Chapitre XII
Un regard suffit
Quoi ? Mais qu'est ce qu'il raconte. Il essaye de foutre mon plan en l'air ou quoi ? L'image féroce et dédaigneuse que j'ai réussi à me donner est complètement détruite et c'est la faute à qui ? A notre cher Peeta, ni plus ni moins. Argh, il va voir ce qu'il va voir. Je vais lui faire payer son erreur.
Cette biche égarée à pu gagner ma confiance et il a bien mis son plan à exécution. Ça a parfaitement réussi sauf qu'il ne comptait sûrement pas sur le châtiment qui l'attend.
Je sens mon expression de visage changer et il me suffit d'un coup d'œil à l'écran géant pour en être assurée. Et encore heureux que c'est dans le bon sens car avec la lueur de haine qui vient de s'allumer au fin fond de mes prunelles, je gagne en crédibilité. L'aveu de Peeta devient insignifiant pour ceux à qui ma colère féroce n'a pas échappée. Et pourtant...
Mes poings se crispent et tout mon corps se tend tel un élastique sur le point de sauter -ou de rompre, à vous de voir. Je sens que je ne pourrais pas tenir plus longtemps, j'ai besoin de me défouler. Mais je me retiens tant bien que mal et entreprends de serrer les pans de ma robe à m'en faire mal. Mes longs ongles fraîchement manucurés m'entaillent la peau à travers le tissus et à ce stade, je devine que le somptueux vêtement qui me couvre est fichu.
Peeta a intérêt à m'expliquer ce qui l'a poussé à faire ça sinon c'est moi qui le pousserai vers sa fin tragique. Oublié les courts instants de tendresse et de sérénité passés en sa compagnie, rien ne viendra alimenter la petite lampe de pétrole qui illuminait mon âme autrefois.
Fatiguée de cette fureur qui s'est infiltrée en moi durant la quasi totalité des interviews, je tente de reporter mon attention sur la seule personne qui compte encore à mes yeux et que j'ai pratiquement réussi à oublier : Gale. Le temps qui m'a été imparti à le contempler à loisir est bientôt écoulé. Peu importe. Peu importe mon image ratée, ma mort imminente et peu importe mon agacement face à la situation. Je me concentre sur le seul point de lumière au bout du tunnel.
Je parcours le groupe de tribut des yeux, à croire que j'ai oublié quelle est la place qu'il occupe et je parviens finalement à distinguer, d'abord sa nuque luisant de sueur, puis la masse de cheveux bruns et ses épaules carrées. Aucune de ses expressions ne me parvient vu qu'il se trouve dans la rangée devant moi, à quelques mètres sur ma droite
Il me suffirait d'incliner un peu plus la tête pour me trouver nez à nez avec Peeta mais je l'ignore de toute ma force. Ne pas penser à Peeta, pense plutôt à Gale, ton étincelle, ta passion.
C'est drôle la volonté qu'il me faut pour y arriver alors qu'il y a un jour, j'arrivais peine à m'en détourner. A me détourner de ses magnifiques yeux gris et tralali et tralala.
Soudain, le cours de mes pensées est interrompu par ce frisson auquel je n'étais pas préparée.
C'est Gale. Il s'est retourné sur un coup de tête et m'a fixé droit dans les yeux.
Terminé la difficulté d'oublier ma haine envers Peeta. Maintenant, la seule chose à laquelle je suis encore capable de penser est le garçon dont le regard profond et sincère à suffi à me replonger dans ma rêverie interminable et délicieuse. Tellement délicieuse...
La fin du discours de Peeta me laisse indifférente. Sa bombe, il l'a déjà lâchée. Je suis sans doute la seule à en faire une affaire d'état car la réaction du public n'a pas été très flagrante. Eux ils se sont contentés de se jeter quelques regards affolés se demandant si une dure à cuire comme moi serait vraiment capable d'un tel acte d'amour et de dévotion. Mais ils finiront bien par flairer le détail qui colle pas et rien que le fait qu'ils se posent des questions remet en cause ma crédibilité.
Le reste des tributs défilent, rien n'y fait. Je plane littéralement. Gale est comme une drogue et moi une junkie qui essaye de se donner une contenance. Pathétique. Pourtant, il le fallait. Il le fallait si je tiens à survivre, du moins essayer.
Le bruit de la foule me sort de ma torpeur. C'est fini. Nous sommes autorisés à remonter bien au chaud dans nos étages, l'émission est terminée.
En rentrant dans la cabine de l'ascenseur, j'ai l'impression d'avoir du plomb liquide dans les veines tellement je suis épuisée, totalement vidée. Je tiens à peine sur mes jambes et quand on commence à s'élever, je tangue à tel point que Peeta et Bongo sont obligés de me retenir de tomber.
Je n'ai même plus la force de me prendre la tête avec Peeta, le ruineur de plans. Il s'est probablement douté de ma frustration mais il s'est bien retenu de s'excuser. Et tant mieux car je ne suis pas prête à lui pardonner.
« Alors, ça c'est pas trop mal passé, pas vrai ? L'idée du peigne était géniale, clame Artumir.
-Mouais, c'était carrément dément, déclare Peeta sans grande conviction.
Oui, c'est ça... Mais qu'est ce qui t'arrive, bon sang ?
-Oui, et je suis sûre que tous les sponsors s'intéressent à toi maintenant, ajoute Lemy tentant de mettre une touche de joie dans la conversation. A vous, je veux dire. Et euh, si je peux me permettre Peeta, ta tendance à toujours dévier la conversation sur Katniss, c'était bizarre mais très mignon.
-...
Ah, surtout, n'essaye pas de te justifier, c'est inutile. On a tous compris.
-Pourquoi as-tu fais ça mon garçon ? Tu peux me le dire, tu sais ?
-Ben, elle avait l'air trop artificielle à mon goût.
Quoi ? Artificielle ? Non mais c'est une blague ou quoi ?
-Ah, je me disais bien qu'il devait...attends, quoi ?
-Son air hautain la rendait trop superficielle, tout à fait à l'image du Capitole, vous voyez ? Explique calmement Peeta en haussant les sourcils pour appuyer son propos.
-Ah bon ? Très bien, balbutie Lemy sur ses gardes. »
Non, je ne peux pas le laisser s'en tirer aussi facilement. Je refuse... Trop c'est trop.
« Allez Peeta, crache le morceau. Assume. Dis-nous à quel point tu mourrais d'envie depuis le début de me démonter à l'interview. Tout ce que t'as fait depuis le début n'était que pour mieux détériorer mon image.
-Tu te trompes, Katniss. Tu n'y es pas du tout, tente Peeta pour sa défense. »
Mais ça ne prendra pas. Nous savons tous les deux qu'il ment. Ma fatigue est oubliée tandis que la tension accroît.
« Tu penses m'avoir aussi facilement ?
-Voyons Katniss, personne essaye de te rouler et moi le dernier.
-Ah oui ? Alors explique moi pourquoi t'as fait ça? Pourquoi, p**ain de m**de ! »
Consciente de mon manque de classe, je me mords la lèvre en attendant ma réponse, roulant des yeux. Des excuses seraient mal venues alors que j'attends les siennes. Ce serait la moindre des choses venu de sa part, même s'il sait aussi bien que moi que je n'oublierai pas sa maladresse.
« Tu vois ? Ils t'ont tellement transformée que tu ne te rends même pas compte pourquoi tu te bats. I peine cinq jours, tu n'aurais jamais pensé une seconde t'énerver à ce point pour une simple question d' image. »
Je sais pertinemment qu'il a vu juste mais ce n'est pas une raison pour détourner l'attention de lui.
« Tu ne crois pas que tu devrais passer dans la partie excuses avant d'aggraver ta situation. Je te préviens, je n'hésiterais pas une seconde à te balancer mon assiette de fromages à la tête, au repas !
Petite menace qui devrait passer inaperçue face à ses idioties.
-Bon, bon, soupire-t-il, les mains haussées en signe de reddition. Écoute, je sais que ça va sembler débile mais tu ne te rends pas compte du service que je t'ai rendu.
-Ah oui ? Bon, au moins, t'as raison sur un point. Ça semble vraiment, vraiment débile.
-Attends, je t'en prie. Laisse-moi finir. Tu ne t'en rendais peut-être pas compte mais, quand je t'ai vue monter sur scène et proférer toutes ces horreurs avec ce foutu ton dédaigneux...
-Mais, bougre ! Ça faisait partie de ma stratégie, ça ! T'étais pourtant au courant. Les vêtements, tout ça. Tu crois que c'était pour quoi ?
-Bravo, tu viens de mettre le doigt sur ce que j'essaie de te dire. Qui c'est qui t'as fait ce costume ? Quelqu'un du Capitole.
-Tu te trompes...
-Et qui t'as enflammé et décidé inopinément de te couper les cheveux, comme ça, parce que ça lui a pété ? Quelqu'un du Capitole ! C'est le Capitole qui te façonne à sa guise et tu ne t'en aperçois même pas. Je ne pouvais pas laisser tous ces gens croire à cette personne hautaine et arrogante que tu n'es pas.
-Et qui te dis que je ne suis pas cette personne, justement ?
-Je le sais, c'est tout, rétorque-t-il sûr de lui. »
Il a l'air tellement persuadé de ce qu'il avance que je suis tentée d'y croire. Presque...
« Mais ça fait partie du jeu, le cinéma, c'est tout ce qui compte!je lui crie, furieuse. »
Je me sens si remontée que je serais capable de tout désormais. Toute paralysie (physique ou morale) s'est envolée, évaporée.
« Oui mais y a pas que ça ! Je ne voulais pas en arriver là, déclare Peeta, mais il faut que tu saches que, malgré tout, ça ne suffit pas. Tu ne peux pas prétendre être une personne alors que tu sais que tu ne pourras garder ce rôle une fois dans l'arène. Ce serait la pire chose qui pourrait t'arriver et tu pourrais le payer très cher, au prix de perdre tous tes sponsors. Il fallait qu'ils sachent que tu n'es pas entièrement...superficielle, même si tu aimerais faire croire le contraire, ce qui montres déjà que quelque part, c'est...
-Je ne t'ai jamais demandé de m'aider alors donne-moi une seule bonne raison qui t'aurait poussé à me filer un petit coup de pouce, comme tu le prétends !
-C'est simple. Tu me l'as fait comprendre juste avant le début de l'interview. Tu ne t'en souviens pas ?
-Mais de quoi tu parles ?
-Mais la phrase ! T'étais là du genre « oui, je veux pas passer pour vulnérable, ça coûtera la vie à Prim ! ». Et donc, tu pourrais te montrer un peu plus reconnaissante parce que le fait que tu te plies à leurs règles à fait de toi une personne facilement manipulable, et donc vulnérable.
-Oh, c'est donc ça ton point de vue ? Je pensais que tu savais que ces gens, ils ne réfléchissent pas à ce point. Et puis, tu crois qu'eux ils ne se font pas manipuler par le gouvernement ? Et puis, tu n'as jamais pensé une seule fois que c'est ça ma technique, hein ? Me prêter au jeu, faire mon arrogante et tout comme les carrières pour justement me placer sous leur contrôle, aux gens du Capitole ! C'est ça qui les excite. C'est comme ça ici, faire le concours de qui sera le plus arrogant et audacieux !
-Tu te trompes ...tu n'es pas une coquille vide, comme ça. Tu n'es pas comme eux. Tu es...spéciale. Et tu ne devrais pas avoir honte de le montrer, réplique-t-il un peu moins sûr de lui.
-C'est pas une question de honte ! Ils s'en foutent, ces gens ! Tout ce qui les intéresse, c'est le spectacle et l'énergie vibrante qui se dégage des tributs. Et quand je pense que j'aurais eu ma chance si monsieur n'était pas intervenu.
-C'est justement ce que ta particularité aurait dégagé. Ils se seraient d'autant plus intéressés à toi et...
-Arrête ton baratin, je le coupe aussi sec en me penchant en avant, menaçante. Pourquoi n'assumes-tu pas tout simplement que c'est toi qui ne supportes pas que j'aie mon petit succès après ma flamboyante prestation ? Rends-toi à l'évidence, ton styliste n'est pas aussi bon que le mien, c'est tout.
-Hum...(long silence). C'est vrai, je me suis comporté en idiot. Je ne supportais pas te voir prendre cet air de carrière supérieure...parce que...
C'est bon, je sais déjà de quoi il s'agit. Pourquoi tu n'irais pas te coucher qu'on en finisse et que je puisse te blâmer tranquille dans mon lit en mâchant ma défaite ?
...parce que ce n'est pas la fille que je connaissais et que j'... dont je chérissais les moments passés en sa compagnie.
Sa dernière réplique paraît douteuse et il l'a prononcé d'une voix qui n'est pas la sienne, comme s'il était envoûté et que quelque chose l'avait finalement dissuadé de terminer sa phrase telle qu'il l'avait formulé dans sa tête. Quelque chose lui reste en travers de la gorge.
En tout cas, il est devenu clair qu'il n'était pas un garçon sentimental alors sa capitulation du garçon tout mignon, tout gentil eh bien il peut se la mettre ou je pense. Ces arguments faiblissent et il s'empresse finalement hors de la cabine qui s'était déjà immobilisée depuis un bon moment dans notre hall océanique. Nos accompagnateurs nous regardaient d'un air méfiant, prêts à intervenir si cela devenait nécessaire, se détendant légèrement lorsque Peeta sort en trombe de la cabine, tête baissée.
Je n'ai rien compris à ce qu'il a dit, en tout dernier. S'il y a une chose que j'ai à peu près saisi de son discours, c'est qu'il refuse que le Capitole exerce un soi disant contrôle sur moi qui me rendrait superficielle et que ma « vraie » personnalité me vaudrait bien plus de sponsors, selon lui. Mais je ne suis pas dupe. J'ai bien compris sa vraie motivation : il veut me mettre hors d'état de nuire, tout simplement.
Ce que je désirais lui dire avant le début des interviews, c'est que je ne voulais pas ressembler à une petite fille qui pleure constamment, rien qu'en pensant à ses parents. Je tenais à leur prouver que j'allais pouvoir jouer dans la cour des grands, et c'est en grande partie grâce au travail de mon styliste que j'ai pu faire grande impression sur la foule. Le résultat escompté. Jusqu'à Peeta.
Soudain, mon concurrent se retourne avant de monter à la mezzanine et l'incompréhension s'insinue en moi.
Ses yeux. J'y ai lu de la mélancolie, mélangé à la déception et le désespoir. Et de la tristesse. De la vraie. Tout à fait sincère. Cela ne fait aucun doute. Pas même le meilleur acteur aurait pu fausser cette expression si flagrante.
Me serais-je trompé sur son compte ?
Qu'avez vous pensé de ce chapitre? Est-il assez clair? Pas trop désordonné?
Je vous avoue que j'ai eu du mal à signifier le désarroi des persos (Peeta comme Katniss) mais je pense pouvoir être satisfaite du résultat, pas vous?
Alors, qu'espérez-vous maintenant pour leur dernière nuit au Capitole? Je vous donne un indice : vous avez tous remarqué que Katniss est à bout de nerfs, la suite...
DANS LE PROCHAIN CHAPITRE : DESCENTE AUX ENFERS, HÉSITATION.
A la prochaine donc. J'essaierais de faire vite, mes très chers lecteurs!
Jamesfly
