Titre de l'épisode : "Naître et faire"
Avertissement : PG
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de JKR (et de WB)
Note 1 : sur une idée dérivée de Kaamelott
Personnages présents : Hermione Granger, Sirius Black.
Note de l'auteur : J'avais prévu de mener bien plus loin cette série de vignettes, mais je n'écris guère ces derniers temps. Comme je n'aime pas les histoires inachevées, j'ai décidé de finir cette fic. En tout cas, de boucler l'intrigue fil rouge. J'avais prévu bien des petites histoires, il n'y en aura finalement pas. Peut-être plus tard. L'avantage de cette fic, c'est qu'elle m'octroie une certaine liberté de narration. Quand l'envie, le temps, l'imagination me reviendront, je pourrais bien y revenir. Voici donc l'avant-avant-dernier épisode de cette série, soit l'antépénultième épisode. Bonne lecture.
Grimmauld Place
-
Épisode 9 : « Naître et faire »
-
Sirius Black était confortablement installé dans son fauteuil vert et dans ses idées moroses. Comme de bien entendu. Hermione, sur le pas de la porte, se mordit la lèvre inférieure et songea à faire volte-face. Sirius Black, maître des lieux, le corps avachi, le regard cave et l'expression blafarde tenait plus du Détraqueur que de l'humain. Elle jeta un regard par-dessus son épaule, espérant une aide, un soutien, un deus ex machina. Mais, telle la sœur Anne, elle ne vit rien venir. Elle soupira et raffermit sa prise sur son chargement. Et si elle le déposait là, par terre ? Sirius finirait bien par tomber dessus.
Comment Hermione s'était retrouvée les bras chargés d'un objet poussiéreux et d'une mission désagréable ? Demandez-le à ses traîtres d'amis ! Harry était, à son sens, tout à fait désigné pour ce genre de quête. Rapport aux liens parrain/filleul qui unissaient le destinataire et le destinateur. Mais Harry avait décliné l'offre, argué que Sirius n'avait probablement pas trop envie de le voir en ce moment et terminé de marmonner sa réponse du fond d'un placard à balais (magiques, cela allait sans dire). Ron avait verdi ; Ginny plutôt viré au blanc ; Fred & George avaient tout simplement vidé les lieux, débarrassé le plancher, filé à l'anglaise. Ils n'avaient laissé derrière eux qu'un double petit nuage de poussière. Hermione croyait qu'il n'y avait que dans les cartoons de Tex Avery que cela se produisait : les petits nuages de poussière quand on partait très vite. Mais non.
Le courage, la première qualité des Gryffondor ? Laissez Hermione rire. « Soyons courageux, fuyons ! », oui.
Donc, il ne restait qu'elle. Elle et le carton qu'elle avait trouvé. « Après tout, c'est toi qui l'as trouvé », avait souligné Ron avant de plonger tête et bras dans une malle plus profonde que de raison. Après tout. Mais maintenant qu'elle était au seuil de la chambre de la dépression, que le maître des lieux fixait le feu avec autant d'attention que s'il s'agissait d'un thriller particulièrement sanglant, Hermione mâchouillait l'intérieur de ses lèvres et se balançait d'avant en arrière. Pire qu'une boussole posée sur un aimant. Elle se sentait comme un dentiste qui doit annoncer à son patient qu'il va falloir lui arracher deux dents. Hermione avisa la bouteille d'alcool très ambré au trois quarts vide et donc plus qu'un quart pleine et déglutit. Mettons trois dents et un abcès.
« Qu'est-ce que tu veux ? »
Hermione aurait bien été incapable de décider si le ton de Sirius Black laissait davantage de place à l'agacement, à la fatigue, à l'abattement, au désintérêt ou à un bon rhume de dragon.
« Voilà, c'est que…. En fouillant, euh… Je veux dire, en rangeant, on a…. Enfin, j'ai trouvé.… Un truc. »
– Un truc ?
– Oui.
Un truc, de toute évidence, ce n'était pas suffisant pour Sir Sirius qui préférait ne pas louper une seconde de la danse langoureuse mais dangereuse des flammes écarlates. Hermione se racla la gorge.
« Vous avez trouvé un truc ? Et ? grommela Sirius. Il y a des trucs partout dans cette baraque. De la cave, jusqu'au grenier. On croule sous les trucs. Et si tu veux tout savoir, il y a aussi des machins et des bidules. J'ai même entendu parler de bitoniaux ! Mais rien n'est vraiment sûr. »
Sirius faisait de l'humour. Ce n'était pas de l'humour très drôle. Mais c'était déjà de l'humour. Hermione songea que c'était plutôt encourageant.
« On a trouvé un coffre, » précisa-t-elle. Sirius leva son verre à cette annonce. « Et dessus, il y a les armoiries des Black. »
– De plus en plus mystérieux !
– Aucun de nous n'a pu l'ouvrir.
– Vous n'avez qu'à le balancer.
– Il n'est pas vide », remarqua Hermione. Il était même lourd comme un hippogriffe mort ! « Mais je crois que nous ne pouvons pas l'ouvrir parce que… Parce qu'il n'y a que vous qui pouvez l'ouvrir.
– Et pourquoi juste moi ?
– Eh bien parce que…
– Parce que ?
Fallait-il vraiment qu'elle le dise à voix haute. Sirius avait-il besoin qu'on lui fasse un dessin, légende et petites flèches en sus ?
– Parce que vous êtes un…
– Un quoi ? Un évadé ? Un dépressif ? Un alcoolique ? Un crétin qui vit dans le passé ? Un mauvais juge de la nature humaine ?
Oui, de toute évidence, schéma, légende et fléchettes en sus.
– Parce que vous êtes un Black.
– Tous les sorciers qui vivent ici sont un peu Black, marmonna Sirius.
– Un peu, vous l'êtes complètement.
Sirius se redressa et tourna la tête vers Hermione. Aussitôt, elle sentit son rythme cardiaque s'emballer. Elle n'avait pas vu Sirius, vraiment vu, depuis quelques jours maintenant. Il se tenait habituellement le plus éloigné possible de toute activité et de présence vivante. Une certitude glacée s'était emparée d'elle : le 12, Grimmauld Place déteignait sur son propriétaire. Ron lui avait dit un jour, le ton grave et la mine sombre, que les maisons de sorciers avaient quelque chose de vivant : elles se souvenaient. « Elles absorbent les souvenirs et les restituent. S'ils sont bons, pas de problème ; mais s'ils sont mauvais… » Il n'avait pas terminé sa phrase.
Les vieilles maisons ont beaucoup de souvenirs.
Sirius avait les yeux cernés et injectés de sang. Sa peau blême lui collait aux os. Ses lèvres étaient blanches et craquelées. Hermione eut un mouvement de recul instinctif. Sirius ne cilla pas. Elle se reprit.
« Fred et George ont essayé de l'ouvrir, » dit-elle vite et fort. Elle essayait de couvrir le bruit des battements de son cœur affolé. « Ron a voulu essayer aussi, mais je lui ai fait remarquer que si les jumeaux n'y arrivaient pas, il y avait peu de chance qu'il y parvienne. Il m'a sorti Arthur… Pendragon. Pas Arthur son père, » précisa-t-elle avant de s'interrompre, parce que Sirius la fixait, immobile. Il n'avait pas cillé, pas même respiré. Il attendait qu'elle ait fini son monologue et en vienne au point important. Pour le moment, elle ne le trouvait pas. Plus. Elle ne le retrouverait pas tant que ces yeux brûlants de fièvres et de colère seraient posés sur elle.
« Donnez-le à Tonks, ça l'amusera probablement, » maugréa Sirius.
Sirius reprit sa position mi avachie, mi assise et reporta son indéfectible attention sur l'âtre si passionnant et riche en rebondissements. Le message était clair : il lui donnait son congé.
« On lui a apporté, » déclara Hermione. L'effroi laissait place peu à peu à l'exaspération. « Elle l'a regardé mais a dit qu'elle ne pouvait pas l'ouvrir, qu'il fallait être un Black. Je veux dire, un v… » Elle s'interrompit. Inspira et acheva, la voix sûre. « Elle a dit qu'il fallait être un vrai Black.
– Un vrai Black ? répéta-t-il rêveusement. Un vrai Black ? Moi ? »
Quelque chose comme un rictus étira difficilement, douloureusement un coin de la bouche parcheminée de Sirius Black. Jamais Hermione n'aurait appelé ça un sourire. Jamais.
« Fous ce truc à la poubelle ! Personne ne peut plus l'ouvrir. Tous les vrais Black sont morts.
– Mais…
– Mes parents m'ont renié, mon nom a disparu de la tapisserie. Je ne suis plus un vrai Black. Cette famille pourrie depuis la racine va s'achever de se décomposer et il n'y aura que ma dégénérée de cousine pour la pleurer. »
La voix de Sirius craqua et Hermione comprit qu'elle devait interpréter ce bruit comme une espèce de rire. Un rire ironique. Une ironie de rire, oui.
Sirius s'enfonça plus profondément, plus complaisamment dans sa chaude mélancolie, dans sa bile noire, dans son crapaud vert, dans ses certitudes amères.
Hermione repensa à Harry, couvert de poussière et regard fuyant, planté au milieu des balais et de son indécision. Elle le revoit fixer le nom de Potter sur la tapisserie et épier discrètement Sirius. Elle le revoit hésiter à venir, à demander. Il a toutes ces questions qui se bousculent dans sa tête, il a toutes ses interrogations. Elle revoit le professeur Lupin soupirer, secouer la tête et fuir. Elle revoit le professeur Snape railleur et Mrs Weasley réprobatrice. Et elle voit Sirius, immobile, paralysé. Et tout cela l'énerve. Beaucoup. Énormément. Alors elle avance, droit sur Sirius, droit vers l'hostile (pas l'ennemi, juste l'hostile). Elle a les semelles qui claquent et les sourcils froncés. Et le menton probablement un peu baissé, prête à charger. Elle en a assez de marcher sur des œufs. Elle en a même marre. Snape peut railler autant qu'il veut, Mrs Weasley peut réprouver tout son saoul, Lupin peut bien fuir, tout cela elle s'en moque, voire elle s'en fout. En revanche, elle ne supporte pas que Harry ne puisse pas poser ses questions. Alors elle avance, elle rue dans les brancards, elle traverse les lignes ennemies et, sans préavis, sans annonce, elle déposa le coffre sur les genoux de Sirius.
« Mes parents sont des dentistes moldus. Je n'ai pas pour autant l'intention de reprendre les affaires familiales. Je suis ce que je fais. Vos parents étaient des sorciers noirs intolérants et mauvais, d'accord. La seule chose que j'ai besoin de savoir est : "avez-vous l'intention de perpétuer la tradition familiale ?". Si la réponse est non, qu'est-ce que ça peut bien faire que vous soyez un Black ? Un vrai, un faux, un hybride, un raté ou un pur produit ? On est ce que l'on fait ! »
Sirius dévisagea Hermione, yeux écarquillés et bouche bée.
« Le repas est servi à dix-neuf heures, ce serait bien que vous vous joigniez à nous. »
Hermione tourna les talons et se dépêcha de quitter la pièce. Elle fut très fière d'avoir attendu que la porte soit fermée pour se mettre à hyperventiler.
-o-
A dix-neuf heures, très exactement, Sirius se présenta dans la cuisine. Un instant, tout le monde se tut et dévisagea le nouvel arrivant.
« Sirius ? s'étonna Mrs Weasley. Tu veux quelque chose ? »
Sirius regarda à droite, à gauche et trouva le visage de Hermione. Quelque chose comme un sourire, et cette fois Hermione pouvait utiliser ce mot, se forma sur ses lèvres.
« Me joindre à vous pour le repas. » dit-il. Si la syntaxe de la phrase était celle d'une affirmation, l'intonation était plus celle d'une question.
Harry se leva, sans un mot, et alla chercher assiette, couverts et verre. Un verre à eau. Il posa le tout en bout de table. Hermione prit l'assiette et la remplit. Ce soir, au menu, poulet rôti et purée. Sirius remercia, très bas, et puis s'assit. Pendant quelques secondes, on aurait pu entendre des doxys voler. Voire des fées. Puis des murmures s'élevèrent, murmures qui devinrent conversations. Pause, ralenti et retour à la lecture normale.
Sirius se pencha vers Hermione. Les hasards de l'arrangement des places avaient fait que Sirius était assis à côté de Hermione.
« Merci, » dit-il.
Elle hocha la tête.
« Tout pour Harry. »
Et Sirius sourit. Discrètement, timidement, mais véritablement.
fin de l'épisode.
