« C'est toujours comme ça, pas vrai ? »
« Ils sont plutôt dans un bon jour si vous voulez mon avis… »
Ianto et Rory se tenaient appuyés contre un mur de l'une des plus riches villas de Byzance où le docteur été parvenu à s'incruster au nez et à la barbe de la propriétaire. Enfin, du point de vue du gallois, celle-ci était parfaitement au courant de leur présence mais se retenait bien d'ordonner aux gardes de les mettre à la porte seulement parce qu'elle espérait ainsi attirer l'attention du seigneur et ses faveurs par la même occasion.
Dommage, il y avait très peu de chance que ça arrive. Même s'il l'avait voulu le docteur ne se serait jamais permis de répondre aux attentes de cette femme certes séduisante, sous peine de voir son épouse débarquer pour lui tirer les oreilles.
D'après ce qu'Amy lui avait dit River était loin d'être une femme que l'on pouvait prendre à la légère. Et les hochements de tête vigoureux de Rory n'avaient en rien démentis ses paroles.
Et de toute manière le Docteur n'était pas le moins du monde intéresser par la chose. Amy sur ses talons, il voletait d'une pièce à l'autre, commentait l'architecture, se mêlait aux discussions des hauts dignitaires invités à la fête… Bref, il tournoyait en tous sens, parlait beaucoup, intriguait (horrifiait parfois même) les byzantins présents par ses excentricités… Tout cela sous les regards blasés de Rory et Ianto que leurs deux compagnons de route avaient traîné à travers toute la ville depuis le début de la matinée.
Lasses, les deux hommes avaient décidés de s'accorder une pause et de souffler un peu, profitant des quelques secondes de répits (bien involontaires) que leur accordaient le docteur et Amy.
« Un bon jour ? » Ianto interrogea du regard son jeune compagnon d'infortune.
« Parfaitement ! Aucune catastrophe ne s'est encore déclarée pour le moment » ricana Rory en se tournant vers lui. « C'est assez exceptionnel pour être souligné, croyez-moi ». Ianto lui rendit son rire, amusé de voir à quel point il pouvait être blasé du comportement de sa femme et de leur ami tout droit tomber des étoiles. Blasé mais néanmoins toujours aussi impatient de voyager en leur compagnie.
« Quand vous dites « aucune catastrophe », j'imagine que vous ne prenez pas en compte l'incident de ce matin ? ». Ils n'étaient pas sortie du TARDIS depuis une minute que le Docteur avait trouvé le moyen d'offenser trois commerçants, de s'attirer les faveurs de toute une troupe de filles de joie visiblement charmées par son étrangeté et d'insulter sans le vouloir un des hommes de la garde officielle de la ville qui avait été loin de goûter la plaisanterie.
« Vous voulez que je vous dise ? La première fois que le Docteur est venu me chercher c'était la veille de mon mariage. Je passe sur son arrivée triomphale dans le club de striptease dans lequel mes amis m'avaient emmené pour fêter mon enterrement de vie de garçon. Ce souvenir est encore trop frais dans ma mémoire pour que je puisse déjà en rire… Le Docteur nous a offert ce soir-là comme cadeau de mariage un voyage à Venise. »
« Plutôt généreux de sa part, » commenta Ianto qui se doutait pourtant que le fin mot de l'histoire n'avait pas encore été dit.
« Sur le papier, oui. Je suis sûr et certain que ses intentions étaient parfaitement justes et honorables. Mais laissez-moi vous dire que découvrir des vampires au beau milieu de Venise, et au 18ème siècle s'il vous plaît, ça a un peu gâché l'ambiance, » le ton de Rory était léger et toute cette histoire le faisait sourire aujourd'hui mais le gallois se doutait que sur le coup il avait dû se montrer un tantinet plus contrarié. « Surtout que ces fameux vampires n'étaient en fait que des poissons de l'espace échoués sur Terre afin de la coloniser et d'en faire leur nouvel aquarium, » ajouta-t-il encore.
« Des poissons de l'espace ? Intéressant… »
« Et très moches, si vous voulez mon avis, » commenta Rory qui n'avait semble-t-il pas digérer cette histoire aussi bien qu'il voulait le faire croire. « Bref, tout ça pour dire que depuis ce jour je ne m'étonne plus de rien et je prie chaque soir pour que mes journées soient aussi calme que celle que nous venons de passer ».
Cette dernière déclaration lui valut un regard septique de la part du gallois. Rory pouvait bien se plaindre tant qu'il voudrait, Ianto était sûr et certain que jamais au grand jamais il ne ferait les choses différemment s'il en avait l'occasion. Le docteur n'était pas le genre d'homme dont on se détache facilement. Il était trop intriguant, trop fascinant même. Comme Jack.
Le seigneur du temps et l'immortel se ressemblaient sur biens des points, notamment en ce qui concernait cette façon d'attirer les gens et de les rendre presque dépendant d'eux. Malgré que l'un et l'autre est un caractère bien différent sur nombre de points, Ianto voyait aussi tout ce qui les rapprochait. Et il comprenait pourquoi Jack avait attendu près d'un siècle que le docteur remette les pieds à Cardiff. Il comprenait aussi pourquoi le docteur l'avait ramené à la vie. Il l'avait fait pour Jack. Si l'immortel n'avait pas été tant affecté par sa mort alors il serait probablement dans une petite boîte en pin, recouverte de tonnes de terre et déjà en état de décomposition bien avancée. Le docteur avait besoin de Jack, autant que Jack avait besoin du docteur.
Ianto commençait tout juste à entrevoir ce qui liait ces deux hommes mais il savait que le lien qui les unissait était intense, très intense. Et il était bizarrement soulagé de cette découverte. Car aussi intense qu'était leur connexion, elle était loin d'avoir une quelconque connotation amoureuse ou même sexuelle. Oh, il ne doutait pas que Jack avait un jour désiré son Docteur, mais Jack avait tendance à reluquer tout le monde. C'était comme un réflexe chez lui. Un réflexe dont Ianto avait appris à s'accommoder. Et même, à apprécier en un sens. C'était agréable de se dire que peu importe le nombre de coups d'œil dont Jack gratifiait les autres, peu importe le désir qu'il pouvait ressentir pour eux, il était le seul à pouvoir profiter de ses bras. Combien de fois avait-il surpris les regards énamourés de jolies filles glisser sur le corps de son amant avec convoitise. Il aimait son capitaine et était profondément fier que cet amour lui soit rendu.
« Mais j'imagine qu'en terme de journées bien remplies vous devez vous y connaître aussi, non ? ». Ianto sortit de ses pensées, certes agréables, pour se reconcentrer sur la conversation.
« Oui » sourit-il, amusé et un peu nostalgique aussi.
Il n'était pas avec le docteur depuis plus d'une semaine que son monde commençait déjà à lui manquer. La Terre lui manquait, Torchwood lui manquait, Myfanwy lui manquait, Gwen lui manquait… Jack lui manquait. L'absence de son amant à ses côtés était comme un trou dans son âme, une flèche plantée dans son cœur. Il avait hâte de pouvoir le retrouver.
« Oui » reprit-il. « On avait notre dose d'aventure à Torchwood nous aussi… »
« Toutes ces choses que l'on a vue, les aliens, les artéfacts extraterrestres, les vaisseaux spatiaux ! Et il reste encore tellement de chose à voir… Ça a un côté flippant, » lâche Rory avec désinvolture.
« Et toutes ces merveilles ont un prix » ajouta Ianto en laissant son regard se perdre dans la foule grouillante des invités.
Le Docteur venait tout juste de se faire harponné par la maîtresse des lieux. Et elle ne semblait pas disposé à le lâcher de sitôt à en juger par les regards énamourés qu'elle lui lançait malgré l'agacement visible d'Amy qui n'appréciait que très peu qu'une autre femme que sa fille se colle au docteur de cette façon.
« C'est vrai qu'on se retrouve souvent mêlés à des choses qui nous dépassent complètement, » approuva Rory en suivant lui aussi la scène, amusé de voir le docteur se débattre en vain contre l'une des créatures les plus tenaces de l'univers. « Je ne veux pas qu'il y ait de malentendu, j'adore voyager avec le docteur. Ça rend Amy heureuse et ma vie ne pourrait pas être plus passionnante qu'elle ne l'est grâce à lui… seulement parfois… pas souvent mais… parfois je me demande ce que ça ferait d'avoir une vie normale. Une maison, un job, des enfants… On a River, et je l'aime comme n'importe quel père digne de ce nom le ferait, mais la situation est tellement étrange que j'ai parfois du mal à la voir comme ma fille. Amy n'a pas ce problème. Peut-être que c'est parce que moi, contrairement à elle, je n'ai jamais eu l'occasion de tenir River dans mes bras quand elle n'était encore qu'un bébé. Je ne l'ai même jamais vu, vous savez… Celle qu'elle est aujourd'hui n'est que l'une de ses régénérations. Je n'ai jamais vu à quoi elle ressemblait à l'origine, son premier visage… Vivre avec le Docteur et l'accompagner dans ses voyages nécessite de faire de grands sacrifices. Je les ai faits et je les referais même sans doute. Mais je crois que je n'avais pas pensé devoir risquer ma vie aussi souvent pour pouvoir en profiter tellement. Vous à Torchwood, Amy et moi avec le Docteur, on risque nos vies et on se bat contre des aliens à longueur de temps. Je pensais pas qu'il puisse exister des créatures aussi…terribles. Entre les Daleks, les Cybermans, et les poissons de l'espace y'a de quoi s'inquiéter. »
Ianto resta pensif un instant. Il finit par croiser les bras et froncer les sourcils en repensant à l'une des missions les plus horribles qu'ils avaient dû mener avec Jack.
« Je ne pense pas que l'humanité soit en reste en ce qui concerne le registre de l'horreur et de la cruauté ». Il ne se souvenait que trop bien de leur rencontre avec les cannibales… Merde, il en faisait encore des cauchemars. Même après des mois, il ne pouvait pas y penser sans qu'une nausée ne le prenne à la gorge. Il avait failli se faire bouffer, littéralement. Autant dire que le camping c'était finis pour lui. Même maintenant qu'il était immortel et que même une bombe nucléaire ne pourrait pas le tuer… la simple idée de se faire découper en morceau pour se faire bouffer… Il aurait donné cher pour pouvoir oublier cette journée.
Rory lâcha Amy des yeux pour reporter son attention sur le gallois. Il ne le connaissait pas depuis longtemps mais il savait déjà qu'il n'était pas du genre excentrique et survolté. Au contraire il semblait toujours calme et réfléchis, sans jamais élever la voix ni répondre aux provocations. Pour autant il devinait qu'il n'était pas le genre d'homme à se laisser faire. Et ses petites piques d'humour étaient tordantes pour qui aimait s'adonner au sarcasme.
Voilà en gros ce qu'il avait appris de Ianto Jones en cinq jours de temps. Ça n'était pas grand-chose certes et il se doutait que ça n'était que la partie émergée de l'iceberg, mais il présageait qu'avec un peu de temps ils pourraient devenir amis. De très bons amis. Il l'appréciait déjà assez pour ne pas aimer l'ombre qui venait d'assombrir son humeur.
Il aurait aimé en savoir davantage, que Ianto lui explique ce qu'il voulait dire par là. Mais comme souvent le docteur vint allègrement contrarier ses projets.
Amy était finalement parvenue à le sortir des griffes de « la mégère libidineuse prête à tout pour salir son honneur d'homme marié » (Rory avait toujours admiré chez sa femme sa capacité à trouver les insultes les plus imaginatives possibles) et le docteur ne pensait plus qu'à une chose : fuir avant de se faire à nouveau coincé dans un recoin sombre.
« Mes amis » s'exclama-t-il en venant se planter devant les deux hommes. « Fuyons. » Et le puissant seigneur du temps plusieurs fois centenaire qu'il était, prit effectivement et courageusement la fuite.
Amy le suivit en riant alors que Ianto et Rory se jetaient un regard, partagé entre amusement et lassitude : la pause était terminée.
Soucieux de ne pas perdre de vue le docteur, parce qu'ils n'avaient définitivement aucune envie de se retrouver à errer en plein Byzance, de nuit, et à la recherche du TARDIS, ils leurs emboitèrent le pas rapidement.
Et c'était probablement l'une des autres raisons qui faisait que Jack aimait tant voyager avec le docteur. L'un comme l'autre ils ne tenaient pas en place. Ils couraient tout le temps, pour aller partout. Ils couraient alors qu'ils étaient probablement les seuls êtres de l'univers à ne pas être pressés par le temps. Ironie suprême.
Trois rues et deux fous rires plus loin, le docteur prit enfin le temps de s'arrêter pour respirer.
« Amy Pond ! » s'exclama le docteur. « Tu es assurément plus maligne que tu ne veux le faire croire. Sans toi je serais probablement encore aux prises avec cette affreuse bonne femme ! Non mais quelle indécence ! Me proposer ce genre de choses, et devant tout le monde en plus ! N'a-t-elle donc aucune idée de ce qu'est la décence ? »
« Je crois que c'est l'époque qui veut cela, Docteur. »
« Oh vous ! Ianto Jones… Ne prenez pas cet air sérieux lorsque vous vous gaussez de ma personne ! Vous ne me ferez pas croire que vous n'avez pas pris plaisir à me voir en aussi mauvaise posture. »
Ianto ne lui répondit que par un sourire trop innocent pour être honnête. Amy se mit de nouveau à rire, savourant l'humour très british de leur nouveau compagnon de route. Il était beau, très séduisant, charmant, prévenant et il n'en finissait pas de se moquer du docteur… Vraiment il n'y avait rien de plus distrayant que de les regarder se quereller entre eux.
« Bon et maintenant docteur ? » interrompit Rory. « On retourne au TARDIS ? »
« Impatient que vous êtes, monsieur Pond ! ». Rory se retint de lever les yeux au ciel. Quand le docteur comprendrait-il que ça n'était pas lui mais Amy qui avait changé de nom de famille à leur mariage ? Probablement jamais.
« Il nous reste encore une dernière chose à faire avant de partir » ajouta le docteur en reprenant sa marche, entraînant ses trois compagnons à sa suite.
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« Bien et maintenant ? Qu'est-ce qu'on attend ? »
Le docteur les avait conduits à travers un dédale de rues étroites et cornues pour les mener finalement devant l'une des villas les plus imposantes de la ville.
« On attend » répondit le docteur dont la mine s'était considérablement assombrie durant le trajet. « Ça va bientôt commencer ».
Ils n'attendirent en effet de très peu de temps avant qu'un cri ne retentisse dans la nuit, brisant le silence et rompant le sommeil paisible des habitants.
Quelques personnes se ruèrent en dehors de la villa devant laquelle ils se trouvaient. C'était apparemment des domestiques. Ils regardaient la maison, apeurés et appelant à l'aide.
Il ne fallut qu'une seconde à Ianto pour comprendre le problème. De hautes flammes commencèrent à s'élever dans le ciel. En une seconde à peine elles avaient envahi le bâtiment, rendant l'accès impossible.
« Docteur ! » s'exclama Amy. « Il faut faire quelque chose ! Il y a probablement des gens encore coincés à l'intérieur, il faut les aider ! »
« Non » intervint le docteur en lui attrapant le bras alors qu'elle voulait se précipiter pour apporter son aide à ceux qui tentaient d'éteindre le feu. « On ne peut rien faire… »
« Mais ! »
« Amy ! J'ai dit non. »
Le docteur fixait les flammes impassible ou presque. Seuls ses yeux trahissaient sa colère et sa tristesse, son impuissance aussi.
« Pourquoi… »
« Vous saviez que ça allait de produire » coupa Ianto en s'adressant au docteur. « N'est-ce pas ? »
« Je le savais » confirma-t-il. « C'était l'une des familles les plus influente de tout Byzance. Et tous doivent périrent dans les flammes ce soir. Les parents et leurs trois enfants. Ils doivent tous mourir ».
Un long silence accueillit ses paroles. Amy et Rory le regardaient, perdus. Ils ne comprenaient pas. Ianto quand à lui, observait les flammes. Il n'avait pas besoin de regarder le docteur pour savoir ce à quoi il pensait en ce moment. Il savait très exactement le genre de pensées qui devaient lui passer par la tête, il connaissait le regard à la fois dur et profondément triste qu'il affichait. Jack l'avait lancé tellement de fois depuis qu'il le connaissait. Faire son devoir, quoi qu'il en coûte. Quel que soit le prix à payer. La vie d'une fillette, de plusieurs enfants, d'innocents,… Faire son devoir.
« C'est un point fixe, pas vrai ? » demanda encore Ianto, bien qu'il connaisse déjà la réponse.
Il sentit sur lui le regard du docteur, surpris.
« Oui, s'en est un. Les seigneurs du temps l'ont décidé ainsi, il y a longtemps. Ils doivent mourir. »
« Mais pourquoi ?! » s'insurgea Amy qui ne comprenait pas le calme avec lequel Ianto et le docteur pouvaient discuter alors que des enfants étaient en train d'être brûlés vifs ».
« C'est difficile à expliquer… Mais l'avenir seul de cette famille peut modifier à jamais l'histoire de toute la planète. S'ils vivent, Byzance ne tombera jamais. L'empire va continuer à prospérer, grâce à eux et à leur descendants. Tout ce que tu connais de l'Histoire sera réécris. Tout ce que vous connaissez de votre monde pourrait bien être réduit à néant. Les guerres, les pays, les alliances qui font que votre monde est le vôtre… tout disparaîtra. »
« Mais, ce ne sont que des enfants, comment… »
« Amy » interrompit Ianto en plongeant son regard dans le sien. Silencieusement il lui fit comprendre de ne rien ajouter.
Les larmes aux yeux, elle s'exécuta. Mais elle ne comprenait toujours pas. Elle ne voyait que les flammes et les vies qu'elles arrachaient. De la même manière que Gwen ne comprenait pas les choix douloureux auxquels Jack était confronté. Amy ne comprenait pas.
« Il fallait que tu comprennes, Ianto » dit le docteur en plongeant son regard dans le sien. « Je vais t'apprendre les points fixes qui ont été décidé par les seigneurs du temps. Certains te paraîtront ridiculement insignifiants, et d'autres… te blesseront au point que ton seul désire sera de les modifier. Peu importe ce que tu penses, ce que tu veux… »
Voyant le regard trouble du docteur, Ianto s'approcha de lui rapidement. Doucement il posa une main sur son épaule. Il lui sourit :
« Je comprends ».
Et c'était vrai. Ianto comprenait. Jack lui avait appris à comprendre et à faire des choix difficiles. A travers ses histoires et leurs missions, il lui avait appris. Il lui avait appris que la vie qu'ils menaient ne leur permettait pas de se montrer aussi bons qu'ils l'auraient voulu. Leur rôle à Torchwood était de protéger la Terre et ses habitants, ils devaient se sacrifier pour ça, être prêt à donner leur vie… ou à sacrifier celle d'autres innocents.
Et c'était la même chose pour le docteur. Il était le dernier de son espèce. Le dernier seigneur du temps. Et son rôle était de veiller sur l'Histoire. Peu importaient les sacrifices consentis.
Il comprenait.
Et le docteur aussi comprenait. Il comprenait enfin pourquoi Jack aimait à ce point cet homme. Cet homme qui acceptait la douleur et le sacrifice. Qui acceptait de vivre au côté d'un homme au passé sombre et à l'avenir profondément incertain. Jack l'aimait car Ianto l'acceptait tout entier. Le jeune gallois ne se voilait pas la face. Il savait qui était son amant, il savait qui était Jack. Et il savait ce dont il était capable. Et malgré tout il l'aimait.
De façon totalement inconditionnelle.
Pour la première fois depuis qu'il avait ramené Ianto à la vie, le docteur se dit qu'il avait peut-être fait le bon choix en lui accordant l'immortalité.
Peut-être…
L'avenir le leur dirait.
