Liberty25, merci infiniment pour ton adorable commentaire, il a fait ma journée (: J'espère que la suite te plairas autant !
Chapitre huitième : soufflé normand
Wanda se demandait ce qu'elle faisait là.
Non pas qu'elle souhaitait être exclue des recherches, c'était la dernière chose qu'elle voulait, mais elle se sentait si inutile qu'elle se demandait si cela ne revenait pas au même, finalement. La Vision et Rhodes, même absents, faisaient avancer les choses au moins. Tandis qu'elle était coincée à faire confiance à Stark et Natasha pour décider de leur plan d'action.
Et elle ne leur faisait pas confiance.
C'était pour cela que Sam était présent, d'ailleurs. Pour une raison que Wanda n'était pas certaine de saisir entièrement, il semblait avoir hérité de l'autorité de Steve qui lui permettait de percer la mégalomanie de Stark et l'assurance construite par Natasha. A lui, elle faisait confiance.
Ce qui la renvoyait à son inutilité.
Elle n'allait pas prendre la parole, pas exprimer son avis, pas être questionnée. Elle n'avait ni illumination ni nouvelle information. Elle ne pouvait pas rassembler les pièces du puzzle en une image satisfaisante, encore moins alors qu'elle ne comprenait qu'un mot sur deux au charabia scientifique que Stark tenait du docteur Cho. Dans les grandes lignes, Grå Trane utilisait Steve pour de la culture d'organe mais elle peinait à voir en quoi cela les avançait.
Ils évoquèrent ensuite la trace financière, dans encore plus de charabia qui, bien que sensiblement différent du précédent, sonnait de manière toute aussi obscure aux oreilles de Wanda. Maria Hill menait cette conversation, et son ton présentait si peu de variation que la jeune sokovienne décrocha complètement.
A la place, elle observa ses collègues. D'abord juste avec ses deux yeux, puis à la lumière de son pouvoir. A la surface, ils n'étaient qu'assurance, sérieux, certitude, impassibilité, mais seule Maria Hill conservait cette structure d'acier neuf à l'intérieur. Il y avait des plis, des tensions, de la rouille et des fêlures et Wanda se demanda à quoi elle-même devait ressembler. Probablement un capharnaüm de choses brisées, un vase en verre rempli d'eau au-delà de son bord ou un objet pointu s'approchant trop près, beaucoup trop près, du sceptre.
Une douleur dans son doigt la fit revenir à la réalité, pour se rendre compte que ce n'était que le fait de ses incessantes triturations. Wanda se frotta les yeux, pour s'assurer qu'elle n'avait pas pleuré, puis essaya de reprendre la discussion en cours.
« Aucun bateau ne se retrouve au bilan, disait Maria. Et nous n'avons rien pu tirer du port où le yacht était amarré.
- Et les satellites ? On doit pouvoir trouver un bateau avec nos satellites ! proposait Stark.
- Bien sûr, allons écumer les océans au hasard à la recherche d'un bateau dont nous ne savons même pas à quoi il ressemble, rétorqua Natasha. Brillante idée.
- T'en as une meilleure Romanoff ?
- Donne-moi trois jours et je peux tirer quelque chose de Thulesen. Il a forcément un moyen de les contacter.
- Trois jours ? Tu veux qu'on reste les bras croisés pendant trois jours ?
- Pas les bras croisés, tempéra Sam. On peut aider aux raids, aux captures, aux interrogations… Peut-être qu'on peut trouver une piste ailleurs.
- Ce sera déjà plus productif que fouiller les océans par la lentille d'un satellite, railla Natasha.
- Vous avez compris ce qu'ils font, n'est-ce pas ? insista Stark. Ils prennent des petits bouts de Steve pour en faire des plus gros bouts pour les vendre au plus offrant, et qui sait, finir par pouvoir se les greffer eux-mêmes. Pour eux, il est une ferme de culture ! »
Wanda ferma les yeux et lutta contre l'envie de vomir.
« Bien sûr qu'on sait, explosa Natasha, dans une colère froide, froide et blanche comme une lame trop chauffée. Cesse de croire que tu es le seul qui veut le ramener.
- Parfois, je me demande.
- Comment ose –
- Ça suffit, coupa Sam. C'est ridicule. On veut tous sauver Steve. C'est même la seule chose qu'on veut tous. »
Wanda porta son attention vers la fenêtre, les voix se brouillant une fois encore en arrière-plan. Comme de droit, ses pensées dérivantes la menèrent droit à Steve. Elle se demanda s'il était retenu dans un cage vitrée, comme elle en avait vu dans le château du baron Strucker. Était-il conscient ? Drogué ? Attaché dans une camisole de force ? Les manipulations des scientifiques étaient-elles physiquement douloureuses ? Que ressentait-il ? Priait-il pour leur secours ?
Lui en voulait-il ?
Elle ramena ses jambes contre elle, ressentant de manière particulièrement aiguë l'absence de Pietro. Peu importait ce qu'elle pouvait faire, que ce fût envahir des esprits ou déchirer des cœurs de métal, ce qu'elle ne pouvait pas faire était toujours trop grand, trop essentiel. Elle était de nouveau cette enfant qu'elle avait pourtant bannie au profit de sa vengeance, celle qui fixait avec terreur l'obus dans leur salon.
« Tout va bien se finir, tu sais ? »
Prise par surprise par le ton attentionné de Sam juste au-dessus d'elle, Wanda releva la tête dans un mouvement brusque. Stark, Natasha et Maria avaient disparus, les laissant seuls dans la salle de conférence aux couleurs froides.
« Je ne le sais pas, elle répondit d'une voix un peu trop rauque. Et toi non plus. »
Si tout se finissait toujours bien, elle n'aurait jamais perdu Pietro. Elle n'aurait jamais perdu ses parents non plus. Si elle avait appris quelque chose, si elle savait quelque chose, c'était que les fins malheureuses étaient tout aussi probables que les fins heureuses.
Comme s'il lisait dans ses pensées, Sam insista doucement :
« Cette fois-ci, ça va bien se finir. On dirait peut-être pas, mais on a fait des progrès monstre, et Grå Trane est en très mauvaise posture. Ce n'est qu'une question de temps avant qu'on retrouve Steve.
- Comment fais-tu pour être si optimiste ? »
Wanda pencha sa tête vers lui et il haussa les épaules.
« Ça vient naturellement, » il lâcha.
Il ne dit pas que c'était vraisemblablement son mécanisme de défense, comme l'annihilation de toute émotion était celui de Natasha, l'agitation fébrile celui de Tony et le silence contemplateur celui de Wanda. L'optimisme était son arme contre les émotions négatives, les siennes et celles des autres. Sa contribution n'était peut-être pas plus que rester sain d'esprit et s'assurer que tout le monde le fît également, mais qu'il fût damné s'il n'allait pas la prendre à cœur.
Il devait encore informer Sharon et l'homme en costume des nouveaux développements de l'affaire, mais, avant cela, il prit le temps de poser une main réconfortante sur l'épaule de la jeune femme.
•
Maille endroit, maille envers. Maille endroit, maille envers. Maille endroit, maille envers. Maille endroit, maille envers.
Natasha expira lentement. Frustration oblige, elle ne se sentait pas l'habilité de tenter autre chose qu'un simple point de riz. Les mailles filaient sur ses aiguilles et la laine entre ses doigts, et l'énervement, l'inquiétude et l'impuissance filaient le long de ses nerfs.
Maille endroit, maille envers. Maille endroit, maille envers. Maille endroit, maille envers.
Autour d'elle, sur le lit de Steve, s'étalaient ses pelotes et patrons, magnétophone, écouteurs, cassettes et autres dossiers transmis par son contact à Shanghai ainsi que le bouclier rouge-blanc-bleu et son téléphone sur haut-parleur. En quelques mots concis, elle avait expliqué la situation à Clint, qui digérait à présent silencieusement la raison pour laquelle personne n'avait répondu à ses messages depuis deux jours. Finalement, il ne trouva rien de mieux à dire que :
« Ça craint.
- Tu n'as pas idée, soupira Natasha en repensant à la fureur qui l'avait prise à l'accusation de Tony.
- Est-ce que je peux faire quelque chose ?
- J'en doute. Mais peut-être qu'un cerveau frais pourra voir une connexion de que nous avons manquée. »
Et elle entreprit, avec une patience qui revenait petit à petit, de repasser avec lui tous les nœuds de leur affaire, les embranchements comme les culs-de-sac, à la recherche d'un nouvel éclairage qui leur pointerait la direction. Sans surprise, l'illumination ne vint pas et Clint se retrouva contraint de marmonner de vagues références à des missions passées ou à des films d'espionnage, mais Natasha trouva néanmoins l'exercice bénéfique, au moins pour arranger ses propres idées et, en combinaison avec son tricot, à subtilement réduire son stress.
Elle ne raccrocha pas, même quand la conversation se termina par un « tiens moi au courant » de Clint, mais se laissa porter par le confort des bruits familiers venant droit de la ferme des Barton. Elle entendit Nathaniel pleurer, des pas pressés dans les escaliers, Laura crier quelque chose à travers la maison…
Maille endroit, maille envers.
Se précipiter n'aiderait pas Steve. Remettre Tony à sa place non plus. Ce dont elle avait besoin, c'était d'une stratégie pour tirer quelque chose de Thulesen.
Maille endroit, maille envers.
« … Lila, reviens ici tout de suite !
- Mais p'pa…
- Pas de mais jeune fille.
- Mais m'man !
- Qu'est-ce que ta mère vient de dire ? … »
Ce dont elle avait besoin, c'était de Steve pour raisonner Tony, réconforter Maximoff, avoir des conversations profondes avec Sam, épauler Maria et l'accompagner au spa.
Aussi, d'une pizza. Elle avait bien manqué deux-trois repas.
•
Wanda ouvrit au livreur qui lui refila sans cérémonie six cartons chauds avant de s'en aller sans demander son reste. Elle le regarda se presser d'un pas déterminé avec une pointe d'envie. Puis, ne sachant pas à qui étaient destinées les pizzas, elle les déposa dans la cuisine et annonça leur arrivée par l'interphone.
Une autre annonce à l'interphone, en provenance de Natasha, ordonna à toutes les personnes présentes dans le bâtiment résidentiel des Avengers de ramener leurs fesses et partager un repas. Sauf qu'elle parvint à le formuler comme une aimable suggestion, par une méthode qui mystifia Wanda.
Mécaniquement, elle commença à ouvrir les boîtes. Un couteau entouré d'une aura rouge vola depuis son rangement jusqu'à la première pizza, une sicilienne, pour la découper avec méticulosité. Le carton en-dessous en pâtit quelque peu, mais les huit parts s'avérèrent parfaitement égales. Wanda agita négligemment les doigts et le couteau attaqua la seconde pizza.
Sam arriva en premier, frais d'une douche. Il commenta les garnitures, félicita Wanda pour son découpage parfaitement symétrique et entreprit de sortir diverses boissons du frigo. Elle fit tourner sa main droite pour sortir des verres du placard.
Maria fut la seconde. Elle fut également la seule à se laver les mains.
Natasha apparut ensuite. Son visage s'éclaira d'un sourire satisfait lorsqu'elle remarqua que ses coéquipiers s'étaient occupés des préparatifs. Elle vola une olive au passage mais attendit le retardataire pour réellement entamer le repas.
Maria commenta leur rythme de vie déficient qui les faisait manger à n'importe quelle heure. Sam plaisanta qu'ils ne pouvaient faire cela que quand « papa » n'était pas là. Wanda rétorqua que, au moins, « papa » savait préparer des repas équilibrés. Natasha demanda s'il n'y avait pas, par le plus grand des hasards, quelques restes dans le réfrigérateur. Sam vérifia et sortit une demi-portion de pâtes all'arrabbiata qu'il avait trouvé bien trop fortes quelques jours plus tôt. Maria traita son palais de « délicat » et il contra par « raffiné ».
Arrivant sur ces entrefaites, Tony se laissa tomber sur une chaise et attrapa la part de pizza la plus proche de lui. Natasha battit Maria et Sam de vitesse pour lui reprocher son manque de manières. La bouche pleine, il grommela ce qui aurait pu être une explication ou une excuse si quelqu'un en avait saisi un mot. Néanmoins, la faim gagna la partie, et tout le monde laissa glisser pour se souhaiter bon appétit.
En guise de sauce piquante, Tony versa la demi-portion de pâtes all'arrabbiata sur ses deux parts de pizza au chorizo, ce qui vexa Sam lorsqu'il ne broncha absolument pas en les engloutissant.
Au final, le repas fut plutôt silencieux, les participants tous un peu trop préoccupés, mais l'ambiance s'était détendue. Fait notable, personne ne sauta à la gorge de personne. Wanda pouvait imaginer Steve présent, souriant tendrement, et elle sourit elle aussi.
