Un chapitre de plus à ajouter à ma liste...

Je n'en dirais pas plus à ce sujet.

Bonne lecture !


La journée touchait à sa fin. Sarutobi Hiruzen était fier de lui. Pour la première fois en plusieurs semaines, le sandaime semblait obtenir une victoire sur la paperasse. C'était une victoire factice, bien sur, car dès le lendemain, elle serait de retour en force. Toutefois, cela lui remontait le moral de découvrir qu'il pouvait arriver au terme de cette tache en apparence interminable. Validant un énième rapport, il se permit une courte pause pour fumer sa pipe. Peu de temps après, quelqu'un toqua à la porte. Au vu des tapements affolés, la personne semblait paniquée, ou énervée.

Hiruzen, soupirant: Entrez !

Le sandaime inspira une bouffée de sa pipe, tandis que la porte s'ouvrait. Un juunin pénétra dans le bureau. Comme Hiruzen le pensait, le nouveau-venu était fou-furieux. C'était d'ailleurs à tel point qu'il semblait avoir du mal à respirer. Lorsque son souffle se stabilisa enfin, il semblait encore plus énervé.

Juunin, furieux: Hokage-sama, c'en est trop. Il n'est pas question que mon équipe reçoive cette mission une fois de plus.

Hiruzen, tempérant: Que se passe-t-il ? Quel est le problème ?

Juunin: C'est la mission Uzumaki.

Hiruzen, soupirant: Oh, encore...

Juunin: Encore quoi ?

Hiruzen, dépité: La mission Uzumaki commence à poser de sérieux problèmes, semble-t-il. Que s'est-il passé cette fois-ci ?

Juunin: Je ne sais pas, je n'ai pas tout compris. Je sais juste qu'un de mes genins à discuté avec l'Uzumaki pendant quelques secondes, alors que j'avais le dos tourné. J'ai retrouvé mon élève hagard et complètement perdu.

Hiruzen, soupirant une nouvelle fois: Pas de changement. A chaque fois, le sensei s'absente ou est distrait et à chaque fois, un genin se retrouve dans cet état. On ne sait pas pourquoi, ni comment, seulement qu'Uzumaki Naruto peut être impliqué.

Juunin, inquiet: Et les genins, que deviennent-ils ? Au bout de combien de temps s'en remettent-ils ?

Hiruzen, la mine triste: Très longtemps. Sur la quinzaine d'équipes ayant fait la mission, soit sur les quarante-cinq genins, sept sont encore en convalescence et trois autres ont cessé d'être shinobi.

Juunin, sceptique: Comment un enfant de quatre ans peut-il provoquer tant de dégâts ? Tétraplégique qui plus est.

Hiruzen, malheureux: Je ne sais pas...

C'était la vérité. Hiruzen n'avait aucune idée de comment s'y prenait Naruto, mais il ne doutait pas que ce fut sa faute. Et cela l'attristait de devoir l'avouer. La mission Uzumaki, comme elle se faisait désormais appeler, était à l'origine une mission de rang D. Mais suite à l'état dépressif des genins ayant effectuées cette mission, celle-ci avait finit par passer rang C, tant la santé mentale des shinobis semblait affectée. Et effectivement, comment un enfant de quatre ans pouvait-il provoquer tant de dégâts ?

Hiruzen, désirant apaiser les tensions: Très bien, votre équipe ne recevra plus la mission Uzumaki. Par contre, elle devra s'occuper de Tora.

Juunin, acquiesçant: Tout ce que vous voudrez pour ne pas retourner à l'orphelinat. S'ils y retourne, ils vont être brisés.

C'était le seul avantage de la mission Uzumaki. Après cette dernière, les juunins suppliaient presque pour que leur équipe reçoive celle de Tora. Mais en dehors de ça, il restait le problème de Naruto. Bientôt, plus personne ne voudrait prendre cette mission. Seuls les shinobis en disgrâce ou sanctionnés la prendraient. Au moins cela serait-il une punition exemplaire. Comment le gérer ? Congédiant le juunin, Hiruzen soupira. Il ne savait pas quoi faire. Il n'avait plus la tête à faire de la paperasse, alors autant tenter de trouver une solution, mais il ne trouvait rien. C'est alors que quelqu'un toqua une fois de plus à la porte. C'était un tapement sourd, lent et parfaitement mesuré. Typique d'un shinobi.

Hiruzen, las: Entrez !

Aussitôt, un homme arriva, que le sandaime reconnut de suite. Il venait de revenir de mission, après s'être évadé de la salle des tortures d'Iwagakure no sato. La plus grande partie de son corps, incluant son crâne, une partie de son visage et ses mains, était recouvert de bandages. Il semblait plus mort que vivant, seule la force de sa volonté semblait le tenir debout. Malgré ça, il se tenait parfaitement droit. C'était une vision impressionnante à voir. Le hokage devint en convenir, toutefois il se demanda la raison de sa présence.

Hiruzen, soupirant: Tu devrais encore être en convalescence à l'hôpital et ça m'étonnerait que le personnel t'ai laissé sortir.

Homme, souriant: En effet, ils ne sont pas au courant. Mais c'est dans ma nature: je suis incapable de rester allongé à ne rien faire.

Hiruzen, amusé: C'est le cas de la plupart des shinobis. Mais je dois avouer que tu es un cas extrême. Alors, qu'attends-tu de moi ?

Homme, toujours souriant: J'aimerais recevoir une mission.

Hiruzen, plissant les yeux: Je connais ta volonté, Ibiki, mais je doute que tu sois en mesure d'effectuer une mission à la hauteur de tes talents.

Ibiki, amusé: C'est vrai. Je pensais m'occuper d'une certaine mission à problème. De rang C.

Hiruzen, surpris: Tu me parles de la mission Uzumaki, n'est-ce pas ?

Ibiki, approuvant: En effet. Si je suis incapable de m'occuper de la torture de mes patients, je peux encore tenter de désamorcer ce petit conflit.

Hiruzen, souriant ironiquement: Un juunin spécialisé tel que toi accepterait de t'occuper d'une simple mission de rang C ?

Ibiki, le plus sérieusement du monde: Parfaitement. En réalité, je suis plutôt intéressé par son comportement. A quatre ans, la seule présence de l'Uzumaki suffit à rendre mal-à-l'aise la plupart des gens. En l'observant, je pense pouvoir améliorer mes propres compétences concernant la pression mentale.

Hiruzen, reprenant son sérieux: Tu penses vraiment pouvoir faire quelque chose ?

Ibiki, songeur: Honnêtement, je ne sais pas. Mais s'il est possible de faire quelque chose, je pense pouvoir y arriver.

Hiruzen, après méditation: Hmm... Oui, je pense pouvoir te laisser la mission Uzumaki. Rappelle-toi seulement qu'il s'agit d'un enfant de quatre ans. Ne va pas le brusquer.

Ibiki, souriant: Je devrais pouvoir m'en souvenir.

Hiruzen: Bien, dans ce cas je laisse officiellement la mission Uzumaki à tes soins.

Ibiki, s'inclinant, ce qui lui provoqua des frissons de douleur mais aucune réaction de sa part: Haï, hokage-sama !

Se relevant, Ibiki quitta le bureau. Le sandaime se sentait brusquement soulagé d'un grand poids. Morino Ibiki était certes du genre sadique, mais il était aussi et surtout un expert dans les relations humaines. Si quelqu'un pouvait effectivement faire quelque chose pour Naruto, c'était bien lui.

Depuis sa chambre, Naruto entendit quelqu'un sonner à la porte de l'orphelinat. Il était plutôt rare que ce fut des visiteurs ou des futurs parents. Soupirant, le blondinet songea que ce devait être pour lui. Encore ! Il y avait un peu plus de trois mois, le hokage avait mit une mission à son nom, dans le but de s'occuper de lui. Comme il s'y était attendu, cette annonce avait énormément soulagé le personnel de l'orphelinat. Toutefois, cela ennuyait Naruto plus qu'autre chose. Il n'était déjà pas libre de ses mouvements, mais la présences d'inconnus dans son intimité ne le laissait pas non plus libre de ses pensées. Souvent, lorsque l'un des genins censé s'occuper de lui disait une chose de déplacée, l'Uzumaki disait quelques mots, de simples vérités, qui pouvaient briser un esprit.

La porte de sa chambre s'ouvrit, puis se referma, mais Naruto n'y fit pas attention. Bientôt, l'équipe s'approcherait de lui et commencerait à faire ce qu'il font si bien, pas grand chose. Ils resteront là à attendre un quelconque mouvement de sa part, chose qui n'arriverait pas. Regardant par la fenêtre, comme chaque jour, il observait le ciel. Cet océan azur était la seule chose de ce monde qui pouvait se comparer à ses yeux. D'une immense pureté, mais lointain et indifférent, il pouvait également révéler une fureur sans borne. Le ciel était comme le regard de Naruto, il pouvait vous foudroyer si l'envie l'en prenait. Les pupilles du blondinet avaient commencé à changer, subtilement. Au lieu d'être rondes, elles avaient commencé à se déformer, s'affinant lentement. Pas tout à fait celles d'un félin, mais plus totalement celles d'un homme... Et encore moins celle d'un garçon de quatre ans.

Une vingtaine de minutes s'étaient écoulées lorsque Naruto remarqua quelque chose d'étrange. D'ordinaire, l'équipe de shinobis se présentaient à lui. Mais là rien. Il y avait bien quelqu'un d'autre dans la pièce, il le sentait et entendait sa respiration. Lente, mesurée, calme, le nouveau-venu semblait à l'aise. Plutôt inattendu. Tant qu'il se comporterait ainsi, Naruto ne lui reprocherait rien.

…, calme: Uzumaki Naruto ?

Naruto, neutre: Et vous êtes ?

…, amusé: Je me nomme Morino Ibiki.

Naruto, indifférent: connais pas.

Ibiki, éclatant de rire: Encore heureux. D'ordinaire, on cherche plutôt à éviter ma compagnie.

Naruto, se permettant un léger sourire: Comme ça on est deux.

Ibiki, de bonne humeur: Je suppose... Alors, la vue est belle ?

Naruto, neutre: Plus ou moins. J'ai appris à l'apprécier, puisque j'ai rarement l'occasion d'observer d'autres paysages.

Ibiki: Tu ne sors jamais de cette chambre ?

Naruto, haussant les sourcils à défaut de pouvoir hausser les épaules: Si parfois. Surtout pour aller manger ou pour méditer. La falaise des hokages est un bon endroit pour ça.

Ibiki, songeur: Je suppose que oui. On peut y voir la totalité du village. Les villageois ressemblent à des fourmis, vu de là haut.

Naruto, avec scepticisme et raideur: Des fourmis rouges, dans ce cas. Des nuisibles qui s'attaquent à tous ceux qui ne sont pas comme eux.

Ibiki, intéressé par ce point de vue: Vraiment ? Je suis pourtant certain qu'il y a au moins quelques personnes qui ne correspondent pas à cette description.

Naruto, admettant cette affirmation: Oui, il y a bien deux ou trois personnes de ma connaissance qui ne sont pas aussi déments que les autres. Mais ça s'arrête justement à ce nombre: deux ou trois. Sur plusieurs centaines de milliers d'habitants. Si peu.

Ibiki, sombrement: Tout n'est pas tout noir ou tout blanc. Naruto, ce que tu as vu d'eux n'est que leur mauvais coté. Il y a aussi du bon en eux.

Naruto, encore plus sombre: Ce n'est pas leur bon coté qui est en cause. Moi, je ne leur ait jamais vu autre chose que le mauvais. J'ai cherché longtemps la raison de leur haine, sans jamais la trouver. Ils ont détruit ma vie, brisé mon existence, et j'ignore la réponse à cette simple question: pourquoi ? Qu'ais-je pu faire pour mériter ça ?

Ibiki, neutre: C'est pour ça que tu te venges sur les genins qui font leur travail ?

Naruto, acerbe: Je n'ai fait que leur parler, leur dire des vérités qu'ils ignoraient. Je leur ai fait ce que j'aurais voulu qu'on me fasse, qu'on me dise la vérité. Juste ça. J'ignore pourquoi, mais ils ne l'ont pas supporté.

Ibiki, songeur: les genins sont rarement très résistants mentalement. Mais de là à manquer de les briser mentalement, tu es très doué.

Naruto, fermant les yeux: Je n'ai pas voulu le faire. Ça s'est produit tout seul.

Ibiki, d'une voix amusée: Akumu no genin !

Naruto, rouvrant les yeux: Pardon ?

Ibiki, d'une voix joueuse: C'est ainsi que ceux que les équipes ayant eu à faire à toi te nomme: akumu no genin. Autrement dit, le cauchemar des genins. Tu les effraies par ta seule présence. Tu as une espèce de charisme qui rend mal à l'aise ceux que tu n'apprécies pas.

Naruto, indifférent: Je suppose que c'est tant mieux. Ainsi, on me laisse tranquille.

Ibiki soupira, avant de se décider à regarder l'enfant en face à face. Il avait espéré que ne pas voir son interlocuteur rendrait Naruto mal à l'aise, mais cela ne lui avait fait ni chaud ni froid. Le blondinet aurait aussi bien pu s'adresser à la chambre elle-même. Il lui restait toutefois une dernière carte à jouer. Et cette carte était recouverte de bandages. Le regard du Morino croisa celui de l'Uzumaki et il comprit soudainement comment il réussissait à apeurer ses interlocuteurs. Quelles pupilles effrayantes ! Les yeux de Naruto étaient naturellement hypnotiques. Ce dernier, de son coté, était mi-amusé mi-surpris par l'apparence de son interlocuteur.

Naruto: Vous avez joué dans un film d'horreur, récemment ?

Ibiki, esquissant un sourire: Très drôle. Mais dis-moi, aimerais-tu de nouvelles perspectives ? Ces quatre murs ne te lassent pas, à la longue ?

Naruto, indifférent: Pas vraiment. De toutes façons, je ne peux rien faire par moi-même.

Ibiki, las: Certes. Mais d'ici quelques années, tu pourrais faire un très bon interrogateur. J'ai vu l'état des genins à qui tu as parlé, lorsque j'ai été admis à l'hôpital. Tu es capable de produire une très forte pression mentale.

Naruto, acide: Ce n'est pas mon trip de briser ceux à qui je parle. Ça arrive parfois, c'est tout. Je ne veux pas faire carrière dans ce domaine.

Ibiki, mystérieux: Pas encore...

Naruto ferma les yeux sans répondre. Son interlocuteur lui tapait sur les nerfs, mais il ne voulait pas faire de bêtises. Le sandaime n'aimerait pas. C'était la seule personne qu'il appréciait sans la moindre réserve. Ce type, Morino Ibiki, ce n'était rien de plus qu'un curieux désireux de comprendre ce qu'il avait fait. Mais comment pouvait-il l'expliquer, alors qu'il ne le savait pas lui-même. C'était comme une voix intérieure, ou plutôt une pulsion qui lui intimait de parler à chaque fois. Les mots venaient d'eux-mêmes, naturellement.

Ibiki, pour sa part, était plutôt satisfait de sa mission, bien qu'il restât des zones d'ombres. Naruto était parfaitement maître de lui. Rien ne parvenait à l'ébranler, mais c'était son expérience qui en était la cause. Il s'était fait frapper à tel point que n'importe qui d'autre en serait mort. Lui-même en était sortit tétraplégique. Mais cela lui avait forgé un caractère fort, indestructible. Malheureusement, cela avait également détruit la confiance qu'il avait dans la population de Konohagakure no sato. Il ne se refermait pas sur lui même, il n'était juste plus sur la même longueur d'ondes que le reste du monde. Il survivait grâce à la tolérance du village, qui n'était pas très élevé à son égard, fut dit en passant. Mais surtout, Ibiki était impressionné par cette volonté, très semblable à la sienne, qu'il retrouvait dans cet enfant. Un jour, il pourrait faire un bon élément de sa section interrogatoire, malgré, ou plutôt à cause de, son handicap.

Plus important encore, Ibiki comprenait maintenant la raison de la lobotomie des genins. C'était un désir inconscient du blondinet, probablement celui de rester seul. Il n'avait plus confiance qu'en un nombre limité de personnes et il considérait les autres comme des ennemis potentiels. Si l'un d'eux avait, de près ou de loin, un comportement agressif à son égard, Naruto le brisait mentalement, avec plus ou moins de violence en fonction de l'agressivité de la cible. C'était un mécanisme d'autodéfense.

N'ayant plus rien à faire, Ibiki décida de s'en aller. Il devait aller faire son rapport concernant le cas Uzumaki Naruto. Le verdict, inoffensif à la condition de le laisser tranquille. Le sandaime allait devoir faire une croix sur son désir de voir le blondinet sociable. Toutefois, il serait peut-être intéressant de laisser les genins s'occuper de Naruto en vue de les préparer aux examens chuunin. Ce serait une présélection des plus efficaces...

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, enfin presque. Telles étaient les pensées de Naruto après plus de deux semaines sans visite d'une équipe de genin. Il se sentait mieux de ne pas devoir supporter une bande de pré-adolescents insatisfaits de leur sort. Le personnel de l'orphelinat, pour sa part, avait été dépité. Toutefois, le blondinet n'était pas un monstre. Il avait fait un marché avec une femme légèrement plus courageuse que les autres: il lui offrait l'immunité, en échange de quoi elle lui servirait de chauffeur et l'emmenait ou il voulait et surtout quand il le voulait. Ce qui incluait en pleine nuit s'il le désirait, car il lui arrivait parfois, et sans aucune raison, d'être pris d'une crise de panique dans son lit. Mais c'était plutôt rare. Ainsi donc, elle était la seule à jamais avoir vu les faiblesses de Naruto lorsqu'elles se présentaient. Ses douleurs fantômes aussi, bien que ce fut encore plus rare. Ce n'était arrivé qu'une seule fois depuis qu'il était dans cet état, à vrai dire. Malgré elle, la femme commença à ressentir une certaine affection pour le blondinet. Il n'était pas de si désagréable compagnie lorsqu'il le voulait bien.

Ce jour-là, tard dans la soirée, l'Uzumaki avait émis le désir de diner à Ichiraku ramens. La femme l'y emmena donc. Toutefois, ils n'atteignirent jamais le restaurant. Un groupe d'hommes encagoulés les interpela, ou plutôt les agressa. S'ils n'avaient aucun signe distinctif, le blondinet les reconnut comme étant ceux l'ayant rendu tétraplégique. La foutue secte à la gloire du yondaime. Naruto sentit une haine inexplicable le saisir. Oui, c'était eux qu'il haïssait par dessus tout, d'une véritable haine, pure et dure. Et ils étaient là, devant lui. Ironie suprême, alors qu'il était enfin conscient de sa haine contre eux, il était incapable de s'en soulager. Sa tétraplégique l'en empêchait, cruelle destinée.

Il regarda donc, impuissant, le groupe d'hommes l'emmener, tandis que la femme observait impuissante. A elle, ils ne lui firent pas de mal, après tout, ce n'était pas elle le démon. Non, leur cible, c'était Naruto. Ils trainèrent donc le fauteuil sur lequel était attaché le blondinet. Ironie supplémentaire, les attaches de sécurité de l'Uzumaki étaient désormais ses entraves, pas que sans elles il aurait pu s'enfuir, remarque...

Naruto dût donc regarder, impuissant, ce qui risquait fort d'être ses derniers instants. Il ne pouvait pas l'accepter. Pas comme ça, pas maintenant. Le groupe d'hommes riait aux éclats devant la prise qu'ils avaient effectué. L'Uzumaki n'en était pas certain, mais il lui a semblé les entendre dire qu'ils allaient en finir rapidement. Il y avait une histoire d'eau, mais il n'y avait pas d'étangs ou de lacs à Konoha. Alors comment comptaient-ils s'y prendre ? La réponse était toute simple, mais il fallut que Naruto le voit de ses yeux pour qu'il comprenne. Les hommes partirent dans un rire goguenard avant de détacher les sangles du fauteuil et de laisser le blondinet tomber dans le trou. Un puits. Un simple puits. L'idéal pour laisser couler un corps immobile comme un tétraplégique par exemple.

La chute sembla sans fin. L'air sifflait autour de Naruto. Lorsqu'enfin le bruit d'impact signala à Naruto qu'il était entré en contact avec l'eau, il ne ressentit ni douleur, ni même une sensation de froid. Juste un vague frisson et il n'était même pas certain que ce fut réel. Le liquide incolore pénétra dans la bouche du blondinet qui la recracha une fois, deux fois, trois fois... Naruto flottait, mais combien de temps cela durerait-il ? Petit à petit, son corps s'enfonçait dans les profondeurs obscures de cet endroit lugubre. D'une certaine façon, ce lieu lui en rappelait un autre encore plus sombre...

Naruto ouvrit les yeux. Il était allongé sur le dos, flottant paresseusement dans une trentaine de centimètres d'eau. Par réflexe, il voulut se passer la main sur la figure. C'était stupide, car étant tétraplégique son bras ne réagirait pas. Pourtant, il réagit. Ses doigts entrèrent en contact avec sa joue, ce qui le fit sursauter. Que se passait-il au juste ? Avant de comprendre ce qui lui arrivait, Naruto était debout. Il tenait seul sur ses jambes, sans support ni soutien. Un vrai miracle. Puis, regardant autour de lui, l'Uzumaki reconnut les lieux. La plomberie qui fuyait, le sol inondé, le couloir sombre, la respiration sourde... Pas de doute, il était dans son esprit. Toujours aussi accueillant, à ce qu'il voyait.

Mais que faisait-il ici ? Enfin, à part une fois, il n'y était jamais entré, pour ainsi dire. Le souffle résonnant à travers les couloirs se fit plus saccadé. Un hurlement retentit brusquement, sans crier gare. La dernière fois, en entendant ce hurlement inhumain, Naruto avait fuit la queue entre les jambes. Aujourd'hui, en revanche, il était énervé et avait de la rage a évacuer. Le sang battant sur ses tempes, Naruto se rendit en direction du hurlement. Il arriva bientôt dans une grande salle dont l'un des murs avait été remplacé par une immense grille à barreaux renforcés. Deux yeux rouges luisant à la pupilles fendue observèrent le blondinet approcher. Un nouveau hurlement de rage retentit, ce qui exaspéra l'Uzumaki. Il aurait du être effrayé de découvrir une entité dans son subconscient, au lieu de quoi il était juste énervé.

Naruto, sur les nerfs: C'est pas bientôt fini ce bordel. On ne peut plus mourir en paix, maintenant ?

…, d'une voix rauque: Sale morveux. Approche donc de mes crocs, que je goutte à ton sang.

Naruto, peu amène: Ce serait avec plaisir, mais vois-tu, quoi que tu sois, je suis chez moi. Ce qui fait que tu es toi-aussi chez moi. Donc tu la fermes et tu me laisses crever en paix. Je l'aurais pas volé. De toute façon, la moitié du village tente de me tuer, tandis que l'autre approuve. S'ils y arrivent, peut-être me laisseront-ils enfin en paix.

…, hurlant: Ne te fous pas de moi. Il n'est pas question que tu crèves ici. Si tu crèves, je crève avec toi, et de cela il n'en est pas question.

Naruto, curieux malgré lui: Au fait, qui es-tu exactement ?

…, grognant: Mon nom n'a pas d'importance, mais tu me connais sous le nom du Kyubi.

Naruto, avec scepticisme: Le Kyubi ? Celui qui a attaqué Konoha il y a un peu plus de quatre ans ?

Kyubi, grincheux: Tu en connais d'autre ?

Naruto, amusé: Pas vraiment. Mais que fais donc Sa Cruauté dans mon humble esprit ? Elle se tape l'incruste pour passer le temps ?

Kyubi, avec rage: Si seulement j'avais réussi à te tuer ce jour là, nous n'en serions pas là aujourd'hui. Ça aurait été plus simple pour nous deux. Mais ce maudit yondaime et sa femme m'ont scellé dans un morveux qui sert de punching-ball à son village. Dieu que le destin est cruel.

Naruto, approuvant: C'est ce que je n'arrête pas de dire. Il y aura au moins une personne qui sera d'accord avec moi... Euh, peut-on te considérer comme une personne ?

Kyubi, surpris malgré sa colère: Les mots que je prononce ne t'affectent pas ? Comment peux-tu rester si stoïque en sachant qui je suis et ce que j'ai voulu te faire ?

Naruto, soupirant: Je suppose qu'on peut appeler ça faire la paix avec soi-même. Je suis sur le point de mourir et franchement, je n'ai pas envie que ça se fasse dans les hurlements.

Kyubi, rugissant: Espèce de sale morveux ! Tu n'as pas le droit de crever comme ça. Je ne te laisserais pas faire.

Naruto, souriant: Dans ce cas, vas-y ! Fais quelque chose.

Kyubi, se figeant: Tu me laisses le contrôle total sur ton corps, vraiment ?

Naruto, haussant les épaules: Si ça peut au moins sauver une personne qui ne me hait pas moi en particulier...

Kyubi, soufflant: Je te hais !

Naruto, indifférent: Comme tu hais le reste du monde. Je ne suis qu'une cible comme une autre, pas celle désignée par un village comme bouc émissaire.

Kyubi: C'est discutable si tu continues de parler pour ne rien dire.

Naruto, sur le ton de la conversation: Alors ? Tu as réussi à quelque chose avec mon corps ?

Kyubi, dépité: Non...

Naruto, comme s'il parlait de la pluie et du beau temps: Pas facile, la tétraplégie, n'est-ce pas ? Dépendre des autres... Je n'ai jamais aimé, mais j'y suis obligé. Et je comprends maintenant que c'est à cause de toi. C'est ta présence dans mon corps qui fait que je suis pour tous le démon de Konoha. J'ai tort ?

Kyubi, les yeux brillant de haine: Non.

Naruto, fataliste: Dans ce cas, à quoi bon lutter ? Je vais mourir, c'est un fait avéré. Noyé, qui plus est. Toi qui est un être immortel, tu devrais pouvoir survivre, non ?

Kyubi, hargneux: C'est plus compliqué que ça. Lorsque mon hôte meurt, je meurs avec lui. Il me faut ensuite un certain temps pour que mon essence se rassemble et que je me reforme sur Terre. Mais dans notre cas à l'heure actuelle, ça ne se passera pas comme ça.

Naruto, curieux: Pourquoi ?

Kyubi, cognant une patte contre la grille: Parce que tu es un putain de tétraplégique ! As-tu jamais fait des recherches sur cette maladie ? Quel morveux inutile. Les tétraplégiques voient leur corps se dégrader graduellement à cause du manque d'effort physique. Il faut donc qu'une personne stimule les muscles pour les empêcher de s'atrophier. Mais personne ne l'a fait pour toi, alors pourquoi, selon toi, ton corps est toujours en parfait état ?

Naruto, haussant les épaules: Je ne sais pas...

Kyubi, avec rage: Je vais te le dire. Le yondaime m'a scellé en toi, ainsi que mon chakra, mais seulement la partie yang. Je suis comme une réserve illimité d'énergie physique. Or, comme ton corps n'en produit plus, il s'est mit à siphonner mon chakra pour maintenir ton corps en bon état. Tu agis comme un putain de parasite.

Naruto, haussant un sourcil: Dit celui qui vit dans mon esprit depuis plus de quatre ans sans que je le sache.

Kyubi: Grrr... Peu importe. Sache juste que la quantité de chakra que ton corps a assimilé a provoqué des effets secondaires. Tu as déjà remarqué tes yeux. Mais ce n'est que la partie émergée de l'iceberg. Ce qui se cache en dessous est bien plus gros.

Naruto, soupirant: Tu comptes y passer la nuit ou me le dire tout de suite ?

Kyubi, pestant: Sale morveux ! Ce que je voulais dire, c'est que tu vis en symbiose avec moi désormais. Ton corps et ton esprit ont entamé un phénomène de fusion avec le mien. C'est une première dans l'histoire. Jamais un biju et un jinchuriki n'avait eu un tel besoin l'un de l'autre pour en arriver à cette extrémité. Le pire c'est qu'aucun de nous ne l'a décidé.

Naruto, indifférent: De toutes façons, je vais mourir, alors pour ce que ça peut me faire...

Kyubi, poussant pour la première fois un soupir: Tu n'as pas remarqué ?

Naruto: Quoi ?

Kyubi: Tu n'es plus dans l'eau. Ton corps je veux dire. Quelqu'un l'a sortit du puits. Tu es vivant et moi aussi du coup.

Naruto, feignant l'enthousiasme: Youpi, je vais pouvoir me faire tabasser à mort.

Kyubi, menaçant: A cause de cette symbiose, je ne peux certes pas posséder ton corps, ou dévorer ton âme, comme je l'avais tant imaginé lorsque j'ai été scellé en toi, mais je peux te pourrir la vie. Si tu baisses les bras encore une fois, je jure sur l'âme du Rikudo sennin que même si je dois y laisser mes neuf queues, je trouverais le moyen de faire de ta vie un enfer.

Naruto, reniflant avec dédain: Au cas ou tu ne le saurais pas, le fait que je sois tétraplégique m'empêche de me défendre. Par définition, je ne peux pas faire autre chose que baisser les bras. Sauf si tu as une solution à me proposer, bien sur.

Kyubi, hargneux: Tu me prends pour ta baby-sitter ou quoi ?

Naruto, malicieux: Je n'ai pas le droit de baisser les bras, mais je ne peux pas ne pas le faire si tu ne me donnes pas un coup de main.

Kyubi: Que veux-tu au juste ?

Naruto, le regard pétillant: Tu es le Kyubi, non ? Tu dois bien posséder quelques secrets qui pourraient m'aider, non, nous aider, à survivre. Si je n'ai pas le droit d'abandonner, toi en revanche, tu n'as pas le droit de me laisser me débrouiller seul. Si tu veux que je vive, tu devras y mettre du tien.

Kyubi, pétrifié: Tu oses utiliser la menace contre l'être le plus puissant de ce monde ? Tu as du cran. Soit, j'y réfléchirais. Maintenant, dégage !

Et sur ce, le Kyubi éjecta Naruto de son esprit...

L'Uzumaki se réveilla dans un soubresaut. Il était allongé sur le dos, ce qui lui donnait une impression de déjà-vu. A coté de lui se tenait un Anbu. Naruto n'était pas certain qu'il fut heureux ou non de se retrouver en compagnie d'un shinobi.

Anbu, neutre: Tu as eu de la chance que je te trouve. Un peu plus et tu te noyais.

Naruto: Amusant. Il me semblait pourtant que vous m'observiez à distance depuis quelques temps. Sur ordre du hokage, je suppose.

Anbu, d'une voix à peine surprise: Tu es plus observateur que ce que je supposais.

Naruto, observant le ciel: Méfiant, surtout. Je dirais même à la limite de la paranoïa.

Anbu: Je te ramène à l'orphelinat. Je pense que c'est préférable pour toi.

Naruto hocha la tête, mais il n'écoutait pas. Il ne faisait plus attention à ce qui l'entourait. Plus rien n'avait d'importance à ses yeux. Il ne faisait plus attention qu'à une unique chose. Une chose qui n'aurait pas due être possible: son index droit venait de bouger !


Voilà un nouveau chapitre de mené !

Qu'en pensez-vous ?