Crédits - Stan Lee, Jack Kirby (original), Bryan Singer (Days of Future Past)
Base - X-Men : Days of Future Past
Rating - T
Avertissements - Out of character!Bobby Drake. Divergence par rapport au film. Les avertissements valables pour Romulus sont d'application, dans une moindre mesure.

Spécifique - Peut se lire indépendamment de Romulus.

Note - Né d'une extrapolation sur l'absence notable de Mystique, Pyro et des autres anciens alliés de Magneto dans le futur dystopique et sur le fait que les gens que recherchent Xavier et Magneto au début du film sont à la fois des anciens membres des X-Men et de la Confrérie, j'ai pris l'occasion de revenir sur ce qui a mené à la formation de ce groupe et sur ce que sont devenus les membres de la Confrérie telle qu'on l'a vue dans la trilogie. Quelques premières pistes posées ici mais rassurez-vous, des compléments viendront. Bonne lecture :)

En espérant toujours,


Avalon


the sun (pyro)

(dans un monde de chaos, il y a toujours un point de silence et de calme)

Sans doute à la surprise générale – et il le saurait probablement s'il écoutait mais il a passé sa vie à écouter les autres alors il envoie glorieusement se faire foutre ceux qui murmurent dans son dos, tant mieux si ça leur déplaît – Pyro est un des premiers à tendre une main secourable aux anciens élèves de l'Institut Xavier.

Il est le second de Mystique depuis longtemps et il ose dire qu'il a assez entrevu de son passé avec le Prof et Magneto pour savoir que c'est là qu'elle le veut et pas à cause de la connerie sentimentale dont elle fait preuve lorsque Xavier est concerné mais parce que leurs pairs sont égarés, sans points de repère laissés et qu'à défaut de les enrôler dans la Nouvelle Confrérie – vraiment, il respecte Mystique parce que merde, la nana sait vous rendre vos coups, surtout quand vous ne les attendiez plus et elle préfère viser les couilles mais il faut lui reconnaître qu'elle est merdique dès qu'il s'agit d'inventer des pseudonymes qui tiennent à peu près la route – il s'agit d'abord de venir en aide à ceux que la haine des humains ont si cruellement exposés.

« Mutant et fier » est leur vieux credo et mutant n'est pas solitaire, surtout pas après ce qu'ils viennent de se manger dans la gueule : pas que l'Institut signifie encore quelque chose de particulier pour lui mais ça reste un symbole, un bastion – attaquer l'école de Xavier revient à attaquer leurs gosses et rien que d'y repenser, Pyro se sent l'envie de cramer une ou deux villes. Il a râlé mais plus pour la forme qu'autre chose : il mentirait s'il disait que ce n'est pas ici qu'il veut être, auprès de ses pairs démunis, apeurés, dépassés.

Il a beau ne vouloir rien avoir à faire avec la moitié de ces péteux de X-Men, il n'empêche qu'ils sont malgré eux un genre de famille distante ou mieux des pairs, un pan de l'unité qu'ils s'efforcent tous de réclamer comme la leur, d'une façon ou d'une autre.

Unité, tu parles. C'est une foutaise à laquelle il a peine à croire depuis qu'il s'est fait défoncer la tronche à San Francisco par son bâtard d'ex-meilleur ami, un vieux principe qu'il soupçonne Magneto d'avoir laissé tomber lui aussi depuis un sacré bout de temps si on considère à quelle vitesse le vieil homme est retourné ramper dans les bras de son amant après que celui-ci soit revenu à la vie, laissant tomber leur soi-disant noble cause pour se vautrer dans une inaction qui ne lui sied guère. Rien que d'y repenser, Pyro retient à peine une grimace. Magneto et Xavier, qui l'aurait cru ?

Lui, il l'aurait cru, si on le lui avait dit avant San Francisco. Merde, il se souvient encore de la fois où le vieux a failli lui démonter la cervelle après que le Prof ait été réduit en miettes par la version veuve noire de Jean Grey et ce n'est pas un souvenir franchement gai de se savoir à la merci d'un mec qui peut ordonner à votre sang de se barrer de vos veines pour peu qu'il se concentre et que vous l'ayez foutu en rogne.

Non pas que le vieux Magneto en soit capable aujourd'hui : il a perdu ses pouvoirs il y a un paquet d'années, après tout, et d'après ce qu'il a entendu, en reprendre possession a été difficile. Y a qu'à le voir aujourd'hui, enfoncé jusqu'au nez dans sa retraite domestique avec le Prof… Pyro plaindrait peut-être le gus s'il ne le pensait pas capable de tomber plus bas et il doit avouer que chaque moment qu'il perd à regarder sa pathétique silhouette en train de caresser mièvrement l'épaule de son « vieil ami » ne fait que descendre l'iconique figure dans son estime.

Pas qu'il lui en restait beaucoup à la base mais quand même, c'est Magneto, merde, son nom seul suffit à faire pisser dans leur froc les politiques aux mains grasses et aux fronts rouges, à faire trembler leurs mijaurées de secrétaires qui sucent leurs patrons pour ne pas perdre leurs postes, à faire pleurer toutes les mères indignes de mutants dans leur sommeil.

Bah, qu'est-ce qu'il en a à foutre de Xavier et Magneto, après tout ? Il suffit de les voir quasiment collés l'un à l'autre pour piger qu'ils ne se quitteront probablement plus, trop perdus dans leur toquade ou dans les décennies de frustration sexuelle accumulée et il aurait plus de résultats à demander au soleil de ne pas se coucher ce soir que de tenter de pousser ce lâche de Xavier à enfin agir il les laisse volontiers à Mystique, si elle se prend la lubie de les convaincre de les suivre – et il ne la met pas au-delà de cette bizarre lubie. Pyro n'a pas de temps à perdre avec ces poules mouillées sentimentales, il a bien assez de raviver les feux de la haine dans le cœur des gens trop blessés par les actions des humains.

La plupart ne veulent rien avoir à faire avec lui, ce qu'il peut piger jusqu'à un certain point – merde, elle remonte à des années, cette bataille à la con et c'est eux qui ont gagné, en plus, qui aurait pu penser que ses anciens compagnons de dortoir soient aussi rancuniers – mais certains sont à bout, las des mensonges et de la rage aveugle, de l'ignorance de ces pathétiques humains contre laquelle ils ne peuvent rien faire sinon se battre. Pyro les connaît bien, ces petits cons qui pensent qu'ils ont assez de rancœur pour renverser l'équilibre du monde, ces pouffiasses qui se croient en action de grâce juste parce qu'elles ont de la colère à revendre. Il était comme eux, autrefois, et c'est peut-être pour ça qu'il lui suffit de quelques mots compatissants, dansant sur la carte de la compréhension et de la promesse.

Il a changé, depuis. La cicatrice qui lui mange la joue droite, souvenir d'une victoire amèrement gagnée contre ces ordures d'humains qui se croient les prophètes d'un ramassis de conneries, n'est qu'une preuve parmi tant d'autres, une marque qu'il porte comme un « voyez ça, tocards, j'avais raison » amer.

Il n'est pas le seul, si on en croit l'air sinistre de Drake – timide, taquin, trop gentil Bobby – qui se place délibérément sur son chemin.

Pyro montre une canine, décidément pas d'humeur à commencer à ressortir les vieilles photos du collège. Tout ce qu'il a à dire aujourd'hui à Bobby Drake se résume à un poing bien senti dans la gueule et ça devrait être pareil en face après tout ce temps depuis San Francisco, il ne peut pas imaginer que son ex-meilleur ami ait autre chose à lui dire.

Et pourtant, ce dernier semble prêt à entamer la conversation, comme si de rien n'était. Incroyable. Pyro le coupe dans son élan avec agacement, s'épargnant sans doute des platitudes débiles que les gens avec des manières insistent pour avoir.

— J'n'ai pas de temps à perdre avec ton bavardage, Drake, alors soit tu me dis franco pourquoi tu viens me taper la causette, soit tu te casses.

A sa surprise, Drake ne bouge pas d'un cheveu, le toise gentiment de la hauteur qu'il a dû gagner depuis son ultime poussée de croissance. Il esquisse même un sourire, l'enfoiré, ce qui a le mérite de lui donner la méchante envie de lui cramer les sourcils.

— T'as pas changé d'un pouce, John.

Bordel, mais est-ce qu'il arrive à ce Captain Igloo en mousse de piger un peu ce qu'on lui raconte des fois ou est-ce qu'il doit s'improviser instituteur de maternelle pour lui faire avaler la leçon ?! Il a rarement connu des branleurs aussi lents à la détente et ceux qui l'ont été ne le sont pas restés après quelques poils roussis. Peut-être est-ce dont Drake a besoin, tout compte fait ?

— Qu'est-ce que tu n'comprends pas dans « j'n'ai pas le temps de t'écouter » ? Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, il y a des gens qui ont des choses à faire ici alors si tu veux t'amuser rouvrir les albums de vacances, va le faire avec quelqu'un que ça intéressera.

Drake a décidé d'être particulièrement énervant aujourd'hui car au lieu de se barrer la queue entre les jambes comme tout être censé le ferait, il se contente de lever les paumes vers le ciel. Au moins son faux enthousiasme est-il retombé presque tout de suite, grâce au ciel.

— Attends, je n'voulais pas… c'est… je t'ai entendu parler à Piotr et Warren tout à l'heure et… 'fin, tout le monde sait que t'es pas uniquement ici par charité, hein. Tu rameutes pour votre Nouvelle Confrérie.

Pyro lève un sourcil, guère impressionné. Ses alliés ne sont pas connus pour être particulièrement bénévoles – c'est le lot de Xavier et de sa troupe, ça – et même sans les instructions de Mystique, il ne se serait pas privé pour interpréter les ordres et venir taper là où ça fait encore mal. Un mutant convaincu est une arme de plus contre les humains et leurs sales tours, leurs antidotes et leurs bombes, un pas vers le triomphe de leur existence mais s'ils veulent espérer gagner ce à quoi ils ont droit, ils font bien de ne pas se leurrer : la division, la solitude sont leurs premiers ennemis.

« Rappelez-vous que même dans vos plus sombres moments : vous n'êtes pas seuls » a dit Mystique lorsqu'elle les a rassemblés après San Francisco, irradiée d'assurance et d'une douleur partagée – et John, encore meurtri par la défaite, se souvient d'avoir pensé que ouais, il pouvait croire ça.

C'est bien la seule chose à laquelle il veut encore croire, ces temps-ci.

— T'ouvres les yeux, Bobby, des fois ? se récrie Pyro, bien décidé ne pas céder une parcelle du terrain sur lequel il se tient. Ils ont cramé l'Institut avec leurs putains de Sentinelles. Ils nous suivent à la trace, maintenant. Ils n'vont pas s'arrêter là et on n'sera jamais de trop pour nous les repousser. Si ma présence te pose un problème…

— Je veux en être, coupe Iceman d'un air grave.

… Hu. Attends, quoi ?

Pyro rejette la tête en arrière et jauge longuement son ancien ami, réellement cette fois-ci. Bobby Drake est depuis longtemps passé de l'état de crevette aux longues jambes à un type qu'il n'aurait probablement pas reconnu s'il ne brûlait pas de l'envie maladie de lui carrer son poing dans le nez mais quelque chose ne colle pas sur la silhouette dure qu'il a en face des yeux : il aurait dû avoir l'air confiant, presque insouciant des jeunes à l'aube de leur vingtaine, quand ceux-ci se savent forts du fait qu'ils n'ont plus rien à prouver, quand ils peuvent enfin regarder réclamer leur vie avec les armes de l'adolescence.

Ca n'est pas le cas, bien sûr. Bobby a les yeux cernés par le doute et l'inquiétude, les joues que mange une barbe négligée, les coins de bouche plissés et les poings qui se serrent et se relaxent constamment, comme s'il s'attendait à devoir les utiliser sous peu. Bobby a la posture rigide des combattants et le corps endurci par une guerre qu'il mène depuis trop longtemps les yeux trop pleins d'une connaissance que les jeunes gens ne devraient pas posséder.

Les choses sont pourtant ainsi faites. Peut-être qu'autrefois, Pyro aurait pu sympathiser mais après six ans à se battre continuellement ? Il a appris à savoir à quel point le monde est injuste et cruel – il n'a aucune forme d'affection pour les gens qui se bornent à y voir de la bonté, aucune pitié pour les aveugles volontaires et encore moins pour ceux qui perdent la force de leur résister.

— C'n'est pas de la rigolade, Bobby, assène-t-il durement.

— Je sais, répond Drake avec fermeté. Je ne plaisante pas.

Il n'en a effectivement pas l'air mais Pyro ne peut pas donner le bénéfice du doute, pas alors que Mystique compte sur lui.

— C'est la guerre, là dehors. Tu crois que tu as tout vu dans tes précieuses infos ? T'es loin du compte. Ils dissèquent des gosses dans leurs labos pour fabriquer leurs putains de Sentinelles. Ces bouchers ne nous font pas de cadeaux et on n'leur en fait pas non plus : si tu y vas, tu les crames tous jusqu'au dernier et tu te réjouis de leur entendre gueuler après leur mère.

Bobby le fixe avec son grand regard clair, un plus pâle qu'à l'ordinaire il n'a pas bronché, cependant. Pyro doit reconnaître qu'il a du cran, même si ça ne suffit évidemment pas.

— Je sais ce que vous faites, John. Si tu crois que… Je peux tuer. Je l'ai déjà fait.

Pyro lève les yeux au ciel mais laisse tomber. Il sera toujours temps d'y revenir lorsque les premiers sangs seront versés. Pour l'heure…

— Et que pense ton précieux Prof de tout ça ?

— Le Professeur nous a toujours encouragés à faire nos choix, le réprimande doucement Bobby. Il ne t'a jamais forcé à revenir, non ?

Pyro siffle, méprisant. Il ne doute pas que Xavier aurait pu le faire s'il l'avait voulu c'est précisément pour ça que l'homme ne lui inspire plus que du dédain aujourd'hui. Si lui avait eu tout ce pouvoir, cette effrayante capacité à plier le monde selon sa propre volonté, il n'aurait pas hésité à remodeler le tout pour créer quelque chose de meilleur, quitte à faire table rase de toutes les injustices, de tous les salopards du monde entier. Il n'aurait pas eu peur de se salir les mains.

— Et ta copine ? Elle doit être fière, je suppose, de voir son mec changer de camp.

Son ton est définitivement railleur, cette fois-ci, prêt à piquer sur le sujet sensible et il doit admettre : c'est plus par mesquinerie qu'autre chose.

Ca fonctionne, en tous cas. Son ancien ami fronce les sourcils, se fend d'une petite grimace.

— Rogue est libre de faire ses propres choix, John, comme je suis libre de faire les miens. Je ne fais pas ça pour elle mais parce que je crois que c'est ce qui est juste. Et pour ton info, ça fait un moment qu'on n'est plus ensemble.

Cela… l'étonne de le savoir. Bobby et Rogue ont toujours eu l'air d'un couple plutôt solide, même après les évènements de San Francisco – non pas que Pyro puisse leur reprocher d'avoir finalement craqué. Elle est loin l'époque où ils étaient tous des ados jouant à rêver de leur avenir. Le temps change les gens plus sûrement que le soleil se couche, il en sait quelque chose.

Peut-être que le type face à lui a changé lui aussi, avec toute la violence que son corps raconte. Peut-être que s'il s'y autorise, il pourra un jour voir à quel point et peut-être que ce jour-là, il pourra apprécier Bobby Drake à nouveau.

C'est un luxe qu'il ne peut pas prendre le temps de se donner, pourtant. Ils sont en guerre contre une hydre monstrueuse et chaque jour voit son lot de morts, de prisonniers, de souffrances : il peut crever demain, Drake peut crever demain et tout se finira de toute façon dans le sang et la ruine.

Pyro renifle et hoche brièvement la tête, sans faire plus de cérémonie. Qui s'en soucie, de toute façon ? Tout le monde saura bien assez tôt les alliances qui se sont conclues durant ces heures de trêve et ils seront très vite replongés dans le chaos.

— Suis-moi, tocard, et regarde pas en arrière.

Tout ce qu'il peut offrir à Bobby Drake aujourd'hui, c'est de pleurer quand il enterrera son cadavre.