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chapitre 8

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Ianto resta un long moment parfaitement immobile.

Allongé sur le lit, il sentait Jack reposer contre son corps, plus paisible que depuis de nombreuses années. Il avait posé la tête contre son ventre comme pour se noyer dans sa chaleur. Avec ses bras bien ancrés autour de lui et la force qu'il mettait dans son étreinte, Ianto avait l'impression que, même à travers son sommeil, son amant craignait encore de le voir disparaître tel un fantôme.

Les deux hommes avaient pourtant passé plusieurs heures à parler. Assis sur le canapé, Jack serré contre lui et refusant catégoriquement de le lâcher, il lui avait expliqué en détail sa résurrection, sa rencontre avec le Docteur, son apprentissage… il avait passé sous silence les cents années passées à l'observer. Il voulait attendre encore un peu que Jack se sente mieux avant de le lui apprendre. Il n'avait aucune idée de la façon dont son amant allait réagir mais il avait l'impression qu'il serait plus sage, pour leur bien-être à tous les deux, de ne pas complexifier la situation davantage.

La conversation avait durée longtemps, très longtemps. Jack semblait avoir énormément de mal à admettre le retour de son amant. Il lui avait fait répéter un nombre incalculable de fois son histoire, comme pour se persuader de la vérité de ses mots. Ianto s'était plié à l'exercice de bonne grâce, conscient que les difficultés ne faisaient que commencer. Il savait que le doute ne l'avait pas encore quitté et qu'il ne manquait que très peu de chose pour qu'il en retombe à nouveau dans son délire. Une chose que le gallois redoutait au-delà de toute mesure.

Après avoir expérimenté l'immortalité ces cents dernières années, il commençait à comprendre qu'une vie dont on ne connaît pas les limites vous entraine irrémédiablement vers la folie.

Une douce folie, presque invisible pour ceux qui ne savent pas où la chercher et pourtant ancrée au plus profond de leur cœur. L'être humain n'est pas fait pour vivre indéfiniment, il fallait être honnête. L'infini est trop effrayant, trop incertain, trop dangereux pour qu'il puisse s'y sentir à l'aise, à sa place.

L'éternité, l'immortalité, le rapport qu'ils avaient avec le temps et les autres… Avec eux-mêmes… Le reste de l'humanité ne pouvait pas comprendre, ces notions les dépassaient totalement, les appréhender leur était tout bonnement impossible. Qu'est-ce que le temps pour un humain ? Quelques décennies tout au plus, quatre-vingt-dix anniversaires à célébrer, des enfants et des petits enfants, au mieux des arrières petits-enfants… Alors que pour eux !

Leur temps était infini. Que faire pour s'occuper toute une éternité ?

La folie était finalement une bonne solution pour passer le temps. Au moins étaient-ils conscients de ce qu'ils étaient : des fous. Il suffisait juste de l'accepter et de faire avec.

Loin de lui l'idée de regretter le cadeau offert par le Docteur. Il lui était même profondément reconnaissant de ce qu'il avait fait pour lui, pour eux.

Néanmoins il comprenait aussi mieux pourquoi Jack paraissait tellement différent des autres. Son cher capitaine était fou. Complètement, irrémédiablement. Autant qu'il pouvait l'être lui-même maintenant qu'il l'avait rejoint dans son immortalité.

Il lui semblait qu'ils marchaient en permanence sur le fil du rasoir, oscillants entre la raison et le gouffre abyssal de leur délire.

Ils étaient aussi fous que le Docteur, aussi imprévisibles et en dehors de la réalité. Ils voyaient tous trois les choses sous un angle tellement différent que le reste des gens.

Leur folie s'atténuerait peut-être maintenant qu'ils étaient deux. Ou peut-être pas.

C'était la raison pour laquelle ils ne devaient pas rester seuls. La raison pour laquelle Jack s'était entouré d'une équipe, d'amis profondément humains. Pour ne pas perdre la notion de ce qui est important, pour qu'ils lui rappellent chaque jour qu'une vie est une vie. Il avait dû prendre des décisions difficiles au fil des années. Mais elles l'étaient justement restées car il avait toujours eut autour de lui des hommes et des femmes pour les lui reprocher ou s'inquiéter de l'effet qu'elles auraient sur lui.

C'était aussi pour cette raison que Ianto savait qu'il ne resterait pas longtemps éloigné de Torchwood. Il en avait besoin pour lui rappeler ce qui était important. Ils en avaient tous les deux besoin désormais. Ianto peut-être pas autant que Jack. Sa vie d'immortel n'avait pas été aussi difficile à endurer que celle de Jack. Peut-être était-il un peu moins atteint…

Il ferait tout pour que cette folie de Jack reste telle qu'elle était : douce, bien cachée dans les tréfonds de son âme, endormie la plus part du temps. Il ne devait pas la laisser dévorer son amant. Sa mort avait fait perdre à Jack le contrôle de ses émotions, il s'était laissé envahir par cette part sombre de lui-même. Certain de n'avoir plus rien à perdre il avait laissé son délire grandir et se nourrir de son désespoir.

Ça ne devait plus arriver, se promit Ianto.

Il enfouit sa tête dans l'oreiller, cherchant un sommeil qui le fuyait depuis des heures maintenant. Aussitôt il se détourna, retroussant le nez et ne retenant pas une grimace de dégoût. Le lit tout entier puait le sang. Il avait bien sûr changé les draps avant d'obliger Jack à venir s'y étendre pour prendre du repos, mais c'était loin d'être suffisant pour faire disparaître l'odeur.

A bout de force, Jack ne semblait nullement dérangé. Pourtant Ianto avait de plus en plus de mal à le supporter. Il n'avait qu'une seule envie : se lever et sortir de la pièce, échapper au souvenir qui l'assaillait chaque fois que l'odeur métallique du sang de son amant encore imprégnée dans le matelas lui envahissait les narines. L'image de son amant étendu sur ce lit, baignant dans son propre sang, ses yeux morts grands ouverts sur une réalité dévastatrice qu'il tentait de fuir à tout prix, allait hanter ses pensées pendant de nombreuses années encore.

Ne supportant plus de rester là, il se dégagea doucement de l'étreinte de son amant. Celui-ci geignit dans son sommeil et tenta de le ramener contre lui.

Ne trouvant pas satisfaction, Jack finit par enfouir son visage dans l'oreiller maintenant imprégné de l'odeur de Ianto.

Le gallois sourit en le voyant agir ainsi. Il caressa une dernière fois son visage, heureux de constater que son capitaine cherchait à prolonger le contact en appuyant sa joue contre la paume de sa main, même jusque dans son sommeil.

Il finit par sortir de la chambre en silence pour se diriger vers la cuisine. Il avait besoin d'un café et de temps pour réfléchir à ce qu'ils allaient faire ensuite.

Les choses étant ce qu'elles étaient il se doutait qu'ils resteraient encore dans l'appartement un petit moment. Il préférait attendre que Jack soit moins fragile et plus en forme avant de l'emmener dans un endroit qui ne lui serait pas familier.

La maison qu'il occupait depuis ces dix dernières années et le nouveau QG de Torchwood pouvaient encore attendre.

Il déboucha dans le salon et fronça les sourcils en voyant à quel point la poussière s'était accumulée sur les meubles. Et sa désapprobation ne fit que s'accentuer lorsque son regard tomba sur les bouteilles d'alcool vides qui semblaient s'être données pour mission d'envahir la table basse jusqu'à l'en faire disparaître. D'ici peu elle finirait par s'effondrer sous leur poids.

Où était donc passée l'atmosphère douce et accueillante que Ianto avait toujours mis un point d'honneur à préserver ? Cet appartement avait toujours était son cocon, son chez-lui. Jack avait su s'y faire une place au fil du temps et l'endroit était devenu leur chez eux, au même titre que l'était le Hub.

Mais cette pièce était désormais un symbole du cauchemar qu'avait vécu son amant, le centre névralgique de sa douleur. Elle était l'exacte représentation de son esprit en ruine.

Rien de bon ne pourrait se passer dans un endroit aussi marqué par le désespoir. Jack avait besoin d'un endroit calme, familier et chaleureux pour se remettre.

Il allait remédier à tout ça. Redonner à l'endroit un peu de sa douceur d'autrefois. Parce qu'il voulait aider Jack à aller mieux et qu'il fallait bien commencer quelque part.

Remettant à plus tard son sacro-saint café, il se mit rapidement et silencieusement à la tâche. Avec un peu de chance il terminerait avant que Jack ne repointe le bout de son nez.

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Quand Jack ouvrit les yeux, son premier réflexe fut de chercher Ianto près de lui. Sa main ne trouva que le vide et des draps froids…

Une immense tristesse emplie son cœur. Il s'était fait avoir. Encore une fois. Comme un idiot il avait cru à cette histoire stupide de résurrection et d'immortalité. Ça n'avait été qu'un délire de plus, une nouvelle vue de l'esprit qu'il s'infligeait à lui-même pour se punir. Ça lui avait semblé tellement réel pourtant.

Il devait cesser de se bercer d'illusions. Ianto ne reviendrait jamais… peut-être était-il temps de l'admettre et de passer à autre chose.

Passer à autre chose…

Il aurait tellement voulut que ce fut aussi simple. Il avait surmonté la mort de bien d'autres de ses amants, celle de son épouse… mais celle de Ianto ? Pour la première fois de sa vie il s'était enfin trouvé une personne qu'il aimait. Qu'il aimait vraiment. Ianto n'était pas le premier à éveiller en lui ces sentiments mais il était bien le seul à avoir su prendre une aussi grande place dans son cœur.

Son Ianto.

Jamais il n'avait rencontré d'homme meilleur que lui. Son jeune amant avait supporté sans broncher tellement d'épreuves. Il avait une telle force malgré ce que les autres membres de Torchwood avaient pu penser à son sujet. Owen qui ne le prenait que pour le TeaBoy de service, la boniche de Torchwood, l'homme à tout faire. Après tout c'était à ce titre que Jack l'avait engagé.

Gwen, elle, le considérait comme un gentil garçon, serviable… qui n'avait nullement sa place au sein de leur équipe. Il n'en avait pas la carrure selon elle.

Et même Tosh… elle le voyait plus comme un petit frère à protéger que comme un homme. Un garçon un peu trop fragile et sensible.

C'était tellement loin de la vérité, tellement faux…

Mais Ianto savait si bien se faire oublier. Il cachait si bien son véritable caractère que Jack ne pouvait pas leur en vouloir de s'être laissé berner. Lui-même n'était pas passé loin de se faire avoir. Leur rencontre, cette fameuse nuit où le gallois n'avait pas hésité le moins du monde à se battre avec un Weevil armé d'une vieille branche à moitié rongée par les mites, leur chasse au ptéranodon et surtout la mort de Lisa l'avait poussé à chercher plus loin, à l'observer plus avant. Il avait pressenti que derrière cette apparence de gentil garçon propre sur lui se trouvait un homme bien plus dangereux qu'il n'y paraissait. Comme il avait eu raison… Même lui ne disposait pas d'une telle force de caractère. Cette façon qu'il avait de toujours garder la tête haute et de ne jamais baisser les bras. Il avait pris sur lui tellement de fois de lui venir en aide alors que ses plus sombres démons obscurcissaient son cœur.

Et maintenant, il n'était plus là. Quoi que son esprit veuille lui faire croire. Ianto était mort.

Peut-être même avait-il rêvé la visite du Docteur. Et son suicide.

Il grimaça en repensant à ça. Il était tombé tellement bas. Il avait l'impression qu'il ne restait plus rien du grand capitaine Harkness si ce n'est des ruines fumantes de douleurs, un corps de chair vidé de sa raison, couturé de blessures qui ne cicatriseraient jamais.

Lassé des ombres qui venaient encore grignoter les dernières parcelles de ce qu'il restait de son esprit malade, il se leva.

Il avait besoin de boire. De boire et d'oublier. Encore.

Il entra dans le salon et se figea.

Que… qu'est-ce qui s'était passé ?

Il avait l'impression d'être revenu des semaines en arrière. Juste après la mort de Steven, quand il s'était précipité ici, guidé par quelques fantômes du passé qui lui soufflaient déjà à l'oreille que son amant n'était pas mort, qu'il l'attendait chez eux… comme toujours.

L'horreur de la réalité l'avait pris à la gorge ce soir-là, quand ses appels n'avaient fait que résonner contre les murs froids de l'appartement. Rien n'avait véritablement changé depuis la dernière fois qu'il était venu. Et tout lui paraissait tellement différent, plus triste, vide et glacial. Il était resté longtemps prostré dans le salon, insensible au temps qui passait, à la faim qui lui tenaillait le ventre ou la soif qui asséchait sa gorge. Il était resté immobile, perdu. Pour la première fois depuis très longtemps il n'avait pas su quoi faire. Rien ne lui venait à l'esprit. Il se sentait… vide.

Et puis les hallucinations avaient commencé. Une longue succession de cauchemars, de souvenirs, de remords. Son esprit lui avait fait payé au centuple ses erreurs.

Se plonger dans l'alcool avait été son dernier recours, son ultime tentative, qui n'avait pour but que de se préserver un minimum de la douleur, de sauver le peu de raison qui lui restait. Ironique.

Sa descente vers les enfers s'en était trouvée accélérée de plusieurs semaines. Chaque goutte d'alcool lui offrait autant d'oubli que de cauchemars.

Et voilà que maintenant…

Il avait l'impression d'avoir rêvé ces dernières semaines. Tout était exactement comme lorsque Ianto était encore en vie…

Une feuille de papier posée sur la table basse attira son attention. Une tasse de café juste à côté.

« Jack,

J'espère sincèrement que je serais rentré avant ton réveil. Si ce n'est pas le cas, je te laisse ce mot. Simplement pour te rappeler une chose : je tiens toujours mes promesses. Je t'en ai fait une il y a de cela quelques heures à peine. Alors ne penses pas que tu pourras te débarrasser de moi aussi facilement. Les placards sont vides, je ne suis encore jamais mort de faim et pour tout te dire je ne tiens pas à tenter l'expérience. Je vais chercher de quoi nous ravitailler un peu. Je serais aussi rapide que possible alors ne fait pas de nouvelles bêtises.

Je rentre bientôt, promis.

Je t'aime.

PS : si tu penses encore que tout ceci n'est qu'un tour que te joue ta cervelle, il y a une tasse de café qui, j'en suis sûr, te prouvera à quel point tu as tors. Savoure-le… »

Son Ianto.

Tremblant, il porta la tasse à ses lèvres. Elle était encore chaude, preuve que Ianto n'était pas parti depuis longtemps.

Le simple fait de sentir l'arôme délicieux du nectar dont seul son amant avait le secret lui amena presque les larmes aux yeux. Il y avait tellement longtemps…

Une gorgée lui suffit pour être sûr. Ianto était vraiment revenu. Personne ne se débrouillait aussi bien que lui en la matière. Il avait bu ce café tellement de fois qu'il était persuadé de pouvoir le reconnaître entre mille. Son amant le connaissait décidément trop bien. Rien n'aurait pu le convaincre davantage que cette innocente tasse de café.

Il n'attendait maintenant plus qu'une chose : que Ianto revienne.

Impatient il laissa errer son regard dans la pièce. Tout était exactement à sa place.

A une exception près.

Il rejoignit l'entrée et se baissa pour ramasser le sac de sport noir, ordinaire en apparence, qui n'avait strictement rien à faire là.

Il ne mit pas longtemps à comprendre de quoi il retournait : une lampe de poche, des bouteilles d'eau, une corde, un téléphone satellite, quelques rations de survie tout droit sorti des stocks de l'armée, un pilulier rempli de retcon, un canif et un…taser ?

Bref, le minimum vital avec lequel on prenait l'habitude de se balader quand on travaille à Torchwood. Et Jack ne connaissait personne de plus prévoyant et organiser que son Ianto. Le gallois avait certainement quelques autres petites choses dans ses poches et qui pourraient se montrer utiles en cas de catastrophe planétaire ou d'invasion extraterrestre.

Un carnet de voyage en cuir marron attira son attention. Il s'en empara et l'examina rapidement, persuadé d'en avoir vu un du même genre il n'y avait pas si longtemps…

Le journal de Ianto !

C'était l'évidence même. Son amant ne se séparait jamais de ce bouquin. Celui-ci était un peu différent de celui qui lui était tombé entre les pattes au Hub et que Ianto s'était empressé de lui reprendre. Il lui paraissait plus vieux, corné et abîmé.

Peut-être un vieux journal remontant à son enfance, se demanda le capitaine en tournant et retournant l'ouvrage entre ses doigts, hésitant.

Il ne devait pas faire ça… Ianto n'aimerait pas qu'il fourre son nez dans ce qui ne le regardait pas et il pouvait entrer à tout moment et le surprendre dans sa lecture clandestine.

D'un autre côté, sa curiosité naturelle semblait s'être éveillée aussi soudainement que des braises quasiment éteintes aspergées d'essence qui se ravivent en un brasier flamboyant. Apres des semaines de catatonie extrême, son esprit trouvait enfin quelque chose qui éveilla son intérêt. Sans compter le besoin presque viscérale de savoir, de se raccrocher à tout ce qui était en rapport avec Ianto. Dans ce carnet, il y avait un peu de son amant, un peu de son Ianto.

Il finit par céder à la tentation. Il partit se réinstaller dans la chambre, certain d'entendre son amant entrer dans l'appartement et d'avoir le temps de se débrouiller pour cacher à Ianto ce qu'il était en train de faire.

C'est avec fébrilité qu'il ouvrit le carnet, impatient de savoir ce que Ianto y avait inscrit.

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Journal

de

Ianto Jones

Débuté le 8 Janvier 1869.

Jack fronça les sourcils en voyant la date.

Qu'est-ce que ça voulait dire ?

Je suppose qu'il est puéril de la part d'un adulte, et d'un homme qui plus est, de tenir un journal tel que celui-ci. Mais ma mère disait qu'il n'y avait rien de mieux pour s'éclaircir les idées que de les coucher sur du papier. Et mon père nous répétait sans cesse, à ma sœur et à moi, d'écouter maman.

Il avait raison. Et elle aussi.

Depuis que je suis tout jeune je tiens ce genre de journal. Ma sœur a arrêté il y a longtemps déjà je crois. Elle n'en voyait plus l'utilité. Tout le contraire de moi. Comme toujours.

Et je sens que les années à venir ne seront pas de tout repos, alors peu importe ce que les autres pourraient en penser, j'ai besoin d'écrire ce qui m'arrive.

Tout ça est tellement étrange ! J'ai encore du mal à croire ce que je m'apprête à faire et je ne suis toujours pas convaincu que ce soit la bonne chose à faire mais… Le Docteur dit que je le doit. Il a certainement raison, comme toujours. Et puis c'est son idée après tout. Jack l'apprendra bien un jour. S'il m'en veut je n'aurais qu'à tout lui mettre sur le dos…

Mais revenons-en un peu à nos moutons. Le Docteur vient tout juste de me déposer en 1869. D'après lui c'est l'année à laquelle Jack s'est retrouvé coincé en essayant de le rejoindre grâce à son manipulateur de vortex.

Il a eu la bonté de me prêter quelques affaires, histoire que je me fonde un peu plus dans le décor. Je n'ai pas encore trouvé Jack mais le Docteur m'a assuré, grâce au TARDIS, qu'il était dans le coin. Il ne me reste plus qu'à le trouver avant qu'il ne lève le camp…

Ça serait bête que je le perde dès le début alors que suis là spécialement pour « l'observer ». Heureusement qu'on nous apprend quelques petites choses utiles en matières d'espionnage à Torchwood.

J'ai beau ne pas être très à l'aise avec tout ça, je dois bien avouer que le Docteur a raison. Je ne suis pas en mesure de faire face à Jack et d'assumer ce qu'il est. Je ne l'aurais jamais cru capable de faire quelque chose comme ça… se suicider… j'ai encore du mal à y croire. Et pourtant. J'ai encore du sang sous mes ongles ! Je n'arrive pas à l'enlever. Et ça me rappel sans cesse ce que j'ai vu. Tout ce sang…

A cet endroit les mots devenaient presque illisibles. Les larmes qu'avait versé Ianto avaient brouillé l'écriture.

Jack avait les sourcils froncés. Il avait peur de comprendre. Pour en avoir le cœur net il s'obligea à continuer sa lecture.

Une page, puis deux, puis trois… dix... vingt… trente…

Le doute n'était plus permis. Ianto l'avait suivi tout au long de sa vie, silencieux, invisible, et pourtant…

Le capitaine lisait sans pouvoir s'arrêter les commentaires que son amant faisait sur sa vie. Toutes les heures qu'il avait passé à le suivre, retranscrites fidèlement sur ces pages jaunies par le temps.

Il ne savait pas vraiment ce qu'il devait en penser lui non plus. Il était partagé entre la colère bien naturelle qu'il éprouvait de s'être fait berné de la sorte par l'homme qu'il aimait, l'incrédulité, la peur et l'ébahissement… et l'amour. Un amour débordant et incontrôlable pour son amant, son Ianto, qui n'avait pas hésité à mettre sa vie entre parenthèses pendant plus d'un siècle rien que pour lui, pour l'aider.

Partagé comme jamais face aux sentiments qu'il éprouvait, il continua sa lecture. Même s'il avait voulu il n'aurait pas pu s'arrêter maintenant. Il avait été trop loin pour stopper, il devait continuer. Il devait connaître le fin mot de cette histoire à peine imaginable.

27 Mai 1892

Je ne me suis jamais vraiment demandé comment Jack avait découvert son immortalité, ni même la façon dont il a vécu cette découverte. Sa condition est devenue tellement naturelle pour moi que j'en avais presque oublié qu'il était parfaitement mortel avant que le Docteur ne débarque dans sa vie.

Je regrette d'avoir été aussi stupide maintenant.

Aujourd'hui était probablement le premier jour de la vie du Jack Harkness que je connais. C'est étrange de penser que l'homme que j'aime n'est pas encore vraiment né. C'est vrai, le Jack de cette époque est très différent du mien. Peut-être pas au premier abord, mais moi je le vois bien. Je ne sais pas trop comment l'expliquer mais je crois que l'homme que je suis chaque jour est plus insouciant que celui que je connais. Il est moins torturé aussi et plus irresponsable. Des fois je me surprends à le considérer comme un enfant. C'est vraiment étrange mais je comprends mieux d'où lui vient son comportement parfois immature. Il était comme ça à l'origine… Je suis content qu'il ait gardé une partie de son caractère. Jack ne serait pas Jack s'il ne faisait pas son sale gosse de temps en temps…

Il me manque.

Mon Jack me manque.

Celui-ci n'est pas l'homme que j'aime, pas vraiment. Le Docteur avait raison de dire que ça serait dur. Plus les années passent plus je réalise qu'il se passera encore très longtemps avant que je retrouve mon Jack.

Mais je vois aussi ce que je gagne à endurer tout ça. Surtout lors de jour comme aujourd'hui.

J'ai assisté à la première mort de Jack. Enfin, la première… si on ne compte pas celle qui lui a valu son immortalité.

Et il n'a pas bien prit la chose. Pas bien du tout même. Je me suis abstenu de l'observer trop longtemps. Je n'ai pas à m'immiscer si loin dans sa vie. Sa douleur n'appartient qu'à lui. Même si c'est difficile de le regarder souffrir et maudire le Docteur sans pouvoir rien faire. Il est tellement perdu… Je voudrais pouvoir le rassurer et lui dire qu'au final tout ira bien, qu'il n'aura pas à endurer l'éternité seul, que je serais là pour lui…

J'ai encore du mal à croire que Torchwood a enrôlé Jack de force. J'ai toujours supposé qu'il s'était engagé de son propre chef, par devoir ou je ne sais quoi…

Je n'ai jamais rien vu dans les archives qui mentionne son entrée dans Torchwood… il a dû détruire les preuves des chantages qu'on lui a fait dès qu'il a pu…

Je me demande pourquoi il n'a pas mis les voiles dès qu'il en a eu l'occasion. C'est probablement ce que j'aurais fait à sa place. Plutôt que de prendre la tête de l'organisation. Je crois que c'est en l'honneur du Docteur qu'il a fait tout ça. Maintenant que je les connais tous les deux et que je sais ce qui les lie, je comprends mieux certaines choses qu'il a faites.

3 Octobre 1927

J'ai suivi jack jusqu'aux États-Unis. Il est en mission pour Torchwood. J'avoue ne pas avoir compris le fin mot de cette histoire mais je sais au moins que ça a un rapport avec un parasite extraterrestre et la guerre qui se prépare…

A vrai dire je ne suis pas certain de vouloir savoir de quoi il retourne vraiment.

Il y a plus important en ce qui me concerne. Je commence enfin à comprendre pourquoi Jack a mis tant de temps à m'avouer ses sentiments et à me faire confiance à ce sujet.

Cette raison a même un nom : Angelo Colasanto.

Mes sentiments vis-à-vis de cet homme sont partagés. S'il se trouvait face à moi je ne sais pas ce que je ferais. Je crois que j'hésite encore entre lui mettre mon point dans la figure et le prendre dans mes bras. Je le hais presque autant que j'ai pitié de lui.

Ce n'est pas qu'il soit amoureux de Jack et que Jack lui retourne cet amour qui me pose problème. Il n'est pas le premier de ses amants que je rencontre. Et surement pas le dernier.

Je le hais d'avoir eu la bêtise de livrer Jack à ces bouchés. Ces abrutis l'ont torturé, ils l'ont tué, encore, encore et encore. Tout ça à cause de cette foutue religion ! Pourquoi tout ce qui est différent doit forcément être mauvais ?! Je ne comprends pas.

Et dire que j'ai été obligé d'assister à ça ! De loin d'accord mais ça n'en reste pas moins douloureux. Plus que jamais j'aurais souhaité pouvoir faire quelque chose. Empêcher cette trahison ou… je ne sais pas, faire quelque chose.

Je le hais et pourtant je n'aurais jamais pu lui souhaiter ce qui lui arrive. C'était évident que Jack ne pourrait plus jamais lui faire confiance, qu'il allait repartir et l'abandonner en quelques sortes… peu importe qu'Angelo ait fini par ouvrir les yeux sur sa bêtise. Le mal est fait.

J'ose à peine imaginer ce qu'il a dû ressentir quand Jack s'est jeté du toit en lui disant adieu. J'ai vraiment hésité à aller le voir. Vraiment. Mais comme toujours je me dois de rester spectateur. Je ne sais pas quel effet aura Jack sur la vie de ce pauvre garçon. J'espère simplement qu'il aura pu en tirer une quelconque leçon. Et qu'il ne souffrira pas trop longtemps de leur rupture.

18 Mars 1941

J'ai fait la connaissance du véritable Jack Harkness aujourd'hui… Le vrai de vrai, celui à qui Jack (ou quel que soit son véritable nom) a volé son identité.

Et je les ai vus s'embrasser aussi.

C'était étrange de se dire qu'il y avait deux Jack (trois si on compte le vrai) à la même époque. Je ne pouvais pas manquer cette occasion de voir, même de loin et sans qu'ils en sachent rien, Tosh et Jack à cette soirée dansante. J'étais tellement heureux. Bien sûr revoir Tosh en vie a été douloureux mais… je ne regrette pas. Je crois que j'avais besoin de ça.

Et pour le coup, je n'en veux même pas à Jack de s'être laissé charmer par le vrai Jack. Ils étaient trop beaux ensembles pour que je puisse les juger.

J'aimerais que nous reparlions du Capitaine Jack Harkness quand Jack et moi nous serons à nouveau réunis. Il est le genre d'homme qui mérite que l'on se souvienne de lui.

Jack était trop absorbé par sa lecture pour se rendre compte du bruit que Ianto fit en rentrant.

Le gallois déposa ses achats dans la cuisine et pris directement la direction de la chambre, heureux de voir que Jack ne s'était pas réveillé en son absence.

Il ne remarqua pas la tasse de café vide abandonnée sur la table du salon.

Il s'attendait à trouver son amant endormie sur le lit et fut surpris de le découvrir bien réveillé au contraire. Réveillé et visiblement occupé.

Ianto se sentit pâlir en voyant ce que son amant tenait entre ses mains. Son cœur s'emballa, pris de panique. Et le regard impénétrable que lui lança Jack en remarquant sa présence ne fit rien pour améliorer son état.

Oups ?

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Chapitre finis !

Je sais que je vous avais promis un lemon mais je me suis un peu laissée emportée et donc je préfère couper le chapitre en deux. Surtout que si je ne le fait pas vous risquez d'attendre la suite encore longtemps. Les exams n'attendent pas !

Bref, j'espère que vous avez apprécié et cette fois je vous le promets (sur la carte mère de mon ordi chéri) vous aurez votre lemon au prochain poste !

A suivre