J'ai rarement eu autant de mal à finir un chapitre ! Enfin, le voilà. Bonne lecture~
Tenez-moi au jus pour vos théories, ça m'intéresse ! :D
Chapitre 1 : L'Araignée
Jim Moriarty, très détendu malgré l'endroit où il se trouvait, s'emmerdait comme un rat mort, appuyé contre le garde-fou du pont supérieur.
Comme prévu, il s'était rendu à cette stupide réception sur un fichu bateau (qui n'avait même pas quitté le port, où était l'intérêt ?) et cachait à peine son identité derrière de grosses lunettes de soleil et un costume trois pièces impeccable. Le navire de luxe immaculé était plein à craquer de gens bien fringués équipés de petits sacs à main et de verres de champagne. Lui-même sirotait sa flûte en jetant des coups d'œil dédaigneux aux activistes qui faisaient un genre de nouba engagée sur le quai, vu qu'ils s'étaient fait refouler à l'embarquement.
"La fin est proche" disait un des panneaux colorés qu'ils remuaient de temps à autres.
Jim était perplexe. Aucun d'entre eux n'avait donc remarqué que a) personne ne faisait attention à eux et b) tous les gros bonnets à influencer étaient dans l'espèce de salle de réunion du pont inférieur ?
L'humanité était définitivement stupide, c'était un fait. En plus, ils avaient essayé de lui faire signer une pétition quand il était arrivé. Il avait juste retiré son camouflage avant d'éclater de rire quand ils l'avaient reconnu.
Lui-même était monté sur ce rafiot sous un faux nom avec une fausse invitation envoyée par le président qui l'avait envoyé là pour espionner les autres. De toute manière, même s'il ne s'était pas présenté comme "Matthew Hawkins, ambassadeur", personne n'aurait levé un sourcil épilé en voyant un criminel célèbre monter avec eux. Ils n'en avaient juste rien à faire, tant qu'il ne faisait pas de vague et n'assassinait personne.
Avec tout ça, personne n'avait encore accepté la nouvelle de sa "résurrection" et ça le mettait tellement en rogne…
Alors qu'il se dirigeait vers la passerelle pour échapper à cette blague, Moriarty perçut un bouleversement dans le calme relatif de la réception alors qu'une grosse vague s'écrasait contre la surface du yacht. Il se retourna et vit deux gardes du corps pourvus d'oreillettes en train de jeter un serveur sur le pont supérieur. Les deux gorilles retournèrent à l'intérieur sans faire attention aux murmures des convives et le serveur maigrichon se redressa vivement, dévoré par la frustration et une colère réprimée avec peine. On pouvait voir que son uniforme ne lui allait pas, donc c'était sûrement un passager clandestin qui avait voulu s'incruster à la petite sauterie des gros bonnets.
Rendu curieux par ce brusque changement d'atmosphère, Moriarty retourna à son poste d'observation et réalisa que le serveur était en réalité une serveuse. Cette dernière arrangea ses vêtements, défit ses longs cheveux noirs de son chignon et jeta un œil assassin à tous les spectateurs de sa chute.
- Qu'est-ce que vous regardez ?! cracha-t-elle avec une haine manifeste dans la voix.
Alors que tout le monde se remettait à l'ignorer, l'intruse laissa retomber sa hargne et afficha un profond désespoir. Elle se traîna jusqu'à la rambarde et regarda d'un air absent la manifestation des éco-terroristes.
Comme en réponse à son humeur ombrageuse, le ciel commença à se couvrir de gros nuages gris et menaçants. Jim considéra la serveuse avec commisération, sans penser une seconde qu'elle lui rendrait son regard.
Elle avait les iris aussi bleus que l'océ…ah non, pardon, l'océan était plutôt brun, ces jours-ci. Ah, et sa peau était mate, même si son visage était pour le moment plutôt pâle. Le reste de sa physionomie était carrément quelconque, mais sa vue déclencha en lui comme un vague malaise, une nausée qui lui fit regretter ses deux derniers verres de champagne.
- Sale journée ? demanda Jim d'un ton badin et totalement moqueur, réprimant son mal-être.
- Je ne vous ai rien demandé, Moriarty, grogna la fille avec une grimace de mépris.
Choqué qu'elle l'ait reconnu malgré son habile (ou pas) déguisement, Jim marqua un temps d'arrêt avant de reprendre doucereusement :
- Vous devez faire erreur, je m'appelle Matthew Hawkins…
- A d'autres. Il y a 754 Matthew Hawkins dans le monde en ce moment, et aucun ne ressemble à un psychopathe irlandais, répondit la fille du tac au tac avec une voix plus rauque que prévu.
Le jeune homme jeta des coups d'œil curieux aux alentours, ravi malgré tout que quelqu'un l'ait reconnu.
- Mais que faites-vous ? s'impatienta la femme en fronçant les sourcils.
- Je cherche la caméra cachée. Vous savez, celle qui piège les gens dans des situations cocasses… expliqua le Consultant en voyant qu'elle ne comprenait pas ce qu'il racontait. Dites, vous débarquez de quelle planète ?
La serveuse (qui n'en était sûrement pas une) tressaillit et le fusilla de nouveau du regard.
-Vous cataloguez les êtres humains ? continua Moriarty.
- Pitié, arrêtez de me parler, ronchonna la femme.
- Juste une chose : vous m'avez balancé un numéro au hasard, pour les Matthew Hawkins ? insista l'Irlandais.
- Non. J'en ai une pour vous : c'était bien, la Russie ? rétorqua la femme d'un ton tranchant.
Le sang de Moriarty se glaça. Comment pouvait-elle savoir qu'il avait dû passer deux ans en Russie pour échapper à la surveillance du Gouvernement anglais ? C'était, genre, le pire voyage de toute sa vie, et le thé y était toujours froid. Si l'Enfer ressemblait à ça, il était prêt à se reconvertir dans le sauvetage des phoques, tiens.
- Et comment avez-vous déduit que j'ai été en Russie, au juste ? demanda-t-il, soupçonneux.
- Qui a dit que je déduisais ? Je le sais, c'est tout.
L'esprit calculateur de Moriarty se mit alors en branle.
- Et vous "savez" beaucoup de choses, comme ça ?
-Je sais tout sur tout le monde.
- Donc, l'homme qui est là-bas, vous savez qui il est ? continua Moriarty avec un empressement bien dissimulé.
- Charles Spencer, un politique anglais, frère de Diana Spencer. Je ne pense pas devoir détailler qui elle est. C'est le fils d'Edward Spencer et de Frances…
- Ok ok, et elle, là-bas ?
- Caroline Natalya Smith, top model. J'ai son surnom d'actrice porno si ça t'intéresse. Elle est impliquée dans des histoires de drogue et elle a peur que la police l'arrête. Son chihuahua s'appelle Cookie, et elle a passé son enfance dans le Maine et son père buvait. Beaucoup. Elle souffre d'arachnophobie.
- Et attendez…vous pouvez faire ça avec n'importe qui ?
- N'importe qui, confirma la brune.
- Cool. Ça vous dirait de bosser pour moi ? Ou au moins de m'expliquer comment ça marche ?
La femme s'écarta avec répugnance.
- Pourquoi je travaillerais pour un humain comme vous ? Un type dingue, psychopathe, égocentrique à l'esprit tordu ?
- Oh, chérie, comme vous me connaissez bien, roucoula le petit brun. Mais dites-moi, qu'est-ce que vous cherchiez à faire, juste avant de vous faire jeter comme une malpropre ?
- J'essayais de leur parler. Il faut que je les voie pour leur dire une chose très importante.
- Quel genre ?
- Raaah, mais fichez-moi la paix avec vos questions indiscrètes !
Bon, cette fille était un énorme ramassis de colère et de savoir, ce qui la rendait utile, mais insupportable. Si ça valait le coup ? Mais totalement. Il valait mieux qu'elle tombe entre ses mains que dans celles de ses ennemis.
- Bon… si tu me connais, tu sais que j'ai énormément de relations dans le monde des affaires et de la politique, et que je pourrais t'arranger un rendez-vous avec qui tu veux, commença-t-il d'un air désintéressé, comme si ça ne l'atteignait plus.
- C'est vrai ? fit la femme avec espoir.
- Bien sûr que je peux, mais je ne le ferai pas gratuitement, si tu vois ce que je veux dire.
Aussitôt, la femme le dévisagea avec un mépris redoublé. Le chapeau d'une des femmes en robe de cocktail s'envola vers l'horizon, soulevé par une rafale violente.
- J'oubliais que vous ne faites jamais rien pour rien, bande d'opportunistes… Qu'est-ce que vous voulez ?
- Tout ce que je te demanderai en échange, c'est que tu m'accompagnes pendant un certain temps et que tu me dises tout ce que tu sais sur les personnes que je te montrerai. C'est simple, comme boulot, non ?
- Mouais… j'essaie juste de voir où est l'arnaque, commenta la femme avec réticence.
Moriarty prit un air choqué.
- Moi, t'arnaquer ? Mais enfin !
Elle le fixa avec scepticisme, puis le considéra avec un intérêt nouveau.
- Si tu essaies de m'embobiner, James, tu le regretteras, sache-le, déclara-t-elle simplement avant de lui tendre une main pour sceller leur accord.
Jim la serra rapidement, espérant qu'elle ne lisait pas les pensées en plus de toute le reste. Manquerait plus qu'elle découvre qu'il ne comptait absolument pas tenir son engagement !
- Au fait, j'ignore totalement comment tu t'appelles.
- Heu, je m'appelle… Edith. Appelle-moi Edith.
- Edith tout court ?
- Ouais.
- Bon… n'empêche, faudra que tu m'expliques ton truc !
Moriarty escorta donc Edith jusqu'à la passerelle, mais elle s'arrêta net avant qu'il ait pu poser le pied dessus.
- Pourquoi partons-nous ? Ne serait-ce pas plus simple de leur parler maintenant ?
- Dis-moi, chérie, à qui veux-tu parler exactement ?
- A tous les chefs d'Etat, ou au moins à leurs représentants… Et arrête de m'appeler ainsi.
- He bien vaut mieux attendre une occasion où ils seront tous rassemblés, comme ça on gagnera du temps, expliqua patiemment le Criminel Consultant. Il y a un sommet sur l'écologie dans quelques semaines, ça pourrait le faire, non ?
- Mais ils sont juste ici…
- Crois-moi, il faut du temps pour avoir un rendez-vous avec eux, tu te ferais juste jeter dehors une deuxième fois.
La jeune femme finit par entendre raison (la sienne en tout cas) et accepta enfin de le suivre jusqu'en bas de la passerelle. Une fois sur le quai, ils durent traverser la foule de manifestants. Bizarrement, tous les excités du bocal armés de panneaux les laissèrent passer mais couvrirent la nouvelle associée de Moriarty de regards confus, loin de la nausée qu'elle avait déclenchée en lui. Ils avaient l'air… extatiques.
- Je peux avoir un autographe s'il vous plaît ? demanda l'un d'entre eux en lui donnant un carton.
La petite brune soupira et signa le carton pour ensuite regarder l'écolo se barrer avec en hurlant de joie. La foule continua de se gratter la tête en les voyant, mais aucun ne s'écria "Hé, mais c'est Moriarty !". Dommage.
- Ah, j'avais oublié, avec tout ça, lâcha Moriarty. J'ai dit à mon chauffeur d'aller faire des courses en ville pendant la réception. On a le temps d'attendre, vu la vitesse à laquelle il choisit les bouteilles de shampoing.
- Super, marmonna Edith en jetant un regard dégoûté au trottoir en béton.
Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais un haut-le-cœur la secoua. Elle se pencha et cracha un genre de magma noir sur le sol, et Jim s'étonna de ne pas le voir fondre (le sol, pas le crachat). La jeune femme reprit son souffle avec peine et se redressa, tombant nez à nez avec un Moriarty aussi curieux que révulsé.
- Tu ne préférerais pas que je te conduise à l'hôpital, plutôt ? demanda-t-il d'un ton badin.
- J'en sors à peine, merci bien. La seule façon d'aller mieux, c'est de rencontrer tous ces gens.
- Je pense que c'est la première fois de ma vie que je passe dix minutes entières à me dire "je ne comprends pas", déclara Jim. Ça t'arrive de répondre clairement à une question ?
- Parfois. Quand j'en ai envie.
- Et, est-ce que tu as envie de me dire comment aller voir une centaine de vieux politiciens chiants va t'aider à ne pas mourir en vomissant du… merde, c'est quoi en fait ?
- Non.
- …Ok, très bien. Dans ce cas je ne te dirai sur moi, na.
Edith lui renvoya une œillade amusée et un sourire moqueur.
- Comme si j'avais besoin que tu ouvres ta petite bouche ridicule pour tout savoir sur toi. Je sais très bien qu'à l'âge de quatre ans, tu as tué le chat de ta voisine et tu l'as enterré dans son propre jardin sans te faire prendre. Même tes frères ne l'ont jamais su.
- Tu aurais pu l'inventer, objecta Jim.
- Franchement, il n'y a pas tant d'enfants qui naissent avec un instinct de tueur. Même si j'avoue que juste en lisant tes derniers exploits en date, j'aurais pu extrapoler.
Le Consultant sourit d'un air affable, puis fronça les sourcils.
- Et ça ne te pose pas de problème de bosser pour un meurtrier ?
Edith se détourna du béton et le regarda sérieusement.
- Pourquoi, ça devrait ? Tu n'es qu'un humain qui utilise des humains pour assassiner d'autres humains. Ah, et parfois tu tues les humains que tu utilises. Voir des humains périr ne me dérange pas, au contraire, et devoir côtoyer un assassin dans ton genre n'est qu'une étape nécessaire à l'obtention de ce que je souhaite.
- Ce que tu souhaites, parlons-en. Que va sérieusement t'apporter une entrevue avec tous les chefs d'États du monde ?
- La fin de ma "maladie", si tout se passe bien.
- Et si ce n'est pas le cas ?
- Hé bien… il y aura des morts, j'imagine.
À suivre…
Le mystère s'épaissit.
Dites-moi si vos théories se précisent ! :D
