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Chapitre dixième : hachis parmentier
Sam se fit la réflexion qu'il pourrait désormais ajouter « naviguer sans formation ou expérience préalable » dans son CV. Ils arrivaient au terme de leur trajet et il n'avait pas déchiffré l'utilité de la moitié des cadrans et voyants du poste de commande, sans parler de savoir s'en servir. Seule la radio lui était familière. Heureusement, l'immensité de l'océan rendait le risque de collision quasiment nul et le temps était clément.
Natasha entra dans la cabine de pilotage, changée pour mieux infiltrer leur cible grâce à quelques habits qui traînaient dans la vedette, notamment une blouse blanche caractéristique.
« On arrive en position ? elle demanda en replaçant son oreillette.
- D'ici quelques minutes. Stark et Wanda sont déjà là ?
- Ouais, ils n'attendent plus que notre signal. »
Du moins, elle supposait. Le jet avait coupé le contact radio à l'approche du bateau pour ne pas risquer d'être découvert avant ledit signal, alors qu'ils n'avaient, au mieux, qu'une vague esquisse de plan. Mais le manque de plan n'était rien qu'elle ne pouvait tourner en avantage ; le vrai problème était que les deux Avengers les plus imprévisibles étaient laissés à eux-mêmes avec la possibilité de foncer dans le tas grande ouverte.
Et la Vision était encore à un peu moins d'une heure de vol, Rhodey un quart d'heure derrière.
Natasha se permit une profonde inspiration. L'intérêt de Steve, au moins, devrait retenir les têtes brûlées de faire capoter l'opération. Elle pouvait bien faire confiance à Tony et Wanda sur ce point.
Les dernières minutes du trajet s'écoulèrent dans un silence tendu, fermement maintenu par les deux parties en présence. Leurs sentiments sur la situation étaient exactement identiques, les prononcer à voix haute n'aurait apporté aucun confort, bien au contraire.
Le matin, mais pas encore le soleil, était en train de se lever lorsque la vedette atteignit la position voulue. Sam coupa les moteurs, tandis que Natasha vérifia rapidement que le docteur Bernhard était bien installée et immobilisée. Ils montèrent ensuite sur le pont, d'où Sam se lança, ailes déployées. Après une manœuvre pour optimiser son élan, il repassa pour attraper Natasha à la taille. Ensemble, ils filèrent au raz de l'eau jusqu'à la base flottante de Grå Trane.
Celle-ci était un bateau de croisière de taille moyenne réhabilité. Bien qu'il n'eût pas les dimensions gargantuesques des modèles de luxe, trouver un coin tranquille pour se poser sans être vu ne fut pas trop difficile. Les estimations de Bernhard étaient très approximatives, mais il semblait que ses dires d'équipage réduit et de sécurité insuffisante n'étaient pas exagérés.
Pour couvrir plus de terrain, chacun partit de son côté : Sam dans la direction (supposée) de la machinerie, Natasha vers « l'étage sous le rez-de-chaussée, plus vers l'avant mais pas tout à l'avant », dans les mots de leur informatrice.
Elle ne croisa que trois personnes avant l'escalier devant la mener au bon pont. Le premier ne lui porta pas la moindre attention, le second la salua d'un signe de tête avant de retourner au message qu'il tapait sur son téléphone et le troisième fut promptement rendu inconscient avant d'avoir pu prévenir qui que ce fût qu'il avait reconnu la fameuse Veuve Noire.
Mais plus elle approchait le lieu où était (supposément) retenu Steve, plus le passage se densifiait. Après deux rencontres malheureuses avec des laborantins trop physionomistes pour leur propre bien, Natasha se résolut à alterner la démarche assurée qu'elle aimait tant et raser les murs, fuir les regards inquisiteurs par des détours dans des couloirs moins usités, voire se cacher dans la première pièce venue le temps que deux hommes accrochés à leur oreillette s'éloignassent. Un équipage réduit voulait également dire un équipage moins anonyme.
Arrivée à ce qu'elle estimait être vers l'avant mais pas tout à l'avant, Natasha commença une fouille méthodique des pièces qu'elle rencontrait.
Sans avoir participé aux raids sur les différents laboratoires de Grå Trane, elle pouvait anticiper correctement le spectacle grâce aux récits de Sam et les photos fournies par Maria. Les installations pouvaient presque sembler amateurs avec le mobilier assemblé sans une pensée pour l'esthétique du décor et l'équipement de seconde-main ou fabriqué maison ; et au milieu de ça, une machine flambant neuve à la pointe de la technologie ou un organe grandissant dans une cuve rappelait qu'ils n'avaient pas affaire à des scientifiques du dimanche.
Heureusement pour Natasha, ils étaient toujours des scientifiques trop préoccupés par leurs recherches pour prêter attention à la rouquine fouinant partout la plupart du temps, ce qui lui évita de devoir de nouveau user de violence sur quiconque avant de finalement retrouver Steve.
La pièce n'était pas grande, ni gardée, mais sa population était néanmoins la plus importante et la plus réactive que Natasha avait croisée jusqu'ici. A peine s'était-elle glissée à l'intérieur qu'un homme en chemise violette, qui faisait face à la porte, se redressait d'un bon pour crier « frittata ». Aussitôt, un livre lancé par une brune boulotte vola vers l'intruse tandis que deux autres personnes laissaient tomber leur stylo et écritoire pour se précipiter, qui vers un talkie-walkie, qui vers un interphone, pour relayer l'appel aux poêles à frire.
Tout en évitant le projectile sans effort, l'espionne fit un rapide compte de la situation. Sept ennemis, aucun armé, espace réduit, Steve inconscient sur un lit au milieu de la pièce, relié à plusieurs machines et moniteurs, l'élan rouge et vengeur dans son estomac. Elle réactiva l'émission sur ses communications :
« Maintenant ! »
La réponse de Tony lui parvint avant même qu'elle n'eût le temps de lancer un coup.
« Roger. »
Et Natasha mit à terre l'homme à lunettes qui l'attaquait avec un écarteur. Elle électrocuta ensuite le prochain ennemi le plus proche, celui à la chemise violette, puis, dans le même mouvement, barricada sommairement la porte avec une armoire de bureau à portée de main. Une quinquagénaire en blouse tachée tenta de lui injecter quelque chose par une seringue, et se retrouva avec un bras cassé pour sa peine. Le jeunot à la touffe blonde qui se jeta désespérément sur Natasha, sans rien à la main et rien dans la tête, se révéla difficile à déloger, tant et si bien qu'elle jugea préférable de disposer de la brune boulotte qui ne cessait de lui envoyer des objets hétéroclites avec sa charge sur le dos. Ensuite seulement l'encastra-t-elle dans une armoire métallique.
La femme au tatouage sur la tempe qui serrait encore le talkie-walkie dans ses mains se tenait juste à côté du lit de Steve, dans une posture presque protectrice. L'homme qui avait couru à l'interphone, lui, avait une main sur l'épaule de la quinquagénaire en blouse tachée et semblait la guider à l'écart de la furie de la Veuve Noire.
Là, une commotion se fit entendre depuis le couloir, et Natasha sut que des renforts allaient débarquer d'un instant à l'autre. Les miens aussi, elle pensa le temps d'un sourire malsain.
•
L'impact avec le pont déséquilibra Wanda. Elle agita les bras dans le but d'ajuster son pouvoir, lui évitant de peu de tomber à genoux. Dès qu'elle eût repris pied, elle se mit à courir en direction du premier groupe de personnes dans son champ de vision. Un geste de la main envoya par-dessus bord les trois âmes prises par surprise.
Des alarmes criaient, le rouge et or d'Iron Man fusait et Natasha demandait des renforts dans son oreillette.
Wanda se retourna juste à temps pour bloquer une nuée de dards d'un champ de force vacillant, avant d'arracher la rambarde pour la faire se replier autour des tireurs. Une explosion à sa droite la fit sursauter et se protéger instinctivement derrière ses bras et un bouclier d'énergie, seulement pour se rendre compte que Stark s'était déjà occupé de ce danger.
« On a pas le temps de régler leur compte à chacun, il la sermonna, alors qu'un de ses missiles se lançait dans une direction qu'il ne regardait pas. On doit d'abord récupérer papi.
- Je ne sais pas où il est ! » elle rétorqua.
Natasha avait dit cabine Kommen sur le pont cinq, mais Wanda n'avait pas la moindre idée d'où commencer à chercher un lieu non-numéroté sur plusieurs centaines de mètres de couloir grouillant de gens cherchant à l'attaquer. Stark, lisant les instructions de FRIDAY à l'intérieur de son casque, tendit le bras vers une porte :
« Prends ces escaliers, descends un étage, prends à droite, vers la proue sur quarante-deux mètres. Je pars devant. »
Et sans attendre un accusé de réception, il s'exécuta.
Wanda retint son pouvoir dans le bout de ses doigts et partit à toutes jambes dans la direction indiquée.
La porte s'ouvrit dans une claque écarlate et elle dévala les marches quatre à quatre, pour se retrouver un étage plus bas face à une dizaine de chiens, grands comme des poneys. Elle ne put retenir un cri, ni son pouvoir qui jaillit droit dans la première bête à se jeter sur elle, l'envoyant s'éclater le crâne contre un mur. Loin de craindre son sort, le reste de la meute gronda et chargea comme une seule vague.
Wanda répondit en poussant ses paumes en avant, retenant physiquement les animaux à l'extérieur d'une demi-sphère rougeoyante. Elle pouvait sentir la force qu'ils dépensaient contre son pouvoir peser sur ses tendons. Serrant les dents, elle poussa un peu plus fort. Un chien gémit et partit la queue entre les jambes, mais les autres n'attaquèrent qu'avec plus de vigueur.
Les éclats rouges vacillaient au rythme de l'épuisement la jeune femme. Elle étouffa un cri de frustration contre ses doigts tremblants et les gouttes de sueur qui coulaient dans ses yeux sans qu'elle pût les essuyer. Le bras de fer ne durait pas depuis une minute, mais elle avait déjà perdu trop de temps.
Wanda chercha l'état qui lui avait permis d'annihiler tous les robots alentour à la mort de Pietro, elle chercha cette vague de pouvoir qui lui avait permis de broyer un cœur de vibranium. Et si elle devait ressentir le même déchirement dans son cœur à elle, et bien ce ne serait qu'un juste prix pour rendre à Steve tout ce qu'il avait fait pour elle.
Elle expira. Avec quelques hésitations, elle retira sa main droite de sa position de protection. Constatant avec soulagement que les huit bêtes étaient toujours tenues en échec, elle agita ses doigts derrière elle, où un morceau de la rampe d'escalier réagit en s'arrachant au reste. Un geste circulaire, et le morceau de métal s'enfonçait dans le torse d'un des chiens. Puis en ressortait, pour plonger dans celui de l'animal suivant. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle pût laisser tomber sa protection au milieu des cadavres.
Wanda resta immobile un instant, la respiration profonde et bruyante, les vannes de son pouvoir toujours grandes ouvertes. L'air autour d'elle grésillait d'écarlate. Ses veines étaient noires de soif de sang.
Elle repartit en courant.
•
La porte pendait lamentablement sur ses gonds, coupée en deux. Heureusement, Tony était arrivé à temps pour prendre la relève dans la tâche d'empêcher les ennemis d'entrer tandis que Natasha s'assurait que Steve était prêt à sortir. Ce qui s'avérait plus compliqué qu'initialement supposé.
« Vous pouvez pas juste débrancher ! » avait hurlé la femme au tatouage lorsque l'espionne avait voulu faire juste ça.
La quinquagénaire au bras cassé avait alors beuglé quelque chose en réponse, mais Natasha l'avait promptement électrocutée. Inquiet pour son intégrité physique, le dernier homme s'était terré dans un angle de la pièce sans ouvrir la bouche. La femme au tatouage, elle, s'était empressée de prouver sa bonne volonté en éteignant certaines machines, inversant certains flux, injectant certaines substances et prenant certaines constantes de Steve, sous l'œil attentif de Natasha.
Elles attendaient maintenant un dernier signal pour pouvoir arracher la dernière perfusion du bras du super-soldat, pendant que Tony tenait le seuil.
« Des robots sont dans le sang, expliquait la scientifique dans un anglais très approximatif. Pas à enlever.
- On a tout ce qu'il faut pour qu'il se rétablisse chez nous, contra sèchement Natasha. Contentez-vous de le stabiliser pour qu'on puisse l'évacuer. »
La femme au tatouage grimaça mais n'ajouta rien. Au bip de la machine, elle libéra finalement Steve des machines de Grå Trane. Natasha désenclencha les freins du lit à roulettes et le guida gentiment, mais rapidement, vers la porte.
« On s'arrache Tony !
- Pas trop tôt ! On prend vers la droite, Maximoff est en train de remonter par là.
- Et Sam ?
- Je suis bloqué deux étages plus bas, lança l'intéressé dans un souffle. Faites sortir Steve, m'attendez surtout pas.
- Essaie de sortir de là. »
Sur cette dernière recommandation, Natasha pénétra dans le couloir, couverte par les réacteurs d'Iron Man, tirant Steve inconscient derrière elle. Elle s'attendait à devoir se battre pour chaque mètre de terrain, mais la voie se libéra soudain dans une violente impulsion rougeâtre, pour ne laisser que Wanda debout.
Pendant un instant, Natasha retint son souffle. Quand enfin elle expira, après un moment qui lui parut plus long qu'il ne l'avait réellement été, elle réalisa avec irritation qu'elle avait peur. La jeune femme, exsudant une aura floue et rouge, droite au milieu de corps qu'elle avait rendus inertes d'un simple revers de la main, était terrifiante. Puis ses yeux tombèrent sur Steve, et elle ne fut soudain plus que la benjamine de leur équipe.
Wanda se précipita vers l'inconscient, les yeux inquiets et les mouvements frénétiques. Natasha ne lui laissa pas le temps de se laisser prendre par les émotions ; elles auraient tout le temps de se sentir mal pour Steve plus tard. Elle attrapa sa coéquipière par le bras et la poussa devant elle pour ouvrir la voie, tandis que Tony roussissait les agents de sécurité venant par derrière.
