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Quand Ianto ouvrit les yeux, son premier réflexe fut de chercher le corps de son amant près de lui. Depuis la mort d'Owen et de Tosh il n'était pas rare que Jack exige que le gallois reste auprès de lui alors qu'il aurait dû rentrer à son appartement.

Au fil des nuits l'un et l'autre avaient pris l'habitude de veiller le sommeil de leur compagnon. Torchwood n'était pas tendre avec l'esprit de ses membres. Ils passaient leurs journées à courir après les pires horreurs de l'univers, ça ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences. Ils étaient tous deux sujets à de violents cauchemars qui les laissaient hors d'haleines et les yeux fous d'angoisse à leur réveil. On ne refusait pas dans ces moments-là d'avoir un regard tendre auquel s'accrocher, une étreinte dans laquelle trouver refuge.

Owen et Tosh avaient été les deux morts de trop. Elles les avaient poussé dans les bras l'un de l'autre plus surement qu'aucune déclaration d'amour enflammée n'aurait pu le faire. A deux ils survivaient. Et ils vivaient de temps en temps, lorsque la faille leur laissait un instant de répit, à se perdre contre le corps de l'autre, dans son odeur et la douceur de ses bras.

A deux ils étaient parvenus à construire un nouvel équilibre dans leur vie. Souvent précaire et risquant de s'affaisser à la moindre occasion, mais au moins pouvaient-ils compter l'un sur l'autre. Gwen avait Rhys pour lui maintenir la tête hors de l'eau. Jack avait Ianto. Et Ianto avait Jack.

Oui, à deux ils s'en sortiraient sûrement.

Mais Ianto savait qu'il ne suffisait pas à Jack, que l'immortel ne souffrait pas uniquement de la perte de leurs deux amis. Il y avait autre chose, quelque chose de plus profond dont il ne parlait pas. Et dont il ne lui parlerait probablement jamais.

Alors quand la main de Ianto ne rencontra que les draps froids près de lui, il ne s'en affola pas plus que ça. Souvent Jack ressentait le besoin de s'isoler du monde. Il montait alors sur les toits de Cardiff et contemplait le ciel pendant des heures. Dans ces moments, personne ne semblait pouvoir l'atteindre. Pas même Ianto.

Par acquis de conscience, le gallois ouvrit tout de même un œil.

Aussitôt il se redressa dans le lit. Un lit qui n'était ni le sien, ni celui de Jack. Et la chambre tout comme le lit, lui était parfaitement inconnue. Il n'avait strictement aucune idée de là où il se trouvait.

Il s'extirpa des draps rapidement. Son regard tomba sur une pile de vêtements pliés et déposés sur la commode. Il s'en saisit et enfila rapidement le pantalon et la chemise sans jamais cesser de jeter des regards tout autour de lui. Il fronça les sourcils en ne trouvant qu'une paire de tongue à se mettre au pied. Détail inutile qui l'interloqua pourtant toute une seconde. Il les chaussa avec le plus grand des scepticismes, avant que son esprit ne se recentre sur des problèmes plus importants.

Où avait-il bien pu atterrir et surtout comment ?!

Il ne se rappelait même pas d'être allé se coucher. La dernière chose dont il se souvenait c'était…

Oh merde… les 456. Et le gaz… Le gaz qui l'avait…tué.

Ou pas, visiblement.

Qu'est-ce qui avait encore bien pu se passer Bon Dieu !

Avide de réponses il se précipita vers la porte en priant intérieurement pour qu'elle ne soit pas verrouillée. Heureusement non. A première vue il ne semblait pas être prisonnier. Ceci étant il aurait donné cher pour avoir une arme sous la main.

Il devait retrouver Jack et découvrir ce qui leur été arrivé à tous les deux.

Conscient de sa vulnérabilité Ianto suivit le couloir. Ses pieds nus sur le sol froid le firent frissonner. Son environnement lui était totalement inconnu

Ianto continua à marcher. L'éclairage se fit plus intense et un son étrange parvint à ses oreilles. Il n'arrivait pas à le décrire. Jamais il n'avait entendu ce genre de bruit. Une sorte de respiration… mais ça n'était pas tout à fait ça. Il peinait à mettre un mot dessus. Il aurait probablement dut se sentir inquiet ou même anxieux de cette ignorance. Il n'éprouvait pourtant qu'une étrange impression d'être parfaitement en sécurité, protégé. Ce son était… reposant. C'était le genre de sentiments qu'il avait quand Jack le prenait dans ses bras ou qu'il se mettait à lui raconter des histoires de son passé.

Il adorait ces moments où Jack se confiait à lui. Il avait l'impression de réellement compter pour lui, de ne pas être qu'un amant de passage, un amour éphémère qu'il oublierait avec le temps…Quand l'immortel l'attirait contre lui, caressait son dos ou son visage et lui parlait, il se sentait tellement…important.

Le capitaine parlait doucement, presque dans un murmure. Il lui racontait ses vies passées, les choses qu'il avait vue, les personnes qu'il avait connu. Ses histoires n'étaient jamais tristes. Comme il cherchait à échapper aux mauvais souvenirs, comme s'il ne voulait que se rappeler des bons moments. Ianto ne pouvait pas lui en vouloir. Même s'il aurait aimé connaître tout du passé de Jack, il savait que son amant ne lui en dirait jamais assez

Il arriva finalement dans une grande pièce, encore plus étrange que tout le reste. Des escaliers dans tous les coins qui montaient et descendaient, des néons vert et une lumières orangée, qui se reflétait sur les murs dorés. Au centre, une espèce d'îlot déposé sur un sol de verre. Une sorte de machine, avec un tableau de bord agrémenté de commandes en tous genres, des manettes, de gros boutons multicolores qui vous donnaient envie d'appuyer sur tous en même temps, rien que pour voir ce que ça pourrait avoir comme effet.

Attiré comme sous l'effet d'un aimant, Ianto descendit les quelques marches qui le séparaient encore de l'étrange machine. Le bruit s'amplifia à mesure qu'il approchait, comme s'il l'appelait. Il tendit une main tremblante devant lui et la déposa finalement sur le tableau de commande. Une vibration ronronna doucement contre sa peau, comme un gros chat qu'il se serait mis à caressé.

Le bruit s'intensifia encore à mesure qu'il explorait les manettes face à lui, il transpirait des murs et résonnait à travers les couloirs.

Ianto ne comprenait strictement rien. Mais il était tellement intrigué par ce qu'il avait sous les yeux que ça n'avait pas tant d'importance que ça. On entrait pas à Torchwood sans être un minimum curieux de tout et n'importe quoi. Ianto aimait découvrir de nouvelles choses, apprendre ce qui lui paraissait encore impossible la veille et bidouiller tous les objets bizarres qui atterrissaient entre ses pattes.

Au Hub il avait failli réduire les archives en cendres un nombre incalculable de fois. Puisque c'était son rôle de les entretenir il ne serait pas dit qu'il y entreposerait des objets dont il ne connaissait pas la nature exacte. Un certain nombre de ces petites expériences auraient pu très mal finir s'il n'avait pas eu d'aussi bons réflexes.

Heureusement pour lui, Jack n'en avait jamais rien su. Ou tout du moins il ne lui avait jamais fait de remontrance à ce sujet.

_ Ianto Jones ! s'exclama une voix derrière lui.

Prit par surprise le Ianto en question faillit s'étaler par terre de tout son long. Il ne dû la chance de rester sur ses pieds qu'à l'homme qui venait de faire irruption dans la pièce. Celui-ci s'était précipité vers lui avec aussi peu de délicatesse que de précipitation pour venir lui serrer la main avec extravagance.

_ Content de voir que vous allez mieux !

Et puis il lui rendit sa main avant de se tourner vers le tableau de commandes. Il appuya sur une série de six boutons dans un ordre visiblement essentiel, abaissa une manette et en descendit deux autres avant de presser une espèce de ressort avec enthousiasme.

Ianto s'attendit à ce que quelque chose se produise mais les récentes manœuvres du nouvel arrivant ne changèrent absolument rien. A croire que ce qu'il venait de faire était parfaitement inutile.

Il revint vers Ianto et se mit à lui tourner autour.

_ Alors dites-moi, comment vous sentez-vous ? Pas de mal de tête, de vertiges, des courbatures ? Un mauvais goût dans la bouche peut-être ? Des insomnies ? Non, c'est stupides, vous venez à peine de vous réveiller, comment pourriez-vous déjà être insomniaque, je vous le demande ?!

_ Euh…Bonjours ? proposa Ianto

_Oui, bonjours! Heureux de pouvoir vous parler enfin. Vous avez dormi pendant des heures. J'ai bien cru que vous n'alliez jamais vous réveiller et heureusement pour vous j'ai réussi à empêcher Amy de vous embrasser. Elle ne cessait de me harceler à propos d'histoires stupides dans lesquelles le prince doit impérativement éveiller sa belle d'un baisé sous peine de ne jamais la voir ouvrir les yeux ! C'est d'une stupidité affligeante… et puis ce n'est pas comme si elle était princesse de quoi que ce soit ! Je crois plutôt que vous lui avez tapé dans l'œil. Rory risque de ne pas apprécier et de souffler un peu le froid quand il vous trouvera bien droit sur vos jambes mais peu importe ! Soyez gentil avec lui, restez aussi loin d'Amy que possible et tout devrait bien se passer… normalement… On ne sait jamais avec les Pond, tout arrive toujours quand on s'y attend le moins avec eux ! Et au fait, je suis le Docteur…

Ianto l'observa un instant. Il hésitait entre se sauver en courant et appeler un hôpital psychiatrique pour demander un rendez-vous en urgence. Il avait déjà repéré un magnifique téléphone rouge sur le tableau de commandes. Gros et imposant le téléphone. Et puis le rouge c'était bien pour les cas d'extrême urgence, non ?

Et puis le docteur qui d'abords ? Docteur en quoi ?

Avant qu'il ne réalise soudain : LE DOCTEUR !

Celui dont Jack ne cessait de vanter les mérites, celui qu'il avait attendu durant tout un siècle, celui à qui il devait son immortalité !

_ Attendez, vous voulez dire que vous êtes LE Docteur ?

Il n'y avait pas de mal à demander confirmation quand même.

_ Je suis le Docteur, se borna à répéter l'autre en souriant.

_ Ok, donc vous êtes le Docteur. Bien. Génial. Fantastique. Et là on est où exactement ?

Ianto ne comprenait pas comment il avait atterrit entre les mains d'un alien centenaire excentrique et peut-être un peu perturbé. Et puis qui pouvait bien être cette Amy ? Et Rory ? Ces deux-là il n'en n'avait jamais entendu parler. Et s'il y avait bien une chose dont il ne doutait jamais c'était bien de sa mémoire.

_ Nous sommes dans le TARDIS.

_ Le TARDIS ? Attendez…vous parlez quand même pas du fameux TARDIS ? Celui qui voyage à travers l'espace et le temps ?

Il en avait tellement entendu parlé quand il travaillé encore à Torchwood 1. Le célèbre Docteur et son fidèle TARDIS ! Parcourant les étoiles et sauvant des civilisations entières ! Cet homme était une légende ! Et son moyen de transport n'était pas moins célèbre que lui.

Tout ce temps à écouter Jack lui parler de cette prodigieuse cabine de police bleue plus grande à l'intérieure qu'à l'extérieur… Jamais il n'aurait cru pouvoir y mettre un jour les pieds. C'était proprement impossible ! C'était…

Il ne trouvait même pas les mots.

Et il comprenait pourquoi Jack ne les avait pas trouvés non plus lorsqu'il lui avait demandé de décrire l'intérieur du TARDIS. Tout était tellement merveilleux et…beau ! Beau de par son invraisemblance, beau parce que c'était unique.

De ce qu'il savait ce TARDIS était le dernier encore en état de fonctionner. Le dernier, dans tout l'univers. Et il était à l'intérieur !

Jamais il n'aurait cru pouvoir ressentir ce genre de chose.

_ Le TARDIS : Temps A Relativité Dimensionnelle Inter Spatiale, cru bon de préciser le Docteur en le fixant avec l'air d'un chat devant un bol de crème.

_ Ouais… je sais, répondit Ianto en continuant de regarder partout sans pouvoir s'en empêcher. Je sais, c'est juste que… Houa ! C'est carrément dingue. On est vraiment dans le TARDIS ?

_ Sans aucun doute, nous y sommes Ianto Jones.

_ Et il peut vraiment voyager dans le temps ? Je veux dire, j'ai lu tout ce que je pouvais sur vous et le TARDIS depuis que je travaille pour Torchwood, et Jack m'a parlé de vous et de vos voyages, il est intarissable sur ce sujet ! Mais c'est tellement incroyable !

_ Incroyable, c'est le mot ! confirma le Docteur. Un véritable petit bijou ! Il pourrait entortiller le Temps autour de son petit doigt s'il le voulait vraiment ! Les plaines verdoyantes de Trislantania, le jurassique de notre bonne vieille Terre et même New New New New York, si vous voulez ! Vous pouvez absolument tout lui demander, il vous y conduira. Demandez-lui donc d'aller assister à la fin de l'univers et il vous y conduira le plus loyalement du monde !... Quoi que… Je ne suis pas sûr au sujet de la dernière destination. La dernière fois que j'y ai mis les pieds l'aventure a failli très mal se terminer…Il refusera probablement d'y conduire qui que ce soit à nouveau…

Le Docteur afficha une mine d'intense réflexion. Son esprit en perpétuel agitation venait de trouver un point d'attache idéal. Quoi de plus passionnant qu'une nouvelle énigme au sujet de son très cher TARDIS.

Ianto dû se faire violence pour enfin détacher les yeux de ce qui l'entourait. De nombreuses questions restaient encore en suspens : qu'était-il arrivé au 456 ? Pourquoi n'était-il pas mort ? Comment avait-il atterrit dans le TARDIS ? Et surtout, où était Jack et que lui était-il arrivé ?

_ Docteur ! appela-t-il en voyant son hôte reparti à tournoyer autour de lui en parlant tout seul et agitant les mains dans tous les sens.

Il se faisait la conversation à lui-même de façon totalement naturelle, se posant des questions et y répondant à voix haute en prenant à peine le temps de respirer entre chaque phrase. Malgré ça Ianto ne comprenait pas un mot de ce qu'il disait.

Certes, en tant qu'ancien membre de Torchwood 1 il avait été briffé de plus ou moins loin au sujet des voyages dans le temps et des manipulations de vortex temporel. Il était certainement l'un des seuls êtres humains à en savoir autant à ce sujet (pas que ce soit compliqué puisque le reste de la population de la Terre ignorait que ce genre de voyages était possible). Mais autant dire que là, ça dépassait de loin ses compétences. Que le Docteur se coupe presque systématiquement au milieu de ses phrase pour enchaîner sur une nouvelle idée ne l'aidait pas non plus.

_ Docteur ! rappela-t-il en voyant que la première fois n'avait eu aucun effet. Docteur, est-ce que vous pourriez m'expliquer ce que je fais ici ? Et où se trouve Jack par la même occasion ?

Le Docteur sembla se rappeler de sa présence et tourna vers lui en fronçant les sourcils.

_ Vous ne vous souvenez pas ? Etrange, ça n'est pas censé affecter votre mémoire normalement… Quoi que, ça n'est pas comme si je savais exactement ce que je faisais…

_ Quoi ? Qu'est-ce que n'est pas censé affecter ma mémoire ? Docteur, est-ce que vous pourriez m'expliquer…

Ianto tentait tant bien que mal de garder son sang-froid. Il trouvait d'ailleurs qu'il s'en sortait plutôt bien jusqu'à maintenant. Mais ces histoires de perte de mémoire l'angoissaient un peu. Si quelqu'un s'était avisé de trifouiller à l'intérieur de sa tête il allait en entendre parler.

_ Quelle est la dernière chose dont vous ayez souvenir ? demanda le Docteur.

Son attitude avait changé du tout au tout en un quart de seconde et son air sérieux fit craindre le pire à Ianto. Si même le Dicteur se mettait à s'inquiéter il y avait de quoi commencer à paniquer.

_ Je ne sais pas vraiment… C'est embrouillé. Il y avait les enfants et les 456. Le gouvernement qui nous faisait la chasse et puis… Jack et moi… On était dans cette pièce avec ce truc énorme. Une espèce de sas construit selon les instructions des 456. Je ne sais pas trop ce que c'était, il y avait de la fumée et on ne voyait presque rien de ce qu'il y avait à l'intérieur. Ça avait juste l'air immonde... Ensuite il y a eu cette histoire de gaz mortel et… Je ne sais pas, je ne me souviens de rien après ça. Jack a surement dû nous tirer de là à temps sinon je ne pourrais pas être là en ce moment. C'est vous qui nous avez sauvé ?

C'était la seule explication sensée à sa présence dans le TARDIS. Le Docteur avait une fois de plus sauvé la race humaine (et sa vie en particulier semblait-il) d'une incroyable catastrophe.

_ Non, ça n'était pas moi. L'arrivée des 456 sur la Terre est un point fixe dans le temps. Une partie de l'Histoire que je n'ai pas le droit de modifier. Tout ce qui est arrivé devait se passer de cette façon. Je ne pouvais rien faire pour l'empêcher… J'en suis désolé.

Ianto l'observa un instant. Le docteur avait véritablement l'air frustré et même presque coupable de son impuissance. Le gallois comprenait en gros cette histoire de point fixe dans le temps, de la même manière il comprenait que le Docteur ne puisse intervenir.

Ce qu'il ne comprenait toujours pas en revanche c'était la raison de sa présence ici.

_ Si ce n'est pas vous qui êtes intervenu alors… qui ? Et comment je suis arrivé là. Je m'en souviendrais si j'étais monté à bord du TARDIS.

_ Ianto…, commença le docteur. Personne n'est venu vous chercher. Vous et jack…

Le Docteur prit une grande inspiration avant de reprendre :

_ Vous et Jack êtes morts, Ianto. Le gaz des 456 ne vous a laissé aucune chance. Rien ne pouvait vous sauver.

Il y eu quelques secondes de silences avant que la réaction de Ianto ne se fasse entendre.

_ Qu'est-ce que vous racontez ? s'insurgea le jeune homme en s'éloignant du docteur. Si c'est une blague elle est franchement de très mauvais goût.

Le Docteur se contenta de le fixer, visiblement désolé de ce qui lui arrivé.

_ Je suis vivant ok ? Vivant ! Comment je pourrais être mort alors que je marche et que je respire, hein ?

Sa voix était monté un peu trop haut dans les aigus sur les derniers mots mais il n'en n'avait que faire. Quand un extraterrestre plusieurs fois centenaire vient vous annoncer avec la bouche en cœur que vous êtes mort, il y avait de quoi perdre un peu de son flegme tout britannique.

_ Vous êtes mort, Ianto, finit par reprendre le seigneur du temps. Jack n'a rien pu faire pour vous sauver. Le poison avait déjà infecté votre organisme, et le sien. Même s'il avait pu vous sortir du bâtiment...il n'y avait plus rien à faire.

_ Je ne suis pas mort ! C'est juste totalement insensé ce que vous dites !

_ Il faut que vous m'écoutiez, Ianto…

_ Non, c'est à vous de m'écouter ! Je ne suis pas mort ! Je crois être encore le mieux placé pour savoir si oui ou non mon cœur bat dans ma poitrine !

_ Je n'ai pas dit que vous étiez mort, là maintenant, fit remarquer le Dicteur. Juste que les 456 vous ont tué.

_ Quoi ? Ce que vous dites n'a aucun sens !

_ Ecoutez-moi, insista le docteur en venant le prendre par les épaules. Ce que je vais vous dire est essentiel d'accord ? Et même si c'est difficile à croire, il faut que vous me fassiez confiance, compris ? Bien. Tout d'abord, Jack est en vie, comme vous vous en doutez. Il est toujours sur Terre et il va bien.

Ianto ne chercha pas à retenir le soupir de soulagement qui s'échappa d'entre ses lèvres. Une moins une chose de bien dans le foutoir gigantesque dans lequel il semblait s'être fourré.

_ Très bien. Et, en admettant que nous ayons bien été tués tous les deux, ce dont je doute encore, comment je peux être ici en train de vous parler ? Si vraiment le gaz des 456 m'a tué, je ne devrais pas être allongé dans une boîte en sapin six pieds sous terre plutôt que de faire la conversation à un alien dans une machine à remonter le temps ?

Parler de se propre mort de cette façon était perturbant. Mais il l'avait vu de tellement prêt si souvent qu'il finirait bien par en prendre l'habitude un jour.

_ Le scepticisme des Humains est le pire fléau que l'univers n'ait jamais connu ! râla le docteur. Jack est mort ! Vous êtes mort ! Jack est revenu à la vie comme il le fait toujours. Et moi je vous ai ressuscité!

Un grondement rageur se fit entendre et le TARDIS se mit à trembler tellement fort que même le docteur faillit en perdre l'équilibre.

_ D'accord, d'accord ! Le TARDIS vous a ramené à la vie ! Ça va, t'es content maintenant ?!

Pour toute réponse les tremblements cessèrent et le grondement rageur fut réduit à un ronronnement de satisfaction qui fit sourire le Docteur.

_ Comme si ça changeait quelque chose que ce soit toi ou moi qui ai fait tout le boulot…

_ Vous êtes complètement dingue, fit Ianto qui ne croyait toujours pas un mot de ce que lui disait le docteur. On ne ressuscite pas le gens comme ça d'un claquement de doigt.

_ D'un claquement de doigt, non. Mais avec une exposition directe et intense à l'énergie de la matrice du TARDIS, oui.

_ L'énergie de la matrice du TARDIS ? demanda Ianto.

_ Comment croyez-vous que Jack soit devenu immortel ? Il ne l'était pas quand je l'ai rencontré, ça vous pouvez me croire…il y a eu comme qui dirait un petit accident. D'accord, je vous explique. En gros, le TARDIS utilise l'énergie même du Temps pour voyager. C'est une énergie phénoménale et très dangereuse à laquelle même moi je n'ai pas accès normalement. Mais, le TARDIS a toujours eu un faible pour Jack… Elle ne pouvait pas le laisser dépérir comme ça sans rien faire… Et donc il vous a ramené à la vie ! Simple, non ?

_ Dépérir ?! Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous avez dit qu'il allait bien !

_ Eh bien, ça n'est pas comme si quelque chose pouvait lui être fatale, pas vrai ?

_ Répondez à la question ! s'énerva Ianto. Qu'est-ce que vous voulez dire par dépérir ? ! Qu'est-ce qui lui arrive ?

Ianto s'approcha dangereusement du docteur, prêt à tout et n'importe quoi pourvu qu'on lui réponde. S'il avait eu une arme sur lui, sans doute aurait-il braqué le docteur sans la moindre hésitation. Jack était la personne le plus chère à son cœur, jamais de toute sa vie il n'avait aimé une personne plus que lui. Pas même Lisa ou sa sœur, ses neveux, n'importe qui. Tous passaient bien après Jack. Il avait mis du temps à se l'avouer mais une fois que cela avait été fait il n'était jamais revenu en arrière. Il donnerai sa vie pour Jack, et même plus encore.

Le savoir en danger était une torture et chacune de ses morts avait blessé Ianto jusque dans sa chair. Il savait pourtant que Jack revenait à chaque fois, qu'il revenait toujours. Mais il ne se sentait jamais aussi mal que lorsque la vie abandonnait le corps de son amant.

_ Vous êtes mort, Ianto, répondit doucement le seigneur du temps.

Doucement, comme s'il faisait face à la plus craintive des bêtes sauvage de cet univers il attrapa le jeune gallois par les épaules.

_ Vous êtes mort. Voilà ce qu'il est arrivé.

_ Je ne suis pas mort, s'obstina à répondre le gallois. Je suis là, je ne peux pas être mort.

Il lança un regard à mi-chemin entre désespoir et prière au docteur qui ne put rien faire d'autre que lui broyer le cœur avec ses mots.

_ Vous êtes mort. Les 456 vous ont tués. Et Jack n'a rien pu faire pour vous sauver. Son monde… Sa vie s'est littéralement effondré… il n'est plus lui-même depuis ce jour.

Le regard profondément désolé, triste et coupable du docteur amena le doute dans l'esprit de Ianto.

Et si… et s'il était véritablement mort ce jour-là ? C'était complètement fou de croire à un truc pareil mais… Et si ?

_ C'est pour ça que vous êtes ici, pour ça que je suis venu vous chercher et aussi pour ça que le TARDIS vous a ramené. L'immortalité de Jack vient du TARDIS, il la lui a offerte parce qu'il était mourant. Mais, cette immortalité fait de Jack un être profondément seul et torturé… Il a déjà perdu nombre d'êtres chers. Des personnes qu'il a profondément aimées. Mais jamais leur mort ne l'avait affecté à ce point… Vous devez être un homme extraordinaire pour vous être fait aimer de lui au point que votre disparition le détruise

Ianto senti un vertige lui prendre les tripes et le docteur le rattrapa in extremis avant sa rencontre douloureuse avec le sol.

_ Doucement, calmez-vous et venez plutôt vous assoir, proposa le docteur.

_ Racontez-moi, dit Ianto une fois que ce fut fait. Vous avez vu Jack… Racontez-moi.

_ Je ne suis pas sûr que…

_ Je me fou de ce que vous pensez ! s'insurgea Ianto.

Il sentit les larmes lui monter aux yeux mais il se fit violence pour les retenir. Il en devait pas se laisser, pas maintenant, pas ici. Jack était le seul, le seul à avoir jamais vu ses larmes depuis l'incident avec Lisa. Jack était le seul…

_ Il faut que je sache. Il le faut…

_ Très bien

E le docteur se mit à raconter.

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