Bonsoir tout le monde ! Je suis morte de fatigue, j'ai un œil en mode Voldemort (rouge, pour les anti-HP), mais je voulais vous laisser lire ce dernier chapitre avant que la trombe infernale des devoirs et travaux ne m'emporte.
Donc voilà, bonne lecture à vous, merci à mes valeureux lecteurs-revieweurs, on se retrouve en bas !
Epilogue : La fin
Jim Moriarty, confortablement installé dans son fauteuil, scrutait l'extérieur tout en se servant un bon verre de scotch. Il fit tourner le liquide, admirant sa couleur, puis commença à le siroter tranquillement, profitant du silence inédit qui régnait dans sa maison.
Un an avait passé depuis l'ultimatum d'Edith. Et pendant une année, les choses s'étaient plus ou moins déroulées comme ils l'avaient prévu tous les deux. La panique et les manifestations avaient laissé place à une drôle de période où tout le monde s'était démené pour ne plus prendre la voiture, pour planter des arbres, bien souvent à des endroits incongrus. Ce jardinage subversif avait provoqué des arrestations, puis les gouvernements du monde avaient purement et simplement taxé tout ce qui pouvait précipiter leur mort, utilisant le pire ennemi de l'environnement, l'argent, pour tenter de redresser la situation.
Evidemment, les peuples ne s'étaient pas laissé faire. Les soi-disant bons sentiments qui avaient poussé tous ces gens à changer leurs habitudes - pour sauver leur peau, personne n'était dupe - n'avaient pas fait long feu, remplacés par de la colère envers tous ces politiciens qui profitaient de la détresse de l'humanité pour leur extorquer toujours plus d'argent.
Comme les gens avaient arrêté de payer pour tout et n'importe quoi, la police avait de nouveau été dépêchée pour procéder à quelques arrestations bien médiatisées pour menacer indirectement les resquilleurs. Le ton était vite monté, et au final, tout le monde avait oublié l'avertissement pourtant crucial de la Terre.
Les entreprises continuaient leur déforestation méthodique à la gloire de l'huile de palme, les océans n'avaient rien perdu de leur crasse initiale et deux espèces animales supplémentaires avaient disparu dans l'intervalle.
Les Américains, quant à eux, avaient pour la plupart tout bonnement décidé d'ignorer le délai, qui arrivait à son terme.
Jim se demandait encore comme on pouvait survivre sans avoir l'usage de son cerveau.
Il avait lui-même renvoyé ses hommes chez eux pour la journée, estimant que personne n'attenterait à sa vie ce jour-là, ce jour si spécial qui devait voir la fin ou la survie de l'humanité.
Et là, Jim attendait le Juge pour le procès de l'espèce humaine.
Il termina son verre et s'en servit aussitôt un autre tout en se jurant qu'il ne terminerait pas cette journée sobre. Alors qu'il récupérait son verre sur le guéridon, un mouvement subit dans le jardin le poussa à le reposer et à se lever de son siège. Il se dirigea vers la baie vitrée et observa le phénomène qui se produisait à l'extérieur.
De grosses branches d'arbre sortaient de terre et s'éclaircissaient à mesure qu'ils poussaient, reproduisant grossièrement la silhouette d'un humain accroupi derrière ses rosiers. L'écorce se lissa d'un coup, et des branches plus petites poussèrent au sommet de l'arbre biscornu, reproduisant une chevelure noire reconnaissable entre mille.
Une fois entièrement reformée, Edith fit apparaître sa robe fétiche, cette fois-ci totalement blanche, et se leva pour aller à sa rencontre. Jim, d'humeur généreuse ce jour-là, ouvrit la porte vitrée sans se faire prier.
La femme pas si jeune entra dans son salon en apportant avec elle une odeur de chèvrefeuille et prit place dans le fauteuil que Moriarty lui montra avant de s'asseoir face à elle.
- Un verre ? proposa-t-il en montrant la bouteille d'alcool.
- Non merci.
Elle reporta ses grands yeux bleu sur lui et Jim remarqua pour la première fois que des taches inégales brunes et vertes mouchetaient ses iris, les transformant en une version miniature des faces opposées de la Terre. Il n'y avait jamais prêté attention, auparavant.
- Alors, comment s'est passée cette année ? demanda-t-il d'un ton dégagé en avalant un trait de scotch.
- Ce fut… divertissant. Et décevant aussi, répondit Edith en jouant avec un coussin. Je ne pensais pas que ça déraperait aussi vite.
- Tu as dû être triste en voyant tout ce merdier, dis donc.
- Plutôt résignée. Même pour sauver leur peau, les humains ne sont même pas fichus de travailler tous ensemble tant que l'argent est concerné. C'est terrifiant, le pouvoir qu'ils donnent à un simple bout de métal, ou pire, à une bête liasse de papier.
- Je dois dire que je n'avais pas prévu ça non plus. Que ça parte en cacahuète, certes, mais que les gouvernements en soient responsables… Pourtant ils t'ont prise au sérieux, ça je peux te l'assurer.
- L'effet de groupe. Un individu a le pouvoir sur une poignée d'autres individus et malgré les épreuves que traversent ses subalternes, il essaie tout de même de leur soutirer tout ce qu'ils ont. Le problème, c'est qu'il ne sert à rien de faire ramer un équipage si le bateau coule.
- Une bien jolie métaphore, apprécia Jim. Et comment vont tes poumons si chargés ?
Edith toussa à plusieurs reprises et montra sa main tachée de noir avec un sourire contrit avant de la nettoyer sur son coussin.
- Tu n'étais vraiment pas obligée de te frotter là-dessus, grimaça Moriarty.
- Bah, la tache ne restera pas longtemps, éluda Edith.
- J'ai du sirop pour décongestionner les poumons si ça te tente, plaisanta-t-il, toujours dégoûté. J'ai pensé à toi en l'achetant l'hiver dernier.
- Ce serait avec plaisir mais ça ne m'aidera pas.
- Dommage, j'aurais essayé.
Un lourd silence s'abattit sur les deux bruns, et Edith le considéra avec ce qui ressemblait à de la pitié.
- Oh, merde, ne me dis pas que tu as de l'affection pour moi ?
- Bien sûr que non, je pensais juste aux quelques rares personnes correctes qui subsistent dans ce monde, ironisa Edith. Tu n'en fais bien entendu pas partie, mais comme tu es le seul représentant de l'espèce qui soit présent…
- Super, grommela Jim en décapitant un biscuit au gingembre pour montrer sa désapprobation.
Ils se fixèrent pendant un moment dans le blanc des yeux, puis Jim reprit la parole :
- Est-ce que ce sera douloureux ?
- Ça dépendra des gens. Des lieux aussi. Certains auront des incendies incontrôlables, d'autres des inondations. Et honnêtement, je pensais que tu allais t'en charger toi-même par fierté.
- Et retirer ce plaisir à la seule adversaire que je n'aurais jamais pu vaincre ? Je sais m'avouer vaincu, ne me retire pas ça !
- Bien sûr, souffla Edith en le considérant d'un œil nouveau. C'était gentil de ta part, de laisser tes hommes rentrer chez eux.
- Bah, personne n'essaierait de me tuer aujourd'hui, je me suis dit que ça ne risquait rien.
- Mais oui bien sûr, lâcha Edith, sarcastique. Pour répondre à ta question, en ce qui concerne cette partie du monde, ça devrait être assez rapide. Tu n'auras pas le temps d'avoir mal.
- Bien, bien. J'imagine que je peux te remercier pour cette attention ?
- Non, adresse-toi plutôt à Dieu le Père, c'est lui qui a décidé d'être sympa avec toi, en voyant toutes tes bonnes actions.
- La moindre des choses, quand on fait usage du sarcasme, c'est de montrer qu'on en fait, répliqua Jim, mécontent.
Edith rigola tout bas, puis reprit son sérieux.
- Compte jusqu'à dix quand je serai partie, tu ne devrais même pas y parvenir.
- Gare à tes fesses si tu m'as menti, diablesse ! menaça Jim pour détendre l'atmosphère.
Edith ferma ses yeux saisissants dans une expression douloureuse, puis se releva en tremblant. Moriarty, gentleman, l'accompagna jusqu'à la porte-fenêtre et la regarda s'éloigner dans le jardin.
Elle se tourna vers lui et articula silencieusement :
- Au revoir, Jim.
- On se reverra en Enfer, Edith, salua le Consultant avec un signe de tête.
La Terre lui adressa un sourire espiègle, puis se changea en arbre qui cette fois resta bien en place et lui donna l'impression qu'elle n'était pas vraiment partie.
- Dix, lâcha l'Irlandais en mettant un pied dans l'herbe.
La tornade qui s'était brutalement arrêtée de souffler quelques minutes plus tôt se remit à hurler, projetant des voitures, des toits et des pylônes électriques sur les maisons encore debout.
- Neuf…
Un autre pas dans le jardin.
- Huit…
Le Consultant atteignit l'arbre à visage humain et s'y adossa pour regarder arriver la trombe.
- Sept…
Le verre de scotch tomba sans se briser sur le sol et Jim sourit, offrant son visage aux rafales mortelles.
- Six.
FIN
...Bon, bah voilà, c'est fini.
Une review pour finir en beauté ?
