Cette histoire devient de plus en plus décalée, vous voilà prévenus (ça ne durera pas je pense, profitez-en) !
Bonne lecture et merci aux revieweurs qui sont maintenant au nombre de trois ! Yeah !
Chapitre 5 : La Fuite
Le lendemain matin, Jim se plaignit à qui voulait l'entendre, c'est-à-dire pas grand' monde, vu que son garde du corps était parti chercher la voiture au garage. Les autres clients de l'auberge, quant à eux, se bornaient à lui lancer des coups d'œil réprobateurs quand il râlait trop fort.
- Je n'ai pas fermé l'œil un seul instant cette nuit ! Tout ça à cause d'une espèce de psychopathe qui me scrutait sans arrêt !
- C'est faux, tu as dormi six heures et cinquante trois minutes, fit remarquer Edith en beurrant une biscotte. De plus, j'avais des choses autrement plus intéressantes que toi à regarder.
- Ah ouais ? Ta manucure peut-être ? fit un Moriarty goguenard.
- Le plafond, répondit sèchement la jeune femme. Mais même dans ton sommeil, tu essaies de te faire remarquer. T'as pas arrêté de bouger dans tous les sens, un vrai gosse.
Le Consultant la fusilla du regard et n'obtint qu'un œil torve en échange.
- De toute manière, rien que le fait de savoir que tu étais dans la même pièce que moi a suffi à me filer des cauchemars. C'est pas ce que j'appelle une nuit reposante.
- Tu aimes avoir le dernier mot, non ? Espèce d'égocentrique.
- Bon, déjà, tu ne m'insultes pas ou je te largue au bord de la route.
- Oh, mais pour ça il faudrait déjà que tu ais une voiture qui roule, Jimmy.
L'Irlandais ouvrit la bouche pour répondre avec verve, mais l'arrivée de son garde du corps, essoufflé et surtout à pied l'en empêcha. L'homme mit une poignée de secondes à retrouver son souffle, puis se redressa, tout pâle.
- T'as pas l'air bien, commenta platement Edith en attrapant un autre toast.
- Le garage… la voiture… Ils se sont rendu compte… qu'on l'a piquée, ahana le garde. Police… arrive !
- Ça alors ! ironisa la créature en étalant une couche imposante de confiture sur sa tartine.
Alors qu'elle continuait tranquillement de manger, les deux hommes se précipitèrent à l'étage pour récupérer leurs affaires. Comme Edith portait ses seuls vêtements, elle se contenta de hausser les épaules et d'aller prévenir Mary qu'ils partaient bientôt. La gentille propriétaire leur échangea l'avance que Jim avait payée pour le repas de midi avec un panier rempli de victuailles qu'Edith accepta avec plaisir. Elle salua une dernière fois leur logeuse et se rendit d'un pas léger et tranquille dans le hall, où elle trouva les britanniques en train de descendre les valises avec force grognements.
Edith leur adressa un sourire sarcastique et leur fit coucou juste pour faire enrager Jim. Elle ne connaissait pas beaucoup de ces "petits plaisirs de la vie" dont parlaient les humains, mais emmerder Moriarty en était devenu un pour elle.
- J'ai prévenu Mary qu'on partait, et on a gagné un panier-repas, leur apprit-elle.
- Gagné, gagné, c'est moi qui l'ai payé je suis sûr, ronchonna Jim en tirant sa lourde valise derrière lui, abandonnant l'idée de la soulever pour qu'elle ne tombe pas de marche en marche.
- Comment un si petit machin peut faire autant de bruit ?
- N'insulte pas ma valise non plus !
- Je ne parlais pas de ta valise, p'tit machin !
Edith laissa Moriarty s'étouffer avec sa rage et sortit de l'établissement pour profiter de la fine pluie qui tombait depuis tôt le matin. Elle offrit son visage au crachin et sourit. Puis elle entendit les sirènes de police au loin et grimaça.
- Grouillez-vous, ils arrivent.
- Si tu nous aidais, on irait un peu plus vite, emmerdeuse !
La jeune femme garda les bras croisés et ne bougea pas d'un cil pour leur venir en aide. C'est vrai quoi, il était malpoli avec elle depuis le début ! Et puis, elle ne craignait pas la prison et n'avait rien à voir avec le vol de la voiture.
- Et en plus il pleut ! rouspéta le Consultant en s'engageant sur le trottoir avec sa valise, qui comportait heureusement une paire de roulettes.
Ils marchèrent ainsi quelque temps sous la pluie, et Jim levait les yeux au ciel à chaque fois qu'Edith souriait en sentant les gouttes d'eau sur son visage.
- Bon sang, si la pluie te met dans un état pareil, tu devrais essayer la douche, grommela-t-il au bout d'un moment.
Elle le dévisagea avec irritation et Jim, impatient et n'aimant manifestement pas l'eau, finit par s'arrêter pour crocheter une voiture garée à moins d'un kilomètre de leur Bed and Breakfast.
- Indécrottable, soupira Edith en montant dans l'habitacle, abandonnant les larmes du ciel avec une petite moue triste.
Le garde du corps fit démarrer le moteur et la jeune femme ponctua le silence d'une quinte de toux inextinguible qui lui laissa la gorge en feu et du magma noir plein les mains.
- Baaah, c'est dégueulasse ! Et t'as de la chance que ce ne soit pas ma caisse ! se plaignit encore Jim en lui passant un mouchoir en papier.
Edith ne s'arrêta pas pour autant et continua de se vider de cette matière noire et visqueuse qui semblait lui remplir les poumons, pour ce que Jim en savait. Quand elle se calma enfin, la jeune femme avait pris une teinte violacée et respirait difficilement, le corps agité de spasmes. Elle se cala contre la portière et ferma les paupières.
- Roh, tu ne pouvais pas dormir cette nuit ? lui reprocha Jim en essayant de récupérer le mouchoir pour le faire analyser plus tard.
Malheureusement pour lui, Edith l'avait vu venir, car son poing était aussi hermétiquement clos qu'une écoutille de sous-marin en immersion. Dépité, le Consultant se rencogna dans son siège et se mit à bouder.
Ils roulèrent encore deux heures avant d'atteindre Cleveland et Edith émergea alors qu'ils se garaient devant…
- Un motel ? Tu en as marre des quatre étoiles ? s'étonna-t-elle.
- C'est plus discret, triple buse. Et on a aura moins loin à aller pour sortir les bagages si quelqu'un avait la brillante idée d'appeler les flics.
- Si quelqu'un avait eu la brillante idée de louer une bagnole au lieu de la voler, on n'en serait pas là.
Jim fit mine de l'étrangler, puis sortit de la voiture pour aller faire le tour de sa chambre. Edith, encore mal en point, se laissa presque littéralement tomber de la voiture et traîna les pieds jusqu'à sa chambre. Elle prit juste la peine de lever le bras pour récupérer les clés que lui tendait le garde et d'ouvrir la porte avant de s'avachir sur le lit.
Moriarty passa la tête par la porte un peu plus tard dans la matinée et la considéra en silence, constatant qu'elle n'avait pas bougé. S'approchant silencieusement, il lui enfonça un doigt entre les côtes et se recula quand la jeune femme gifla l'air, outrée.
- Ne me touche pas ! s'écria-t-elle tout en cherchant un objet à sa portée à lui jeter au visage.
- Je venais t'informer que je pars pour rencontrer des clients en ville, et comme tu avais l'air morte, j'ai voulu vérifier. L'espoir fait vivre, comme disait l'autre.
- Refais ça et je t'arrache un œil ! vociféra la petite femme en remuant faiblement un bras dans sa direction.
- Mais oui mais oui.
Jim referma la porte pour éviter un cendrier volant et alla rejoindre son garde du corps dans la voiture.
Quand il revint le soir, Edith n'avait toujours pas bougé et, une fois n'est pas coutume, dormait profondément. Moriarty se contenta de hausser les épaules face à l'air interrogatif de son chauffeur et repartit pour trouver un restaurant.
Le lendemain matin, on tambourina à la porte de la chambre d'Edith qui se réveilla en sursaut, hagarde. Son sommeil ne lui avait servi qu'à économiser de l'énergie, pas à en regagner, et avec tout ça, elle avait manqué deux ou trois repas. Elle se força à rouler jusqu'au bord du lit et se leva avec la vitalité d'un pantin sans fils pour ouvrir le panneau.
- Ah, quand même, j'ai failli attendre ! ronchonna Jim en guise de bonjour. Monte dans la voiture, on va à Columbus, puis à Cincinnati.
- Et après on va à Washington ? demanda Edith d'une voix aussi flageolante que ses genoux.
- Heu, ouais, fit évasivement Jim en la poussant vers la voiture.
Il lança les clés des deux chambres à son garde du corps, qui partit vers la bicoque du concierge pour les lui rendre. Les deux petits bruns grimpèrent (tant bien que mal pour Edith) dans l'habitacle et la jeune femme se mit aussitôt en position pour continuer sa sieste.
- Dis donc, t'as une de ces sales têtes !
Edith marmonna quelque chose qu'il ne comprit pas et ne prit même pas la peine d'ouvrir un œil.
- Si t'as besoin de médicaments et que ça peut nous éviter une longue attente à l'hôpital, c'est le moment de le dire, continua-t-il rudement pour cacher son début d'inquiétude.
- 'Servirait à rien, grogna Edith, avachie contre la portière. Faut que 'tienne le coup… sommet.
- Tu as beau dire ça, si tu es dans le coma dans deux semaines, tu auras juste l'air con, chérie.
- 'Appelle 'as comme ça.
Un silence gênant s'abattit à nouveau dans le véhicule, et Jim fut soulagé quand il vit son homme de main revenir vers eux.
Il le fut moins quand l'homme s'effondra d'un coup avec un impact de balle dans la tête.
- Merde ! s'exclama-t-il en se penchant en avant pour éviter d'autres projectiles potentiels.
Edith remua un peu, gênée par le coup de feu et par son juron.
- Hééé, réveille-toi, on est attaqués et ce serait bien que tu nous sortes un tour de magie, là !
Elle grommela en fronçant les sourcils et souleva une paupière.
- Maintenant ce serait cool ! ordonna Moriarty en sortant son revolver.
Il leva une main pour la secouer et l'obliger à agir, mais sa portière s'ouvrit à ce moment-là et une main apparut pour le tirer de l'habitacle, le laissant atterrir sur le béton rêche du parking. Quelqu'un profita de sa surprise pour lui prendre son arme et Jim ne put s'empêcher de se plaindre :
- Non mais vous savez combien coûte ce costume ?!
Il était entouré d'un genre de gang armé de mitrailleuses et de fusils de chasse, et l'un d'entre eux venait d'extirper Edith de son côté de la banquette. Le malfrat dut la retenir pour l'empêcher de se casser le nez en tombant sur le toit de la voiture. La tête d'Edith roula sur sa poitrine et elle toussa un peu, lâchant un filet de sang noir qui coula sur le sol.
- Qui t'a dit de la tabasser ? s'énerva un des types, qui semblait être le chef.
- Je l'ai pas touchée ! se défendit le gardien de la créature.
- Ah si, elle n'était pas comme ça avant, fit Moriarty, juste pour envenimer les choses.
- Laissez-moi dormiiiir, gémit la brune.
Tous les hommes présents la dévisagèrent, interdits.
- Je le crois pas, elle dort debout, constata Moriarty.
Comme si ses mots avaient tiré leurs agresseurs de leur torpeur, les deux bruns furent traînés vers un van à l'intérieur duquel on les poussa sans délicatesse. La tête d'Edith alla cogner dans la paroi opposée et elle sombra définitivement dans l'inconscience.
Jim, pour sa part, eut droit à un ligotage en bonne et due forme et s'appuya prudemment contre le fond du van dès qu'il remarqua à quel point le chauffeur conduisait mal. Il jeta de petits coups d'œil vers sa colocataire indésirable, qui n'avait pas l'air de saisir la gravité de la situation et continuait à ronfler sans complexe. Comme elle roulait à chaque fois que le chauffard prenait un virage, Jim finit par apercevoir l'intérieur du col de sa chemise. Il crut rêver en voyant des taches noires sur ses clavicules et le haut de sa poitrine, mais quand il la coinça du bout du pied pour qu'elle arrête de bouger, il découvrit effectivement des traces sombres à l'aspect peu engageant sur la peau de la jeune femme.
Il souleva le bas de la chemise d'un mouvement du genou et retrouva le même genre de stigmates sur le ventre d'Edith, qui grommela entre ses dents.
- Meeeerde, souffla-t-il, incapable de développer sa pensée.
- Mais qu'est-ce qui se passe ? gémit Edith en se réveillant.
Elle essaya de se frotter les yeux, mais ses mains ne répondaient pas. Elle se contorsionna et remarqua qu'elles étaient attachées dans son dos et liées à la chaise sur laquelle elle était assise.
- Et c'est maintenant que Mademoiselle se décide à émerger, fit sombrement Jim, qui se trouvait à sa gauche, dans le même état qu'elle.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-elle mollement.
- On a été enlevés juste devant le motel, ce qui signifie que la voiture qu'on a volée est toujours là-bas avec tous mes bagages, exposa Jim d'un ton qu'il supposait calme mais frisait l'hystérie.
- Que tu as volée, rectifia Edith par automatisme. On est là depuis combien de temps ?
- Deux jours, espèce de paresseuse. Je vais écrire une critique atroooooce sur Internet pour ce motel, tu vas voir.
- Mais alors, le sommet…?
- … Commencera dans une semaine et demie. On a le temps, il faut juste qu'on s'évade.
- Tu as un plan ?
- A vrai dire, je comptais sur tes bizarreries pour nous sauver, admit Moriarty. C'est beaucoup moins d'efforts que de leur promettre de l'argent, de la cocaïne ou une mort atroce, tu en conviendras.
- Vous allez la fermer ?! explosa une voix derrière la porte de la pièce où on les avait abandonnés.
C'était une pièce très petite, un genre de placard sobre sans fenêtre à peine illuminée par des néons. Le sol était crasseux et la chaise douloureuse.
- Bon sang, j'ai tellement mal au derrière, bougonna Moriarty en se tortillant.
- Je pensais que les génies du crime pouvaient se sortir de n'importe quelle situation.
- Dis-moi, tu as regardé quels films exactement ?
- Tous. J'ai vu tous vos films, même ceux qui ne sont pas encore sortis.
- Laisse-moi deviner, c'est encore un truc que tu détestes chez nous les humains ? râla Jim en roulant les yeux.
- Non, j'aime bien les films. La musique aussi. C'est l'une des rares choses que les humains ont bien faites.
- Mon dieu, tu connais Queen alors ?
- Ben oui, tu me prends pour qui ? Bon, ce que j'apprécie moins, c'est l'alcool et la drogue qui vont avec ce type d'activités.
- Si tu savais l'argent qu'on se fait grâce à ces saloperies…
- Pfff, l'argent ! C'est bien le pire des maux que ce monde ait jamais connu ! renifla dédaigneusement Edith.
- Bon, donc, tu peux nous faire sortir en fait ?
Edith se concentra, mais rien ne se produisit. Elle prit un air penaud.
- … Non. Je suis crevée, faut que je mange un truc sucré.
- Bon, ben on est foutus dans ce cas, parce que tout ce que j'ai eu à manger dans ce bouge, c'est du pain dur et trop salé avec de l'eau glaciale.
- Te plains pas, t'as eu à manger toi, rétorqua Edith avec un regard noir dans sa direction. Si tu m'avais réveillée pour le repas, on n'en serait pas là.
- Si tu ne t'étais pas mise à hiberner comme un ours, on n'en serait pas là !
- C'est toujours la faute des autres avec toi !
- Hé, le vieux couple, vous allez la fermer oui ?!
- Ta gueule, connard ! s'écria Edith, hors d'elle. Qu'est-ce qu'ils nous veulent, ces cons, déjà ?!
- C'est très flou. J'ai l'impression qu'ils aimeraient bien me tuer, mais ils attendent après une rançon ou un truc du genre. A vrai dire, ils m'ont à peine adressé un mot, une vraie bande de malpolis !
- Et ils vont attendre longtemps avant de te tuer et de me libérer ? s'affola Edith.
- J'en reviens pas, je t'annonce qu'on va me tuer et toi, tu ne penses qu'à ta connerie de sommet !
- C'est plus important qu'une seule vie humaine !
- Et en quoi, je te prie ?!
-… Tu verras bien. Bon, puisque tu ne veux pas te sacrifier pour la cause, il faut qu'on trouve un plan de secours.
- Si je n'étais pas attaché, je t'étranglerais.
- Heureusement que tu l'es, dans ce cas.
Ils se turent un instant, puis Moriarty reprit :
- C'est quoi ces taches noires que tu as sur le corps, au fait ?
Edith baissa les yeux sur son décolleté, puis fusilla Jim des yeux, le traitant mentalement de tous les noms.
- J'ai même pas envie de te répondre, sale pervers !
- Mais ça dépassait et j'avais que ça à faire !
Ce devait être tout, sauf la meilleure chose à dire, car la jeune femme se trémoussa pour faire bouger sa chaise et filer un coup de pied dans le tibia de Jim, qui se plaignit à grands cris, hurlant qu'on le molestait gratuitement. Finalement, leur geôlier en eut marre et entra dans la pièce pour leur filer un coup de poing à tous les deux.
- Non… Noooooon, non non ! crièrent-ils en cœur en sentant leur chaise basculer en arrière.
Ils rentrèrent la tête pour ne pas se la cogner contre le sol, puis s'affalèrent avec fracas sur le lino répugnant. Ils se retrouvèrent tous deux couchés sur le dos comme des abrutis, obligés de fixer le plafond, faute de distractions.
- Ah on a l'air bien, là, soupira Jim, fataliste et le nez en sang.
Edith, quant à elle, s'était déjà rendormie.
À suivre…
Alors, vont-ils réussir à s'évader en un seul morceau et à se rendre à Washington dans les temps ?
Vous verrez~
N'oubliez pas de reviewer, siouplaît, ça me motive ^^
