Chapitre XI
L'interview
« Mes dames et messieurs, je vous demande d'applaudir notre chère Katniss Everdeen ! »
Je me lève, toujours poussée par ma montée d'adrénaline que je sens couler dans mes veines. Mon cœur bat à tout rompre ; mes mains que je tiens le long de mon corps, poings fermés, sont moites et j'ai le souffle court.
« Alors Katniss, dis-nous. Qu'est ce que ça t'a fait d'arriver ici, au Capitole. D'après ce que je sais, il me semble que ça a dû être hallucinant pour toi, non? me demande Ceasar une fois qu'on se soit assis.
-Euh... je réplique pour reprendre mon souffle, non. Enfin euh, OUI, oui bien sûr. Le Capitole est resplendissant, c'est clair ! je dis, sans trop savoir s'il vaut mieux leur renvoyer leur bêtise à la tête ou approuver leur ville de pervers et de fous à lier »
La foule ricane de ma confusion. Mais je m'en fiche. Qu'ils rient. Au moins, je ne passerais pas pour banale ! Ils vont voir à quel point ça a été hallucinant d'arriver ici. Hallucinant d'arriver dans une ville de fous oui !
Notre homme de cérémonie reprend :
« Hum, c'est intéressant. C'est exactement ce que disent tout les interviewés. On ne sera pas vexés si tu prétends ne pas aimer les séances de préparations, tu sais. Il doit bien y avoir quelque chose...
-Ah, vous pensez ça vous, je lance, désormais plus à l'aise qu'à mon arrivée sur le siège. J'hésite vous savez. Je ne tiens pas à perdre l'affection des juges une fois que j'aurais dit tout ce que je n'apprécie pas ici. »
Je me rapproche de lui comme si j'étais sur le point de lui dévoiler le secret le mieux gardé du président de Panem. Il a compris mon geste et a joué le jeu.
« Vous voyez, je pourrais y laisser mes avantages et... »
J'obtiens la réaction escomptée. La stupeur se propage dans les tribunes, chacun croyant que je bénéficie d'un traitement de faveur après mon score à l'Entraînement. Tout le monde sait que c'est impossible mais il suffit de l'entendre de la bouche du tribut qu'on vénère pour le croire. Je n'ignore pas que je suis devenue la préférée des gens ici et je compte bien en profiter. Maintenant, c'est le gouvernement qu'est mis en doute. En plus, le fait que je « n'apprécierais » pas certaines choses de la ville les insupporte. Ils attendent plus d'explication.
« Eh bien, euh, parlez-nous en si ça vous chante. Je suis sûr que les juges n'en diront rien, affirme Ceasar Flickerman.
-Bon, je ne vous cacherez pas que la nourriture... Pfouah, ils sont servis avec tant d'élégance et tout ça qu'on en oublie sa saveur. Je préfère de loin le poisson et les huîtres délicieuses de chez nous.
-Entendez vous ça, s'esclaffe Ceasar gentiment, suivi par la foule. Elle n'aime pas les plats. Quelle idée ! Eh bien, je vous en prie Katniss. Continuez.
-Ensuite il y a le personnel aigre, les douches de torture, notre arrivée étouffante au Capitole... »
Tout cela n'est que mensonge, bien sûr (enfin presque). Mais que le public y croie me prouve sa loyauté. Ils me verront ainsi comme ces carrières arrogants et ça me rendra crédible et forte. Je parie que les sponsors se bousculeront, c'est certain...
-Bon, je suis sûr que ça suffit, coupe mon interviewer. Sinon, je sens qu'on va commencer pleurer tellement c'est déprimant de passer ces derniers jours dans un endroit qu'apparemment tu détestes (mais on sait tous les deux la vraie raison de mon silence). Et, raconte, est ce que tu comptes ces conditions désagréables que tu nous décris ici.
-Hah, bien sûr que non! je proteste vivement. Je m'assurerai d'abord de gagner ces jeux et ensuite, j'irai vivre au district Quatre, tranquille dans ma maison du village des vainqueurs... Je ne compte absolument pas terminer mes jours ici. Et euh, d'après moi, j'ai toutes mes chances de réussir. Regardez-moi ça ! Un douze à l'évaluation, des costumes de dingue ... Vous avez quand-même remarqué ma robe d'aujourd'hui j'espère. »
Espérant avoir été crédible dans ce petit numéro, je me lève et fais tourner ma robe, qui monte de façon inquiétante tout d'un coup. Peu importe. Je suis arrogante... Je suis une carrière... Je suis arrogante... Je suis une carrière...
Soudain, mon peigne me revient à l'esprit. Hoh, je l'avais presque oublié.
Ma robe est acclamée (tu m'étonnes) et Ceasar relance une plaisanterie pour détendre la foule. Je suis incapable de me la rappeler car je ne pense plus qu'au peigne que m'a donné Bongo, tout à l'heure. A quoi sert-il ? Que dois-je en faire ?
Une idée me vient.
« Oh Ceasar, dis-je en calquant ma langue. Vous ne m'aviez pas dit que j'étais totalement décoiffée. Enfin, tsss, bien sûr que je suis décoiffée mais je veux dire que mes nœuds commencent à se tasser. Vous m'autoriseriez à me peigner ? »
La foule part d'un éclat de rire à cause de l'absurdité que je viens de proférer. Mais je m'en moque. Il fallait absolument que je trouve un moyen de porter ce foutu peigne à mes cheveux et on verra bien ce qu'ils penseront après la scène incroyable à laquelle ils assisterons si mon pressentiment s'avère être juste. Mais j'ignore...
« Et si je vous le faisais moi-même ? Mais je vous préviens que mes connaissances en la matières sont bien médiocres. »
Je ris bêtement à sa plaisanterie, comme tout le monde, croyant à une frivolité mais il finit par s'enquérir du peigne et de me crêper vigoureusement les cheveux, le sourire aux lèvres.
Et ce qu'il se produit là est au-dessus de toute description.
A l'instant où les dents de l'objet saint touchent ma chevelure emmêlée, une étincelle, puis deux, puis trois se mettent à osciller autour de moi. Mes cheveux sont littéralement en feu. Et pas une imitation, de fausses flammes ou quoi... Il était tout aussi évident et réel qu'un et un font deux. Je prends peur des risques et des conséquences de ce numéro hors pair que mon styliste vient de me fournir.
Les mèches noircissent vite et tombent au sol sans que je puisse y remédier. Ainsi, je pouvais y « laisser quelque chose de précieux »... Il m'avait pourtant prévenu, Gale ou Bongo. Les deux.
La foule est exaltée, remontée et ils s'excitent, croyant à une simulation. Or notre présentateur s'aperçoit vite qu'il n'en est rien. Il appelle à l'aide, ça déraille complètement. Et pendant ce temps là, moi je suis en feu. Mes cheveux deviennent le moindre de mes soucis.
Heureusement, l'incendie s'arrête rapidement, sans doute grâce au nuage blanc qui m'asperge d'une mousse nacrée, exactement comme celle d'un extincteur. Sauf que là, pas la moindre trace d'une borne rouge dans les parages qui m'aurait sauvée du bûcher. Seulement Ceasar Flickerman, fixant mes chaussures d'un air impressionné. C'est là que je comprends tout l'intérêt de mes escarpins, qui ont bizarrement perdu de leur poids... C'était en réalité le moyen qu'a trouvé Bongo de rappeler mon évaluation, inconnue au grand public. Très astucieux ! Tout cela avait déjà été réfléchi, prévu et appliqué à merveille, même si je ne vois pas pourquoi il ne m'a tout simplement pas donné le peigne dès le début.
Tout le monde pousse un soupir d'émerveillement alors que retentit la sonnerie pour signifier la fin de mon temps de parole. N'ayant pas le choix, je me retourne et regagne ma place sous le regard envieux de mes adversaires. Je croise au passage Peeta qui fixe mes cheveux d'un drôle d'air, comme s'il y poussait des roses multicolores. Il me frôle la main et je suis à nouveau certaine d'avoir fait le bon choix. J'ai atteint mes objectifs durant ces trois dernières minutes et j'en suis fière même si « j'y ai laissé quelque chose de précieux ».
Quand je la palpe, je me dis que ma nouvelle coupe me va très bien. Je n'ai aucune objection à faire la dessus si ce n'est le fait que je peux dire au revoir aux longues tresses. Mais bon, si l'on veut faire ce que l'on a à faire, il faut savoir en payer le prix.
C'est maintenant au tour de Peeta de prendre place dans le siège face au présentateur. Je m'apprête à tendre l'oreille quand mon voisin de gauche me tapote doucement la cuisse afin d'attirer mon attention, ce qui réussit.
« Quoi ? je lui siffle entre mes dents.
-Tu devrais jeter un coup d'œil à tes cheveux. Ils sont... »
Il n'arrive pas à terminer sa phrase. Alarmée, je me dévisse le cou pour voir ce qu'il se passe à l'écran géant et avec un peu de chance, ils repasseront en vitesse les tributs des autres districts.
J'avais raison. Quelques secondes après le début de l'interview de Peeta, ils ont passé en revue les autres candidats, en s'attardant un peu plus que nécessaire sur les visage effaré de la fille du Quatre, cette fille superbement sexy aux cheveux roux, mi-longs. Oui, j'ai bien dit ROUX ! C'est ahurissant. J'ignore comment il s'y est pris mais mon styliste a littéralement teinté mes cheveux en roux, presque auburn, en plus de les avoir raccourcis de trente bons centimètres. Je me demande ce que ça peut bien signifier. Jusque là, tout avait un sens. Le feu puis les escarpins-extincteurs retranscrivaient mon évaluation, les cheveux crêpés, ma férocité et enfin, la couleur cramoisie de ma tenue était là pour me rendre plus sexy, plus pulpeuse. Mais là, je ne sais pas ce que ce brusque -et spectaculaire - changement vient faire là-dedans.
« Peeta. Quelle a été la première chose que tu as remarqué une fois au Capitole ? » Ceasar Flickerman entame l'interview.
« La première bizarrerie vous voulez dire ? rétorque l'intéressé d'un air décontracté.
-Oui, si tu veux, s'esclaffe Ceasar.
-En toute franchise, j'ai été sidéré par l'obsession des gens à notre égard. Ils sont venus tellement nombreux pour nous accueillir.
-Alors, pour toi, ni nos vêtements, ni la décoration ne t'ont fait tilt. Parce que je t'avoue que certains nous voient comme des bêtes de foire mais pas toi, hein ?
-Bah, en fait, j'imaginais bien pire, d'après ce qu'on me racontait.
-Tu dois avoir une sacré bonne imagination alors, lance Ceasar et cause un fou-rire intégral dans la foule.
-Je suppose, répond Peeta, ce qui n'arrange en rien l'hilarité du public. Et puis, pour revenir à ce que je viens de dire, je comprends que Katniss les fascine mais nous et nos costumes médiocres ? S'il vous plaît, dites moi que c'est une blague ! On ne lui arrive même pas à la cheville ! Mais ce ne sont que des vêtements pas vrais, rien qu'une simple enveloppe...
Mais qu'est ce qu'il fout ?
-Je pense que question costumes, tu as raison. Pas vrai qu'il a raison, questionne Ceasar à l'attention du public qui lui réponds par un tambourinement de pieds approbateur.
-Il n'y a pas qu'en costumes qu'elle gère... Je vous rappelle qu'elle a eu un douze à l'évaluation, répète Peeta.
-Tiens, c'est vrai ça. Comment as-tu fais pour obtenir un tel score, toi aussi ?
-Oh, c'est pas très compliqué quand on fait équipe avec la fille la plus hallucinante du groupe. On s'en est tiré tous les deux, et à très bon compte.
-Tu veux dire que vous avez passé l'examen ensemble.
-Eh bien, techniquement, c'est impossible ; mais il est vrai qu'ils ont dû faire une petite exception à la loi pour nous. »
Hein! Peeta viens de dévoiler ce qui c'est passé, ce jour là. Il avoue être un hors-la-loi. Ouh là, ça sent le cramé. D'abord, il m'entraîne dans ce merdier avec lui et en plus, il s'en vente ! Je n'en reviens pas !
« De qui venait l'idée ? questionne Ceasar.
-De nous deux, tel un accord silencieux entre deux âmes en harmonie.
-C'est comme ça que tu qualifies ton acte ? Waouw, c'est du jamais vu. Mes dames et messieurs, je vous demande un tonnerre d'applaudissements pour Katniss et Peeta, les âmes en accord harmonieux ! »
Évidemment, son souhait est accompli.
« Mais ce n'est pas tout, reprend Peeta, l'air sérieux. Je pense que dès le début, je me sentais redevable. »
Nan, quoi ?
« En fait, ça remonte au jour des adieux. Là, j'ai senti qu'un lien m'unissait à cette fille et que je devrai la protéger, quoi qu'il en coûte.
-Ah oui ? Et comment ça ?
-Quand elle a dû dire au revoir à sa famille je l'ai entendu crier. Elle jurait qu'elle gagnerait, pour elle. Pour Prim, sa sœur adorée. »
Alors, ce chapitre vous a-t-il plu? L'attente des deux semaines n'est pas trop longue? Et vous voyez, je suis à l'heure!
La longueur du chapitre vous a-t-elle convenu? Oui parce qu'elle dépasse un peu la longueur normale, donc je me demandais si vous avez su tout lire d'une traite. (Je ne doute pas que certains sont de très bons lecteurs, mais il faut avouer que l'ordi ,ça fatigue les yeux!)
Et comment pensez-vous que Katniss va réagir face à Peeta et sa fameuse bombe qui va tout faire chavirer (ou pas).
Dans le prochain chapitre : PRISE DE TETE, REDDITION ET REMISE EN QUESTION!
On se retrouve au prochain chapitre alors, et n'hésitez pas à lâcher une review, aussi courte soit-elle, pour me faire part de vos attentes, vos questions... Tout ce que vous avez envie de partager quoi! Et je vous répondrez dès que cela me sera possible!
Jamesfly
