Draco, Ron et Hermione se mirent à parler en même temps, essayant chacun de couvrir le bruit que faisaient les autres.
"Pas tous à la fois ! Mademoiselle Granger, allez-y, je vous écoute."
"Vous n'allez quand même pas_" commença Draco, avant qu'un regard du professeur suffise à le faire taire.
Elle a réussi à imposer le respect à Draco !
Message reçu, on ne plaisante pas avec McGonagall !
"Draco et ses brutes agressent cette fille ! Quand je suis arrivé Goyle lui tordait les bras et elle pleurait !"
"Mademoiselle Carrow, ce qu'elle dit est vrai ?"
La demoiselle en question leva des yeux inexpressifs vers le professeur, mais ne dit rien.
"Je vois, et où se trouvait l'autre mademoiselle Carrow pendant les faits ? J'ai entendu dire que vous étiez inséparables."
"Et bien... À vrai dire je ne me souviens pas l'avoir vu, mais je n'ai pas fait vraiment attention, et je suis partie vous chercher presque immédiatement..."
Hermione rougissait légèrement, gênée de ne pas avoir remarqué un détail aussi important.
"Et vous, que vous est-il arrivé ?" le professeur regardait à présent la jeune fille qui se massai le poignet, qui lui rendit le même regard que sa sœur, et ne dit toujours rien.
"Je vois. Sachez monsieur Malfoy, que ce genre de comportement ne sera jamais toléré dans l'enceinte de cette école et que_"
"Professeurs McGonagall."
Une voix suave résonna de derrière le professeur, une voix qui, malgré son ton posé donnait l'impression d'un fil d'eau glacée qui vous glisse le long de la colonne vertébrale. La sorcière se retourna et fit face à l'homme. Grand, vêtu de noir, de longs cheveux noirs lui encadrant le visage, la peau pâle et le nez aquilin, il avait tout du vampire. Il se dégageait de lui une aura funeste ; si on ne plaisantait pas avec McGonagall, en sa présence à lui on oubliait le principe même de joie. Si on avait dit à Harry que cet homme était le sorcier maléfique qui faisait regner la terreur sur Poudlard il l'aurai cru sans hésiter.
Il balaya la scène du regard avec un désintérêt ostentatoire.
"Je n'ai pas pu m'empêcher d'entendre votre... conversation."
"Dans ce cas vous avez surement entendu que j'ai la situation bien en main !"
"Loin de moi l'idée de vous arracher ce qui est à vous, cependant, il me parait évident que votre avis sur la question est biaisé."
Harry en était bouche bée. Il était d'accord avec l'homme. Il pouvait presque deviner ce qu'il allait ajouter ensuite
"Il n'est pas courant de déclarer coupable un individu sans avoir au préalable obtenu sa version des faits."
"Oseriez-vous prétendre que la situation n'est pas claire ?"
"Je prétends que vous n'avez pas pris la peine de chercher à savoir la vérité, que vous êtes arrivée avec une idée préconçue des événements, et que vous prêtez plus de foi à l'avis d'une personne allant dans votre sens qu'à tout autre."
"Quel agresseur avouerait son crime sans raison ?"
"Quel crime y a-t-il eu ?"
"Ils les ont agressées et..." commença Hermione avant que le poids du regard noir de l'homme ne pèse sur elle et n'étouffe sa confiance en elle.
"Et qu'avez-vous vu de cette agression ?"
"Eh bien, il la tenait à terre et..."
"Et ensuite ?"
"Ensuite je suis partie chercher de l'aide donc..."
"Donc vous ne savez pas."
"Si ! Ils..."
"Ils ?"
"Professeur Rogue, votre comportement est indigne d'un enseignant !" s'interposa McGonagall
"Et en quoi vous pris-je chère collègue ?"
"Vous effrayez cet enfant !"
"Encore des présomptions, lui avez-vous ne serai-ce que demandé ce qu'elle ressent ? Vous sentez vous menacée mademoiselle ?" Le ton doux du professeur Rogue avait le parfum exquis du poison, chacune de ses paroles étaient imbibée de venin mortel, et l'entendre c'était y goûter. Seule le professeur McGonagall y paraissait insensible.
"Séverus !" ordonna-t'elle
L'interpellé tourna lentement vers elle des yeux mis clos, l'ennui se lisait sur ses traits.
"Ma chère Minerva, si cette petite fille à vraiment vu une agression, pourquoi n'est-elle pas capable de donner plus de détails sur celle-ci ? Pourquoi n'est-elle pas au courant de la présence d'une deuxième victime, si tant est qu'il y en ai ne serai-ce qu'une, alors que celle-ci se tient ici devant nous ?"
"Je ne permettrai pas que la violence règne à Poudlard !"
"Et je ne me permettrai pas que mes élèves soit accusés sans preuve, je ne permettrai pas que ma maison subisse vos préjugés ! Peu m'importe la façon dont vous diriger Gryffondor, mais mes Serpentards n'en pâtiront pas !" dans sa bouche le mot Gryffondor sonnait comme la pire des insultes.
"Vous ne savez même pas s'il appartiennent à votre maison ! Ils n'ont même pas été triés !"
Le rictus qui s'étira lentement sur le visage de l'homme ne noir n'avait rien de sain. C'était celui d'un prédateur qui voyait avec satisfaction sa victime s'empêtrer dans le piège qu'il avait soigneusement tendu.
"Dans ce cas; ni vous, ni moi n'avons autorité pour statuer de leur sort."
Le son du dernier clou enfoncé dans le cercueil de professeur McGonagall résonna dans le silence qui suivi.
La femme ne disait rien, son regard déchaînait des ouragans mais sa bouche restait close. C'est lui qui repris la parole.
"Chères enfants, en ma qualité d'enseignant je vous demande de bien vouloir vous rendre dans la grande salle afin que la cérémonie puisse commencer. Si qui que ce soit à une réclamation ou une plainte à déposer, il pourra le faire auprès de son directeur de maison, dès qu'il lui aura été attribué une."
Un à un, les enfants quittèrent les toilettes, et seul les professeurs McGonagall et Rogue y restèrent.
"Qu'est-ce qui vient de se passer ?" demanda Harry
Ils étaient tous les trois debout devant la porte de la grande salle. Hermione était encore en état de choc, elle ne disait pas un mot et regardait dans le vide l'air mi-triste, mi-apeuré. C'est Ron qui lui répondit.
"Mes frères m'ont parlé de lui, c'est Rogue, le directeur de Serpentard. Un sale type de la pire espèce."
"Mais il est prof ? Ici ? Cet homme est autorisé à interagir quotidiennement avec des enfants ? Et tout le monde trouve ça normal ?"
"Dumbledore."
"A tes souhaits."
"C'est le nom du directeur de l'école." Expliqua Neville.
Tous sursautèrent, même Hermione.
"Non de... !"
"Par mais-l'un, d'où du sors toi ?" explosa Ron. "Tu sais depuis combien de temps on t'attend ?"
"J'étais aux toilettes, et quand j'ai voulu vous rattraper, les escaliers sont devenus fou. C'est Rusard qui m'a ramené."
"Non, impossible, on était aux toilettes il y a deux minutes !"
"Les toilettes du rez-de-chaussée."
"Neville, à quel moment tu nous as faussé compagnie ?" demanda Harry
"Juste après que le professeur McGonagall nous ai séparé en deux groupes."
...
"Tu veux dire que tu n'étais pas avec nous dans les vestiaires ?"
"Quoi ? Non ! J'en sors juste !"
Harry et Ron se regardèrent. Ils n'avaient pas remarqué l'absence du jeune garçon. Il n'avait pas non plus remarqué son retour.
"Neville ? Qu'est-ce que c'est ?" articula lentement Harry.
"Quoi ?" demanda-t-il, tout en évitant de le regarder dans les yeux.
"Pourquoi t'es aussi transparent ?" balança Ron sans tact.
Hermione lui donna un coup de coude dans les côtes.
"Aïïïïïïïïïïïïïe !"
"Excuses le Neville, tu n'es pas obligé d'en parler si tu n'en a pas envie."
Neville ne répondit pas, il regardait ailleurs. Il avait l'air de vouloir être ailleurs aussi.
"Mais ça pourrait être important pour nous de savoir." dit Harry.
Hermione le foudroya du regard. "Ça le regarde, c'est à lui de décider !"
"Si nous empruntons les escaliers ensemble, il faut que nous soyons capable de remarquer tout de suite si l'un de nous disparaît, et si la présence de Neville s'effa e de nos conscience à ce moment-là, il pourrait se perdre, et on ne le saurai pas avant des heures."
Harry voyait bien qu'Hermione voulait répliquer, mais elle ne trouvait aucune faille dans sa logique. Neville, lui, paraissait sur le point d'hyper-ventiler.
Tu n'as pas honte d'utiliser ses points faibles contre lui ?
Pas quand c'est pour son propre bien.
"Je comprends que tu veuilles garder tes secrets, tu nous connais à peine après tout, mais je dis ça pour toi, dans un environnement nouveau, il vaut mieux ne pas prendre de risques, tu n'es pas d'accord ?"
Il hocha la tête si vite que Harry cru qu'elle allait se décrocher. Mais il ne parla pas tout de suite ; il cherchait ses mots ou luttaient contre son instinct qui lui disait de se taire, alors Harry se tint prêt à assommer Ron s'il essayait d'ouvrir la bouche, par simple précaution.
"Vous savez... on a tous des accidents magiques quand on n'a pas encore de baguette... Et il y avait ce garçon..." Neville prit une grande inspiration, "Un jour j'ai voulu disparaître. Alors j'ai emprunté la baguette de ma grand-mère et j'ai essayé de me rendre invisible. Mais elle m'a surpris au milieu du sort et dans la panique, j'ai provoqué une explosion de magie. Et depuis les gens ont tendance à me laisser tranquille... ils... oublient que je suis là."
Voilà qui résous le mystère
"Et tu ne peux pas le contrôler ? Ou définir des exceptions ?" demanda Hermione.
Neville fit non de la tête. "Les gens agressifs le sont moins avec moi, parfois ils sont plus gentils ou ne me remarquent pas du tout, et les gens normaux m'oublient si je ne parle pas pendant assez de temps."
"Et si je fais un effort volontaire pour penser à toi ?"
"Tu finiras par être distraite par quelque chose, ta pensée glissera sur un autre sujet sans que tu t'en rendes compte. Il n'y a que ma grand-mère qui... le sort ne marche pas de la même façon sur elle."
Personne n'ajouta rien. Neville haussa les épaules. "On s'y fait, et puis c'est pas si terrible."
Hermione le regardait comme un petit chien qui se serai coincé la patte dans une porte. Harry éprouvait de la compassion pour Neville. Lui aussi avait souvent souhaité devenir invisible, mais maintenant il remettait son souhait en perspective. Malheureusement pour lui, même dans ces circonstances son cerveau n'arrêtait pas de fonctionner
"Excuses-moi, de quoi tu parles quand tu dis accidents magiques ?"
"Tu sais bien," dit Ron "quand tu ne contrôles pas encore ta magie et qu'elle fais des trucs toute seule !"
"Heu... Non, je ne vois pas. Je n'ai découvert que j'étais un sorcier que récemment et avant ça..."
"Essayes de te rappeler," insista Hermione "un jour où tu voulais vraiment quelque chose, ou alors que tu ressentais une émotion vraiment forte comme la colère ou la honte, il ne s'est jamais produit des événements étranges ? Ou trop incroyable pour être vrai ?"
"Crois-moi, si quelque chose dans ma vie était trop incroyable pour être vrai je m'en serai souvenu."
"Moi ça m'arrivait tout le temps ! Mes frères m'appelaient boutefeu quand j'étais petit !"
Que c'est surprenant...
"Parce que j'arrêtais pas de faire exploser des trucs !"
Harry eu peine à se retenir de rire, il feignit une quinte de toux pour dissimuler son hilarité.
"Moi, avant de disparaître, je décollais du sol, mais juste un peu, je retombais juste après."
"Et moi, une fois j'ai fait pleuvoir des marrons !" ajoura Ron.
"Et toi Hermione ?" demanda Harry.
Mais la jeune fille regardait ailleurs. Pour n'importe qui elle n'avait pas l'air d'écouter la conversation, mais pour Harry elle essayait de toutes ses forces de ne pas être là.
Ok, madame gardes ses secrets !
"Les enfants, je croyais vous avoir dit d'entrer dans la salle, pas d'attendre devant !" Ils levèrent la tête vers le professeur McGonagall qui descendait les escaliers au pas de course, portant une très grande boite dans les bras Allez, dépêchez-vous maintenant, la cérémonie va commencer."
"Est ce que c'est le chaud-à-peau magique ?" demanda Harry.
"Ça se prononce Choixpeau" dit-elle en lui faisant un clin d'œil "et entrez vite, vous êtes déjà assez en retard comme ça."
"Mais vous même vous êtes_"
"Allez viens Ron !" le coupa Hermione en l'attrapant par le bras
Et ils entrèrent.
La Grande salle l'était encore plus que suggérait son nom. Elle était assez grande pour contenir cinq longues tables quatre assez grandes pour contenir la totalité élèves des sept années de chaque maisons et une ou s'assirent les nouveaux arrivants, et quand tout le monde fut assis, Harry remarqua qu'il n'y avait pas un siège de trop.
Hermione et lui ressemblaient à des enfants de six ans dans un magasin de jouet ; il y avait tant de choses à voir, le toit de la salle, enchanté pour reproduire le ciel nocturne où les constellations semblaient s'animer, les gargouilles qui dansaient, les personnages des moulures qui jouaient des scènes silencieuses, les centaines de bougies qui exécutaient un ballet aérien complexe, chaque coin de la salle cachait un nouveau source d'émerveillement, et leurs yeux n'étaient jamais rassasiés de ce spectacle.
"Fermez la bouche, à vous deux vous allez finir par avaler tout l'air du château !" plaisant a Ron et Hermione rit sincèrement à sa blague. C'était la première fois que Harry voyait ces deux la rire ensemble et il espérait que ce ne serait pas la dernière.
Il y eu des chants, des pièces de théâtre avec des effets spéciaux -magiques- un discourt de chaque directeur de maison et du directeur de l'école, mais ils étaient trop occupées à regarder les fantômes se disputer avec les gargouilles pour en retenir quoi que ce soit à part un truc au sujet d'une forêt et du troisième étage. Et puis ce fut le diner, les plats, plus colorés les uns que les autres apparurent -comme- par magie devant eux, et Harry découvrit des saveurs dont il n'aurait jamais pu soupçonner l'existence, même dans ses rêves les plus fous.
"Vous savez, c'est peut-être la dernière fois qu'on est tout réuni comme ça."
Ils se tournèrent tous vers Neville.
"Si on va dans des maisons différentes, on ne se verra plus." dit-il avec regret.
"Bien sûr que si," le rassura Ron "Même si on n'a pas tous nos cours ensemble, il y a toujours les récréations, l'étude, les repas, les week-ends, les soirées_"
"Ce qu'il veut dire, c'est qu'il n'y a pas de raison pour qu'on ne reste pas amis juste parce que nous ne sommes pas de la même maison." dit Hermione.
"Wep !" Confirma Ron.
Amis...
Tais-toi et profite du moment.
Et c'est ce qu'il fit.
"Alors c'est une promesse." dit Harry en tendant sa main.
"Une promesse." confirma Hermione en hochant la tête et en plaçant sa main par-dessus la sienne.
Les deux autres les regardèrent, regardèrent leur mains, et les regardèrent à nouveau.
"Et c'est sensé vouloir dire quelque chose ?" demanda Ron.
"C'est un truc de moldu" dit Hermione. "Vous mettes vos mains sur les notre et on promet tous."
Ron Leva les yeux au ciel. "Si c'est un truc de moldus." Mais il plaça quand même sa main sur la pile et Neville l'imita.
Ils se regardèrent tous gênés puis rirent à l'unisson.
