Titre de l'épisode : Le Mystère de la porte close.
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de Rowling (et la WB)
Spoiler : le tome5
Avertissement : G
Note : sur une idée dérivée de Kaamelott
Personnages présents : Harry Potter, Ron Weasley, Hermione Granger, Ginny Weasley, Fred et George Weasley, Mr & Mrs Weasley, Remus Lupin, Phineas Black sous forme de portrait… et une porte close.


Grimmauld Place

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Le Mystère de la porte close

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Au 12, Grimmauld Place, il y avait une porte que rien n'ouvrait. Bon nombre de sorciers s'y étaient pourtant essayé, mais en vain. Pas la moindre clef, ni le moindre sortilège, ni la moindre hache ne pouvaient en venir à bout. Le bois se reconstituait sous les coups, la poignée mordait ceux qui tentaient de l'actionner, la serrure se modifiait sans cesse et les diables sculptés dans le panneau neutralisaient les sorts. Deux jeunes sorciers qui se croyaient plus malins proposèrent qu'on défasse les gonds. On essaya et on échoua. Il fallait se résigner : rien, ni personne n'ouvrirait cette porte.
On retourna aux tâches quotidiennes : étudier, dépoussiérer, désoxyder… Et peu à peu, on cessa de vouloir forcer la porte, mais non d'y songer. Au contraire ! Les rumeurs les plus abracadabrantes naquirent. On imagina des cadavres putréfiés, des trésors étincelants, des grimoires sources de pouvoir, des monstres sanguinaires, des ancêtres fous. On se fit agréablement peur à la lumière tremblotante d'une bougie. Il fallait que ce soit toujours plus grandiose, plus intrigant, plus passionnant, parce qu'on se battait contre la réalité.

« … Et c'est pour cette raison que la porte reste fermée, acheva Harry en faisant traîner ses derniers mots. »
Ginny poussa un couinement d'horreur et se réfugia dans les bras du narrateur qui ne sut trop que faire de la jeune sorcière. Autour de lui, la conversation s'emballa et il ne fut bientôt plus possible de comprendre le moindre mot de ce qui se disait. On arguait, s'invectivait dans le plus grand désordre. Harry observait tout cela de loin.
Ron envoya de toutes ses forces un coussin à la tête d'un de ses frères et s'assit à côté de Harry.
« Qu'est-ce qu'il y a, mec ? demanda Ron. Quelque chose te tracasse ?
– Non, marmonna Harry.
– T'as pourtant la tête de quelqu'un qui a avalé une chaussette.
– Je me demandais juste ce qu'il y avait derrière la porte.
Ron dévisagea Harry avec de grands yeux étonnés.
– Dis-moi, tu étais où ces derniers jours ? Toutes nos conversations tournent autour du sujet !
– Je sais. Mais j'essayais juste d'imaginer ce qu'il y avait vraiment derrière la porte. Il n'y a guère que dans les contes que l'on collectionne les cadavres de jeunes femmes.
– Arf ! Mon grand-oncle Eridanus stocke des squelettes dans sa cave.
– Des squelettes ? De quoi ?
– De tout ce qu'il trouve. Croups, Kelpy, Ptéromachin. Il en a même un d'une sirène. La dernière fois que je l'ai vu, il m'a tenu la jambe pendant trois quarts d'heure pour me raconter qu'il serait bientôt l'heureux propriétaire d'un squelette de Géant. Tu te doutes que depuis, j'évite soigneusement toute conversation avec lui.
– Évite également de parler de ton grand-oncle à Hagrid.
– Tout ça pour dire que, connaissant la réputation des Black, il est tout à fait possible qu'il y ait des cadavres desséchés dans cette fichue pièce. »
Ron marqua un silence.
– Ou alors, reprit-il, il n'y a vraiment rien et on se fait tout un monde d'une porte bêtement bloquée.
– Ou alors… marmonna Harry. »

La curiosité qui enflammait ces jeunes esprits faisait des ravages également chez les sorciers plus âgés. Le professeur Snape avait bien évidemment considéré l'idée de pousser la porte. Toute information collectée au sujet de Sirius Black était toujours bonne à prendre. Il espérait bien déterrer un sujet sensible, mettre le doigt sur une faille. Et alors, quel plaisir il aurait à torturer mentalement Sirius Black. Mais il n'avait jusque là pas eu le temps de se pencher sur cette porte revêche. Du moins, c'est ce qu'il disait.
Albus Dumbledore s'était lui aussi intéressé à cette fameuse porte. Mais comme il n'avait rien pu en tirer, son orgueil de plus puissant sorcier de Grande-Bretagne – quelque peu malmené – l'avait fait dire qu'il n'y avait là rien de bien intrigant. Probablement juste un sort qui avait mal vieilli. Cela arrivait très souvent. Il avait lui-même un jour…
Et puis il y avait Mrs Weasley qui lorgnait de très près sur cette fameuse porte close.

Pour la suite de l'histoire, il est très important de savoir que Mrs Weasley avait le 12, Grimmauld Place en horreur. C'était sale, dangereux et mal fréquenté. La Magie Noire suintait des plinthes, des lattes et des poutres. Mrs Weasley avait beau briquer, récurer, désinfecter, rien n'y faisait : la Magie Noire et son odeur nauséabonde restaient incrustées. Et toutes ces horreurs qui encombraient les pièces ! Têtes d'Elfes, jambes de Trolls et crânes humains… Était-ce vraiment un lieu de vie pour des adolescents en pleine santé et curieux de tout ? Fort heureusement, au cours d'une de ses fouilles, qu'elle appelait 'rangement préventif', Mrs Weasley avait trouvé un coffre sans fond qui fermait à clef. Elle l'avait installé dans sa chambre et y enfermait dès lors tout objet dangereux ou suspect. Toutefois, Mrs Weasley regrettait de ne pouvoir enfermer dans son coffre ce qu'elle considérait comme l'élément le plus néfaste de cette affreuse maison. Il ne s'agissait ni plus ni moins que de Sirius Black, le maître des lieux. Bien sûr la désastreuse mésaventure de Maugrey Fol-Œil prouvait qu'un sorcier pouvait survivre un an enfermé dans une malle, mais la déontologie obligeait Mrs Weasley à ne pas céder à son instinct de préservation. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas confiance en Sirius Black. Même si elle ne s'était pas encore tout à fait accoutumée à l'idée que le maître des lieux n'était pas le bras droit de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, Mrs Weasley se fiait au jugement d'Albus Dumbledore. Mrs Weasley reprochait à Sirius d'être le parrain de Harry. Un mauvais parrain.
Sirius, de par sa fonction, avait l'obligation de se comporter en adulte responsable et d'adopter une attitude exemplaire. Harry devait pouvoir le prendre pour modèle, se reposer sur lui en toute sérénité. Mais au lieu de cela, Sirius n'offrait qu'un affligeant spectacle de laisser-aller et de mollesse. Mrs Weasley admettait fort bien que Sirius puisse avoir l'humeur morose mais ce n'était pas une raison pour s'écouter. Que diable ! Il avait un rôle de figure paternelle à jouer dorénavant ! Le pauvre Harry avait déjà tellement souffert, il avait besoin d'une famille, d'amour, d'écoute. Au lieu de cela, il se récupérait un sorcier aigri et imbibé d'alcool du matin jusqu'au soir. Sans parler du fait que Sirius semblait incapable de tirer un trait sur le passé. Comment pouvait-il alors s'occuper de l'avenir de Harry ? Mrs Weasley avait essayé d'aborder le sujet avec Albus. Après tout, avait-elle argué, Sirius n'a aucun droit sur Harry : n'était-il pas, aux yeux de la loi, l'assassin de ses parents ? Le directeur de Poudlard s'était montré plutôt évasif : le problème était délicat. Alors en attendant que Dumbledore daigne s'intéresser au sort de Harry, Mrs Weasley développait des troubles du sommeil. À force de s'inquiéter, elle avait de plus en plus du mal à s'endormir, incapable de chasser de son esprit l'image d'un Harry chétif et abandonné de tous. Pourquoi ses parents ne lui avaient-ils pas désigné un autre parrain ? Ou une marraine ? Pourquoi n'était-elle pas cette marraine ? Et plus les questions la hantaient et plus elle se retournait dans son lit. Mr Weasley n'avait d'autre choix que d'en prendre son parti.
Et puis, comme si Mrs Weasley n'avait pas suffisamment de sujets d'inquiétude, voilà qu'on découvrait une porte qui ne s'ouvrait pas. Oh cette porte ! Combien de cheveux blancs allait-elle lui causer ? Elle avait bien évidemment questionné Sirius à ce sujet, mais le sorcier avait balayé la question d'un haussement d'épaules. Comme cette attitude trahissait la désinvolture de Sirius ! Mais Mrs Weasley était une mère consciente de ses devoirs envers ses enfants. Elle s'inquiétait pour Fred & George si inventifs, pour Ginny qui croissait en puissance, pour Ron qui se trouvait toujours à l'endroit où il ne fallait pas, pour Hermione qui fouinait toujours partout et pour Harry. Oh ! Harry…
« Arthur ! appela-t-elle.
Son mari émit un gémissement. Mrs Weasley insista :
– Arthur, je suis inquiète. Réveille-toi !
– Molly, chérie, je me réveille tôt demain…
– Arthur, cette porte m'inquiète !
– Encore ? soupira Mr Weasley.
– Oui, encore. Je te rappelle que nous sommes dans la demeure des Black. Tu te souviens qui sont les Black ?
– Je me souviens très bien, grommela Mr Weasley. Et alors ?
– Alors ? Qui sait quelle abomination se trouve derrière cette porte !
– Quand bien même il y aurait un musée des abominations, personne n'y aura jamais accès. Et tu sais pourquoi ? Parce que la porte ne s'ouvre pas. Nos enfants sont donc à l'abri de leur curiosité. Et maintenant dors !
– Je suis sûre que Sirius sait comment l'ouvrir, rumina Mrs Weasley.
– Faudrait savoir : tu veux ouvrir cette porte ou quoi ? s'impatienta Mr Weasley.
– Tu m'énerves ! » répondit Mrs Weasley en tournant le dos à son mari.

Il y avait enfin un dernier individu que la porte close intriguait. Discret, plus par habitude, que par tact, il préférait garder toutefois ses questions pour lui-même et les objets de la demeure.
« Est-ce que Sirius vient souvent ici ?
– C'est à moi que tu parles, gamin ? s'étonna le portrait de Phineas Black.
– À qui d'autre ? demanda Remus sans se retourner.
– Ohoh ! Comme c'est intéressant, sautilla le portrait du sorcier dans son cadre. Tu es le premier à m'adresser la parole. En fait, tu es le premier tridimensionnel à t'adresser l'un d'entre nous, bidimensionnels. J'exclus bien évidemment le portrait de cette chère Walburga, grimaça Phineas. Tu viens pour la porte, c'est ça ? Depuis quelques jours, je les vois tous s'escrimer sur cette pauvre porte. Mais jusque là, aucun n'avait eu l'idée de se tourner vers moi.
– Tous ?
– Oh, oui ! Un vrai défilé. J'en ai d'ailleurs du mal à me concentrer sur mon livre.
– Vous ne l'avez pas fini depuis tout ce temps ?
– Parce que tu crois encore que l'important est de finir un livre ? Quel âge as-tu ?
– Alors vient-il souvent ? reprit Remus.
Le portrait dévisagea Remus, l'air de ne pas comprendre ce qui lui était demandé.
– Sirius, précisa Remus avec patience.
– Ça dépend de ce que tu appelles souvent. Pour répondre à ce genre de question, il me faut un comparant. Par exemple, il vient plus souvent que toi. Plus souvent que le petit brun à lunettes. Plus souvent que la gamine qui a les cheveux qui partent dans tous les sens. Aussi souvent que les jumeaux. Bien moins souvent que la matriarche qui a pris le contrôle de la maison, ajouta le portrait avec désapprobation.
Remus enfonça les mains dans ses poches et s'appuya contre le mur, les yeux fixés sur une des têtes de diable.
– Tu es là pour essayer ? demanda Phineas. Tenter de passer cette sorte d'épreuve d'Excalibur, le trône du Royaume de Logre en moins.
Remus haussa les épaules.
– À quoi bon ? Je suppose que je me ferai mordre par la poignée, que mes sorts seront inopérants et que si j'essayais de l'enfoncer, elle ne bougerait pas. Je serai juste quitte pour un bleu.
– Effectivement… Tu veux essayer ?
– Seul Sirius peut l'ouvrir, c'est ça ?
– Bien plus malin que les autres, hein ?
– Venant d'un sorcier qui a réussi à se faire passer pour mort pendant trente-sept ans, je prends ça pour un compliment.
Le sourire du portrait s'élargit.
– Et flagorneur par-dessus le marché !
Remus jeta un regard en coin au portrait.
– Pourquoi Sirius n'ouvre-t-il pas cette porte ?
– Peut-être parce qu'il n'y a rien d'intéressant derrière, répondit malicieusement le portrait.
Remus secoua la tête.
– S'il n'y avait vraiment rien d'intéressant derrière cette porte, on n'aurait pas laissé le dernier portrait qui existe d'un sorcier pour la surveiller. Que cache-t-elle ?
– Rien, soupira le portrait. Il n'y a plus rien.
– Plus rien ? répéta Remus. »
Le portrait garda le silence. Remus resta quelques secondes face à la porte puis s'éloigna à pas mesurés. Peut-être que s'il avait attendu un peu plus longtemps, le portrait lui aurait révélé qu'autrefois, on trouvait derrière cette porte le plus grand trésor de la famille Black.

Il y avait donc au 12, Grimmauld Place, une porte que personne ne pouvait ouvrir, excepté le maître des lieux, le dernier des Black. Lui seul connaissait le secret qu'enfermait la porte close et c'était la raison pour laquelle il refusait de l'ouvrir.

Fin de l'épisode