Bonsoir !
Bienvenue à mes, heu, deux fidèles lecteurs ! Voici déjà le chapitre 3, j'étais motivée on dirait.
Du coup bonne lecture et bonne enquête ! :D
Chapitre 2 : La colocation
- Bien… reprenons depuis le début, marmonna Jim Moriarty, vissé sur sa chaise de bureau avec un carnet et un crayon à la main.
C'était leur première vraie journée de colocation, avec Edith l'Extraterrestre-Truc-Machin, et il était encore plus paumé que la veille, quand ils s'étaient rencontrés. Du coup, pour essayer d'y voir plus clair, il avait décidé de dresser une liste de toutes les bizarreries de cette femme pour comprendre ce qu'elle était. Pour commencer, était-elle seulement humaine ?
- Alors, premièrement, elle connaît le nombre exact de personnes portant le même nom dans le monde entier, écrivit-il tout en énonçant chacune de ses découvertes. Elle sait tout sur une personne rien qu'en la voyant…
Elle l'avait encore prouvé hier après-midi, quand le chauffeur était venu les chercher après avoir fini ses courses. Edith l'avait regardé avec un air narquois et lui avait appris que son chauffeur avait été approché par le gouvernement anglais deux mois auparavant, et qu'il vendait ses secrets depuis tout ce temps !
Sous pression, le traître avait essayé de s'échapper en courant, pensant sans doute que Moriarty n'allait pas le poursuivre pour le tuer à mains nues.
Hé bien… il n'avait pas tort, parce que Jim détestait courir en costume trois pièces. Du coup il avait envoyé d'autres hommes de main pour attraper ce petit vicelard et l'envoyer par le fond. Quitte à se trouver au bord de la mer, autant en profiter, non ? Le défunt chauffeur se trouvait donc au fond de la baie avec quelques parpaings attachés autour des chevilles.
Donc... soit Edith était une espionne très bien équipée avec une oreillette et un complice, soit elle savait littéralement tout sur tout le monde. Et Jim avait vérifié ses oreilles, l'air de rien.
- A part ça, elle me file la nausée.
A chaque fois que son regard s'attardait sur la jeune femme, son estomac se retournait, comme si un instinct bizarre le mettait en garde contre elle, comme si elle était dangereuse. Le savoir est une arme, okay, mais pas au point de déclencher des réactions aussi viscérales !
Sans compter qu'elle avait produit le même effet chez certains des hommes de Jim. Les autres avaient quant à eux arboré le même air d'imbécile heureux que les manifestants de la veille. Avec cette fille, le monde semblait divisé en deux groupes : les nauséeux et les bienheureux. Personne ne réagissait de façon neutre, personne ne pouvait l'ignorer, et c'était même plus bizarre que son cerveau-carte mémoire.
- Et ses fringues sont zarbis aussi, nota-t-il.
Il avait pu le constater ce matin-même, quand il lui avait fourni des vêtements de rechange quand elle s'était rendue dans la salle de bain. Il s'agissait bien évidemment de fringues masculines, mais ça ne justifiait pas le regard absolument outré qu'elle lui avait adressé avant de s'enfermer pour se laver. Qu'est-ce qu'elle avait contre le nylon ?
Le pire, c'est qu'il avait attendu devant la porte en s'imaginant qu'elle allait le supplier de lui donner les vêtements, vu que son déguisement de serveur avait fini dans l'incinérateur, mais elle était sortie de là comme une fleur avec une robe en soie sortie d'on ne sait où ! Il avait eu beau la questionner à ce sujet, elle s'était juste contentée de le regarder d'un air las.
- Et elle va jamais aux toilettes, grogna-t-il en s'acharnant sur le papier.
Par contre elle mangeait comme deux. Comme il s'en était rendu compte la veille au soir, il avait essayé de lui refiler du laxatif, juste pour rigoler, mais cette… femme s'était simplement massé le ventre en fronçant les sourcils. Que faisait-elle donc de toute cette nourriture ? Avait-elle seulement un système digestif complet ?
Pour rester dans le domaine des fonctions vitales, il avait aussi remarqué qu'elle ne dormait pour ainsi dire pas. Elle s'était couchée aux alentours de quatre heures du matin, et il s'était réveillé une heure plus tard pour la voir faire du yoga dans le jardin !
- Bon, quoi d'autre ? Ah, ouais, le magma !
Ce truc qu'elle expectorait sans cesse, comme si ça la brûlait de l'intérieur. Quel genre de maladie avait-elle attrapée ? Et surtout, était-ce contagieux ? Jim avait eu très envie de subtiliser un échantillon de cette matière noire et étrange pour la faire analyser, mais elle s'arrangeait toujours pour s'en débarrasser dans les WC.
En plus de ce mal inconnu qui la rongeait (la tuberculose ?), il arrivait à Edith de grimacer sans raison apparente et de se masser le dos ou le torse, comme si un énorme moustique venait de la piquer. Vu la tronche qu'elle tirait, ce n'était sûrement pas juste à cause d'une piqûre…
La concentration de Jim s'envola au moment où la porte de son bureau s'ouvrit pour laisser entrer sa mystérieuse colocataire.
- Re-bonjour, Jim. Je viens voir où tu en es pour cette entrevue avec les chefs d'États, déclara-t-elle d'un ton plus léger que d'habitude avant de prendre un air interrogatif quand il ferma un peu trop rapidement son carnet.
- T'en fais pas, ça avance, je gère chérie, mentit-il avec un air innocent.
- Arrête de m'appeler comme ça ! râla la jeune femme.
Elle fit une nouvelle grimace (il ne l'avait pas encore vue, celle-là) et s'écroula dans son canapé, s'efforçant de respirer calmement pour juguler la douleur.
- Tu veux du Paracétamol ? proposa Moriarty d'un ton pince-sans-rire.
- Nan, ça ne sert à rien, grogna la fille.
- Oh, tu préfères souffrir alors… Crois bien que je n'ai absolument rien contre les masochistes, même s'il m'arrive de faire un très bon sadique…
- Est-ce que tu m'insultes avec des allusions sexuelles ? demanda Edith, plus ébahie qu'outrée.
- C'était de l'humour, chérie, juste de l'humour.
- Ah.
Moriarty remarqua alors quelque chose de nouveau chez elle. De la confusion.
- Rassure-moi, tu connais l'humour hein ? se moqua-t-il sans en avoir l'air.
- Bien sûr que je connais l'humour ! J'ai juste… du mal à l'appréhender, vu que vos blagues ne me font pas rire.
- Aaaaah, si j'avais une conscience et le moindre intérêt pour ton bien-être, je serais triste pour toi. Ce doit être dur de ne pas rire aux super blagues de Tonton Jim !
Edith lui renvoya un œil torve.
- Si tu penses que je me soucie de rire, ou de raconter des blagues… Je ne suis pas venue jusqu'ici pour ça !
- Mais justement… tu viens d'où ? T'es une extraterrestre en fait, c'est ça ?
- Mais non… Je suis aussi terrienne que toi, l'Irlandais !
- Oh, fit-il, découragé.
Pour l'instant, la théorie de l'alien était celle qu'il préférait. D'une part, c'était la plus réaliste, quoique très "sciencefictionesque". D'autre part, si c'était vrai, il pourrait la vendre à un labo et récupérer un max d'argent. Mais non, elle ne venait pas d'une autre planète, malheureusement. Ou alors elle mentait.
- Attends… tu as dit "terrienne" !
- Et alors ?
- Une personne normale aurait dit "humaine", pas "terrienne". Est-ce que tu es humaine ?
- A ton avis ?
- Je penche pour la réponse négative…
- Fais confiance à ton instinct, fit-elle évasivement en lui tournant le dos pour faire une sieste.
Moriarty rouvrit son carnet et ratura le point sur le sommeil. Puis il indiqua en toutes lettres "PAS UNE ALIEN !" avec un dessin de petit homme vert.
Il ajouta ensuite "Vampire ? Sorcière ? Télépathe ? Espionne russe ? Terroriste ?", mais aucune de ces options ne correspondait vraiment. Déjà, les vampires boivent du sang, pas du thé au petit déjeuner. Si elle était télépathe, elle serait déjà partie de la maison, vu qu'il n'avait clairement aucune intention de l'aider. Une espionne russe n'aurait pas eu besoin de son aide pour s'infiltrer à un sommet. Les terroristes, enfin… ne s'habillent certainement pas comme des petites filles.
Pour la sorcière, il n'était pas encore sûr.
- Dis, tu as vu les films Harry Potter ? demanda-t-il comme s'il parlait du beau temps.
Edith ressortit la tête de sous son coussin et il ricana en la voyant décoiffée. On aurait dit une meule de foin noire.
- Bien sûr que je les ai vus, ç'aurait été dur de les rater ! C'est trop manichéen de toute manière, et en temps de guerre, il y a beaucoup plus de morts que ça !
- Et que sais-tu de la guerre, exactement ? continua subtilement le Consultant.
Le visage bronzé d'Edith refléta alors l'horreur, comme celui d'un rescapé du Vietnam avec un PTSD.
- Crois-moi, je connais la guerre, depuis celles qui se faisaient à coups de pierres jusqu'à celles parfumées au napalm… Tu sais ce qui est le plus dingue ? C'est que la guerre a été créée en même temps que l'Homme, ils sont pour ainsi dire frère et sœur. La guerre, c'est douloureux, littéralement.
Sur ces mots, elle agrippa son flanc d'une main blanchie par la tension et retourna à sa sieste.
Intéressant…
- Tu aimes beaucoup la salade, je me trompe ?
- Monchieur est obchervateur, ironisa Edith en mâchonnant une feuille (ou une touffe) de laitue.
- Il y a des aliments que tu n'aimes pas ? questionna Jim, l'air de rien, son fidèle carnet bien au chaud dans sa poche.
- Je suis pas fan de la viande. Ni du poisson. Ni des fruits de mer.
- Végétarienne, donc.
- Il m'est arrivé d'en manger, malgré tout, mais ce n'est pas pour autant que j'aime ça.
- Hmmm…
- Et tant qu'on y est, je ne supporte pas le nylon.
- Oh, ça te rend malade ?
Sous son apparente inquiétude, Jim était en train d'exulter. Il avait peut-être trouvé la faiblesse de son irritante associée ! Après, une balle dans la tête pouvait tout aussi bien faire l'affaire…
- J'ai des plaques et une bonne nausée. Rien de grave, mais c'est désagréable, autant que de mâcher du sable.
- Ah, je vois le genre, soupira Moriarty, déçu.
- Avoue, tu voulais t'en servir contre moi au cas où ça déraperait ?
- Pas du tout, enfin ! se défendit Jim avec une totale mauvaise foi. Bon, il est temps de te rendre utile. J'imagine que tu sais tout sur la vie de Sherlock Holmes ?
- Lequel ? demanda Edith en continuant de brouter sa salade.
- Q-Attends, il y en a plusieurs ?! Je veux dire, il y a plusieurs couples qui ont trouvé ça cool d'appeler leur môme comme ça ?!
- Ben… ouais.
- Et il y en a combien comme ça ?
- Deux, pas plus.
- Ouuuuf ! Manquerait plus qu'une armée de Sherlock pour me pourrir la vie !
- Après, des Sherlock, il y en a beaucoup. Ils sont tous petits, donc à mon avis, leurs parents sont fans de Sherlock Holmes. Va savoir lequel.
La porte de la salle à manger s'ouvrit à la volée pile à ce moment-là.
- Patron, le banquier est bien mort, et on a arrangé la scène de façon à faire accuser Carson, annonça un des ses hommes de main à brûle-pourpoint.
Edith haussa les sourcils et but une longue gorgée de vin. Jim, quant à lui, se pinça l'arête du nez et fusilla son acolyte du regard.
- Dis, ça ne te dirait pas de vérifier avec qui je mange avant de dire ça à voix haute, comme ça, sans précautions ?
- Pardon patron, s'excusa le type penaud avec la tête d'un mec qui va bientôt se retrouver dans un broyeur sous tension.
Il dévisagea Edith, essayant de juger si elle était dangereuse ou pas, puis afficha un sourire niais à gerber.
- Oh, bonjour Madame, je peux vous serrer la main ?
La femme pas vraiment humaine s'essuya sur sa serviette de table et serra la pince du criminel en lui dédiant un magnifique sourire. Et là, sans plus faire attention à Moriarty, ce salaud s'éloigna de la pièce en souhaitant un bon séjour à Mlle Bizarrerie !
- Bordel, le respect est mort, ronchonna Jim. Et puis, d'où tu sais sourire ?
- Ben, c'est pas compliqué d'étirer les coins de sa bouche, se justifia la jeune femme avec circonspection.
- Ok, mais tu ne souris jamais à personne ! Pourquoi lui et pas moi ou un autre ?
- Oh, jaloux ?
- Pourquoi voudrais-je un sourire de la part d'une femme pas humaine et même carrément monstrueuse ? lâcha Moriarty sans vraiment contrôler sa bouche.
Bizarrement, Edith ne s'en formalisa pas. Elle continua de manger en le fixant de ses grands yeux bleus, puis finit tout de même par répondre.
- Es-tu sûr que ce sont les non-humains, les monstres ?
- Bon, toi, tu vas répondre à mes questions, ordonna Moriarty d'un ton sans appel.
- Hm, qu'est-ce que vous voulez savoir, patron ? demanda un de ses gardes du corps d'une voix pas trop rassurée.
- Mon… invitée, Edith, tu l'as rencontrée, n'est-ce pas ?
- Oui M'sieur.
- Et tu lui as fait cette tronche d'imbécile heureux en la voyant, je veux savoir pourquoi.
Le garde fronça les sourcils et eut l'air songeur.
- Je ne suis pas sûr, c'était bizarre comme impression. C'était comme si cette femme représentait énormément pour moi. Un peu comme si c'était ma mère, vous voyez ?
- Ta… mère ? Elle a l'air d'avoir maximum vingt-cinq ans !
- Heu, ce n'est pas relié à son physique, vous savez. C'est incontrôlable en plus, comme quand on se met en colère sans pouvoir s'en empêcher.
- Hin hin… murmura Jim en se frottant le dessous du menton. Bizarre.
- Vous n'avez pas eu ça, vous ?
- Nan, j'ai juste eu droit à un retournage d'estomac gratuit, j'me suis jamais autant amusé de toute ma vie.
- Est-ce que vous parlez de votre nouvelle associée, monsieur ? intervint un autre garde du corps qui surveillait l'entrée de la pièce.
- Oui. Y a-t-il une raison pour laquelle tu te permets de nous déranger ? s'impatienta Moriarty.
- Je pense que oui. Elle est vraiment très bizarre, monsieur.
- Nooooooon ? Ne me dis pas que tu as remarqué ?!
- Je l'ai vue parler à des plantes, ce matin dans le jardin.
- Heu, quoi ? T'es sérieux là ? Elle disait quoi ?
- Il m'a semblé qu'elle s'excusait, monsieur. Du lait dans votre thé du soir ?
- Ben oui, c'te question !
Cachant sa perplexité derrière son masque d'insolence, Jim avala son thé et se prépara pour aller dormir, sachant très bien qu'il allait encore passer une nuit blanche à essayer de déterminer à qui il avait affaire…
- Mais qui s'excuse auprès des plantes ?! s'exclama-t-il, frustré, avant de rabattre ses couvertures d'un geste rageur.
À suivre…
Les chapitres rallongent peu à peu, on dirait…
Pas grand' chose de neuf dans ce chapitre, à part à la fin… D'autres idées vous viennent ?
