Dès qu'il fut seul dans le dortoir avec sa nouvelle couverture, Harry fit ce que n'importe qui d'autre aurait fait (en tout cas, de son point de vue) ; il la renifla longuement. Malheureusement, il n'y découvrit aucune odeur familière qui aurait pu faire resurgir le souvenir d'un lointain passé.
Le tissu était si fin qu'il ne pesait presque rien, et au toucher il était aussi doux qu'une brise fraîche caressant sa peau. Ses parents s'étaient-ils endormis réchauffés par cette couverture ? Avait il lui même été bordé par les mains affectueuses de ses géniteurs avec elle ? Ce fut plus fort que lui.
Wingardium Leviosa
Il maintint la couverture déployée au-dessus de lui et s'allongea les yeux fermés, puis laissant la gravité le border, s'imagina ses deux parents l'entourant et lui souhaitant bonne nuit.
Mais il était seul dans le grand dortoir, et les figures sans visages qui l'entouraient n'étaient que le fruit de son imagination. Dans la vrai vie, les choses ne se passent pas comme dans les romans, et même si la scène était suffisamment dramatique pour l'histoire d'un héros orphelin qui renouait avec un héritage de ses parents, allongé seul recouvert d'un drap froid, il ne ressentait pas de vrai différence avec ses nuits d'angoisse sous l'escalier.
Déçu, il s'apprêtait à retourner à sa routine, quotidienne quand il se rappela qu'on était Samedi et qu'il avait la journée de libre. Il ne lui fallut pas réfléchir bien longtemps pour réaliser que peu importe la façon dont il allait la remplir, il finirait tôt ou tard tôt à la bibliothèque, mais le fil de ses pensées fut interrompus par une réalisation soudaine, que son cerveau mit un moment à traiter. Assis sur son lit, il regardait l'endroit où auraient dû se trouver ses jambes, mais il ne voyait que son lit. La partie inférieure de son corps avait totalement disparu.
Dans un mouvement de panique, il sauta hors du lit, avant de réaliser que cette action aurait dû lui être impossible sans ses membres inférieurs et de s'écraser douloureusement sur le sol. Sa partie rationnelle essayait tant bien que mal d'analyser la situation, mais tous son système interne était passé en mode panique.
Si tu n'avais plus tes jambes tu n'aurais pas mal aux genoux !
Lentement, la réalisation de l'évidence parvint à s'imprimer dans son esprit, et c'est avec appréhension qu'il baissa les yeux …
Ses jambes étaient revenues. Ou plutôt la moitié ; ses mollets manquaient toujours à l'appel, mais ils étaient toujours là, il les sentait entravés par quelque chose qui l'empêchait de bouger correctement. Il lui fallut rassembler tout son courage pour oser toucher le vide sous lui, et y découvrir le reste de son anatomie, présente mais invisible à ses yeux.
Voilà qui est intéressant…
Quelque minutes plus tard, c'est en courant que Harry quittait les donjons de Serpentard, revêtu de sa nouvelle "cape d'invisibilité" et aussi débordant d'énergie qu'un enfant qui a reçu un cadeau encore meilleur que celui qu'il espérait à noël (bien qu'il ignorait que les enfant étaient censé recevoir des cadeaux à noël puis qu'il n'en avait lui-même jamais reçu et que son cousin en recevait de toute façon à longueur d'année, faisant du 24 décembre un jour de plus où il n'avait pas le droit de sortir de la cave). A la seconde où il avait compris la nature de la chose qu'il avait entre les mains, les idées de ce qu'il pourrait accomplir avec ce nouveau pouvoir n'avaient cessé de fuser. Et seules les cinq première concernaient des livres ; la bibliothèque interdite étant par définition le premier endroit où il avait voulu se rendre (celui qui avait mis les mots "livre" et "interdit" dans la même phrase avait dû oublier qu'il y avait des Serdaigles à Poudlard), mais il y avait un endroit qui attirait sa curiosité depuis plusieurs jours, et si la bibliothèque serait toujours là le lendemain, ce n'était pas le cas de celui-ci.
Le club secret de duel de Gryffondor était (comme son nom l'indique dédié à la pratique de l'art ancestral du duel, mais contrairement à ce que son nom pouvait laisser supposer :) connu de tout Poudlard. Le principe de secret entre ces murs, signifiait plutôt que tout le monde voulait en être, mais peu étaient admis, les laissés pour compte en faisant un sujets de rumeurs, augmentaient l'intérêt du public sur le sujet. Il y avait deux règles pour être admis au club de duel : être réparti à Gryffondor, et être au minimum en troisième année, les première et seconde année étant autorisés à regarder mais pas à participer. Lorsqu'il avait su qu'il lui était possible d'assister à de vrai duels, et pas à la version édulcorée dont il avait été témoin dans le train, il avait décidé que tôt ou tard, il trouverait un moyen, peu importe lequel, de devenir membre. Mais maintenant qu'il pouvait aller et venir à sa guise, il ne voyait pas pour quelle raison il ne se permettrait pas d'y jeter un œil. Le seul problème était que le lieu de rendez-vous changeait à chaque séance.
En quittant les sous-sols, il tomba nez à nez avec Hermione et Neville assis dans des escaliers. Il pensa immédiatement à leur annoncer la nouvelle, mais… Quelque chose lui disait qu'avertir les autres du fait qu'il pouvait se rendre invisible retirait de son intérêt à la chose. Et après avoir pris le temps d'y réfléchir (une seconde entière !) il décida qu'il garderait son secret pour lui. Il s'approcha donc d'eux à pas de loups, cédant à la tentation d'écouter leur conversation. Mais réalisant qu'Hermione lui expliquait juste les différents moyens d'enchanter un sifflet, il continua son chemin et se rendit aux étages supérieurs. Il n'eut pas à chercher longtemps pour tomber sur deux Gryffondor de première année qui se faufilaient dans les couloirs en essayant de ne pas se faire remarquer (provoquant inévitablement l'effet opposé) qu'il suivit donc en silence, alors qu'ils s'enfonçaient toujours plus loin dans la partie instable du château.
Trois long tapis rouges avaient été installés dans l'immense salle, éloignés les uns des autres de plusieurs mètres. Ils avaient la forme d'un rectangle allongé, et les duellistes s'y faisaient face, chacun à un bout différent. De là où il se trouvait, assis par terre dans un angle de la salle, cela ressemblait plutôt à un match d'escrime ou les opposant essayaient de s'embrocher à coup d'estoc au moyen de très longues épées invisibles. Il y avait une certaine technique dans leurs gestes, mais pour une raison qui lui échappait encore, quelque chose clochait. Il s'était attendu à autre chose quand on lui avait parlé de "duel de sorciers", devant lui il voyait plutôt deux personnages de RPG qui se tenaient bien droit en attendant leur tour pour tenter d'attaquer. Il n'avait même pas pris la peine de sortir son journal, qu'il avait amené en espérant prendre des notes de tactiques avancées.
"Auriez-vous l'obligeance de me dire quelle est cette farce à laquelle vous vous livrez ? Et pour l'amour de Merlin, ne me dites pas que cette mascarade est supposé être un duel !"
Tous les regards convergèrent vers le professeur de défense, adossé au mur juste à côté de Harry, qui dut se retenir de faire du bruit en sursautant ; il n'avait pas entendu l'homme arriver ni remarqué sa présence avant qu'il ne s'exprime.
Depuis combien de temps est-il là ?
"Mais professeur, nous avons respecté toutes les règles de la fédération officielle de duel !" tenta de se justifier une Fille que Harry ne connaissait pas.
"Votre nom mademoiselle ?"
"Moi ? Katie Bell…"
"Vous venez de faire perdre 10 points à gryffondor. Je devrai en enlever 10 de plus par élève présent entre ces murs, puis qu'aucun d'eux n'a trouvé à redire concernant cette… choses, quel que soit la manière dont vous voulez l'appeler, mais j'ai cru comprendre qu'il n'était pas courant pour les idiots de remettre en question les schémas préétablis auxquels ils ont été exposé pendant trop longtemps."
Un silence de mort tomba sur la salle. Harry avait déjà entendu les élèves parler des traditions des sorciers d'Angleterre, et ils avaient l'air particulièrement attachés à celles-ci, surtout pour un truc qu'ils appelaient Quiche-d'Iche. Et à en juger par les regards qui se posaient sur lui à présent, insulter la pratique ancestrale du duel et traiter d'idiot ceux qui la pratiquaient venait de lui attirer pas mal d'ennemis.
"Donc, je vais vous donner une chance de me prouver que vous serez capable de survivre lors de la prochaine grande guerre ; je décernerait 100 points à celui qui me dira pourquoi vous êtes tous entrain de creuser votre propre tombe."
En une phrase, le professeur venait de renverser l'atmosphère de la salle. Il s'était servi de l'orgueil naturel des Gryffondor pour transformer une insulte en défi, et c'était maintenant eux qui devaient prouver quelque chose. Et une frénésie nouvelle s'empara de la salle, les propositions fusèrent, allant de "on devrait autoriser les sorts mortel" à "on devrait entourer les tapis de puits de lave" et autres absurdité. Harry se demandait si tous les Gryffondor avaient un désir de mort inconscient… avant de se rappeler que ses parents avaient à leur époque été répartis à cette maison. Après deux minutes à écouter les propositions sans rien dire, le professeur frappa dans ses mains. Un coup de tonnerre retenti et toute la salle fut à nouveau plongée dans le silence.
"Je vois à présent que vous êtes tous capable d'un minimum de réflexion, même si la plus part de vos idées étaient… soit irréalisables, soit trop dangereuses pour un simple duel d'entrainement."
Harry eu l'impression que le professeur se retenait de les traiter d'idiot une seconde fois. D'un signe de tête il interpella Fred.
"Vous, sur quoi vous tenez vous ?"
"Un tapis réglementaire de d_"
"Et vous pensez vraiment que tous vous duels prendront place dans des couloirs rectilignes ou dans des allées étroites ? Que ferez-vous si vous devez affronter un ennemi sur une place publique ? Ou en forêt ?"
Fred sembla confus un instant, puis ouvrit la bouche mais le professeur l'interrompit.
"Si vous me dites que ça ne change pas grand-chose, je vous jure que j'enlève 200 points à Gryffondor."
Le rouquin ferma la bouche si vite qu'on entendit ses dents s'entrechoquer. Le professeur lâcha un profond soupir. Il joignit ses mains, puis tourna ses paumes vers le bas avant de lentement écarter les doigts tout en gardant ses pouces l'un contre l'autre. Les trois tapis furent parcourus de tremblement et leur image devint légèrement floue, puis ils changèrent tous de forme. Le premier se transforma en cercle de quatre mètres de rayon, le second en un rectangle de quatre mètres sur six, et le troisième garda ses proportions initiales (deux mètres sur douze) mais se courba en angle droit à son milieu.
"Et pour faire bonne mesure," dit le professeur avant de claquer dans ses doigts.
Il ne se passa rien pendant un instant, puis Fred, qui était resté immobile sur son tapis, lâcha un "ouch". Tout le monde se retourna vers lui, et se fut au tour de Katie de lâcher un cri en s'attrapant la jambe.
"Si vous restez immobile plus de cinq secondes sur un tapis, vous attraperez une crampe, et la douleur s'intensifiera jusqu'à ce que vous bougiez." précisa le professeur.
Tout le monde sauta hors des tapis. Le professeur se retourna et parti en direction de la sortie, tout en parlant par-dessus son épaule ; "Et j'espère que vous en serez pas assez stupide pour croire qu'un "duel" se pratique toujours en un contre un, ni assez suicidaire lors de la prochaine grande guerre pour attaquer un ennemi seul, même s'il a l'air plus faible que vous."
Dès qu'il fut hors de la salle, des regards de méfiance se portèrent sur les tapis, tandis que les murmures recommençaient à emplir l'atmosphère. Mais personne n'osa reprendre de duel. Personne sauf_
"Je n'aurais jamais cru qu'il y avait autant de froussards à Gryffondor !" dit Ron suffisamment fort pour que tout le monde l'entende, mais assez bas pour qu'on puisse penser qu'il se parlait à lui-même. Il monta sur le tapis en face de lui et balaya la salle d'un regard circulaire, un air de défi gravé sur le visage (avant de faire un pas sur le côté, histoire d'éviter la crampe). Une sorcière de première année aux longs cheveux parcourus de boucles brun clair s'avança la tête haute face à lui. Ron lui lança un sourire fier avant de commenter. "Il faut croire que les première année sont plus courageux que toutes les autres ! On y va quand tu veux Lavande !" Et ils prirent tous les deux leur posture de combat.
Il n'en fallut pas plus pour déchaîner la foule.
Tous les tapis furent remplis en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Un première année à la peau foncée rejoignit Ron et Lavande sur le tapis en forme de cercle et ils s'engagèrent dans une escarmouche à trois, Fred remonta sur son tapis, avec son frère et ils se lancèrent dans un deux contre d'autres élèves de leur année, et sur le tapis en coude, une fille aux cheveux couleur aile de corbeau et aux yeux gris clair affronta une autre à l'air étranger et aux longs cheveux lisses (Elle était pas à Serdaigle celle-là ?) dans une duel qu'on pouvait au mieux qualifier d' "acrobatique". Certains parlaient de ramener d'autres tapis, d'autres s'improvisaient des arènes en dessinant des cercles à la craie sur le sol. En quelque phrase, le professeur Quirrell avait transformé un groupe d'enfant jouant aux sorciers en une armée de combattants prêts à se défendre au péril de leur vie. Harry ne comprenait pas pourquoi il insistait sur le fait qu'une guerre allait forcément éclater dans un futur plus ou moins proche, mais il devait admettre que sa méthode était redoutable.
Il resta assis dans son coin encore une demi-heure, mais il était plus absorbé par le ballet des duellistes que par ses notes. Quand il quitta le club de duel, il avait plein de nouvelles idées qu'il était impatient d'essayer.
