtue.
– Ce qui est dommage. Je sens que déjà le souvenir de ton incroyable anatomie s'efface. Il faudrait que… » Il effleure du bout des doigts le drap. « Tu ne voudrais pas me rafraîchir la mémoire. » Il glisse son index coquin entre le tissu et la chair. Rires. La jeune femme, gracile, s'esquive. Elle met la table entre leurs deux corps
« Je vais plutôt te rafraîchir les idées. » répond-elle, moqueuse.
Une course-poursuite s'engage. Le jeu du chat et de la souris remplace celui du Grand Faune et de la Jolie Petite Dryade. Ils tournent autour de la table en riant. Ils s'arrêtent, essoufflés, heureux, tentent de feinter l'autre. S'échapper, mais jamais tout à fait, se laisser prendre, mais pas encore.
Et puis il fait ce à quoi, elle ne s'attend pas : il saute par-dessus la table. Cris étouffés. Rires chantants. Elle est coincée contre le mur. Nulle échappatoire. Elle a perdu. Mais douce défaite que de se laisser enserrer par les bras de son amant, son faune de la forêt, son sorcier, son homme, son chéri.
Il la soulève du sol et la dépose sur le comptoir. Peut-être un peu trop rudement. Mais ça ne lui déplait pas. Elle l'attire tout contre elle, entre les plis du drap, entre ses cuisses. Elle l'embrasse. Le baiser, de plus en plus passionné, leur fait presque oublier où ils sont. Presque.
« Bill. On peut pas rester là, marmonna-t-elle entre deux caresses. On va se faire prendre. »
Il sourit contre sa peau.
– Si tu veux que j'arrête, retire tes mains.
– Retire tes lèvres ! répond-elle.
Ils s'éloignent l'un de l'autre, les mains en l'air et l'air presque innocent. Presque. Ils rient et se retrouvent en un instant, en un baiser.
« On prend de quoi manger et on remonte. » Elle lui mordille le lobe de l'oreille et il frissonne.
– Heureusement, qu'on ne travaille pas demain, déclare-t-il en s'éloignant des bras et des lèvres de Fleur.
– Qu'est-ce que tu veux ?
– N'importe quoi du moment que ça peut se manger couché et avec les doigts.
– Et sur ton joli corps, ajoute-t-il avec un regard gourmand.
Bill pioche rapidement dans le frigo ce qui répond à leurs deux exigences. Rapidement, parce que même si être nu ne le dérange pas outre mesure, le froid est peu agréable et puis…
– Et prend du gâteau ! s'exclame Fleur.
Elle pointe du doigt le cake à l'orange entamé posé sur le comptoir d'en face. Bill sourit à son enthousiasme.
– Comment peux-tu manger autant et rester aussi mince ? s'étonne-t-il. Depuis qu'on est ensemble, j'ai pris trois kilos et toi, tu rentres toujours dans tes minis robes.
Elle hausse ses charmantes épaules blanches.
2h07
Severus laisse ses pensées vagabonder dans le salon enfumé. En définitive, il ne comprend même pas pourquoi on a besoin de lui. Il n'a jamais été particulièrement doué pour la rhétorique, convaincre les gens sans les menacer n'a jamais été dans ses compétences. Tout ce qu'il pourra dire à ce ventripotent de membre du Conseil ne fera que l'effrayer davantage. A-t-il vraiment envie de savoir à combien s'élève le nombre de Mangemorts ? Quelles sont les techniques de recrutement ? Comment s'est déroulée la dernière offensive ? Pourquoi les médicomages ont jugé préférable de lancer un sort d'oubliette sur les victimes ? Non, ce sorcier ne veut pas savoir. Il s'agite sur sa chaise, tripote nerveusement une plume d'oie, tortille la chaînette de sa montre gousset. La sueur froide qui perle à son front et qu'il tente vainement de faire disparaître en toute discrétion. Les contractions de son faciès grossier et flasque. Tout en lui témoigne la volonté bête de rester dans sa béate ignorance.
Avec quel plaisir Severus s'apprête à l'abreuver de renseignements et de menus détails. Oh oui.
2h57
– Mais quelle idée Snape a eu d'aborder pareil sujet ? Ça nous l'a complètement braqué ! s'exclame Emmeline, furieuse.
– Severus a peut-être voulu lui déciller les yeux, tempère Minerva.
– C'est réussi ! Maintenant, il est terrifié et il n'y en a rien à en tirer. Ce sorcier est plus bouché que mon évier ! Et je peux vous dire qu'aucun sort ne peut en faire quelque chose.
– Vous devriez vous débarrasser de cette maison, lui conseille Minerva tandis qu'elle remplit la bouilloire.
– J'ai bien essayé, mais personne n'en veut. Les maisons hantées ne se vendent plus, c'est passé de mode.
– Trop épuisant.
– Et puis stressant ! On ne sait jamais si un tuyau d'évacuation ne va pas exploser pendant qu'on est absent ou si on ne va pas se réveiller avec le sol infesté d'asticots. »
Minerva frissonne. Les trucs grouillants l'ont toujours profondément répugnée. Cela lui a d'ailleurs valu des résultats déplorables en Potions et en Botanique dans son jeune temps.
« Si vous cessiez vos travaux, soupire Minerva. Il est magiquement prouvé que les maisons dans lesquelles on exerce de la Magie Noire sont plus infestées que dans celles où l'on n'exerce que de la Magie Blanche. » Elle sort un sachet du placard. Le seul qu'elle ait trouvé.
– Thé aux pépins de melon, lit-elle. Ça vous convient ?
– Y a-t-il autre chose ?
– Hélas non !
– Qui peut boire un truc pareil ? grimace Emmeline.
– Il me semble que c'est Tonks.
D'un mouvement de tête, Emmeline marque sa désapprobation pour les goûts culinaires de leur cadette.
– Voudriez-vous du cake à l'orange avec votre thé ? propose Minerva.
– Avec plaisir. À votre avis, on pourrait en tirer combien de cette maison ?
– Vous ne comptez pas l'acheter ?
– Bien sûr que non. Trop de travaux ! Mais pour me faire une idée.
– Je n'en ai pas la moindre idée. »
Minerva n'est pas très au courant des cours de l'immobilier. Dix mois par an, elle loge à Hogwart et pour les deux autres, elle se contente parfaitement d'un petit appartement à Édimbourg.
« Je dirais quelques millions de Gallions, au moins, estime Emmeline entre deux gorgées (entre deux grimaces) de thé.
– Tant que ça ?
– Les gens d'aujourd'hui ne cherchent plus seulement des murs, mais également une historicité, explique Emmeline avec l'orgueil de ceux qui savent.
– L'historicité des Black, je m'en passerais bien.
– Tout le monde n'est pas aussi Albusienne que vous, ma chère. Mais je trouve la déco, un peu trop tape à l'œil et m'as-tu-vu ! Genre : « Ohoh ! Nous sommes des sorciers noirs. Ayez peur de nous ! »
– Vous faites allusions aux crânes humains presse papier ?
– Ah ? Ils ont des crânes humains ? Intéressant, ça devient de plus en plus dur à trouver. Non, je faisais surtout allusion à ces pieds de Troll. Totalement grandiloquents et si encombrants.
– Grandiloquent et encombrant ? Tout à fait la famille Black, sourit Minerva.
Les deux sorcières échangent un regard moqueur.
– Tout ça pour dire, reprend Emmeline, que l'on a déjà mauvaise presse, ce n'est pas la peine d'en rajouter en tombant dans les clichés ! C'est comme si soudainement on revenait à cette affreuse mode des verrues sur le nez et des bosses dans le dos. Hécate soit louée, nous n'avons pas vécu ça, mais j'ai une grand-mère qui m'en parle encore avec des frissons dans la voix.
– Je regrette les chaussures recourbées, toutefois, marmonne Minerva songeuse. Et les chaussettes rayées.
– Vraiment ? fait Emmeline, perplexe. Elle essaie de visualiser son amie chaussée de la sorte. La vision la fait intérieurement rire : les chaussettes rayées jurent avec le tartan.
« Pour en revenir à la Magie Noire, j'ai toutes les peines du monde à rédiger des rapports afin de la légaliser pleinement et d'en faire une matière au moins optionnelle à Hogwart, je n'ai vraiment pas besoin de jambes de Troll pour saper mon travail.
– Albus n'acceptera jamais la Magie Noire à Hogwart.
– J'ai bien cru comprendre qu'il était quelque peu… rétif à l'idée.
– Pas étonnant, il n'a pas envie d'avoir les cuisines envahies de Horlas !
– Simple petit inconvénient.
– Qui vous fait sérieusement songer à quitter votre maison, souligne Minerva.
– Certes… Mais vous ne m'ôterez pas de l'idée que du sang de caille est bien plus efficace que de la racine de Bétamole. Nous manions peut-être du sang de porc, ou autre, mais est-ce franchement plus répugnant que d'utiliser des langues de tatous, de la bave de tritons ou des veracrasses ?
– Vu sous cet angle, admet Minerva.
– Le problème ce sont ces jambes de Troll et tout l'imaginaire qu'elles véhiculent, se rembrunit Emmeline.
Elle finit sa tasse, l'expression sombre ou peut-être simplement écoeurée par le breuvage. Difficile à dire.
– Je ne sais pas comment redorer le blason de la Magie Noire. Peut-être en organisant une foire ? Qu'en pensez-vous ? »
Minerva prend un air méditatif. Elle espère trouver quelque chose à dire, outre que sa véritable opinion sur le sujet quand l'arrivée de Ron Weasley en pyjama trop court, les cheveux emmêlés, lui procure une parfaite échappatoire.
« Weasley, que faites-vous debout à une heure pareille avec ce saucisson à la main ?
Le cadet de la fratrie Weasley regarde sa main qui tient une ficelle au bout de laquelle pend tranquillement un saucisson.
– Je l'ai trouvé dans l'escalier, bredouille-t-il.
– Eh bien posez-le et remontez vous coucher ! Vous n'allez quand même pas dormir avec, s'impatiente Minerva.
– Mais… , tente d'articuler Ron.
– Ne traînez pas, coupe Minerva ! Nous sommes en pleine discussion. »
L'adolescent pose prestement le saucisson et déguerpit sans demander son reste.
« Un saucisson ! Mais ils ne savent plus quoi inventer de nos jours. Nous disions ?
– Qu'être sorcière Noire, ce n'était pas une sinécure.
– Ce n'est pas faux… concède Minerva.
– Vraiment délicieux ce cake.
– Vous voulez une autre part ?
– Avec plaisir. Les enfants font du bon boulot ici. Vous croyez que je pourrais les embaucher ?
– Emmeline, le travail des mineurs est interdit ! s'indigne Minerva.
– Et si je ne les paye pas ?
3h14
Si Severus ferme un œil et penche la tête, il trouve à Emmeline Vance un certain air de ressemblance avec son cousin Angelus. Le compliment est pour Vance. Angelus est particulièrement beau. Ou plutôt, il est conventionnellement admis qu'Angelus est particulièrement beau. Pour Severus, cela se discute, surtout que ces derniers temps, le cousin a tendance à s'empâter. Ce qui est particulièrement gênant. Pour Angelus. Severus, lui, ça lui convient tout à fait que ledit cousin devienne gras. C'est juste qu'en dehors de sa plastique, ce niais d'Angelus n'a rien pour lui. C'est un crétin doublé d'un lunatique. On ne sait jamais sur quel balai voler : un coup très niais, un coup très abruti. Severus ne regrette pas son départ pour les Amériques.
Severus déteste profondément son cousin Angelus qui d'ailleurs n'est même pas son cousin puisqu'il est vieux de quelques deux centaines d'années. Crétin de Vampire qui ne veut pas crever !
3h39
Elle veut parler, mais sa pensée n'est pas très claire et les mots s'embrouillent inévitablement. Elle bafouille des excuses, hoquette, bredouille des explications. Il lui dit de se taire, que tout était fini, que ça va aller maintenant. Assieds-toi, enlève ce manteau, tu veux boire quelque chose ? Oh, il n'y a plus que du thé aux pépins de melon. Mais qui peut boire un truc pareil ? N'y a-t-il donc plus de cacao ? Du cake, veut-elle du cake ? Elle n'a pas tellement faim. Mais il faut qu'elle mange et il lui glisse une part épaisse dans la main. Elle le porte à sa bouche sans la regarder. Elle a à peine mastiqué quelques secondes, qu'un violent haut le cœur la prend. Elle se précipite vers l'évier et y vomit toute son horreur, toute sa peur, toute sa honte et quelques miettes de gâteau.
Ses jambes cèdent. Elle veut contenir ses larmes ; il faut être digne, adulte. Elle se mord les joues, les lèvres, écrase les mains contre sa bouche, ferme les yeux, bloque ses pensées, arrête de respirer. Mais malgré tout, un son s'échappe de sa gorge, passe toutes les barrières. Elle se décompose en sanglots. Front contre carrelage. Elle tremble. Son nez coule, la bave lui tombe de la bouche, les larmes se déversent de ses yeux. Elle dégouline d'eau. Des bras la ramassent, l'enserrent, d'abord timidement, puis avec plus d'assurance.
« Tu n'y pouvais rien. C'était un piège. Ce n'est pas de ta faute. Tu as fait ce qu'il fallait. »
Elle s'accroche avec tout son désespoir à cette main qu'il lui tend, pour ne pas sombrer, pour s'extraire des méandres de la culpabilité. Elle a laissé un sorcier derrière elle. Elle a survécu, lui est mort.
3h56
Il faut rester concentré, ne pas rompre le contact. Une nouvelle bille.
Severus a repéré sur l'étagère face à lui, un jeu de patience à base de billes. Il serait bien allé le chercher, mais il a craint de montrer trop ostensiblement son profond ennui. Alors, par lévitation télépathique, il tente de faire tenir le plus de billes en équilibre. Il a déjà réussi à monter une tour de douze billes et il s'apprête à poser la treizième. Sans baguette, le projet s'avère particulièrement périlleux surtout que les billes n'ont pas vraiment vocation à tenir empiler les unes sur les autres. Attention ! Ça y était pres…
La porte s'ouvre brusquement, la tour s'effondre et toutes les billes roulent par terre. Lupin pose le pied sur une et tombe sans la moindre grâce.
Bien fait !
4h11
Harry est étonné de trouver Sirius à une heure aussi tardive (ou matinale) attablé devant un pot de cornichons.
– Tu ne dors pas ? s'étonne-t-il.
Sirius relève la tête et dévisage en silence son filleul. Question stupide.
– Non, prend-il tout de même la peine de répondre et croque un cornichon.
– Moi non plus, soupire Harry.
Un coin de la bouche de Sirius se soulève péniblement, un peu moqueur. Harry se morigène intérieurement de proférer autant d'évidences. Il se remplit un verre d'eau froide qu'il boit d'une traite et s'en sert un second qu'il pose sur la table. Puis il s'empare d'un couteau qui traîne et se coupe une tranche de cake.
– Tu en veux ?
– Non, merci, je suis bien avec mes cornichons. » Sirius en attrape un et le croque. « En plus le cake est à l'orange.
– Tu n'aimes pas l'orange ?
– Non. Si, mais je n'en mange pas. Ça me rappelle de mauvais souvenirs. Et j'ai déjà de quoi faire. »
Harry hoche la tête mais ne dit mot. Que peut-il bien répondre ?
– Tu veux en parler ? demande Sirius rompant le silence.
– De quoi ?
– De pourquoi tu ne fais pas des rêves en ce moment même ?
– Le problème est justement que je fais des rêves et, non, je ne veux pas parler.
Sirius hoche la tête et croque un cornichon.
– Et toi ? fait Harry.
– Moi quoi ?
– Tu veux parler de ce qui te tient éveiller ?
Sirius marque un instant de surprise où il dévisage son filleul, mais l'adolescent est parfaitement sérieux. Sirius se dit que sa vie est tout de même d'une ironie mordante. Il pioche un cornichon et, laconique, répond :
– Non plus…
Harry hoche la tête, comme Sirius l'a fait un peu plus tôt, avale une bouchée de gâteau. Pendant un instant, le regard fixé sur sa part entamée, il ne bouge plus. Sirius le surveille. Croc. Croc.
– Sirius, est-ce que… Non, rien. Rien. Laisse tomber. » Il avale une nouvelle bouchée du cake à l'orange.
Croc. Croc. Croc.
4h33
Sans vouloir faire preuve d'une très particulière mauvaise volonté, il commence à se faire bigrement tard et Severus doit impérativement être à onze heures à son concours. Alors quand diable va-t-on interrompre cette réunion qui n'en finit pas de l'ennuyer et aller dormir ? Peut-être que s'il tente d'hypnotiser Dumblie, il parviendra à le convaincre qu'il est fatigué, très fatigué et que ses paupières sont… Il baille. Mais il est en train de s'hypnotiser lui-même bougre d'âne qu'il est ! Et puis, songe-t-il, si jamais il parvient à hypnotiser Dumblie, il y a bien mieux à faire que de le contraindre à dormir. Bonne question, que ferait-il s'il avait Albus Dumbledore en son pouvoir ? Cela mérite réflexion.
5h 05
Arthur attend que l'eau bout. Il attend tant qu'elle déborde de la casserole. Sans se précipiter, il coupe le feu, puis se passe la main sur le visage. Il attrape une chaise et s'y laisse tomber. Il regarde la vapeur d'eau monter vers le plafond. Le soleil se lève. C'est une loi à la fois rassurante et effrayante : quelque soit l'horreur de la nuit, le soleil se lève toujours. Arthur se souvient d'Hélios. Ce bon vieux Hélios qu'aucun drame ne peut empêcher d'accomplir son office, pas même la mort de son fils. Bon sang, comment va-t-il annoncer à Franklin que son fils est mort ?
Il se frotte le front, le crâne. Est-ce qu'un jour quelqu'un sera à sa place ? Est-ce qu'un jour, un homme assis face au soleil qui se lève se demandera comment lui annoncer qu'un de ses fils est mort ? Ô Grande Hécate, faites que cela ne lui arrive jamais, que lui soit épargné cette géhenne.
Il se lève, verse l'eau encore brûlante sur le café. Le parfum pourtant rassurant de l'arabica ne lui apporte aucun réconfort. Il se coupe une tranche de cake et pose le tout sur la table. Boire pour se réchauffer, manger pour retrouver des forces, puis dormir pour oublier. Le soleil continuera de se lever.
6h51
… lui faire apprendre le dictionnaire des sorciers secondaires par cœur et réciter ensuite. À l'envers !...
… se prendre pour un chat chaque fois qu'il entend les mots rats, souris, pelote et belote, euh belette…
… lui… faire manger… radis… quand tonnerre.
… me donner le poste de…
… faire la roue…
… bouillabaisse.
« Severus ? Severus ? »
– Quoi ? Quoi ? sursaute-t-il.
– Vous vous endormez.
– Il est vrai que d'habitude à cette heure, je me réveille, maugrée Severus en constatant qu'il est presque sept heures du matin.
– Nous avons bientôt fini. Allez vous reposer !
– Hmmm.
Trop fatigué pour émettre une phrase cohérente, Severus se lève et se laisse tomber sur le canapé.
– Il y a une chambre…
– Trop loin, marmonne-t-il avant de sombrer.
7h43
La pantoufle traînante et les paupières encore lourdes de sommeil, Ginny atteint la chaise la plus proche et s'y assoit sans grâce. Elle prend sa tête entre les mains, baille, ferme les yeux, baille une nouvelle fois, envoie ses cheveux en arrière et rouvre les yeux.
« Bonjour mademoiselle Weasley. »
Ginny a un mouvement de recul de surprise.
« Professeur Dumbledore ? bredouille-t-elle. Je ne vous avais pas vu.
– J'avais remarqué, sourit le sorcier.
– Euh… Ça vous dérange si heu…, vous voulez que… »
Elle fait mine de se lever, mais le professeur Dumbledore lui dit de rester assise. Elle est venue pour prendre son petit déjeuner, n'est-ce pas ? Eh bien qu'elle mange de ce succulent cake à l'orange tant qu'il en reste.
Un peu intimidée à l'idée de prendre son petit-déjeuner en chemise de nuit et les cheveux dans tous les sens en présence du grand sorcier Albus Dumbledore, Ginny se lève gauchement. Elle se cogne contre le coin de la table, manque de renverser la carafe de jus d'orange, mais parvient entière à atteindre le comptoir. Par politesse, elle demande au directeur de Poudlard s'il en veut également, mais ce dernier lui assure qu'elle peut le terminer, il s'est déjà servi. Il faudra d'ailleurs qu'il en fasse compliment à Madame sa mère. Ginny croque à pleines dents dans la dernière part du succulent cake à l'orange.
9h26
Parmi tous les talents et dons que possèdent Severus, il y en a un particulièrement pratique : une horloge interne parfaitement réglée et efficiente. Quoique cette fois, il se puisse bien que le mérite revienne surtout au boucan qui provient de la cuisine. Severus baille longuement, s'étire, fait craquer quelques unes de ses jointures. Il constate qu'il a mal un peu partout. Donc non seulement le mobilier des Black est de mauvais goût mais il s'avère en plus particulièrement inconfortable. Dernière fois qu'il dort ici !
Programme : se lever, récupérer le cake, apparaître chez lui, prendre une douche, se déguiser en Moldu, boire une potion d'éveil et apparaître à proximité des lieux du concours. Gagner le concours, rentrer à la maison et dormir. Bon programme évalue Severus.
9h27
« Molly, fait McGonagall, je tiens à vous dire que votre cake à l'orange était absolument succulent.
– Tout à fait d'accord, acquiesce Bill, le meilleur que je n'ai jamais mangé.
Et Fleur de glousser.
– Il faudra que tu le refasses disent les Jumeaux d'une même voix.
– Mais, bafouille Molly cramoisie. Je n'ai fait aucun cake à l'orange.
– Oh ? Mais alors qui ?
– Peut-être Kreacher, propose Hermione.
– Sûrement pas, répond Sirius.
– En tout cas, dommage qu'il n'y en ait plus, soupire Ron. J'aurais bien aimé y goûter.
– Comment ça il n'y a plus de cake à l'orange ? fait Severus d'une voix blanche.
Tous se regardent.
– C'était le vôtre, Severus ? demande Minerva gênée.
– Oui, répond Severus d'une voix grondante.
– Du thé aux pépins de melon ? propose Emmeline Vance.
Fin de l'épisode.
(1) CMPA : Convention des Maîtres de Potions & Amateurs
