Chapitre XVI

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Nous nous trouvons maintenant sur la plate forme, sur le toit de l'immeuble. Je suis escortée par mon styliste, suivie par mon partenaire de district, Peeta. Et dans quelques heures, le sang commencera à couler : ce ne sera pas le mien. Non, tant que j'aurai mon collier (mon gris gris) je ne risque rien.

Peeta. Est-ce que, lui, saura survivre ? Peut-être pourrions-nous nous allier, le temps qu'il faudra pour éliminer nos ennemis les plus vivaces ? Mais pour cela il faut d'abord qu'il survive au bain de sang, un vrai guêpier. Cyborga avait raison de nous déconseiller d'y aller. Les carrières seront à nos trousses, c'est certain.

Et pourtant, un désir profondément enfoui me dicterait d'aller foncer chercher un arc (le plus loin possible de la conque, bien entendu) et là, j'aurai une vraie chance de réussite !

« Ça va ? Tu sauras te débrouiller ? »

Je m'apprête à me saisir de l'échelle, direction l'hovercraft, et aux paroles de Peeta, je m'exclame à la cantonade :

« Allons, voyons. Va-t-elle pouvoir attraper l'échelle et monter toute seule, comme une grande ? Moi, le viril que je suis, je vais peut-être lui demander si ça va !

-Pardon,...

-Bien sûr que ça ne va pas ! »

Et une fois ma grande gueule fermée, je me rends compte qu'encore une fois, j'aurais mieux fait de me la fermer. Peeta se voulait tendre et attentionné et je lui ai fermé la porte au nez. Mes nerfs à fleur de peau commencent réellement à me casser les pieds. Je ne peux vraiment pas avoir une réaction à peu près normale pour une fois ?

Je sais ce que je vais faire. Je vais lui faire mes plus plates excuses et prier pour qu'il veuille encore de moi. Est-ce un comportement digne de la nouvelle Katniss, celle qui va s'efforcer de gagner ces jeux ? En tout cas, ça en vaut la chandelle de tester. Alors, je m'apprête à me retourner vers lui mais une sorte de courant électrique me fige sur place de la tête aux pieds, la main liée à l'échelon.

Malgré mon corps immobile, j'ai encore le plein pouvoir sur mes sens et c'est dans cette position que je vois les autres s'accrocher et se figer, tel que moi j'ai dû le faire, avant d'être élevée dans les airs. Une fois là-haut, une femme vêtue d'un costume de pacificateur nous détache un par un puis nous amène dans une cabine agréablement éclairée par un hublot et des lumières douces. La pièce est munie d'une douche, un canapé autour d'une table de part et d'autre de la fenêtre, et une commode près de la porte.

Postée dans l'embrasure de la porte, je sens Peeta nous dépasser et continuer leur marche lente dans le couloir. Je tourne la tête et j'ai à peine le temps de lui murmurer un léger « pardon » et lui de me fixer avec une lueur de compréhension accompagné d'un hochement de tête qu'une main nous pousse doucement mais fermement à l'intérieur, mon styliste et moi, puis ferme la porte à clé.

Pendant ce temps, nous nous installons autour de la table en contemplant le paysage qui ne tarde pas à s'éloigner sous nos pieds. Je pensais enfin être tranquille, au moins jusqu'au coup de gong, mais les choses se sont envenimées. La femme est à nouveau rentrée dans la cabine et tend la main vers moi. Je ne sais pas quoi faire jusqu'au moment où elle dit :

« Ton bras ».

Je fais ce qu'elle me dit, je lui tends le bras et d'un coup de poignet brusque, elle me le tord, de façon à avoir accès à l'intérieur de mon avant bras. Sans plus tarder, elle m'enfonce une seringue, avant même que mon styliste n'ait pu lever le petit doigt, et une douleur abominable me lance pendant quelques secondes. Si c'est ça, cette torture affreuse, - qui pour l'instant, paraît bien moindre par rapport à ce que l'on voit dans les Jeux - qui m'attend dans l'arène, je préfère me suicider tout de suite. Mais je me le suis interdit. Je hais la douleur. Quand je l'anticipe, je commence à trembler de tous mes membres et celle qui me vient à l'esprit là, n'en fais pas moins.

« Aïe ! »

La seringue à quitté ma chair.

« Qu'est ce que c'est ?

-Ton mouchard »

Si je ne lui avais pas posé la question, elle ne se serait pas fatiguée à me répondre. Comme tous les gens ici.

-Je vous remercie, tente hâtivement mon styliste dans l'espoir de nous procurer un peu la paix. Vous pouvez nous laisser maintenant. »

La femme lui adresse un regard noir en serrant les lèvres, comme si elle voulait voir à travers lui. Puis, sans un mot de plus, elle quitte finalement la pièce et nous retombons tout deux dans un silence profond.

Soudain, je sens son haleine dans ma figure et lui qui me contemple.

« Je veux mon collier, dis-je sans détourner ma tête du petit hublot. Maintenant.

-Chaque chose en son temps. Tu l'auras, ne t'inquiète pas. Dans un premier temps, il va falloir te doucher, manger quelque chose... »

Le silence. En voyant que je ne réagis pas à ce qu'il vient de dire (il s'attendait sans doute à ce que je me lève pour prendre une douche), il soupire et continue :

« Je t'admire, tu sais. Têtue comme tu es, ils ne t'auront pas si facilement dans leur poche, ça je te le dis. Écoute, je sais qu'il ne m'appartient pas de te dire ce que tu dois faire, j'aurais même peur de te donner des conseils dans la mesure où j'ignore absolument tout de la survie. Je te fais confiance pour ça. Mais laisse-moi au moins te suggérer de manger un bout. Cela ne te fera pas de mal dans l'arène. Nous t'habillerons plus tard.

-Combien d'heures de vol, je rétorque afin de changer de sujet.

-Hum, je dirais deux ou trois, si les jeux débutent à dix heures, comme prévu.

-Et pensez vous savoir dans quelle arène on nous jettera ?

-A en croire le temps qui nous sépare de notre destination et notre direction, il me semble que ce sera dans une zone à climat tempéré, assez humide, sans doute dans une zone de basse altitude.

-Super, je m'exclame ! Alors aucun danger pour mon collier. Je ne risque pas de le perdre lors de l'escalade ou lors d'une course sous la pluie torentielle, dis-je sur un ton de défi. »

A mes mots, il pouffe de sa voix grave et continue son discours sans prêter attention à ce que je viens de dire :

« Pourtant, les informations que je viens de te donner peuvent être totalement faussées puisque tu n'ignores pas les pouvoirs du Capitole...

Soupir

...En effet, tu sais tout comme moi qu'ils peuvent très bien façonner le terrain à leur manière et ils auront finalement le résultat qui leur plaira donc je suis pour ainsi dire dans l'incapacité de te répondre.

-Alors pourquoi avoir pris la peine de m'expliquer tout le reste, je le coupe d'un ton las.

-Je voulais juste remplir le vide. Tu sais, tu ferais bien de parler un peu, tant que tu le pourras parce que tu ne sais jamais ce qui arrivera une fois dans l'arène. J'ai vu des tributs mourir de folie et contrairement aux hypothèses les unes plus cruelles que les autres, je crois personnellement que c'est le silence de l'âme qui leur a fait perdre la tête.

-Génial...

-Tu ne veux donc pas alléger ton cœur et vider ton sac, me confier tes peurs...

-La peur, c'est pour les proies. Je ne suis pas une proie, je rétorque sûre de moi.

-Mais tu n'es pas stupide non plus et ce sont les gens stupides qui meurent en premier, et tu sais pourquoi ? C'est parce qu'ils n'ont pas peur, me fait-il remarquer.

-Très bien alors. Supposons que j'aie peur. Tout le monde a peur après tout. Mais donnez-moi une seule bonne raison de me confier à quelqu'un du Capitole. Tout ce que je veux c'est mon collier, je m'entête à répéter.

-Tu as raison, s'esclaffe-t-il. Bonne remarque. »

Soudain, un bruit sourd retentit dans le couloir et des bruits de pas se précipitent dans notre direction. Puis, dans la même cadence, on entend un coup violent contre un pan de mur plus éloigné, accompagné d'un cri étouffé. Le cri de quelqu'un qui se fait rouer de coups. C'est celui de Peeta.

« Peeta ! PEETAAA ! Que quelqu'un lui vienne en aide ! Je m'écrie violemment.

-Reste en arrière, fille du feu. Ne viens pas te mêler à ça. »

A travers la porte, un autre tribut avait parlé. Je l'ai reconnu du premier coup : Gale avait sans doute enfoncé la porte dès qu'il a détecté une bagarre. Que va-t-il faire à Peeta ? Quelqu'un l'attaque de l'autre côté de ma porte et je ne peux rien faire.

L'horreur que j'ai ressentie en entendant Gale. Oui j'ai flashé sur lui, mais je n'ignorais pas pour autant son sens de la violence et son attraction du sang. Je l'ai vu faire lors des séances d'entraînement. Rien ne m'échappe venant de lui.

Que se passe-t-il ? Il va l'achever s'il décide de s'en prendre à lui également. Je ne peux pas laisser faire ça, quand même. Peeta m'a aidé cette nuit, je lui dois la pareille. Oh que je hais les dettes. Et tandis que je veux me jeter à l'assaut de la porte, que mon cerveau en prend la ferme décision, je ressens une vive douleur dans l'avant bras et puis plus rien. J'oublie ce qu'il se passe de l'autre côté, -que se passe-t-il d'ailleurs ?- ce que je fais près de la porte. Je sens quelque chose coincé au fond de ma gorge, je sais que j'étais sur le point de prendre une décision importante, j'allais agir. Mais qu'allais-je faire ?

A ce moment, Bongo intervient. Il me soulève de terre, me rassois sur mon siège et me prends la main. Je suis si désorientée que j'en oublie mon sang chaud. Je l'écoute me clamer sans broncher, en me disant que finalement, je l'aime bien quand même, mon styliste.

« On ne peut rien faire là-bas. Dieu sait ce qu'il s'y passe mais nous nous devons de rester là, à attendre que ça se passe. »

Soudain, ma mémoire me revient et je me souviens d'un Peeta en détresse, souffrant sous les coups d'un quelconque tribut assoiffé de sang. Mais pourquoi n'ais-je même pas pensé à lui venir en aide, j'ai une dette envers lui. Suis-je donc aussi lâche ?

-Le Capitole n'a rien su faire pour empêcher ça, ou quoi, je demande en guise de consolation à mon manque de courage ? Je pensais qu'il était ultra puissant.

-Ce genre d'accident arrive et une intervention arrive vite.

-Mais ils ne peuvent pas lâcher un Peeta blessé dans l'arène. J'espère qu'il ne l'est pas, mais on ne sait jamais.

-Oh ils le peuvent, je le crains.

-Moi aussi...