Harry s'était attendu à ressentir... quelque chose en traversant le mur; quelque chose lui disant qu'il était passé de l'autre côté et qu'il pouvait ouvrir les yeux. Mais apparemment les sorciers ne voyaient pas l'utilité d'une telle chose, et il arriva... Exactement ce qui arrive quand des enfants se mettent à courir les yeux fermés.
"Hé ! Atten..."
"Ouch !"
Suivi du bruit de deux corps pré-pubères se percutant violemment avant de s'étaler l'un sur l'autre au sol.
"Mais lâches moi !"
"J'essaie... désolé, je AÏÏÏE ! Ne mords pas !"
"Mais j'ai rien fait moi !"
"Hahaha, haha, Fred... Ta... Hahaha... Valise s'est... Ouv... Ouv. Hahaha!"
"Hihihi... Croutard... Hi hi... Rev... Revi... Hihihi, hi hi... Ici !"
"Mais faîtes quelque chose vous deux !"
Les jumeaux, particulièrement de bonne humeur, ne rirent aux éclats que pendant une demi-minute avant de les aider à se dépêtrer de leur méli-mélo de valises renversées, cage à oiseau (avec un hibou vivant dedans !) et de robes de sorcier, ce qui laissa à Harry le temps de s'excuser une bonne douzaine de fois et au dénommé Ronald de geindre en agitant les bras, tout en déversant une suite de propos incompréhensibles au sujet de vengeance et des sous-vêtements d'un certain Martin.
Une fois sur pieds, Harry s'apprêtaient à se répandre en excuses, mais il remarqua bien vite que les rouquins ne lui prêtaient guère attention. La tête de Ronald était en feu, littéralement. Ou presque ; ses taches de rousseur, ses cheveux roux carotte et le rouge qui s'était allumé sur son visage lui donnait une impression plutôt réussie de début de combustion spontané.
"Je suis sûr que c'est de votre faute !"
"Bien sûr Ronnounet, tout ce qui t'arrive de drôle est de la faute de tes méchants grands frères..."
"Et puis c'est nous qui t'avons dit de rester debout à l'endroit même où déboulent en courant tous les jeunes sorciers de Grande Bretagne."
L'argument, pourtant pertinent, ne semblait pas convaincre... Ronnounet?
"À d'autre, j'ai vu le regard que vous avez échangé en sortant du mur, vous prépariez un mauvais coup !"
"Oh, ça c'est sûrement à cause du mauvais tour qu'ils ont fait à ta sœur..." Harry n'avait pas pu s'en empêcher.
Pourtant les Dursley lui avait bien fait rentrer dans le crâne, de façon presque littérale, qu'il valait mieux pour lui qu'il reste silencieux tant que son intervention n'était pas réclamée. Mais parfois, souvent dans les pires moments, il lui échappait une remarque qu'il regrettait amèrement par la suite. Heureusement, Ronnounet ne lui lança pas le regard annonciateur de tempête auquel il s'attendait ; il avait visiblement d'autres soucis en ce moment.
"QU'EST CE QUE VOUS AVEZ FAIT À GINNY !?"
"Doucement Rony, tu vas attirer l'attention de tout le quai !"
"Et puis tu nous connais, on ne lui ferai jamais rien de vraiment grave !"
Même si cet argument paru à Harry beaucoup moins rationnel que le précédent, il sembla satisfaire Rony, ou en tout cas son visage retrouva une teinte normale, même si ces yeux lançaient encore des éclairs. La partie rationnelle du cerveau d'Harry parut revenir au contrôle, car il parvient à se retenir de mentionner les pleurs de la fillette. Ou en tout cas il n'en eu pas le temps car au même moment un porte bagage chargé le percuta violemment par l'arrière, le projetant à nouveau sur Rony-Ronald-Ronnounet, qui cette fois-ci parvient à ne pas s'effondrer. Tout du moins, pas avant que le contenu du chariot décide de rejoindre l'embrassade improvisée.
"Mais c'est pas vrai! Qu'on me l'enlève !"
"Je suis désolé !"
"Je suis désolé !"
Pendant un instant Harry se demanda s'il ne s'était pas cogné la tête trop fort, ou s'il avait juste imaginé l'écho. Ce n'est qu'après que les jumeaux finirent de s'étouffer de rire, plusieurs "on te l'avait bien dit", une autre combustion spontanée, et qu'il fut remis sur pied qu'il remarqua le garçon joufflu à qui appartenait le chariot.
"Mais vous ne pouvez pas faire attention ?! Dit Rony-Ronald-Ronninounet sur le point d'exploser."
"Je suis désolé, repris le joufflu, je ne vous avais pas vu..."
"Pas la peine de t'excuser, dit Harry, on n'aurait pas dû rester dans le passage. Ce n'est pas de sa faute Ron..."
Harry avait failli l'appeler Ronnounet, mais c'était rattrapé à temps.
"Hey! On n'a pas dégnomé de jardin ensemble, que je sache !"
"Désolé..." Harry n'avait pas réalisé qu'il s'était arrêté en plein milieu de phrase, "c'est juste..."
Inventes quelques chose, vite !
C'était généralement la partie rationnelle d'Harry qui trouvait les solutions à ce genre de problème.
"C'est juste... Que c'est plus facile à retenir que Ronald..."
C'est tout ce que tu as trouvé ?
Tu as dit vite, j'ai fait au mieux
Génial, il va me détester maintenant. Je n'ai mis les pieds dans le monde des sorciers que depuis trois minutes et je me suis déjà fait un ennemi
Tu n'as pas l'impression de dramatiser un peu ?
Quoi ? Attends un peu. Tu vas voir, il va s'énerver et dire...
"Ça me plaît bien Ron !"
Oh!
Oui, ça me semble être la réaction approprié monsieur la drama-queen
Harry se souvenait encore de la fois où il avait appelé son cousin Dud. Il avait fallu appeler les pompiers pour le faire descendre de l'arbre où il s'était réfugié. Et Dudley avait quand même fini par le tabasser.
"Regardes çà George, notre petit Ronnounet ce fait des amis ! Lança un des jumeaux."
"Comme il est mignon quand il s'y met !" Renchérit son comparse.
"Mais vous allez la fermer à la fin !" Contra Ronald, avant de se lancer à leur poursuite.
Ce Ronald a l'aire d'être le genre de personne à s'enflammer d'abord et à réfléchir ensuite
Ils forment un bon trio comique
C'est vrai, mais je pense qu'il y a une autre leçon à tirer de cette histoire
Il vaut mieux être enfant unique ?
Très drôle, mais tu ne réussiras pas à détourner la conversation, tu sais très bien où je veux en venir.
Harry savait que lorsque son côté rationnel lui faisait la morale, il devait ensuite promettre de faire des choses désagréables. Il en grimaçait d'avance.
Tu vas me dire qu'il ne faut pas juger les gens sans les connaître ?
Nan, "Ron" est définitivement un idiot, je voulais te faire remarquer que j'avais raison depuis le début ! S'il faut bien retenir quelque chose de cette histoire, c'est de ne jamais hésiter à remettre en question tes schémas mentaux préétablis, les étrangers peuvent toujours te surprendre.
Et où est passé le "espères le meilleur mais prépares toi au pire" que tu m'as forcé à répéter une dizaine de fois juste pour être sûr que je ne l'oublie pas ?
Tu as l'impression d'avoir espéré le meilleur possible dans cette situation ? Tu t'es laissé impressionné par ta rencontre avec "Greg" et tu as laissé ta peur prendre le dessus sur ta faculté à raisonner. Un simple regard suffit à comprendre que "Ron" se classe dans la catégorie des chiens qui aboient beaucoup plus qu'ils ne sont prêts à mordre : inoffensif
Donc je l'appelle "Ron" à partir de maintenant ?
Il a dit que ça lui plaisait, non ? Et puis_
"Je m'appelle Neville."
Le joufflu tendait une main tremblante mais décidée à Harry. Il avait complètement oublié la présence du garçon. À le regarder de plus près, il avait le mot transparent écrit sur le front.
Je suppose que lui aussi entre dans la catégorie inoffensif ?
Pas pour les mêmes raisons, mais oui, sans la moindre hésitation
On n'avait encore jamais tendu la main à Harry, au littéral comme au figuré - à part le professeur Quirrel un peu plus tôt. Harry décida donc de l'ajouter aussi à la catégorie sympathique. Il lui serra la main.
"Enchanté, et désolé pour tes valises."
"Pas la peine, elles étaient instables de toutes façon."
Une dame assez âgée mais pas encore "vieille" les regardait tous les deux avec l'air attendri.
"Je te laisse avec ton nouvel ami Nevy, n'oublies pas de m'écrire."
Pendant une seconde l'interpellé paru complètement paniquer, avant de se rappeler qu'il était un-grand-garçon-qui-pouvait-aller-jusqu'à-son-train-sans-que-sa-maman-ne-l'accompagne et ne retrouve un semblant d'assurance qui, paraissait à tout moment sur le point de se briser.
Avant de s'en aller elle déposa un baiser sur le front de Neville qui rougit instantanément -mais ne protesta pas- et agita sa baguette en direction du tas de bagages. L'air paru onduler autour de celles-ci, leur image devient une masse floue un instant avant de se stabiliser. À la place de la demi-douzaine de valises et de sacs il n'y avait plus qu'une seule valise, à peine plus encombrante que celle de Harry et un petit sac servant au transport des animaux. Elle n'avait pas dit abracadabra et il n'y avait eu ni "pouf" sonore ni explosion de fumée rose, mais ça restait impressionnant, bien plus que les spectacles de prestidigitation qu'Harry avait vu à la télévision.
"Fermes la bouche mon garçon, tu vas avaler une mouche," lui dit-elle dans un grand sourire. "Je devine que tu as été élevé par des moldus ?"
Si le mot était aussi péjoratif qu'il en avait l'air, il pouvait clairement s'appliquer aux Dursley.
"Heu... Oui madame."
"C'est bien ce que je pensais, alors à ta place j'économiserai mon souffle, car tu verras des choses bien plus surprenantes que ce petit tour."
Et durant l'espace d'une seconde elle eut la même expression que Fred et George. Mais ça ne dura pas plus longtemps car la seconde suivante elle avait disparu. Au sens propre. Un instant encore elle était là, et puis "whoosh" plus rien.
"Elle a disparu ! Il n'avait pas pu s'en empêcher, elle n'est plus là !"
"Bah oui, elle a transplané, tu viens?"
Apparemment c'était un événement assez courant pour qu'un jeune sorcier ne mérite pas qu'on y attache de l'importance.
Message reçu, inutile d'avoir le souffle coupé toutes les deux secondes, j'ai quitté le domaine du normal. Je pense que je n'aurais pas besoin des concepts d'impossible et d'improbable pendant quelques temps.
Harry marchait en silence en ruminants ce qu'il avait appris des dernières minutes, tout en se demandant ce qui pourrait bien arriver ensuite. Si l'improbable devenait la norme, ce qui lui paraît le moins probable est sur de se réaliser -logiquement- donc quel était la chose à laquelle il s'étendait le moins ?
"Et sinon, comment tu t'appelles ?" Demanda Neville
Harry se reteint de sursauter. Neville arrivait si bien à effacer sa propre présence qu'il avait presque oublié qu'il marchait à côté de lui.
Il y a quelque chose de surnaturel chez cet enfant, magique ou pas.
"Désolé, c'est vrai. Je n'ai pas vraiment l'habitude des introductions donc excuses-moi si je ne fais pas les choses comme il faut."
Neville hocha la tête distraitement tout en regardant sa boîte à chat.
"Je m'appelle Harry. Harry Po_"
"Trevor !"
"Heu... Non, je m'appelle vraiment Harry !"
"Pas toi ! Mon crapaud, Trevor, il s'est sauvé, regarde !"
Neville lui mit sa boîte juste sous le nez et en effet elle était vide.
"Ne t'en fait pas il n'a pas dû aller bien loin, je peux t'aider à... Tu as bien dit crapaud ?"
"Oui, c'est mon oncle qui me l'a offert quand j'ai été admis à Poulard. Il n'arrête pas de se sauver !"
Un crapaud. C'est un peu cliché mais loin d'être la chose la plus bizarre de la journée.
"Il ne doit pas être loin, viens, je vais t'aider à le_"
"Toi ! " s'écria une voix inconnue juste à côté d'eux
Neville et Harry tournèrent au même moment la tête vers la source de celle-ci ; un jeune garçon en robe de sorciers qui observait tous les deux depuis la porte du wagon le plus proche. Harry n'avait pas réalisé qu'ils avaient marché au point de se retrouver juste à côté du train.
Lui et Neville se regardèrent, visiblement pensant tous les que l'autre était le destinataire de cette altercations, puis dans un mouvement synchronisé se retournèrent vers le jeune garçon. Il avait les cheveux blond, presque blanc, des yeux gris qui s'accordaient avec son teint pale et avais l'air de se retenir de sauter sur place.
"Toi !" insista le garçon en s'avançant vers eux, "tu es Harry Potter!"
Sans qu'il sache pourquoi, Harry eu l'impression que toute la gare fit silence dans la seconde qui suivi. Au loin il vit les trois rouquins arrêter de courir et se retourner dans leur direction -ou plutôt Fred et Georges s'arrêtèrent de courir, allez savoir pourquoi Ron sembla penser qu'il pouvait à la fois courir et regarder en arrière et, naturellement, il percuta ses frères à pleine vitesse et tout ce beau monde s'étala sur le sol. Harry s'apprêtait à demander à Neville ce qu'il se passait mais, celui-ci le regardait la bouche ouverte avec des yeux ronds.
Ça ne me dit rien de bon...
"Harry Potter, je ne m'attendais pas à te croiser ici, bien que j'aurais dû m'en douter à y repenser. Je suis Draco Malfoy, mais ça tu le sais déjà, ravi d'enfin faire ta connaissance."
Harry avait l'impression que le garçon parlait plus fort que nécessaire. Son discours sonnait légèrement... Faux ? Comme s'il s'était entraîné à le réciter devant sa glace pendant une semaine. Son ton paraissait trop mesuré, des gestes trop théâtraux. Mais ce n'était pas possible. Il y a une semaine Harry lui-même ne savait pas qu'il serait ici aujourd'hui, comment ce garçon l'aurais su ?
Draco lui tendit la main un poil trop vite pour que cela paraisse naturel. Harry avait l'impression qu'il était forcé de prendre cette main, qu'il n'avait pas d'autre choix. Il aurait voulu fuir, appeler à l'aide, se retrouver n'importe où mais pas ici. Mais là présence de cette main était trop oppressante, elle lui donnait l'impression d'être cerné, fuir était inutile. Il n'y avait personne à appeler à l'aide non plus et il ne savait pas disparaître comme la mère de Neville.
Il tendit lentement la main, s'attendant presque à ce que celle de Draco se transforme en serpent et le morde. Il vit ses doigts pales se refermer sur sa main au ralenti, l'enserrant dans un étau.
Mais rien ne se passa.
Harry ne ressenti rien de plus que la sensation normale de la main d'un garçon de onze ans dans la sienne.
"Je comprends que tu sois surpris, mais ce n'est pas la peine d'être timide avec moi. Les Potters seront toujours amis des Malfoys."
Quoi ?
Tout ça allait trop vite pour Harry.
"Viens, je vais te montrer ma cabine."
Et sans lui lâcher la main Draco le tira dans le train.
"Crabbe, Goyle, montez la valise de monsieur Potter."
Deux molosses sortirent de l'ombre de Draco et s'exécutèrent sans un mot. Harry eu à peine le temps de jeter un coup d'œil en arrière. Sur le quai, un garçon joufflu le regardait comme s'il se faisait enlever par le croque-mitaines.
