Deux silhouettes se matérialisèrent sur le quai 9 3/4. La plus petite, de la taille d'un enfant, tirait derrière elle une lourde valise décrépie qui paraissait faire le double de son poids. Elle était drapée de longues robes de sorciers à capuche noir, projetant une ombre constante sur son visage peu importe l'angle par lequel la lumière arrivait. La plus grande était enveloppée d'une brume vaporeuse qui effaçait tous traits distinctifs. Elle pouvait aussi bien être un adolescent qu'un adulte, homme ou femme. Elles marchaient silencieusement côte à côte d'un pas lent et régulier, remontant le quai vers l'arrière du train.

"Un instant s'il vous plaît, je vais devoir vérifier votre identité." retentit une voix derrière eux.

Les formes s'arrêtèrent et la plus grande tourna la tête. Un homme en uniforme, coiffé d'une casquette se tenait derrière elles. Un contrôleur. Évidemment, le ministère de la magie ne permettrait pas qu'un individu louche se promène librement dans un lieu destiné à accueillir de jeunes enfants, à plus forte raison si parmi ces enfants se trouvaient la prochaine génération de nobles du pays. La silhouette brumeuse pose la main sur l'épaule de l'enfant qui l'accompagnait. Celui-ci se retourna et avec des gestes mesurés se décoiffa de sa capuche, laissant couler sur ses épaules ses cheveux aile de corbeau. La petite fille leva vers le contrôle des yeux perçants et froids, quoique vaguement agacés. Mais l'homme était un professionnel, cette fille pourrait avoir des yeux de sombral si elle voulait il ne se laisserai pas impressionner. Il se contenta de hocher la tête.

"À vous maintenant."

Lentement, la silhouette leva sa baguette en prenant soin de la garder tournée vers elle durant tout son mouvement, et une fois arrivée à son visage, d'une torsion du poignet elle le révéla.

Cette fois-ci, le contrôleur pâlit.

"Vous !" laissa-t-il échapper, s'étranglant à moitié sur la fin.

Abandonnant toute prétention de professionnalisme, l'homme tituba en reculant.

"Mais... Ce... Ce n'est pas... Mais vous êtes... Impossible !"

"Ce mot ne devrait jamais franchir les lèvres d'un sorcier." Dis forme la brumeuse qui possédait désormais un visage, d'un ton presque maternel à l'homme qui peinait à trouver son souffle.

"Êtes-vous... Je dois avertir..." mais il n'eut jamais l'occasion d'avertir qui que ce soit.

A l'instant où ses yeux s'étaient posés sur ce visage, la magie s'était emparée de lui, il le réalisait à présent. Tournant la tête vers la fillette, il ne put en discerner que ses yeux. Des yeux froids, d'un gris sans vie, et pourtant perçant comme ceux d'un oiseau de proie.

"Tu vas tout oublier de cet instant, tu vas faire demi-tour et tu ne seras plus capable de me voir. Mais tu n'oublieras pas ma voix, dorénavant, cette voix est la seule à qui tu obéiras." dit lentement la voix de la brume, en articulant comme si elle s'adressait à un enfant stupide mais pour qui elle éprouvait quand même un peu d'affection.

Le visage de l'homme se détendit, son regard se perdit au loin.

"Oubliette"

L'homme retrouva sa posture, celle de quelqu'un habitué à faire régner l'ordre. En reprenant conscience de lui-même, il fronça les sourcils, comme s'il cherchait à se rappeler de quelque chose, mais décidant que ça n'avait surement pas d'importance, il tourna les talons et repartit finir sa ronde sur le quai.

"Veux-tu bien me ranger cette baguette jeune fille ?" lâcha en gloussant la brume qui n'avais maintenant plus de visage "Que comptais-tu en faire de toute manière ?"

"Vous protéger." répondit la petite fille d'un ton monocorde.

"Délicate attention, mais je n'ai nullement besoin de ta protection." soupir "Il va falloir que je fasse quelque chose pour tes yeux."

Un mouvement de baguette vers le visage de l'enfant, et ses yeux se colorèrent d'un noir aussi profond que ses cheveux mais gardent néanmoins des reflets argentés.

Un autre soupir.

"C'est le mieux que je puisse faire pour l'instant, il va falloir que tu fasses attention quand tu utiliseras ta magie, puisque nos deux pouvoirs ne peuvent pas interagir, ils reprendront leur couleur." la forme floue secoua la tête lentement et dit "Tu connais ta mission ?"

"J'identifie ma cible, je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour en apprendre le plus possible dessus, si possible j'essaie de m'en rapprocher et je vous rapporte tout ce que je découvre. Je ne prends pas d'initiatives sans vous avoir consulté et si quelqu'un s'interpose je l'élimine."

"Non ! Non, non, non, non, non ! Je te l'ai déjà dit, tu ne peux pas te permettre de te faire remarquer !" un soupire plus profond cette fois-ci avec une pointe d'agacement "Mais je t'enverrai de l'aide, quelqu'un qui pourra te débarrasser des gêneurs, et je serais là, bien qu'il serait préférable qu'on ne nous voit pas ensemble. N'oublies pas cependant ceci, personne ne doit s'en emparer avant toi, quoi qu'il arrive!"

"Compris." approuva la jeune fille d'un hochement de tête

"Parfait alors, je te laisse, j'ai des choses à préparer pour que tout se passe comme prévu. Les élèves devraient arriver dans deux heures, fonds toi dans la masse et ne te fais pas remarquer."

Sur quoi la forme disparu. La petite fille leva les yeux vers l'horloge. 9h00. Elle marcha en silence vers la queue du train, jeta un regard en arrière pour vérifier que le contrôleur ne regardait pas dans sa direction et sauta dans le dernier wagon.


Harry trottait en tirant sur la poignée de sa valise pour rester à hauteur de l'homme en gris.

"Monsieur ?"

Pas de réponse, si ce n'est, l'œil désapprobateur qu'il baissa vers Harry sans s'arrêter de marcher et sans tourner la tête.

Une sensation bizarre de tension se répandit dans tout son être. Il sentait un léger chatouillement au niveau de son front.

"Je veux dire, professeur ?"

La tension disparu aussi brutalement qu'elle était venu, mais pas l'impression de chatouilles.

"Jeune homme ?"

"Heu... Merci. Pour tout à l'heure je veux dire. Et de me guider, aussi."

"Inutile de me remercier, je ferais un bien piètre professeur, si je laissais mes élèves subir ce genre de mauvais traitements."

"Ah... Merci quand même."

Le professeur n'ajoute rien, et Harry, ne sachant quoi dire l'imita.

Ils marchèrent donc en silence jusqu'au quai 9.

OK, jusque-là je connais.

Harry était vraiment curieux de voir comment accéder au quai 9 3/4; après avoir vu le professeur en action, il était évident qu'il fallait prouver être un sorcier pour accéder au train des sorciers. Une fois qu'on l'avait compris, ça devenait l'évidence même.

Il laissait donc le professeur ouvrir la marche en tâchant de faire attention à tout ce qui l'entourait, tout est gardant un œil sur l'homme devant lui. Arrivé au quai numéro 9, le professeur ne ralentit pas et se contenta d'avancer vers...

"Heu, professeur ?"

L'homme ne ralentissait toujours pas. Peut-être avait-il des troubles de vision ?

"Professeur c'est un mu... PROFESSEUR ATTENTI..."

Le professeur venait de traverser un mur.

LE PROFESSEUR VENAIT TRAVERSER UN MUR.

OK. On ne panique pas.

Même pas un peu ?

Non.

Il a traversé un mur quand même !

C'est un sorcier, quand même.

Oh.

Comme tu dis.

Et je fait quoi maintenant ?

On le suit, je suppose.

Et comment je m'y prend ?

Réfléchissons, il doit forcément y avoir un un truc, genre, un passage secret que seuls les sorciers peuvent utiliser. Mais comment l'ouvrir ? Et comment le passage fait la différence entre les sorciers et les non-sorciers ? Je n'ai pas entendu le professeur dire de mot de passe secret ou utiliser de formule magique, donc, qu'est-ce qui le différencie de, disons, Greg?

La réponse ne se fit pas attendre.

Baguette !

Évidemment, le professeur avait dû utiliser sa baguette pendant qu'Harry était trop paniqué pour le remarquer ! La réponse une fois de plus paraissait évidente, une fois qu'on l'avait comprise. Harry sortit donc sa baguette. Il la gardait dans sa manche, fixée à son bras par deux élastiques. Ça lui semblait l'endroit idéal.

Il la tint fermement, et...

Et ensuite ? Il ne connaissait pas de formules magiques, à plus forte raison celle qui ouvre les passages secrets réservés aux sorciers.

La solution devait forcément être accessible à un nouvel élève, puisque, sans l'intervention du professeur Quirrell, il se serait retrouvé seul pour la résoudre - quoique même avec l'intervention du professeur Quirrell il se retrouvait seul, mais c'était un détail.

Donc, il fallait que sa baguette lui ouvre le chemin, et il devait utiliser quelque chose de simple.

Pendant un instant, l'idée de foncer tête baissée sans le mur lui parut tentante. Mais c'était complètement stupide, personne de sain d'esprit ne demanderai à un enfant de foncer tête baissée dans un mur.

Le temps passe, n'oublions pas le train !

Un problème à la fois, si tu veux bien. Et si tu es si pressé, aide moi à trouver la solution au lieu de râler

Pourquoi pas "sésame ouvres toi" ou "abracadabra"?

Tu n'as pas mieux ?

"Mël-lòn" ?

Je ne sais pas si c'est mieux ou pire...

Quoique tu décides, fais le vite, le train magique ne va pas nous attendre éternellement !

Harry détestait quand son côté rationnel lui mettait la pression.

Bras tendu, baguette pointée vers le mur, Harry essayait de se concentrer. Pour faire de la magie on était censé faire ça, non ? Lentement, il ouvrit la bouche, mais pas un son n'en sorti.

À vrai dire, il se sentait plutôt ridicule comme ça, et crier "abracadabra" dans une gare bondée ne faisait qu'ajouter à l'invraisemblance de la situation. Mais il sentait qu'il devait le faire, il avait déjà échoué au premier test, il ne pouvait pas manquer celui-ci, et tant pis si ça voulait dire être ridicule.

"Abra..."

Juste un murmure, ça ne suffisait pas.

"Abr..."

Il faillit s'étrangler.

Il fallait qu'il le fasse. Il fallait qu'il y croie, IL ALLAIT FAIRE DE LA MAGIE !

Il réajusta ses lunettes, se teint droit et pris une grande inspiration.

"ABRACADAB_"

"Voulez-vous bien ranger ceci jeune homme !"

Harry cacha en vitesse sa main dans son dos et se retourna vivement, le visage rouge de honte, pour faire face à la personne qui l'avait interpellé. C'était une femme rousse qui poussait un chariot rempli de bagages. Autour d'elle se chamaillent une tribu de petits roux -sûrement ses enfants.

"Je n'allais pas..."

Harry ne savait pas quoi dire pour se défendre. Il ne savait même pas de quoi il devait se défendre. Puis il se demandait si c'était des sorciers.

Et pourquoi un humain grondait un enfant parce qu'il pointe un inoffensif bout de bois vers un mur ?

"Si un membre du ministère te voyais essayer de faire de la magie en plein jour, sous les yeux de mordus, tu te ferais renvoyer de Poudlard plus vite qu'il n'en faut pour dire Quiddich !"

C'était un des roux qui avait parlé. Et dans la seconde qui suivit, son clone parfait surgit de derrière lui pour continuer.

"Et crois-moi, tu ne veux pas savoir ce qu'ils font à ceux qui enfreignent la loi au ministère..."

"Surtout pour ce qui est de sorts jetés à des moduls !"

"Mais je n'allais pas..." Tenta de rectifier Harry, mais il ne savait pas de quoi il devait se défendre ; que pouvait bien être un moldu ?

"Ça c'est à toi de le prouver..."

"... et pendant ce temps tu subiras les supplices des donjons du ministère..."

"... qui sont presque aussi horribles que ceux d'Azkaban..."

"... d'ailleurs notre père y travaille..."

"... et il raconte que_"

"Non mais vous n'avez pas fini de raconter des idioties !" Les interrompis leur mère d'une voix dure, "Ne fait pas attention à eux, le ministère n'enfermerait jamais un enfant dans un donjon ! Et il n'y a même pas de donjons au ministère !"

Harry eu quand même du mal à avaler sa salive.

"Mais ce n'est pas une raison pour se servir de la magie n'importe comment !"

Elle lui jetait à présent un regard sévère. Visiblement elle attendait une réponse.

"Oui madame, bien sûr Madame."

"Bien," dit-elle en souriant, "ça ira pour cette fois mon garçon."

"C'est ce qu'elle a dit au dernier aussi, et le soir même..."

"Les agents du ministère frappaient à sa porte..."

"Et là mon vieux..."

"Silence vous deux ! Ça suffit les âneries vous allez rater le train !"

D'un regard elle les fit taire, et toute la tribu se mit en rang.

"Disparaissez de ma vue, et je ne veux plus vous voir avant Noël, est ce que c'est clair ?"

Cette dernière remarque était surtout dirigée vers les jumeaux qui décidèrent en même temps que leurs lacets avaient besoin d'être resserrés.

"Bon, Ronald, tu y vas ?"

Le dénommé était dans la lune. À l'appel de son nom, il tira sur sa valise et parti en direction du mur.

"N'oublies pas de nous écrire !"

Un hochement de tête sans se retourner et, sans un mot il se mit à courir... La tête la première... Vers le mur... Qui l'engloutit sans un bruit.

"Maintenant à vous Fred et Georges."

"Maman, c'est moi Fred."

"Et moi c'est George."

"Franchement, même pas capable de reconnaître ses propres enfants."

"Je vous jure, et ça se dit notre mère."

"Toujours est-il" dit elle, ignorant leur réprimandes "que si jamais vous trouvez le moyen de vous faire renvoyer, je vous jure que je vous inscrit à Dumstrang !"

"Mais oui ma chère maman."

"On sera sage comme des images."

"C'est promis" dirent-ils en cœur.

"J'espère bien ! Maintenant filez !"

Et eux aussi se mirent à courir vers le mur. Mais avant qu'ils n'aient eu le temps de le traverser. Le dernier membre de la tribu, une petite fille rousse assise sur le porte bagage, se mit à pleurer. Les jumeaux ne purent s'empêcher de s'arrêter, et se retournèrent un sourire sournois aux lèvres, pour admirer leur œuvre. La petite fille avait le visage entièrement rouge et de la fumée lui sortait des oreilles.

"Le prototype numéro neuf est apparemment une réussite totale."

"En effet, j'espère résultats sont mieux que ce à quoi je m'attendais. "

"Les garçons !"

Sur quoi ils s'en furent avant de subir la colère de leur mère.


Bon, c'est à nous je suppose.

Il y a une petite fille qui pleure.

Ce qui est triste je le concède, mais c'est un problème que peut régler l'adulte qui en a la responsabilité, nous avons un train à prendre.

Il y a une petite qui pleure.

Harry avait l'habitude d'avoir deux parties de lui-même dont l'avis diverge sur un sujet ; la plupart du temps elles en débattaient jusqu'à tomber d'accord. Mais dans le cas présent il était clair qu'un des deux parti ne cherchais pas à discuter, ce qui étais rare, et jamais bon signe.

On ne vas pas s'occuper de tous les enfants qui pleurent ! Surtout pas quand ils ont un parent juste à côté !

Il y a une petite fille qui pleure.

Écoutes, ignorons le, il n'est clairement pas fonctionnel, le train ne va pas attendre !

IL Y A UNE PETITE FILLE QUI PLEURE !

Harry se serait volontiers frappé la tête contre un mur pour les faire taire, mais il doutait que le plus proche se montre très coopératif.

Il y a une petite fille qui pleure !

Train !

Elle PLEURE !

Le TRAIN !

Et zut.

"Est-ce que... tu vas bien ?"

Harry détestait ne pas écouter sa voix rationnelle, mais étant donné qu'il s'agissait juste d'une personnalité imaginaire dans sa tête, elle ne pouvait pas lui en vouloir ou faire grève s'il l'ignorait.

La petite fille écarta les mains de son visage et regarda Harry qui s'était accroupi pour se mettre à sa hauteur ; une substance rouge et visqueuse dégoulinant de son visage, mais Harry parvenait tout de même à voir les taches de rousseur sur ses joues. Elle soutient son regard durant une seconde puis se cacha à nouveau derrière ses mains et pleura encore plus fort en baragouinant des propos incompréhensibles. Sa mère se rapprocha et la serra contre elle.

"Ça va aller, Ginny, ne t'en fais pas... Ils vont m'entendre ces deux-là !"

"Babaaaan, li va pluuuuuu" donna l'intéressée pour seule réponse.

"Qu'est-ce qu'elle dit ?" demanda Harry.

"Je ne suis pas sûre... "

"Il da bris de beurre !"

"Ginny, tu_" Tanta-t-elle.

"Babil terreur !" s'époumona la fillette.

"Un baril de beurre ?" hasarda Harry qui commençait à douter de sa possible utilité.

Je te l'avais dit.

"Non, je crois qu'elle parle de..." commença-t-elle, avant de froncer les sourcils et de regarder Harry d'un regard... troublé ? Elle tendit la main vers lui...

Qu'est-ce que...

... Vers son front...

DANGER !

Mais Harry eut à peine le temps de faire un pas en arrière... Qu'une main douce lui écarta délicatement la frange qui lui tombait presque dans les yeux.

"Ça explique tout..." dit la femme avec un sourire.

Du point de vue de Harry ça n'expliquait rien du tout, au contraire, mais ce n'était pas la chose la plus bizarre qu'il voyait aujourd'hui, et il y avait un côté rassurant dans l'idée qu'au moins une des personnes présentes avait la situation en main.

"Il n'y a rien que tu puisses faire mon garçon, mais c'est gentil de ta part d'avoir essayé. Files, le train ne t'attendra pas."

Harry hésita une seconde, il avait l'impression que quelque chose d'important venait de se passer et qu'il l'avait raté. Mais il finit par hocher la tête, attraper sa valise, et foncer les yeux fermés dans un mur de brique.

Quand le mur l'avala, la petite Ginny osa enlever ses mains de son visage. Elle pleurait de moins en moins, mais ne s'arrêtait pas complètement.

"C'était lui maman ! C'était lui !"

"Oui ma chérie, c'était lui."

"C'était Harry Potter ! Harry Potter m'a vue avec de la confiture sur le visage ! Je veux mourir !" et elle recommença à pleurer de plus belle.