Un chapitre par jour ! Ne vous y habituez pas, demain je retourne en stage !
Merci à Angelyoru pour sa review et bonne lecture !
Chapitre 3 : Identité
- Tu es déjà allée en Amérique ?
- Tu veux une réponse claire ou la vérité ?
- Hrm… une réponse claire ?
- D'accord, alors non, je n'y ai jamais été. Tu y vas ? C'est pour ça que tu remplis une valise que tu n'arriveras jamais à fermer ?
Moriarty jeta un œil à son bagage, qui effectivement était déjà plein. Il reposa la pile de chemises supplémentaires qu'il voulait emmener et tenta (en vain) de refermer les loquets de la valise. La mort dans l'âme, il en retira quelques paires de chaussettes et arriva enfin à ses fins. Mais à quel prix…
- Fais la tienne aussi, on part bientôt, ordonna-t-il pour récupérer un semblant d'autorité.
- Bientôt ?
- Ouais, bientôt. Quand on voyage en jet privé, on n'a pas besoin de réserver son ticket à l'avance, mon chou.
Edith secoua la tête avec nervosité.
- Bon, déjà, "mon chou", tu oublies. Ensuite, je n'ai pas de passeport.
Jim releva ses gros yeux noirs vers elle, et Edith se dit qu'il pouvait être vraiment flippant quand il le voulait.
- Une carte d'identité, peut-être ?
- …Non plus. Techniquement, je n'existe pas.
- On pourrait croire que même les monstres sont inscrits à l'état civil, mais non, grommela Jim.
Edith le dévisagea avec curiosité. Il lui semblait pourtant lui avoir dit qu'elle n'était pas un monstre, mais il n'avait pas l'air d'imprimer. Elle aurait bien aimé pouvoir lire dans les pensées, juste pour avoir un aperçu de celles de cet humain si intelligent et pourtant si paumé. Et si égoïste, aussi. Elle avait bien vu la nausée qui le prenait quand il la regardait. En général, c'était un signe qui ne trompait jamais. Le plus étonnant, c'est le nombre de ses "hommes" qui réagissaient à l'inverse à sa présence. Venant d'une bande d'assassins, c'était vraiment étrange.
- Est-ce que ce sommet dont tu me parles a lieu en Amérique ? demanda-t-elle pour changer de sujet.
- Ouaip. Mais j'ai des trucs à faire là-bas donc on doit partir plus tôt.
- Tant qu'on est au sommet à temps, ça me va.
- Mais je ne te demandais pas ton avis, Bizarre-Girl, asséna Moriarty.
Pfff…. Quand allait-il comprendre que les insultes de ce genre ne lui faisaient rien ? Elle n'était pas bizarre. Les humains sont bizarres, pas elle. Bizarres, égoïstes et stupides. Mais quand même…
- Tu ne devrais pas insulter une personne dont tu ignores tout, à commencer par sa nature, lâcha-t-elle comme un conseil.
- Pourquoi, tu vas me tuer ? ironisa l'homme en se redressant. Je pensais que tu avais besoin de moi ?
- Je connais toutes les personnes qui vivent sur cette planète, tu penses que je ne peux pas en trouver une prête à m'aider gratuitement si je lui disais tout sur moi ?
- Justement, qu'est-ce qui t'empêche de me dire exactement qui tu es et sans détour, pour une fois ? s'énerva Jim.
Ah, c'est bien ce qui lui semblait. Le pauvre avait du mal à dormir à cause de ce mystère.
- Si ça se trouve, tu es ici pour tous nous tuer sans exception !
- T'en fais pas, je vous laisserai une chance d'empêcher ça, dit-elle d'un ton qu'elle espérait bienveillant.
Moriarty se figea en plein milieu de la pièce, deux cravates à la main. Il la dévisagea soudain comme on regarde un cobra royal en train de cracher son venin.
- Dis… tu fais des blagues, maintenant ?
- Non, pas mon genre. Je ne blague plus depuis des siècles.
- Donc… donc tu veux vraiment tous nous tuer, super, vraiment génial, moi qui ai simulé ma propre mort pour éviter de perdre la face, me voilà rassuré ! Peut-on au moins savoir pourquoi et comment ?!
- Tu es hystérique.
- Et alors ?! Réponds, c'est tout !
- Non. Je n'obéis à personne, et encore moins à un égocentrique maniaque obsédé par un détective qui pète plus haut que son cul ! s'emporta Edith.
- Mais qui es-tu à la fin ?! Une sorcière ? Un genre de… de…
- De monstre ? Bon sang, si tu savais !
- Justement, j'aimerais savoir ! Tu sais quoi ? Tu ne quitteras pas cette maison avant de me l'avoir dit !
- Ah, et tu vas m'en empêcher de quelle manière ? Tu vas m'enfermer dans la cave ? Ça rendra les choses beaucoup plus faciles pour moi. Tu veux me droguer ? Bonne chance avec ça. Je ne suis pas le genre de "monstre" qu'on enferme.
Moriarty sortit un revolver de sa poche intérieure et le pointa sur la tête d'Edith, qui soupira.
- Si je te tuais, ici et maintenant ? Après tout, je peux avoir mes renseignements autrement et tu as avoué vouloir la mort de tous les humains. Tout le monde me remerciera pour ça.
- Mais vas-y, tire, ça fera plus de taches que de morts.
- Ah, parce qu'en plus tu es indestructible ?! s'écria Jim en partant dans les aigus.
- Patron, est-ce que tout va bien ? demanda un garde en déboulant dans la pièce, alerté par les cris.
Il avisa Edith, lui fit un grand sourire, puis son regard tomba sur le flingue. Aussitôt, il désarma son patron et lui croisa les bras dans le dos façon FBI.
- Mais bordel, qu'est-ce que tu fous ?! s'insurgea Moriarty.
- Vous-ne-la-tuerez-pas, ânonna le garde du corps.
- D'accord, mais lâche-moi tout de suite ou je flingue toute ta famille ! menaça Jim.
Le garde le lâcha d'un coup, hébété, puis se dirigea mécaniquement vers la sortie.
- Toi, fit Moriarty en pointant Edith du doigt, si tu obliges encore mes hommes à…
- Je ne lui ai rien fait, l'interrompit calmement Edith.
Elle sortit de la pièce en l'ignorant totalement, laissant Jim seul dans sa chambre, les vêtements en pagaille et un air incrédule sur le visage.
Le jeune homme ramassa son arme et la rangea à sa place, méditant sur les paroles de cette femme insupportable. Elle disait n'avoir rien fait à l'autre imbécile, mais dans ce cas, pourquoi avait-il décidé d'aider la fille plutôt que l'homme qui le payait ?
Moriarty se souvint soudain du sourire extatique du garde. Si le monde était vraiment divisé en deux, et si tous les imbéciles heureux étaient aux ordres de cette femme, le monde allait vraiment partir en cacahuète !
Il retrouva Edith assise dans l'herbe juste sous un arbre, en train de discuter avec un mulot. En le voyant arriver, elle relâcha la bestiole qui courut se réfugier entre les racines de l'arbre. Alors qu'il s'arrêtait à un mètre d'elle en essayant de juguler son énervement, il remarqua que l'herbe bougeait lentement, comme sous l'effet d'une brise. Or, il n'y avait pas de vent ce jour-là…
Bah, après tout, rien ne l'étonnerait plus venant de cette bizarrerie ambulante.
- Re-bonjour, lâcha Edith comme s'ils n'avaient pas passé la matinée à se disputer.
- Bon, premièrement, pourquoi ce garde du corps a-t-il réagi comme ça ? demanda calmement Jim.
- Parce que tu me menaçais et qu'il a cru que j'avais besoin d'aide, répondit-elle simplement.
- Ce qui n'était pas le cas, pas vrai ?
- Exactement. Les humains ne savent pas que je suis dure à tuer, donc ils ont tendance à réagir de façon exagérée. Par exemple, toi tu étais prêt à me tirer dessus froidement sous l'effet d'une colère qui n'était même pas légitime.
- On parlait tout de même de l'extermination de l'espèce humaine, grommela Moriarty.
- Vous aurez une chance d'éviter ça, pourtant. C'est plus que ce que vous méritez, et pourtant j'ai décidé de vous accorder du temps.
- Et pour quelle raison ?
- Parce que malgré tout, il reste quelques bonnes personnes dans ce monde. Elles sont rares, mais elles existent. Je ne veux pas récompenser leurs bonnes actions en les tuant de sang-froid.
Abasourdi, Moriarty se laissa tomber sur l'herbe sans se soucier de son costume sur-mesure.
- Combien de temps ?
- Un an, pas plus. Après il sera trop tard.
- Et il commence quand, ce délai ?
- Dans quelques semaines, juste après le sommet.
- Et tu vas faire quoi pendant cette année ?
- Ce que j'ai toujours fait : j'observerai.
- Bon, donc, tu vas tous nous tuer dans un an si on ne trouve pas une manière de te tuer en premier, mais tu ne peux pas le faire de façon sélective pour épargner les "bonnes personnes". Et donc, si on n'est pas encore morts…
- C'est grâce à ces quelques personnes, oui.
- He ben.
Un silence pensif s'installa et Edith observa attentivement l'Irlandais, voyant presque les idées parcourir son cerveau comme des courants électriques. Finalement, il soupira et releva la tête.
- En fait j'étais venu pour te dire qu'on allait te faire des faux papiers pour aller en Amérique. Donc on a besoin de ta photo et de toutes les infos nécessaires.
- Ah, bah fallait le dire tout de suite !
Ils arrivèrent en Amérique moins d'une semaine plus tard, et Jim râla beaucoup d'avoir dû faire sa valise avec plusieurs jours d'avance.
- Bon, il nous reste trois semaines et des poussières avant ton sommet, essaie de ne pas changer d'avis au premier débile qui renversera un milk-shake sur tes fringues. On ne tue pas sept milliards d'êtres humains pour ça.
- Je ne suis pas débile, tu sais ? En attendant, j'ai hâte de voir autre chose que cette ville pleine de CO2 !
- Ben tu vas être déçue parce que c'est ici qu'on dort.
- Merde, c'est inhumain !
- Ça tombe bien, t'es pas humaine.
Le taximan qui entassait les valises de Moriarty dans le coffre de son cab les fixa d'un drôle d'air, puis retourna à l'abri devant son volant. Jim lui donna l'adresse de leur hôtel avec un sourire carnassier, heureux d'encore faire peur à quelqu'un, et ils se mirent aussitôt en route. Comme il était encore tôt, le Consultant se mit en mode "touriste" (sans toutefois quitter son revolver) et traîna Edith et leur garde du corps (un nauséeux) dans un bar plutôt douteux.
- Pourquoi toute leur carte est uniquement composée de noms d'alcools ? demanda Edith avec une candeur désarmante.
- Bienvenue aux USA, chérie, ricana Jim en commandant un whisky.
- Bon, alors je prends un verre d'eau, fit la jeune femme en reposant la carte sur leur table sans en toucher le bois, car il était tellement collant qu'elle n'avait pas réussi à faire bouger les sous-verres en carton.
Le serveur la regarda bizarrement et s'éloigna pour aller chercher leurs commandes.
- Cet établissement est dégoûtant, finit-elle par dire en fixant les autres clients.
Il y avait là des bikers, un groupe d'étudiants bourrés et des américains lambdas. Aucun touriste à l'horizon, ni de femme sobre d'ailleurs, Edith mise à part. Le serveur leur apporta leurs verres et un bol de cacahuètes tout en essayant de retenir un haut-le-cœur en voyant la jeune femme, et celle-ci lâcha un gros soupir désespéré.
- Vous devriez nettoyer les tables, de temps en temps, lâcha la créature à l'employé. Et le sol aussi, ajouta-t-il quand son pied se décolla du parquet avec un bruit pas très engageant.
L'autre gars leva un sourcil désabusé et s'éloigna sans rien dire.
- Est-ce que tu m'as amenée ici pour me mettre mal à l'aise ?
- Moi ? Nooooooon ! se défendit Moriarty avec une totale mauvaise foi.
- Héééé, salut beauté, tu veux venir t'amuser avec nous ? proposa bruyamment un des bikers, un grand type barbu au teint rouge.
- Non merci, je ne pense pas être capable de m'amuser dans un endroit pareil, répondit Edith du tac au tac. En plus, il me semble que vos conventions sociales vous empêchent de vous adresser à une femme accompagnée par un humain du sexe opposé.
- Alleeeez, largue ton Anglais chiant comme la pluie et viens boire un coup avec nous ! insista le barbu.
- Bah, heu, non ? balbutia Edith, qui ne comprenait pas pourquoi il s'entêtait à l'ennuyer. Je préfère rester soooooobre ! cria-t-elle alors que le biker la faisait décoller de sa chaise pour l'entraîner vers le bar.
Moriarty sourit et lui adressa un coucou ironique quand elle se retourna pour l'appeler à la rescousse. Le Consultant se concentra sur sa dégustation de whisky (pas si bon que ça après tout), puis lança de petits coups d'œil vers les bikers. Le sol se mit soudain à vibrer et…
- C'est bon, je suis en colère là ! fit brusquement une voix féminine près de son oreille.
Jim sursauta et tomba nez à nez avec Edith, qui semblait hors d'elle.
- La prochaine fois que tu m'emmènes dans un endroit pareil, je t'empale avec un arbre ! s'exclama-t-elle.
Perplexe, le criminel se décala pour regarder le bar, d'où s'élevaient des cris de frayeur. Tous les bikers avaient à présent la tête collée contre le bar et semblaient incapables de se libérer des vrilles feuillues qui les retenaient. En suivant les branches, Jim s'aperçut qu'elles sortaient toutes de l'épaisse pièce de bois qui tenait lieu de comptoir.
- Heu, est-ce que tu as réveillé ce meuble ?
- Ouais, bon, on va pas en faire un plat ! Il y en a un qui a touché ma poitrine ! Il me semble que c'est une zone considérée comme taboue, non ?! s'emporta la petite femme.
- Heu, ouais, ouais, c'est ça. Ton verre d'eau t'attend toujours, sinon…
- Cool ! Le prochain qui me touche, je l'enterre vivant ! Si tu essaies de me convaincre de ne pas tous vous tuer, tu es très mal parti, Jim !
Edith descendit son verre d'eau comme si c'était un shot de tequila et le reposa si violemment qu'il explosa entre ses doigts. Elle secoua la main pour en expulser les débris de verre, et Moriarty sentit un truc humide lui tomber sur la joue. Il s'essuya du bout du doigt et découvrit le fameux liquide noir qu'elle expulsait sans cesse. La serviette qu'Edith utilisa pour tout nettoyer absorba le magma noir qui recouvrait Jim et la jeune femme se leva pour se rendre aux toilettes. Elle revint moins d'une minute plus tard, encore plus en pétard qu'auparavant, la serviette tachée de noir toujours à la main.
- Les toilettes sont tellement dégueu que je n'ose même pas toucher le bouton de la chasse d'eau ! Vous auriez un briquet ? demanda-t-elle ensuite au garde du corps.
L'homme lui prêta le sien sans discuter et Edith alluma sa serviette, qui brûla à une vitesse effarante. Elle déposa la boule de feu dans un cendrier métallique et la regarda s'éteindre peu à peu avec une fascination morbide.
- Bon, on s'en va ? décréta-t-elle quand il ne resta plus que des cendres sur la table.
À suivre…
Mouais, effectivement, chaque indice supplémentaire la rend encore plus bizarre… Désolée
Racontez-moi vos théories siouplaît ! :D
