Titre de l'épisode : « Expecto Patronum »
Disclaimer : HP & C° sont la propriété de Rowling (et la WB)
Spoiler : toute la saga HP.
Avertissement : PG
Note 1 : sur une idée dérivée de Kaamelott.
Note 2 : Il y a dans ce texte un peu du mythe d'Orion, de Vipère au poing, du Tour du monde en quatre-vingts jours et de Persuasion. Tous ces grands monuments de la littérature n'apparaissent peut-être pas aussi nettement les uns que les autres, mais ils m'ont tous grandement aidée à bâtir cet épisode. Merci Miss Austen, Messieurs Verne et Bazin. Merci aussi à Wikipedia.
Personnages présents : Sirius Black, Orion Black, Walburga Black, Regulus Black, un coffre et le portrait de Phineas sur la fin.


Grimmauld Place

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Episode 10 : « Expecto Patronum »

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Il fallut à Sirius un bref instant, un clignement de paupières, une aspiration, un battement de cœur, pour reconnaître le coffre posé au fond du carton. Granger avait exécuté sa mission, délivré sa grande leçon de vie et déguerpi aussitôt. Derrière la porte, Sirius l'entendait qui inspirait et expirait bruyamment. Elle hyperventilait, mais Sirius ne s'en souciait pas vraiment, parce que sur ses genoux, au fond d'un vieux carton poussiéreux et moisi, il y avait un coffre. Le coffre de son père.
Sirius s'aperçut que lui aussi inspirait et expirait bruyamment, intensément, exagérément.

*

En l'année 1976, la maison portant le numéro 12 sur la place Grimmauld, Londres – maison de la très noble, très ancienne et remarquablement pure famille Black, était habitée par Orion Black, sorcier. Mr Black appartenait au Conservare-Club de Londres et en était un des membres les plus singuliers et les plus remarqués, bien qu'il semblât prendre à tâche ces derniers temps de ne rien faire qui pût attirer l'attention.

En l'année 1996, la maison portant le numéro 12 sur la place Grimmauld, Londres – maison de la très poussiéreuse, très rachitique et remarquablement souffreteuse famille Black, n'était hantée plus que par des ombres, des souvenirs de grandeurs, des fantômes de faste. Mr Black était mort depuis longtemps. Le Conservare-Club avait perdu tout prestige jusqu'à ce que dissolution s'ensuive.

*

Sirius extirpa le coffre de son carton, souffla dessus pour faire voler la poussière qui s'était déposée sur les clous massifs, incrustée dans les creux striés. D'un mouvement ample, il jeta le carton dans le feu qui chuinta de mécontentement d'être si mal nourri. Le monsbre, du fond de sa tanière obscure, s'agita, grogna puis s'assoupit à nouveau.
Sirius manipulait le coffre, précautionneusement. Il inspectait chacune de ses faces, étonné de s'en souvenir aussi mal. Il le trouvait plus petit qu'autrefois, plus sombre, moins imposant, plus simple, presque grossier. Le bois était craquelé ici, un rivet manquait là, le fer était rouillé sur le côté, la gueule d'un des chiens s'effaçait sur le couvercle.
Sirius parcourait le coffre avec les yeux, avec les doigts, avec tous ses sens, toute sa mémoire. Son poids dans ses mains, l'odeur qui se dégageait du bois, du fer ravivaient des souvenirs, réveillaient des émotions.

Jamais Sirius n'avait autant convoité un objet que ce coffre. Il l'avait désiré avec toute l'impatience d'un petit garçon habitué à obtenir tout ce qu'il demandait. Parce qu'il était l'aîné, Sirius savait qu'il lui un jour le maître du coffre et il n'en pouvait plus d'attendre ce moment, le moment où son père le lui confirait, lui dirait cérémonieusement, gravement : « Mon fils, te voilà maintenant le gardien du coffre » Il imaginait à voix haute cet instant glorieux et Regulus, dévoré par la jalousie, lui criait de se taire et se jetait sur lui tête baissée et poings serrés.
Le coffre était maintenant en sa possession. Il avait été apporté dans un carton moisi, sans cérémonie et sur la pointe des pieds par une adolescente qui se croyait plus savante qu'elle ne l'était réellement. Où était l'instant de gloire ? Où était la passation de pouvoir ? Où était l'accomplissement ?
Sirius éclata de rire. La tête renversée en arrière, une main sur le coffre et l'autre sur les yeux. Il rit à la face des Mânes du 12 Grimmauld Place.

Mr Black n'était pas le seul habitant du 12 Grimmauld Place. Sous ses vénérables tuiles et entre ses murs respectables, la maison accueillait également une épouse et deux héritiers. Quand Mr Black évoquait ces autres résidants aux sorciers du club, il disait sa famille ; en son for intérieur, il pensait sa plaie. Mais d'une manière générale, Mr Black ne parlait ni de son épouse, ni de ses fils. Il répondait froidement aux questions et détournait aussitôt la conversation. Parce que le sujet l'importunait. Parce que, bien souvent, il ne connaissait pas la réponse. Quel âge avait maintenant Sirius ? Laissez-le compter. Où partait Walburga pour les vacances ? Laissez-le réfléchir. Quelle était la matière de prédilection de Regulus ? Comment, par Merlin, pouvait-il le savoir ?

Mr Black était père. De toute évidence. Il avait une famille, cela était manifeste. Mais jamais, au grand jamais, il ne se serait considéré comme un père de famille.

Orion Black n'avait jamais été qu'une figure distante dans l'enfance de Sirius. Un regard que rien n'attirait, ni le dessin le plus appliqué, ni la colère la plus explosive. Il fuyait tout contact, se dérobait quand un de ses fils tentait de l'étreindre. Un jour, alors que les deux frères se laissaient glisser sur le pavé gelé dans la cour intérieure de la maison, l'un d'eux (Sirius ne se souvenait pas s'il s'agissait de lui ou de Regulus) avait perdu l'équilibre et violemment heurté le sol. Leur père, à portée de sort, à portée de main même, n'avait pas esquissé un mouvement pour prévenir la chute, pour redresser son fils, le remettre d'aplomb, empêcher la douleur. Il était resté raide, impassible. Une statue. L'enfant, le genou écorché, la main abîmée, avait tenté d'émouvoir son père par des pleurs. Le père avait déclaré que les larmes n'étaient d'aucune utilité, qu'il fallait se relever, laver cette plaie, réparer ce pantalon déchiré et que tout cela lui servirait de leçon. Et il avait tourné les talons. Tout était toujours sujet à leçon pour le père de Sirius. Mais il n'était jamais celui qui les délivrait. Fallait se débrouiller avec sa douleur au genou et son trou au cœur.
Orion Black n'était pas un père. Il était l'homme assis dans le fauteuil de la bibliothèque, absorbé pars son livre et veillé jalousement par le monsbre. Il partait en promenade tôt le matin, canne sous le bras ; il revenait tard le soir, canne à la main. Il était l'homme qu'on ne voit jamais arriver, mais qu'on entend s'en aller. Sirius associerait probablement toute sa vie son père au bruit métallique que sa canne imprégnait dans le marbre du hall d'entrée, dans les pavés disjoints de la chaussée. Pour un homme qui clamait son attachement aux racines de sa famille, Orion Black n'avait jamais de cesse d'en fuir le foyer.

Mr Black s'était marié parce que c'était ce qui se faisait, ce qui était attendu du futur chef de famille. Et puis il fallait bien mettre fin aux rendez-vous arrangés par Mère, Lucretia, tantes Agnes et Mary. Même Père avait rejoint les rangs des entremetteuses. Comme les dragonneaux prennent le premier être qu'ils voient pour leur mère, Mr Black avait fait de la première femme qu'il avait vue Mrs Black. Mr Black avait pris femme, comme certains prennent les armes : ignorant, résigné, écrasé par le devoir et un sens inapproprié de l'honneur.
Walburga Black était de bonne famille, cela était certain. Elle était riche ou le serait bien assez tôt. Les années la pressaient à trouver un époux mais son exigence (qu'elle appelait fierté) lui interdisait de prendre quelqu'un qui ne fût pas Black. Puisqu'elle ne pouvait pas épouser son frère, elle avait arrêté son choix sur son cousin. Elle avait étalé tous ses charmes à la vue de Mr Black. Elle lui avait fait de l'œil, du pied, du genou… Elle lui aurait fait tout ce qui était anatomiquement possible.
Mr Black savait que son épouse avait quelques attraits car on lui en faisait régulièrement compliment. Mais quand il l'observait, il ne voyait jamais qu'un nez un peu trop long au milieu d'un visage trop maigre. Elle avait le menton pointu qui partait en avant, les mâchoires anguleuses. Elle était grande et maigre et n'était faite que d'os. D'immenses os durs et saillants. Elle n'avait pas de chair, pas de rondeurs pour les camoufler et les adoucir. Ses yeux étaient deux morceaux de granit, sa bouche deux lèvres pâles qu'elle ne se souciait jamais de rehausser de rouge. Elle avait la démarche aristocratique, disait-on, hautaine pensait-il. On la trouvait raffinée, il la jugeait capricieuse. On la complimentait sur le bon goût de ses toilettes, de son intérieur, on vantait son esprit. Elle était accomplie disait-on. Mr Black cherchait en quoi. Elle était une piètre sorcière, très mauvaise politicienne (comment pouvait-elle s'intéresser à ce grossièrement nommé Voldemort ?), mauvaise lectrice, catastrophique conteuse. Elle n'était pas une bonne mère non plus, mais comme Mr Black endossait très mal l'habit de père, sur ce sujet, il se révélait plutôt magnanime envers son épouse.

Walburga Black avait été une mauvaise mère ; de cela, Sirius était certain. L'avait-elle été par plaisir ou par défaillance, cela, en revanche, il n'en savait rien. Même Regulus, qui avait été ostensiblement préféré à son aîné, n'avait pas été correctement aimé.
Walburga n'avait pas nourri ses enfants au sein, elle était trop sèche. Elle ne les avait jamais serrés dans ses bras osseux, elle aurait pu les blesser. Elle ne leur avait jamais appris à tenir correctement leurs cuillers, elle craignait d'être tachée. Elle ne les veillait pas quand ils étaient fiévreux, voulaient-ils qu'elle soit malade également ? Le soir, elle ne leur racontait pas d'histoires, elle avait trop mal à la gorge de leur avoir crié dessus toute la journée. Elle ne chassait pas les fantômes, les goules, les trolls imaginaires qui vivaient sous les lits et dans les placards, fallait qu'ils apprennent à différencier le délire et la réalité. Les monstres réels, ceux-là fallait apprendre à s'en défaire seul. Les bobos n'étaient jamais soignés avec des bisous magiques mais à l'alcool qui pique. Les maux de ventre calmés à l'huile de foie de morue. On baissait le chauffage pour apprendre à s'endurcir. On apprenait à lire dans de vieux grimoires aux mots tordus et archaïques qui racontaient la vie de puissants et sombres ancêtres. L'épopée d'Arthur, de Siegfried, de Jason, c'était pour le commun attardé. On désobéissait, on était corrigé. Et l'on désobéissait souvent, car personne n'avait jamais pris la peine ou même juste le temps d'expliquer les règles aux enfants. Avec le temps, les deux frères avaient développé des stratégies différentes et en parfaite opposition. Regulus était dans l'évitement. Il décryptait le comportement maternel, composait avec ses humeurs. Sirius était, bien évidemment, dans l'opposition. Il cherchait l'affrontement, trouvait les colères et les hurlements. Sirius était persuadé que dans les veines de sa mère coulait le sang des Furies.
Il y avait pourtant un endroit où Walburga la Furieuse s'apaisait. C'était dans l'enceinte de son jardin d'intérieur. Walburga Black avait la main verte et était une herboriste réputée. De tout Londres, les sorciers du Grand Monde venaient réclamer des graines, des pousses, des feuilles. Walburga, indigne mère, pleine de fureur et de rancœur, se faisait patiente et douce pour ses très chères plantes. Elle leur parlait, leur murmurait des mots tendres, les encourageaient. Elle savait les écouter et les comprendre. Elle les protégeait des agressions extérieures, prévenait tout danger, renforçait les défenses. Elle pouvait rester des heures, debout ou courbée en deux, sans se plaindre. La terre maculait ses robes, la sève poisseuse s'incrustait sous ses ongles, des feuilles et des graines se perdaient dans sa chevelure, mais que lui importait ? Car les fleurs s'épanouissaient, les senteurs s'élevaient le long des murs de verre. Les épines étaient fermes, les racines noueuses, les graines prometteuses. Et alors Mrs Black, avec le sentiment du devoir accompli, se laissait tomber dans un fauteuil, une tasse de thé dans sa main gantée et soupirait d'aise.
Sirius avait longtemps songé – songé et non rêvé – à mettre le feu au jardin de sa mère. Il ne l'avait jamais fait. Ce n'était pas parce qu'il avait peur des représailles. Le plan était monté, il connaissait le sort pour embraser toutes ces plantes qu'il avait en horreur et qu'au fond il enviait. Il avait même commencé le geste. Et le bras lui était retombé le long du corps. Il avait réalisé que s'il faisait ça, il deviendrait comme elle. Le lendemain, il claquait la porte.

Aujourd'hui, le jardin maternel était une jungle étrange. Les plantes s'étaient échappées des pots et couraient sur le sol, grimpaient le long de la charpente de fer, gagnaient le plafond, avalaient toute la lumière. C'était la loi du plus fort, du plus vorace, du plus coriace. Certaines espèces avaient disparu. Les fragiles Cages à Fées avaient été avalées par le phytophage Escabilus Protibus. La Magie Noire s'était infiltrée et avait imprégné les plantes, les changeant en monstres. C'est maintenant qu'il aurait tout fallu brûler. Mrs Weasley s'en chargerait sûrement.

Sirius, le coffre dans les bras, gravit les escaliers en silence. Les jumeaux Weasley s'émerveillaient du fait que Sirius pouvait se déplacer sans faire le moindre bruit. Jamais une planche ne grinçait sous ses pieds, les portes ne couinaient pas quand il les poussait, les poignées ne grinçaient pas quand il les actionnait. Les portraits, le monsbre et même la goule se taisaient sur son passage.

Au second étage, Sirius s'arrêta devant la porte de la chambre où dormaient Harry et Ron. Il posa la main sur la poignée mais renonça à pousser la porte. Qu'importe qui y dormait, pour Sirius, cette chambre serait à jamais celle de son père. Et on n'entrait pas dans la chambre de Mr Black. Jamais ni Sirius, ni Regulus n'avaient mis un pied dans la chambre paternelle. L'accès leur en était verbalement et magiquement défendu.
Et aussi loin que Sirius se souvienne, ses parents avaient fait chambre à part. Regulus avait un jour fait remarquer à son grand frère qu'on n'avait jamais non plus vu leur mère pénétrer dans la chambre de leur père. Si Sirius et Regulus n'avaient pas ressemblé à leur père, il aurait été légitime de se poser quelques sérieuses questions sur l'identité réelle du géniteur des deux fils de Walburga.

Mr et Mrs Black n'avaient jamais de gestes ou de mots tendres l'un pour l'autre. Ils ne se disputaient pas non plus. Ils ne se parlaient en fait guère. Le strict minimum. Demain, nous sommes invités chez les Malfoy. N'oublie pas que c'est bientôt l'anniversaire de ta mère. La voisine te souhaite le bonjour. Je serai absent une semaine. Ils vivaient dans le même espace, sans jamais se toucher.

Peut-être que l'un avait une liaison, songeait Sirius.

Ni l'un, ni l'autre n'avait de liaison. Mrs Black par principe ; Mr Black par indifférence.
Au grand dam de son épouse, Mr Black n'était pas intéressé par les choses de l'amour, d'où qu'elles proviennent, quelle que soit la personne qui les lui présente.

Très tôt, Mr Black avait su que l'amour, ce n'était pas pour lui. L'emballement du palpitant ne lui évoquait que mépris, la vision d'un corps nu le rebutait, le contact de la chair le répugnait. Les regards brûlants le laissaient froid, les lèvres entrouvertes lui faisaient froncer les sourcils. Beau ou fort, le sexe l'écœurait. L'amour l'incommodait.
Mr Black n'avait jamais passé que trois nuits avec son épouse. La première avait servi à sceller le contrat de mariage. Il avait été très chagriné d'apprendre qu'il ne s'en était pas suivi une grossesse. Il n'était, il est vrai, pas très expert dans ces choses-là. Les fois suivantes, il était plus savant et il était prêt. Il avait calculé, mélangé quelques potions au bouillon de son épouse. Deux visites nocturnes, deux grossesses. Mrs Black avait accouché à chaque fois d'un enfant mâle. Deux héritiers, cela suffisait amplement à Mr Black. Beaucoup moins à son épouse. Mais il faudrait bien qu'elle en prenne son parti. Elle l'avait pris. Dans la rage et la rancune.

Les sorts s'étaient probablement étiolés depuis le temps. Si Sirius avait voulu pousser la porte… Mais il ne voulait pas. De toute manière, ce n'était pas cette porte, pas cette pièce qui l'intéressait, mais celle juste à côté. Celle-là n'était gardée par aucun sort. Les garçons Black étaient même invités à s'y rendre aussi souvent qu'ils le désiraient. Tant qu'ils faisaient attention. C'était dans cette pièce qu'aurait dû être le coffre et c'était dans cette pièce que Sirius allait l'y remettre.

Mr Black organisait son temps autour de quatre activités qui occupaient toutes ses journées. Le matin, il se levait tôt, quand la maison était encore assoupie. Il descendait les escaliers, chaussé, vêtu et les cheveux encore humides de ses ablutions matinales. Il prenait son petit déjeuner en lisant le Daily Prophet, puis enchaînait sur le Times. Il était sorcier jusqu'au bout des ongles, le Moldu ne l'intéressait donc guère, il le répugnait même. Mais Sorciers et Moldus partageaient des espaces, grands personnages, qui, certes, pour les moldus étaient fictions et pour les sorciers Histoire. Ils avaient le même ciel au-dessus de la tête et la même terre en dessous de leurs pieds. Il était donc important de savoir ce qui se passait chez les Moldus, car il y avait toujours risque de collisions, d'interpénétrations. Le proverbial effet papillon. De plus, les Moldus n'étaient pas stupides, ils étaient juste aveugles et sourds. Ils étaient nombreux, armés et donc dangereux. Il fallait s'en méfier, les surveiller.
Quand il commençait à entendre que la maison s'éveillait, Mr Black revêtait sa veste, enfilait son manteau et sortait. Qu'il pleuve, vente, neige, Mr Black exécutait sa promenade matinale. Il se couvrait juste davantage.

Sirius se souvenait de son père comme d'un sorcier élégant. La cape faisait le sorcier avait l'habitude de dire ce dernier. Même s'il portait finalement assez peu de cape. Il préférait le manteau. Noir, cintré et long. Toujours rasé de près, l'habit impeccable, la coupe faite sur mesure, ajustée au millimètre. Sirius se souvenait de vêtements étroits qui gênaient les mouvements. Des chemises raides d'être trop amidonnées, des gilets qui tenaient presque du corset. Comment son père qui était un marcheur pouvait le supporter, Sirius l'ignorait. La coquetterie fait supporter bien des inconforts.
Sirius se souvenait particulièrement d'une large ceinture, presque un ceinturon, en cuir que son père ne manquait jamais de porter et à laquelle pendait sa baguette. C'était un ouvrage minutieux, discret, raffiné. Pas de pierreries clinquantes, pas de dorures extravagantes, mais un travail de gravure soigneux. Regulus avait toujours clamé que si Sirius devenait maître du coffre, il ne serait que justice qu'il hérite de la ceinture.

Qu'était devenue la ceinture de leur père ? Était-elle dans un placard de la chambre où il refusait d'entrer ? Sa mère l'avait-elle brûlée ? Orion Black avait-il été enterré avec ? Sirius se retrouvait avec le coffre sur les bras et Regulus n'aurait jamais la ceinture.

Si Mr Black confinait tout son corps dans un carcan de tissu et de cuir, il prenait grand soin à ne jamais porter aucun couvre-chef. Mr Black, sorcier exigeant et pointilleux, sortait et se promenait tête nue. Même si cela emmêlait ses cheveux noirs qui étaient d'ailleurs toujours un peu trop longs. Un peu plus long que la mode et la bonne société ne l'auraient voulu. Chaque matin, l'elfe qui s'occupait de raser Mr Black demandait si monsieur voulait également qu'on lui rafraîchisse la nuque, la frange, mais monsieur ne voulait pas. Jamais.

Aucun couvre-chef, mais une canne tout de même. Plus qu'un accessoire vestimentaire, il s'agissait pour Mr Black d'un outil indispensable, car le sorcier quoique jeune était affublé d'un léger boitillement qui pouvait s'accentuer et devenir claudication, quand ce dernier était fatigué ou qu'il avait beaucoup marché. Mrs Black lui disait de se ménager, d'être raisonnable et de ne pas courir les rues. Mr Black refusait de se montrer raisonnable. Qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige, il sortait et se promenait.

Sirius n'avait jamais su ce qui causait ce handicap, mais il n'avait connu son père que boitant. Regulus s'en était d'ailleurs toujours plus inquiété que lui. Tu crois qu'il s'est fait ça à la guerre ? Tu crois que c'est un loup-garou qui l'a mordu ? Tu crois que c'est une malformation ? Sirius était prêt à croire à tout. Une fois, Regulus avait demandé à l'elfe de Maison affecté au service de leur père. L'elfe s'était immédiatement frappé le front contre le mur avec une violence peu commune, même pour un Elfe de Maison. Et cela avait tellement impressionné le jeune Regulus, qu'il n'avait plus jamais osé poser aucune espèce de question. Il évitait même le sujet avec Sirius.

Mordu par un hippogriffe était la version officielle.

Mr Black prenait des chemins variés, parfois courts, d'autres fois franchement détournés, mais ses pas finissaient toujours par le conduire au Conservare-Club. Il y passait la journée, probablement occupé à jouer, fumer, converser, lire et écrire. Mr Black écrivait beaucoup, toujours dans un petit carnet noir qui ne le quittait jamais. Ça le prenait soudain, au milieu d'une conversation ou d'un repas, au cours d'une promenade. Probablement au milieu d'une partie échec, d'un bain ou d'une sieste. Une idée qui fusait et qu'il fallait se dépêcher de saisir avant qu'elle ne se dissipe. Et cela même s'il fallait lâcher le volant de la voiture ! « Sirius, attrape le volant, avait marmonné Mr Black en palpant sa veste à la recherche de son carnet, j'ai une idée. » Sirius n'avait pas immédiatement compris ce qui était en train de se passer et ils avaient manqué de percuter un arrêt de bus. Regulus et Mrs Black, à l'arrière, avaient hurlé. Sirius s'était cramponné au volant et avait tiré de toutes ses forces. Mr Black était resté imperturbable, tout à la phrase qu'il était en train de griffonner frénétiquement.

Sirius sourit. Et réalisa que c'était la première fois qu'un souvenir de son père le faisait sourire. Et cela le rendit triste. Retour à la normale. Il inspira, appuya sur la poignée et poussa la porte. Pour lui, c'était facile d'ouvrir cette porte, Mrs Weasley et ses gamins auraient un peu plus de mal. Et ça, ça le fit à nouveau sourire.

De l'autre côté de la porte, il y avait la quatrième passion, la quatrième activité de Mr Black. C'était une activité qui se transmettait de Black en Black, mais le père de Sirius, avait poussé bien plus loin cette activité. Il en avait fait un véritable sacerdoce.

La famille Black aimait posséder, adorait collectionner et plus c'était rare et vieux et plus elle trépignait de plaisir. Elle collectionnait les grimoires, les balais, les pattes de Trolls, les recettes de tourtes aux champignons, les globes de neige (oui, cela existait aussi dans le monde sorcier), les jeux d'échecs… La branche principale s'était spécialisée dans la baguette. La baguette qui avait appartenu à un sorcier célèbre, la baguette qui avait tué un sorcier célèbre, la baguette qui avait été conçue par un sorcier célèbre, pour une occasion particulière, à partir d'un élément incongru, la baguette dont l'histoire était rocambolesque… Pour ceux qui avaient précédé Orion Black dans cette quête de la baguette unique, cela n'avait été qu'un passe-temps, qui octroyait quelques moments de gloire et de respect en bonne société. Pour Orion Black, cela avait été une quête acharnée. Il pistait les baguettes, les authentifiait, les restaurait. Il leur donnait un statut et un rang dans sa collection. Quand il n'arrivait pas à dormir, on l'entendait, la jambe traînante, gagner son bureau qui lui servait à exposer les pièces importantes de sa collection et à stocker ses archives.

Le bureau de Mr Black était la pièce attenante à sa chambre. C'était la pièce au milieu de laquelle se tenait Sirius. Il tournait sur lui-même, stupéfait par le spectacle qui s'offrait à lui. Des baguettes partout, des baguettes sous verre, étiquetées, légendées. Jusqu'au plafond, qui était pourtant haut. Il y en avait beaucoup plus que dans le souvenir de Sirius. Au moins le double. Comment son père avait-il pu ainsi accroître sa collection ? En si peu de temps ? Il s'approcha des établis. Il en reconnaissait certaines, souriait quand il en découvrait une que son père avait rêvé de retrouver un jour. Il arriva jusqu'au bureau.
Sirius posa le coffre sur le meuble, tira le fauteuil, deux araignées détalèrent et il prit place. Devant lui, il y avait un épais registre relié de cuir noir et incrusté du sceau familial. L'inventaire de son père. Sirius l'ouvrit, doucement, précautionneusement. Comme s'il craignait que quelque chose ne s'en échappe. Ou que l'ouvrage tombe en poussière. Rien ne s'échappa, rien ne retourna à la poussière. Ce n'était pas qu'un inventaire, c'était un journal de bord, un manuel d'instruction. Comment entretenir telle baguette et comment manipuler telle autre. Il y avait parfois des détails sur la traque, des remarques sur les précédents propriétaires. Au fur et à mesure des pages, l'écriture se faisait plus heurtée, malaisée, elle devenait difficile à déchiffrer. Sirius ne reconnaissait plus l'écriture de son père. Il accéléra son parcours du manuscrit, jusqu'à la dernière page. Jusqu'aux derniers mots.

15 Décembre 1979,
N'ai toujours pas retrouvé la trace des baguettes amoureuses du Démonéros. Ai enfin une piste pour la Relique. Trop tard. Collection restera incomplète.

Le père de Sirius mourait le lendemain.

Sirius ne savait pas exactement de quoi était mort son père. Regulus avait voulu lui en parler, mais Sirius n'avait pas écouté.
Orion Arcturus Black, chef de la famille Black, est décédé des suites d'une longue maladie. Il laisse une veuve et un fils éplorés, annonçait le Daily Prophet. Sirius avait ri à la lecture de ce faire-part, parce qu'il était loin d'être éploré et qu'il était plus que certain que l'épouse ne l'était guère davantage. Sirius n'était pas allé à l'enterrement. Pour quoi faire ? On l'avait banni.
Mais il était allé sur la tombe. Traîné, tiré, poussé par James. Il y était resté quelques secondes, le temps de dire : "Hey, Père. Paraît que vous êtes retourné à la Terre. Ciao." Lily lui avait flanqué une claque derrière la tête et intimé de se montrer plus respectueux. Il lui avait répliqué peu aimablement qu'il n'avait eu aucun respect pour cet homme de son vivant, que ce n'était pas maintenant qu'il était un cadavre que ça allait changer. James lui avait dit de ne pas parler ainsi à Lily, Lily avait dit qu'elle n'avait pas besoin de James pour se défendre. Et ils s'étaient chamaillés au-dessus de la tombe glacée du père de Sirius. Sirius s'était éloigné de quelques pas, jusqu'à la tombe voisine. C'était celle de Regulus.

Regulus Arcturus Black
10 mars 1961 – 19 juin 1979
Disparu trop tôt.
Il laisse dans la douleur un père et une mère dévastés.

Sirius avait songé à sa mère qui avait perdu en quelques mois son fils chéri, son petit frère préféré et son époux toléré. 1979, décidément pas l'année des Black. Mrs Black allait dorénavant vivre seule dans sa vénérable demeure. Sirius n'avait ressenti aucune compassion pour elle. Il s'était agenouillé devant la tombe de son frère, les yeux fixés sur l'inscription. Il avait levé sa baguette. Et tandis que plus loin, James et Lily se réconciliaient contre la pierre tombale de son père, Sirius avait ajouté une mention sur celle de son frère.

Et un frère éploré.

Sirius referma le registre. De la poussière s'éleva dans les airs, lui chatouilla les narines, lui piqua les yeux. Il laissa les secondes s'écouler, se changer en minutes. Le dos appuyé contre le dossier rebondi du fauteuil, la tête posée contre le montant en bois et les jambes tendues. La maison était calme. Ce serait bientôt le Nouvel An. Mr Weasey avait emmené toute sa smala en promenade dans le monde moldu. L'illumination des rues, les passants pressés, les vitrines surchargées, les vendeurs à la sauvette et les grands sapins décorés…

Sirius se leva finalement, presque sur un coup de tête. Prestement, il s'empara du coffre, traversa la pièce, jusque dans un coin plongé dans la pénombre.

« Lumos »

Des bougies s'allumèrent et dévoilèrent un guéridon vide. Encadré par deux statues de sorciers peu avenants et largement éclairé, le petit meuble nu était clairement mis à l'honneur. Sirius épousseta le guéridon du plat de la main et déposa le coffre. Peut-être était-ce une illusion, un effet de son imagination, mais il sembla à Sirius que les expressions grimaçantes de statues s'adoucirent. Le coffre avait retrouvé sa place. Sirius inspira profondément et, d'une main sûre, souleva le couvercle. Pas besoin de dire un mot de passe, pas besoin de faire jouer quelques mécanismes. La lumière s'intensifia pour permettre à Sirius de mieux voir le contenu. Les baguettes de tous les Black.

Sirius plongea la main dans le coffre et en retira une baguette au hasard. Sur le manche, juste en dessous du sceau des Black, était gravé le nom du propriétaire de la baguette. Des propriétaires, en l'occurrence.

Elladora Black,
Lycoris Black,
Regulus A. Black.

Evidemment.

Quand les jeunes Black étaient en âge de recevoir une baguette, il était coutume de puiser dans la collection familiale. Cela avait été le cas pour Regulus. Sirius avait dû en revanche acquérir une baguette neuve. Aucune baguette ancestrale n'avait voulu de lui. Ou le contraire. Une autre preuve s'il était nécessaire qu'il était le mouton noir de la famille. Sans mauvais jeu de mots.

Sirius plongea de nouveau la main dans le coffre, il en tira une autre baguette.

Cygnus Black.
Cygnus II Black.

A se demander si ça n'avait pas été fait exprès.

Sirius sortit d'autres baguettes, toutes marquées du sceau familial. Il lisait les noms sur les manches et tentait de replacer les propriétaires dans l'arbre généalogique familial. Parfois, il doutait, se demandait, voire devait avouer franchement qu'il n'avait aucune idée de qui étaient les gus. Il n'avait pas besoin de toutes les sortir, de toutes les voir, que lui importait ? Et pourtant, il continuait. Cela était peut-être dû au fait que chaque fois qu'il mettait la main dans le coffre, ses doigts touchaient une baguette qui lui échappait. A chaque fois. Sirius n'était pas loin de penser que la baguette fuyait son contact et cela l'intriguait, alors il sortait les baguettes les unes après les autres, jusqu'à ce qu'il y en ait plus.
Le coffre, comme cela était attendu, avait une contenance bien supérieure à ce qu'il semblait laisser penser, mais Sirius finit par en voir le fond. Il ne restait que la timide baguette. La baguette anguille. Sirius tapota le fond du coffre comme on le fait pour un petit chat. « Allez viens, ma jolie. Je ne te veux pas de mal. Approche ma toute belle », susurrait-il. A force de cajoleries, de gestes lents, elle finit par rouler jusque dans sa paume. Sirius, avec prudence, sortit la baguette. Il avait raison de se montrer précautionneux, la baguette était brisée. Elle avait été réparée avec de la ficelle, mais Sirius la sentait tout de même fragile. Et c'est alors qu'il la reconnut.
C'était sa baguette. Sa première baguette. Celle qu'il avait fallu acheter chez Ollivander car aucune baguette de la famille ne voulait de lui (ou inversement, avait dit Ollivander). Celle qu'il avait brisée avant de claquer la porte. Parce que même si ce n'était pas une baguette héritée d'un ascendant, c'était une baguette de Black. Il y avait le sceau gravé dans la poignée pour le prouver. Il y avait eu la dispute au sujet de Voldemort, de ses idées. Sirius avait crié qu'il avait honte, honte de sa famille, honte d'être un Black. Sa mère avait vociféré qu'il devrait surtout avoir honte de tenir de pareils propos, qu'il n'était pas digne d'être un Black. Sirius avait attrapé le Souafle au vol, renvoyé le Cognard à l'envoyeur. Puisqu'il n'en était pas digne et bien autant considérer qu'il n'était plus un Black. Il avait brisé sa baguette, quitté la pièce, quitté le 12 Grimmauld Place, claqué la porte des Black.

Il n'était plus un Black. Il était parti.

Son nom avait été brûlé, annihilé. Un trou dans la tapisserie.

Il n'était plus un Black et pourtant son père avait ramassé les deux morceaux de sa baguette, essayé de la réparer et l'avait mise dans le coffre, avec les autres baguettes de la famille. Comme si Sirius était un Black. Toujours. Malgré tout.

Il ne comprenait pas…

Mr Black n'était pas intervenu dans la querelle qui avait éclaté entre son épouse et son fils aîné, parce qu'il n'était pas tout à fait sûr de savoir ce que son devoir lui commandait de faire. S'il intervenait, il faudrait qu'il prenne part, qu'il donne raison à l'un et tort à l'autre. Et que fallait-il faire ? Qui devait-il soutenir ? Comme il ne le savait pas, il n'était pas intervenu. Et puis son fils, toujours prompt à prendre des décisions à brûle pourpoint, avait brisé sa baguette et était parti. Son épouse avait fait une crise de nerfs, son plus jeune fils avait dévalé les escaliers, manqué de se rompre le cou dans sa cavalcade, les sorciers des portraits étaient hystériques, les Elfes couraient partout. Au milieu de cette cacophonie générale, Orion Black, impavide, contemplait les deux morceaux de la baguette qui avait atterri sous la table basse. Une lueur rouge émanait du bois sectionné. Les morceaux roulaient l'un vers l'autre, tentant maladroitement de se reconstituer. Mr Black se leva difficilement : la maladie gagnait du terrain. S'agenouiller fut encore plus difficile, plus douloureux, mais il parvint à ramasser la baguette brisée. Doucement, précautionneusement, tendrement presque, il l'emporta jusque dans son bureau. Il ne fit pas vraiment attention au regard que lui lança son benjamin quand il le doubla dans l'escalier. Ne tenta pas de l'interpréter.
Mr Black essaya de réparer la baguette de son aîné. Il essaya longtemps. Il essaya avec beaucoup de baguettes, réputées puissantes. Mais jamais n'y parvenait. Il était intimement persuadé que s'il voulait reconstituer la baguette, il lui fallait le Bâton du Destin. Alors il traquait avec acharnement la Relique. Il se battait contre le temps, parce que le mal qui lui dévorait les entrailles gagnait du terrain.

La maladie qui avait pris son temps pour lui ronger la jambe droite, semblait décider à ne plus traîner. En quelques mois, elle remonta le long du mollet, passa par-dessus le genou, dévora la cuisse, escalada la colonne vertébrale, descendit par l'épaule, emprisonna le bras, l'avant-bras, se délecta de la main. En quelques mois, la paralysie du côté droit fut totale. « La prochaine étape, c'est l'œil », dit le Médicomage. Avant de passer au côté gauche. Et du côté gauche, il y avait le cœur.

Un après-midi, alors qu'il était penché sur son registre, Mr Black ne parvint plus à lire ce qu'il écrivait. « La lumière décline, se dit-il. Il est temps d'allumer les bougies. » Le chandelier s'illumina, mais l'obscurité n'avait pas diminué pour autant.

Ce soir-là, quand le Médicomage vint faire son injection à Mr Black, il quadrupla la dose. Mr Black ne se réveilla pas le lendemain.

Onyxiasis.

Une maladie héréditaire dont était atteinte la famille Black. Trop de consanguinité avait dit le Médicomage.

– Votre sang s'appauvrit, il se fige, littéralement, dans vos veines. Il va falloir le renouveler si vous ne voulez pas dépérir.
– Mon fils aîné dit que notre famille est pourrie jusqu'à la racine, que notre sang est du poison. Il n'a probablement jamais eu autant raison.

Onyxiasis. Aussi appelé le Mal de Méduse. Une maladie qui enferme progressivement le sorcier dans un second squelette d'onyx. La chair, les muscles, les tendons, les articulations, jusqu'à la peau se changent peu à peu en pierre noire, dure, morte. La maladie se déclare vers l'adolescence. Mais elle est sournoise, furtive, discrète. On peut en déceler les signes : des raideurs dans les articulations, des crispations dans les muscles. Mais généralement, ils passent inaperçus et ne sont reconnus pour ce qu'ils sont que trop tard. Mr Black avait tenté de combattre le mal qui le condamnait à l'immobilisme en ne cessant jamais de bouger, en marchant, en forçant ses muscles, ses articulations à fonctionner. Il y avait des crises et des accalmies. Puis les accalmies avaient été de plus en plus rares, jusqu'à disparition totale. Mr Black avait surveillé ses fils, guetté les signes qui trahiraient la présence du mal, tapi au fond de leurs entrailles. Mais son aîné était parti et son benjamin était mort.

Sirius était assis devant la porte aux deux diables. Il se faisait un peu l'effet d'un petit garçon qui se réfugie dans sa cabane quand le monde des adultes le brusque, le blesse, ne fait plus sens, se dérobe sous ses pieds. Phineas, dans son cadre, soupirait bruyamment.

« Quoi qu'on en dise, gamin, tout n'est jamais ou blanc ou noir. Même dans notre famille. »

Sirius ne dit rien. Il fixait les diables, le poing serré sur sa baguette brisée.


Fin de l'épisode


Note 3 : La maladie dite de « l'homme de pierre » est une maladie orpheline réelle. Son petit nom scientifique est Fibrodysplasie Ossifiante Progressive (FOP). Elle se déclare entre l'âge de 2 et 5 ans et enferme progressivement le corps humain dans un second squelette. Les muscles et les tissus se transforment en plaques osseuses, les articulations cessent de fonctionner, et le malade se trouve rapidement dans l'incapacité de se mouvoir. (source). J'ai adapté cette maladie au monde sorcier.