D'après madame Pomfresh, étant donné qu'il ne souffrait plus d'aucune blessure, Harry pouvait retourner à son dortoir, à condition qu'il revienne le lendemain pour subir une auscultation plus détaillée. Il avait essayé de justifier le fait qu'on l'ai trouvé inconscient devant la porte de l'infirmerie avec des traces de magie émanant de lui en prétendant qu'il avait bu ce qu'il croyait être une potion pour colorer ses cheveux.
On n'est définitivement pas doué pour inventer des excuses en situation de panique.
L'infirmière n'insista pas, mais lui fit la morale sur le fait qu'il ne fallait pas boire des potions en dehors de la surveillance d'un adulte, même si on est sûr d'avoir respecté la recette à la lettre, et surtout pas si c'est un autre élève qui l'a préparé. Puis elle commença à raconter l'histoire d'une élève trop sûre d'elle qui avait bu une potion de métamorphose qui avait été contaminée par un corps étranger, mais qui s'était caché dans les toilettes quand elle avait remarqué que la transformation ne marchait pas correctement. Quand on l'a finalement retrouvée, elle était au bords du comas et jusqu'à ce jour on n'avait jamais réussi à lui faire retrouver totalement son apparence, ni sa santé mentale. Quand Tonks comprit qu'elle ne s'arrêterait pas si on ne la forçait pas, elle prétexta qu'il était tard et qu'il tous besoin de repos et ils s'en furent.
"Bon, maintenant, la vérité Harry."
"Pardon ?"
"Ne prends pas ta cousine pour une idiote. Une potion pour se colorer les cheveux ?"
"C'est vrai Harry" ajouta Hermione "on sait tous que tu n'es pas assez stupide pour faire quelque chose d'aussi… stupide !"
"Je ne vois pas ce que vous voulez dire…"
"Ne me ment pas !" s'énerva Tonks "j'ai horreur de ça !"
"Pourquoi tu te tiens le bras ?"
Harry sursauta. Les autres aussi.
"Désolé." dit Neville "Je ne le fait pas exprès."
Harry profita de la confusion pour cacher son bras dans son dos, espérant que la diversion inattendue suffirait à faire les autres oublier de quoi il était question.
"Il se fait tard, je crois que je vais aller me coucher." et il leur tourna le dos, marchant dans ce qu'il croyait être la direction des donjons.
"Tu te moques de moi ? Tu as dormi toute l'après-midi !" rugit Tonks.
Harry n'osait se retourner, il ne voulait pas la regarder dans les yeux, il avait peur de voir sa colère.
"Tu ne nous fait pas confiance, Harry ?" demanda Hermione, d'une voix où le sentiment de tristesse et de trahison était audible.
Harry s'arrêta.
"Non. Enfin, si. C'est juste que…"
"Harry," Tonks posa la main sur son épaule "quoi qu'il se passe, tu peux nous le dire. Je ne sais pas ce que tes parents adoptifs t'on fait pour que tu craignes autant de t'ouvrir aux autres, mais ici, il y a des gens qui sont prêt à être là pour toi."
A la mention des Dursley, Harry se figea.
"Si tu voulais que ça reste un secret je suis désolée. A Poufsouffle on voit arriver chaque année des enfant ayant subi des violences. A force, on finit par reconnaître les signes."
"Harry ?" la voix d'Hermione tremblait.
"Toi et Neville, c'est la première chose que j'ai remarqué chez vous dans le train. J'aurai tellement aimé que vous soyez tous les deux répartis à Poufsouffle…"
"C'est pour ça que je n'ai pas été envoyé à Gryffondor ?" s'étrangla Neville.
Tonks fit non de la tête. "Le Choixpeau ne t'envoie pas là où tu as besoin d'aller, il t'envoie là où tu es à ta place. C'est ta capacité de compassion et ta loyauté envers ceux que tu aimes qui t'on désignés comme l'un des nôtres."
"Harry, est-ce que c'est vrai ?" demanda Hermione, même si au fond, elle savait déjà quelle était la réponse.
"Tu n'as pas à en parler si tu ne te sent pas prêt. Ça fait du bien, et on sera toujours là pour t'écouter, mais on ne te forcera pas."
Harry sentait les larmes venir.
Arrêtes imbécile ! Regardes-toi, tu es pathétique ! Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas entendu cette voix. Tu n'as pas fini de pleurer ? Tu n'en a pas mare que tout le monde te prennes en pitié ? Pauvre petit Harry, si faible, si fragile, les autres sont si méchants avec lui, il ne pourra jamais rien faire par lui-même.
Elle avait raison. Il n'avait fait que compter sur les autres depuis son arrivée à Poudlard, il ne pouvait pas passer sa vie à attendre que quelqu'un d'autre vienne le sauver. Il éprouvait une sincère reconnaissance envers Tonks, Hermione et Neville, mais il ne pouvait pas leur demander de résoudre tous se problèmes, ils faisaient déjà tant pour lui !
"Merci. Vraiment. Mais_"
"Monsieur Potter ?" La voix roque de Crabbe sonnait comme un disque rayé. Tout le monde se retourna vers le Serpentard, planté comme un piquet à côté de la porte de l'infirmerie.
Depuis combien de temps il est là ?
"Le jeune lord Malfoy souhaite vous faire savoir qu'il aimerai s'entretenir avec vous dès que vous serez disposé à accepter son invitation."
L'occasion était trop belle.
"Je crois que je vais y aller maintenant, il ne me laissera pas tranquille sinon." dit-il à ses amis, qui lui jetèrent un regard incrédule.
"Harry, ne_" commença Hermione.
"D'accord." Dis Tonks "Mais n'oublies pas, nous sommes là."
"Promis." Et il partit à la suite de Crabbe.
"Pourquoi l'as-tu laissé partir !" explosa Hermione
"Il n'est pas prêt, le forcer serait contre-productif."
"Parce que le laisser avec une brute le sera plus ? D'autant qu'à mon avis, il n'est pas étranger à la situation."
"C'est là que tu te trompes."
"Pardon ?"
"Serpentard n'est pas la seule maison où il y a des brutes. Les exploits de Harry lui ont attiré pas mal d'ennemis."
"Quoi ? Ça n'a aucun sens !" insista Hermione à mi-voix, mais elle ne parvint pas à se convaincre elle-même.
"Vraiment ?"
Hermione, incrédule, se tourna vers Neville. Il avait l'air aussi perdu qu'elle.
"Sans le savoir, Harry a offensé un certain groupe de personnes. Des gens qui considèrent qu'ils sont des héros, des gens pour qui un Serpentard qui se permettrait de s'approprier la gloire qui leur est dû est un affront impardonnable. S'il avait été à Gryffondor, Harry aurait été loué pour ce qu'il a fait, mais il est Serpentard, et je te conseille de ne pas sous-estimer la haine que certains portent à cette maison."
"Ça n'a pas de sens…" insista Hermione à mi-voix, mais elle ne parvint pas à se convaincre elle-même.
"Vois ça comme une question de fierté. Tant qu'il se fera remarquer ou tant qu'il sera dans la mauvaise maison, quoi qu'il fasse, ça se retournera contre lui."
"Qui ferai un truc pareil ?"
"J'ai bien une idée, mais sans preuve…"
"On doit bien pouvoir protéger Harry !"
"Là aussi, je crois que j'ai une idée, mais pour ça je vais avoir besoin de votre aide à tous les deux."
"Attends là." lui dit Crabbe avant de frapper deux coups secs à la porte puis d'entrer.
Draco avait aussi des appartements privés. Les familles nobles avaient une aile privée des donjons de Serpentard où chaque héritier avait une chambre réservée à sa naissance. Goyle montait la garde devant la porte et jetait des regards durs à tous ceux qui passaient, mais -vu qu'ils étaient seuls- surtout à Harry.
Après assez de temps pour que ce duel de regard devienne gênant, la porte s'ouvrit enfin.
"Le boss va te recevoir"
La chambre de Draco n'était pas aussi grande que ce à quoi Harry s'attendait. Elle était assez grande pour contenir un grand lit deux placer, un bureau de ministre, deux fauteuils individuels et avoir sa propre cheminée, mais restait de taille à peu près normale comparée à l'image de luxe que Draco dégageait en permanence. Maintenant qu'il y pensait c'était surement l'effet recherché.
"Bonsoir Harry, je suis ravi que tu aies accepté mon invitation." Il lui désigna l'un des fauteuils "assieds toi, je t'en prie."
Il s'assit et Draco s'assit en face de lui. A y repenser, Harry ne savait pas vraiment pourquoi Draco tenait à lui parler. Il avait juste accepté parce que cela lui donnait un moyen de fuir l'interrogatoire de ses amis, mais maintenant il se demandait si c'était une si bonne idée que ça.
"J'irai droit au but, que comptes-tu faire ?"
"A quel sujet ?"
Draco leva les yeux au ciel.
"Je te parle de faire payer à ces va-nu-pieds leur audace ! Ils ont osé lever la main sur toi, tu dois bien avoir commencé à concocter un plan ?"
"Draco, je viens de me réveiller !"
"Bien sûr, excuses moi. J'avais dit à Vincent de te livrer mon message à la seconde où tu quitterais l'infirmerie, mais je ne pensais pas que tu en sortirais si vite."
"Attends, combien de temps tu comptais le laisser attendre ?"
Draco haussa les épaules.
"Autant que nécessaire. Je ne voulais pas que tu croies que tes alliés sont indifférents à ton sort."
C'était… Harry ne trouvait pas les mots à mettre dessus, mais à sa façon, Draco le traitait en ami. Ses méthodes n'était pas aussi pures que celles de Tonks, Hermione et Neville, mais cela ressemblait vraiment à de l'amitié.
Harry hocha la tête "Merci."
Draco chassa la question d'un geste de la main. Harry n'était pas à l'aise à l'idée que Crabbe ai dû l'attendre toute la nuit s'il avait décidé de rester à l'infirmerie, mais il ne pouvait pas le dire à Draco. Il enchaîna donc sur le sujet en cours.
"Dois-je comprendre que tu connais les coupables ?"
"Ne me sous-estime pas." répondit Draco avec un sourire fier aux lèvres.
"Dans ce cas je préférerais que tu ne leur fasses rien."
Le sourire de Draco disparu.
"Si tu veux t'en charger toi-même je comprends, mais réfléchis-y ; tu ne pourras plus utiliser l'influence du survivant si tu t'en prends à eux publiquement. Alors qu'avec mes ressources je peux faire ça discrètement."
Draco lu le choc sur le visage de Harry, mais se trompa dans sa signification.
"Harry, tu n'as qu'un mot à dire et je te les offre sur un plateau. Je peux les avoir à genoux devant toi dans dix minutes si tu le demandes. Je peux te laisser leur faire payer toi-même, ou trouver quelqu'un de très doué pour ça, quelqu'un qui s'assurera qu'ils souffrent sans discontinuer pendant aussi longtemps que tu le souhaiteras. Tu n'as qu'un mot à dire, et je t'offre ta vengeance."
"Je ne sais pas trop Draco…"
"Crois-moi, si tu laisses passer cette fois-ci, ils reviendront plus nombreux la prochaine. Penses-y ; chacune de tes actions est un message que tu leur envoies, si tu veux qu'ils te craignent, il faut que tu leur fassent savoir ce qu'il en coûtera de s'en prendre à nouveau à toi."
"Je ne suis pas comme ça ! Je ne vais pas juste tabasser des gens simplement parce qu'ils ne me plaisent pas ! Si tu connais leur nom, pourquoi tu ne vas pas prévenir le directeur ?"
Draco leva un sourcil.
"Plutôt briser ma baguette que de me reposer sur lui, je règle mes affaires par moi-même."
Il soupira.
"Harry, tu es top naïf. Jouer les gentils ne te mènera jamais à rien ; ces gens ne jouent pas dans les règles, il n'ont aucun code moral qui les retiens, et tant que tu en auras un, ils auront un avantage sur toi."
"Je ne deviendrai pas une brute !" explosa Harry.
"Et tu crois que ça te protégera ?" répliqua Draco sur le même ton "Regardes ce que ça donne avec tes moldus !"
Les mots eurent l'effet d'une gifle. La douleur se lisait sur le visage de Harry, et cette fois-ci Draco ne pouvait se méprendre sur sa signification.
"Désolé, je n'avais pas l'intention d'espionner. Crabbe et Goyle ont pour instruction de me rapporter tout ce qu'ils entendent."
Ils restèrent silencieux pendant un moment, chacun préférant éviter le regard de l'autre. Ce fut Draco qui brisa le silence.
"Les moldus sont faibles, et nous avons du pouvoir. C'est normal qu'ils nous craignent, et lorsqu'ils ont peur, ils tentent de détruire l'objet de leur peur. Harry, s'ils le pouvaient ils nous détruiraient dans la seconde, tu sais que c'est vrai."
"Ils ne sont pas tous comme ça."
"Ne fais pas semblant. Tu n'as pas à cacher ce que tu ressens vraiment avec moi, je ne te jugerai pas parce que tu n'es pas le parfait petit ange de Dumbledore. On est pareil toi et moi, regardes."
Draco se leva et, avec des gestes inutilement théâtraux, déboutonna sa chemise.
"Wow, que… Qu'est-ce que tu fais ?!" paniqua Harry.
Il l'ignora.
"Draco, je ne sais pas à quoi tu penses, mais_"
Les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Le torse de Draco était couvert de cicatrices.
"Père voulait que je les fasses enlever, mais j'ai toujours refusé."
On pouvait voir très clairement la forme des semelles qui lui avait martelé la cage thoracique. Des semelles d'enfant.
"Draco, qu'est-ce que…"
"Toi et moi, nous sommes pareil."
Harry obtint de Draco qu'il ne s'en prenne pas aux brutes qui l'avaient attaqué et alla se coucher. Il y avait beaucoup de choses qui occupaient déja ses pensées et une de plus venait de s'ajouter à la pile.
