Et voilà le deuxième chapitre du jour...


Chapitre 5 : Night Chat


- Excusez-moi une seconde... Je vous rejoins dans le salon, les informai-je avec un sourire rassurant, ne voulant pas les laisser penser que je profiterai de l'occasion pour m'échapper une fois de plus.

Leur tournant le dos, je me dirigeai vers la cuisine où je savais que j'y trouverais ma mère. Elle n'était pas vraiment très douée en cuisine, nous avions une domestique pour ça ; mais quand elle était stressée ou triste ou juste de mauvaise humeur, elle… disons « essayait » de cuisiner.

Un désastre bien sûr, puisqu'elle n'avait jamais appris comment préparer un repas. Mais bon, en nous forçant à manger quelque chose d'à peine comestible, c'était aussi une façon pour Oyaji et moi de faire amende honorable lorsque nous étions en tort.

Je souriais face à ce souvenir. C'était peut-être un des seuls moments de complicité que j'avais eu avec mon père... Ce genre de souvenirs était si rare que je pouvais les compter sur les doigts de la main. Malheureusement… Et il était trop tard pour y changer quoi que ce soit.

Je déglutis pour afficher un visage impassible tandis que je faisais glisser la porte de la cuisine pour entrer. Okan ne bougea pas, mais je savais qu'elle m'avait entendu puisqu'elle pouvait reconnaître à qui appartenait les bruits de pas sur le planché.

- Laisse-moi t'aider, proposai-je, plus pour le lui annoncer que pour lui demander.

Saisissant un couteau je pris un des oignons près de sa main.

- Tu vas te blesser..., se moqua-t-elle avec une voix basse. Le ton de sa voix manquait de son énergie habituelle.

- Surement pas plus que toi..., rétorquai-je avec un signe du menton vers son majeur qui était déjà bandée. Sans doute un souvenir de l'épluchage de la pile de carottes derrière moi.

Nous travaillâmes en silence jusqu'à ce que, comme elle l'avait prédit, l'oignon me glissa entre les doigts et le couteau vint ripper ma main.

Avec un petit bruit de surprise, je portais mon doigt blessé à ma bouche.

- Je te l'avais dit ... , soupira Okan, bien que son visage était légèrement amusé lorsqu'elle attrapa la trousse de secours qu'elle venait tout juste d'utiliser pour elle-même.

- C'est bon, ce n'est rien.., dis-je pour la stopper, ne voulant pas qu'une blessure aussi bête soit mise en évidence par un bandage blanc

- Non, ce n'est pas rien... ce n'est pas rien, Heiji !

Je savais au ton de sa voix que nous ne parlions plus de cette simple blessure au doigt.

- Okan, je suis désolé... Je ne voulais pas t'inquiéter… je voulais juste…

- Je sais..., sourit tristement ma mère, les larmes lui montaient aux yeux tandis qu'elle soignait mon doigt. Tout comme ton père, tu es du genre à plonger dans une affaire sans t'arrêter jusqu'à ce qu'elle soit résolu.

- Et cette fois c'est... L'idée de savoir que ce mec est dans les parages c'est juste...

- Je sais. Ginshiro m'a parlé de cet homme. Heiji, il est dangereux, alors promets-moi que tu vas... S'il devait t'arriver quelque chose… je ne pourrais pas le supporter...

Je pouvais voir sur son visage qu'elle faisait face à un mélange d'émotion. J'y voyais une soif de justice, la même que celle que j'avais depuis jeudi dernier, mais il y avait surtout de l'inquiétude. Et je savais que j'en étais la cause.

- Je te le promets, chuchotai-je tendis que je la prenais dans mes bras et commençai à frotter son dos.

Kudô, Kazuha et ma mère étaient parmi les personnes les plus importantes de ma vie maintenant et je les blesserais profondément s'il devait m'arriver quelque chose. Je ne sais pas si je serais capable d'apprivoiser mon côté sang chaud mais je devais essayer de toutes mes forces.

- Je te promets que je vais faire attention mais j'ai besoin d'arrêter Saijô. Dès que possible. Afin que justice soit rendue.

Ma voix était encore faible, je ne voulais pas parler trop fort parce que je sentais, à la boule coincée dans ma gorge, que ma voix pouvait se rompre à tout moment avec l'émotion ; mais ma détermination était là. Je n'arrêtais pas avant d'avoir renvoyer ce gars où il était censé être : une prison.

Ma mission consistait donc à l'arrêter. Et la cerise sur le gâteau serait de rester en vie, de préférence en un seul morceau.

Facile, pas vrai ?

Je regardai ma mère quand elle lâcha prise, pour voir qu'elle pleurait.

- Tu vas bien ?, demandai-je doucement, un peu gêné de la voir comme ça, c'était peut-être la première fois de ma vie.

- Excuse-moi, les oignons..., s'excusa-t-elle en frottant ses larmes.

- Oui, je sais, même chose pour moi..., confirmai-je, me cachant derrière la même excuse qu'elle pour justifier les larmes dans mes yeux. On ferait pas mieux d'appeler les filles ? Elle s'en sortiront bien mieux que nous…

- Ce serait impoli !, refusa-t-elle, ne voulant pas que ses invités prennent part à la préparation du repas.

- C'est ça ou ils vont manger ce que toi et moi avons préparé…

Nous échangeâmes un regard avant d'éclater de rire. C'était stupide. Cette blague était tellement stupide. Mais ça restait de l'humour et nous en avions besoin pour évacuer notre stress de ces derniers jours.

- Ok, Ce serait mal vu d'empoisonner nos invités… Livraison à domicile ?, proposa Okan, un sourire sur son visage.

- Deal !

o.O.o

L'idée de « livraison à domicile » selon ma mère, revenait à commander chez la moitié des meilleurs restaurants de Sushis d'Osaka, c'est donc avec le ventre plein que nous nous sommes dirigés vers nos chambres après le dîner

Bien, Occhan était restée en bas pour partager quelques verres avec Yamato, mais la plupart d'entre nous étions parti. Je leur avais rapidement raconté mon accident de moto, m'octroyant par la même occasion une tape sur la tête de la part de Kazuha ainsi qu'un regard réprobateur de ma mère, mais il y eu une meilleure ambiance après ça.

Il semblerait que me taquiner était une bonne façon de détendre l'atmosphère, n'est-ce pas génial ?

o.O.o

J'étais maintenant dans ma chambre et, après avoir installé un futon pour Kudo, je m'y installa en prenant mon ordinateur sur mes genoux :

- Oï, c'est pas censé être mon lit ?, fit remarquer le « faux » gamin avec un regard noir.

- Je sais que tu ressembles à un enfant, mais je ne penses pas que tu ais besoin du même nombre d'heures de sommeil, le taquinai-je avec un veux regarder les informations qu'Otaki nous a envoyé sur le cas.

- Tu es sûr de vouloir le faire ce soir ?

Je pouvais sentir une certaine inquiétude dans la voix de mon meilleur ami. Examiner le meurtre d'Oyaji... dans les fichiers de police serait déplaisant, je le savais. Mais s'il y avait la moindre information sur celui qui avait aidé ce salaud, j'en avais besoin. Je décidais néanmoins de ne pas être aussi audacieux ce soir.

- Commençons par ordre chronologique..., annonçai-je alors que mon ami s'installait à côté de moi.

Je savais qu'il savait, mais il ne fit pas de commentaire et se concentra sur l'écran d'ordinateur.

-Ok... Tout d'abord, les vidéos de surveillance et les photos peut-être ?

-Pourquoi pas...

Vingt minutes plus tard, nous nous regardâmes avec surprise. Otaki-han n'avait pas menti. Il s'agissait d'un crime organisé, pas d'une bande d'amateurs. Leur matériel, leur efficacité, leur vitesse... Pas une seule seconde n'avait été laissée au hasard.

- Et merde…, conclus-je sans ménagement, ça allait devenir plus difficile si nous faisions face à des Yakuzas ou une Organisation criminelle secrète ; quelque chose de bien trop gros pour nous à avaler.

- Cela signifie simplement que nous aurons besoin de l'aide de la police. ça ne change rien. Nous ne les laisserons pas s'échapper, Hattori, gros poissons ou non.

- Oui, tu as raison... Cela prendra plus de temps, mais nous allons les trouver et les arrêter !

- Bien dit !, sourit mon ami.

- Alors... Que penses-tu de ce troisième policier, celui qui est encore en vie ?, demandai-je lui rendant son sourire, mais avec pointe de tristesse qu'il n'avait pas dans le sien.

- Il savait clairement que quelque chose allait se passer. Il se penchait déjà derrière la porte avant même que les tirs ne commencent

- Mais ils ont essayé de se débarrasser de lui... se débarrasser de tous les témoins, n'est-ce pas ?

- Je parie qu'il sera plus que disposé à coopérer après cela, il faut le voir... , conclua Kudo en portant sa main sur son menton, son geste favori quand il réfléchissait.

- Mais... Nous devons d'abord trouver Saijô..

- Laisse de côté Saijô... La police de Kyoto et d'Osaka le recherche déjà.

-Oui, si efficacement..., fis-je remarquer d'une grimace pleine d'ironie.

- Mais ils sont à sa recherche. Ce policier est le seul lien que nous avons avec l'organisation qui a tout prévu. Une organisation qui voulait Saijô dehors et je ne pense pas que c'était juste pour qu'il se venge. Ils avaient probablement une sorte de deal... Toi contre quelque chose...

- Tu crois que j'étais juste un motif ?, demandai-je un peu troublé par l'idée.

- Oui, c'est ça. Je ne sais pas comment mais ils ont entendu parler de lui. Et ils savaient qu'il voulait te tuer donc ils ont utilisé ça comme leurre. La bonne nouvelle est que si nous arrêtons ces gars-là, Saijô finira sans aide. Il ne pourra pas se cacher bien longtemps sans leur soutien.

- Mais la mauvaise nouvelle c'est que le policier que tu veux interroger est toujours inconscient...

- Ses blessures sont graves mais pas mortelles d'après le rapport, il devrait se réveiller bientôt.

- Ok, ok, je vais demander à Otaki-han de nous informer si le gars se réveille, approuvai-je avant de prendre mon téléphone.

o.O.o

- Tu ne dors pas ?

La voix qui venait de derrière moi me fit sursauter.

Kazuha.

- Non, je ne pouvais pas, admis-je alors que je la regardais s'asseoir à côté de moi sur la petite terrasse en bois, ses jambes se balançant près des miennes.

- Pareil pour moi...

La jeune fille à la queue de cheval se rapprocha de moi et un silence s'installa entre nous, alors que nous apprécions les premiers signes de l'arrivée de l'été : une douce brise et le chant des premières cigales de la saison.

- Je suis désolé, Heiji..., dit-elle enfin en posant sa tête sur mon épaule, peut-être un peu trop près de moi.

Enfin pas trop non plus mais...

Pour cacher mon embarras, je décidai d'éviter le sujet, sachant qu'elle voulait parler.

- Pour gifles ? Il était temps...

- Non, Aho..., nia mon amie d'enfance avant de me regarder en souriant, Celles-là tu les as méritées...

- C'est blessant...

- Je sais...

Retour aux sujets et visages graves... Avec un soupir, je la regardais pour m'apercevoir qu'elle me regardait à son tour. Je savais ce qu'elle voulait. Je pouvais le voir dans ses yeux. Elle voulait que je lui parle. Mais je ne le pouvais pas encore. Non, pas tant qu'il y aurait cette plaie béante dans mon cœur.

Alors je détournais le regard.

-Heiji, Si... Si tu veux parler, je suis...

- Kazuha écoute, j'ai... Je peux pas encore en parler. C'est trop...

- Je sais. Je sais, Heiji, dit-elle avec un sourire triste.

Cela me rappela qu'elle aussi avait perdu un de ses parents. Que cette douleur que je ressentais en ce moment, elle avait dû y faire face il y a six ans quand sa mère avait été tuée par ce chauffard. Le gars avait été arrêté le lendemain, Oyaji l'avait poursuivi dans toute la ville, mais le mal avait été fait.

C'est avec surprise que je réalisai enfin que la jeune fille qui avait sa tête sur mon épaule, était en fait celle qui saurait le mieux comprendre ce que je traversais.

- Je voulais juste te dire que je suis là. Quand tu seras prêt.

J'hochais la tête avant de regarder vers le jardin une fois de plus.

Je ne sais pas combien de temps nous sommes restés comme cela, plus proches que nous ne l'avions jamais été, mais cela avait calmé mon cœur blessé pendant un certain temps.

o.O.o

Un bruit de sonnerie me réveilla le lendemain matin et il me fallut un certain temps pour reconnaître mon téléphone. Je savais qu'il devait être tard grâce à la lumière baignant mon lit et le fait que Kudô était déjà levé ; et l'heure sur mon téléphone me le confirma.

- Otaki-han ?, demandai-je après avoir lu l'identité de celui qui m'appelait sur mon écran.

- Salut, Hei-chan j'espère que je ne te réveille pas ?

- Oubliez ça si vous avez de bonnes nouvelles pour moi.

- Bien alors, je pense que tu seras d'accord pour dire qu'il s'agit d'une bonne nouvelle. C'est Ogi. Le policier qui a survécu à l'évasion de Saijô.

- Il est réveillé ?

- Eh oui !

- Excellentes nouvelles alors. Il était à l'hôpital de Umekôji, n'est-ce pas ?

- Oui mais... Tu sais que je ne suis pas censé t'informer de ça... Je suis même pas supposé le savoir puisqu'il est du district de Kyoto, et pas d'Osaka...

- Et où voulez-vous en venir ?, demandai-je, voulant couper court à son baratin.

- Si tu fais quoi que ce soit, comme essayer d'aller le voir, fais-le discrètement ; parce que je ne pense pas que la police de Kyoto hésiterai à t'arrêter pour obstruction et je ne pourrais pas t'aider...

- Hé, je ne vais pas faire plaisir à Ayanokoji et le laisser m'arrêter. Ne vous inquiétez pas...

- Il n'est pas le seul à manquer d'humour dans la police de Kyoto alors sois prudent, ok ?

- Yep !, conclu-je en raccrochant avant de me lever et de m'étirer avec un grand bâillement.

Cela avait été ma meilleure nuit depuis un certain temps, je devais remercier Kazuha pour cela.

Et maintenant que j'étais bien reposé, il était temps de partir en quête d'informations.