Pour répondre à Guest : merci ! je suis heureuse que cette histoire te plaise. Pas d'inquiétude à avoir, puisqu'elle est déjà terminée et je ne fais que la relire avant de la poster (;
Chapitre sixième : lasagnes végétariennes
Le récit de Sam et la Vision n'aida pas du tout. Pour Tony, il rendit même les choses pires. Redwing avait exploré le conduit menant à l'incinérateur et avait détecté non seulement un passage souterrain menant à l'autre rive du Limfjord mais également les débris d'un drone d'Ultron, vraisemblablement tiré des ruines de Sokovie et reprogrammé.
En entendant l'information, le génie était resté silencieux. Maria, en revanche, avait tapé furieusement quelque chose sur sa tablette ; tous ceux qui avaient été impliqués de près ou de loin dans le nettoyage de la Sokovie allaient passer un sale quart d'heure.
La ruine du robot avait été envoyée par avion vers le quartier général des Avengers pour examen, et la sortie du passage soigneusement fouillée. La Vision avait analysé des traces de pneus indiquant qu'un tout-terrain était parti en direction du nord-est après un démarrage sportif. En suivant la piste, ils étaient arrivés à un petit port sur la mer du nord, où un loueur de bateaux avait dit se souvenir d'un groupe avec un blessé dans une civière embarquer précipitamment dans un petit yacht démodé qui, à sa connaissance, avait pris les algues à quai les dix dernières années.
Ce qui confirmait ce que tout le monde craignait : Steve pouvait être n'importe où.
Rhodey, suppléant pour un Tony momentanément sans voix, annonça que FRIDAY avait trouvé le président de Grå Trane en l'identifiant sur l'arrière-plan d'une photo prise le jour même et postée sur des réseaux sociaux. L'homme avait quitté la Bavière pour Innsbruck et une recherche un peu plus poussée (et en complète violation des droits élémentaires de la protection de la vie privée) avait permis de découvrir l'hôtel où il était descendu, seul.
A ça, Tony ajouta que les communications de Grå Trane étaient un vrai sac de nœuds où tout était soit complètement légal, politiquement correct et globalement suspicieusement non-suspicieux, soit complètement incompréhensible. Sauf à croire que l'association était également un club de cuisine, toutes les recettes que s'échangeaient ponctuellement les scientifiques renfermaient un code qu'il n'avait pas encore déchiffré.
La Vision s'y essaya et devait déclarer forfait avant la fin de la visioconférence. Face à son échec, il conclut à des significations convenues en avance.
Natasha les informa que le docteur Rasmussen avait livré la position des seules infrastructures secrètes de Grå Trane : au milieu du massif du Troodos à Chypre. Il disait douter que les installations présentes là-bas se prêtassent à l'exploitation du potentiel d'un sujet biologique extraordinaire (personne ne manqua le mépris dans la voix de Wanda quand elle relata ce passage), mais avoua également que ce n'était pas son domaine d'expertise. D'après lui, tous les autres laboratoires de l'association, au nombre de quatre, étaient dûment déclarés et répertoriés auprès des autorités compétentes.
Rhodey se retint de demander jusqu'où les deux femmes étaient allées pour obtenir ces informations. Il était clair que personne, et surtout pas Natasha qui avait laissé glisser sa contenance suffisamment pour serrer le poing, n'était d'humeur à un nouveau débat.
Helen Cho, quant à elle, arrêta ses recherches juste le temps nécessaire pour partager que Grå Trane ne travaillait pas sur le sérum d'Erskine, du moins à première vue, mais qu'ils exploraient de nombreuses pistes dans lesquelles la possession d'un sujet tel que Steve leur serait utile et qu'elle reviendrait vers eux lorsqu'elle aurait épluché toute sa documentation.
Maria ne laissa pas le temps aux informations de décanter, ni à personne d'émettre un doute ou une question, ce pour quoi tout le monde lui fut silencieusement reconnaissant.
« Je m'occupe des quatre laboratoires déclarés avec les pays concernés. Je vous préviendrais si votre aide est nécessaire.
- Et nous, on fait un raid sur celui à Chypre et on récupère Steve, ajouta Tony. J'aime ce plan.
- Wanda, Sam et moi sommes sur le président, décida Natasha d'un ton sans appel. On ne va pas perdre de temps à passer par les autorités autrichiennes et vous serez largement assez de deux armures et un être omniscient en vibranium pour prendre un complexe scientifique. »
Pendant un instant, il sembla qu'il y allait avoir des discussions. De la part de Tony pour défendre son ego blessé par ce meilleur plan ou de celle de Wanda et Sam pour faire valoir leur droit à secourir leur meneur et ami. Mais Sam croisa les bras sur sa poitrine, Wanda referma la bouche sans avoir prononcé un mot tandis que Tony se contenta d'un « peu importe » peu convaincant.
D'un signe de tête, Natasha invita sa demi-équipe à la suivre hors de la pièce pendant que les autres coordonnaient leur arrivée à Chypre. Une fois dans le couloir, elle distribua les instructions :
« La discrétion est primordiale ce coup-ci. On ne peut pas se permettre le spectacle d'Aarhus si on veut garder les autrichiens en dehors de tout ça. Alors pas d'ailes, ni de magie ostentatoire. Faites vos préparatifs le plus vite possible et rejoignez-moi au jet. On part dès que possible. »
Encore une fois, Wanda ouvrit la bouche seulement pour renoncer à parler avant d'avoir fait sortir un son. Elle déglutit, hocha la tête et fit volte-face d'un pas décidé. Sam ne bougea pas, gardant à la place le regard fixé sur Natasha. Pendant un instant, elle prétendit ne pas s'en rendre compte, espérant qu'il s'en allât et la laissât tranquille pour quelques minutes dont elle aurait bien besoin pour se recomposer (elle aurait dû prendre ses pelotes avec elle). Mais l'homme pouvait être aussi têtu que Steve quand il lui en prenait l'envie, et elle finit par céder :
« Je sais où je suis utile, elle expliqua, sans réussir à complètement bannir la fatigue et la frustration de sa voix. C'est pareil pour toi. Ça, et je n'aime pas mettre tous mes œufs dans le même panier.
- Et Wanda ? »
Natasha pausa une fraction de seconde.
« Je fais confiance au jugement de Steve. Il pense que des laboratoires risquent de lui faire perdre le contrôle. C'est encore plus vrai s'il y est le sujet d'expérience immorales. »
Et, pour prévenir toute interprétation mièvre et erronée que Sam pourrait tirer de ces mots, elle ajouta plus sèchement :
« Et on ne va pas ajouter une sorcière hors de contrôle à la situation déjà très instable. »
Mais, loin d'être convaincu que sa décision n'était que pragmatisme, Sam s'éclaircit d'un sourire bien trop satisfait au goût de Natasha. Un éclair dans le regard suffit à obtenir des explications :
« En fait, c'est du bouclier dont je voulais te parler. »
Prise de court, et bien trop éreintée pour se retenir de le montrer, l'espionne baissa les yeux sur le disque de vibranium qu'elle n'avait ni nettoyé ni laissé hors de son champ de vision depuis que Sam l'avait ramené d'Aalborg. Elle réalisa alors qu'une bonne part de cela avait totalement instinctif et inconscient ; elle ne se souvenait pas de l'instant où elle avait décidé de le récupérer avant de sortir de la salle de visioconférence, ni de celui où elle l'avait repris en main dans la salle d'interrogatoire.
« Tu comptes le garder jusqu'à ce que tu puisses le rendre à Steve ? il demanda plus sérieusement.
- Ça te pose un problème ? »
Natasha se molesta intérieurement pour son ton bien trop défensif. Elle n'avait après tout aucune revendication sur le bouclier de Steve. C'était juste… qu'elle était habituée à le porter. Voilà. Steve n'avait jamais aucune hésitation à lui prêter son arme de prédilection quand elle était en difficulté, ni à lui confier lors d'entraînements, elle avait simplement pris l'habitude d'être celle qui portait le bouclier lorsqu'il était absent du bras de Steve.
Sam pouvait garder ses implications pour lui.
L'intéressé interpréta correctement le regard flamboyant de l'espionne et n'insista pas. A la place, il prit un air compatissant et posa doucement ses doigts sur les omoplates de son amie pour lui dire :
« Tu devrais dormir un peu Nat.
- On est tous dans le même bateau Sam. Et on s'en sortira très bien.
- Wanda et toi êtes dans le même bateau. Rhodey et moi avons dormi quelques heures ce matin – hier matin, avant l'assaut. Et FRIDAY ne perdra pas le président.
- On verra dans l'avion. Va te préparer. »
A contrecœur, et non sans un dernier regard appuyé, Sam s'exécuta.
Enfin seule, Natasha s'appuya contre le mur et se passa une main sur le visage. Les yeux fermés, elle inspira profondément. Lentement, elle souleva le bas de sa chemise, puis grimaça en voyant les couleurs, un mandala de bleus, de violets et de jaunes, de la zone découverte.
Avant que quiconque eût l'occasion de la surprendre, elle s'était frotté les yeux et était partie.
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FRIDAY pilotait.
Sam en aurait été capable, mais il préféra s'installer avec un thermos de café et les informations disponibles sur le président de Grå Trane en face des deux couchettes où dormaient ses coéquipières. Elles étaient parties pour moins d'une heure de sommeil, juste le temps du trajet, mais Sam entretenait l'idée de demander un détour juste pour qu'elles pussent se reposer plus longtemps. Convaincre Natasha avait demandé une performance exceptionnelle en bataille de regard, qu'il n'était pas certain de pouvoir reproduire.
Il espérait juste que les opérations qui s'annonçaient fussent réellement les jeux d'enfants qu'elles semblaient. D'après FRIDAY, le président voyageait seul, donc aucun gorille ne devrait se mettre dans leur chemin. Du côté de Chypre, ils avaient le tout-puissant Vision et le génie de Stark. Sur le papier, tout devait bien se passer, mais Sam ne pouvait chasser son mauvais pressentiment.
Il le mit sur le compte de son inquiétude, et de leur piètre performance de la veille, et se força à croire qu'ils allaient récupérer Steve en un seul morceau d'ici quelques heures.
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Au final, il s'avéra que ni le papier ni l'instinct de Sam n'eurent tort.
L'expertise de Natasha leur permit de capturer le président de Grå Trane sans qu'un passant ne le remarquât, tandis que rien de résista à la puissance de la Vision, Iron Man et War Machine réunis. Ils laissèrent des ruines derrière eux (faute d'avoir pris en compte les éléments potentiellement instables et explosifs présents sur place), mais ne rapportèrent cependant qu'une triste réalité.
Steve n'était pas à Chypre.
L'examen de la Vision était formel, de même que tous les membres de l'association sur place qu'on avait pris la peine d'interroger.
Hors de lui, Tony avait immédiatement contacté Maria, qui avait supporté les tangentes, grommellements et aboiements du milliardaire avec un stoïcisme exemplaire. Il avait terminé par une presque supplication, mais elle n'avait pas eu mieux à lui offrir que des nouvelles d'assauts qui se préparaient à des rythmes divers dans quatre pays.
Natasha, Wanda et Sam furent mis au courant alors qu'ils étaient déjà en route pour le quartier général de New-York avec le président. La première ne dit pas un mot, presque comme si elle s'y attendait. Wanda laissa déborder des bribes de son pouvoir, heureusement inoffensives. Sam jura et frappa son poing contre la console du jet. Ils se tournèrent tous trois vers l'homme attaché à son siège.
Natasha ne fit pas un geste quand Wanda s'approcha de lui.
« Où est Steve ? elle demanda, les yeux fous.
- Je ne sais pas, » il répondit, sans une émotion.
Des filaments écarlates rampèrent autour de son crâne, se resserrèrent autour de sa tête, s'infiltrèrent dans son esprit. Droit, enchâssé dans le fer, sans un vacillement, ni une fioriture. Elle fit tourbillonner ses pouvoirs, emmêla ses pensées, précipita sa destination si claire dans les abîmes les plus repoussants. Elle le fit flancher et baisser les yeux.
« Où est Steve ? » elle répéta.
Mais, même dans son gémissement malingre, l'homme ne changea pas sa réponse.
« Je ne sais pas, » il souffla.
Alors qu'elle s'apprêtait à relancer une onde rougeoyante, Sam la prit gentiment par le bras pour la tirer non moins gentiment en arrière, où Natasha n'avait toujours pas esquissé un geste.
« On décidera de quoi faire de lui tous ensemble, » il expliqua entre des dents serrées.
