Hm... An Irish Pub Song by The Rumjacks, parce que le mouvement s'accélère.

Bonne lecture !


John Watson commençait à s'impatienter. Il ne pouvait en jurer, car il n'avait pas sa montre sur lui, mais plus d'une heure était passée depuis que Holmes avait disparu dans la masse. A chaque seconde qui passait, les différents agents de Londres recevaient leur signalement, augmentant progressivement le risque d'être arrêtés. C'était une folie de rester dans la capitale ! Ils devaient repasser à Baker Street, prendre des affaires, et…

Non, ils ne pouvaient pas retourner à Baker Street. Il y avait au minimum deux agents à l'entrée et trois autres à l'intérieur. Il soupira bruyamment.

« Quel défaitisme, très cher !

Le docteur sursauta, faisant rire Holmes.

-Vous êtes tendu comme un arc, Watson ! Allons, il n'y a pas de raison.

Le médecin dévisagea son ami quelques minutes tant il avait du mal à le reconnaître. Couvert de suie, il avait tout l'air d'un ramoneur, français à cause du béret, et il fumait tranquillement une pipe vulgaire qu'il avait récupérée Dieu sait où.

-Ne mettez pas ça dans votre bouche, on ne sait pas où ça a trainé, le réprimanda le médecin en lui confisquant la pipe. Alors ? Mon déguisement ?

-Le voici, le voici, répondit Holmes en retirant sa veste.

Il commença à habiller le docteur tout en s'expliquant :

-Il n'est pas nécessaire de rester à Covent Garden, j'ai toutes les informations qu'il me faut.

-En une heure et tout seul ?

-Je suis tombé sur la source sûre en un temps record, j'ai eu de la chance.

-Et donc ? s'enquit Watson en mettant avec réticence un chapeau miteux sur ses cheveux propres.

-Notre première victime sera sans doute un enfant, et nous devrions trouver le cadavre au dessus de Piccadilly, dans le quartier des maisons closes.

-Magnifique, grinça-t-il, un tueur d'enfants, mes préférés.

-Pour ma part, tant que c'est un tueur en série, je n'ai pas de préférences.

-Vous êtes réellement sans cœur, s'offusqua-t-il.

-Allons, Watson, cet enfant est sans doute déjà mort, et d'autres vont sans doute trépasser avant que nous n'arrêtions le tueur, alors à quoi bon nous morfondre ?

Le docteur se renfrogna et se tut le temps qu'il finisse de s'habiller. Il avait à présent l'air d'un ramoneur qui venait de prendre une douche, chose rare. Il attendit que Holmes ne lui donne un morceau de charbon, mais eu lieu de cela, son ami reprit la parole.

-Je pense que vous êtes arrivé à la même conclusion que moi.

-Laquelle ?

-Il nous faut retourner à Baker Street.

-C'est de la folie, Holmes ! s'étrangla le médecin. Ils s'attendent à ce que nous revenions.

-Lestrade ne me croit pas coupable, et de toute manière il sait que l'homosexualité ne sera bientôt plus un crime. Il aura limité le nombre de ses agents.

-Baker Street sera de toute manière une souricière !

-Avez-vous déjà attrapé des renards avec une souricière, Watson ? lui sourit le détective. Ils ne nous arrêterons pas. Et puis, dans le cas contraire, nous nous évaderons encore.

Le docteur soupira pour la nième fois de la journée. Holmes le regarda attentivement puis lança :

-Il vous manque le charbon.

-J'attendais que vous me le donniez.

-Je l'ai oublié.

-Pardon ? Vous vous êtes roulé dans la suie et vous m'avez oublié ? Voler une pipe vous indiffère mais un morceau de charbon est au dessus de vos forces ?

-Je pensais que vous accepteriez de vous abandonner dans une étreinte torride d'où vous ressortiriez aussi sale que moi.

-Holmes, le réprimanda le médecin.

-Vous êtes d'un pince-sans-rire, aujourd'hui, Watson, c'est ennuyant, soupira le logicien en lui tendant le charbon.

Watson le prit en souriant légèrement et entreprit de se salir le visage et les mains. Holmes le regarda quelques instants, désajusta sa veste et son chapeau, puis lança :

-Bien ! En route ! Nous allons nous occuper de la cheminée de madame Hudson.


Inquiet, Watson regarda Holmes s'approcher des policiers avec nonchalance. Il avait peur que quelque chose déraille, que Madame Hudson ne les reconnaisse pas, ou à l'inverse que leur déguisement ne soit trop transparent au regard des policiers.

-Halte ! Qui êtes-vous ? Lança le policier de gauche.

-'Jour ! On avait promis à la 'tite dame qu'habite là de s'occuper d'sa ch'minée, lança le logicien avec un léger accent français. Chuis François et c'Marty, derrière moi.

-Nous allons vérifier votre version avec la logeuse, attendez-là.

-Pas la peine, elle nous connaît. OHÉ, M'DAME HUDSON !

La fenêtre s'entrebâilla et la tête charmante de leur logeuse y passa. Elle les contempla quelques instants puis s'écria :

-Oh ! Mes ramoneurs ! Voyons Jackson, laissez-les entrer ! Essuyez bien vos pieds, par contre, les garçons, je viens de faire le ménage.

Watson ne put s'empêcher de sourire. Leur logeuse était fantastique.


-C'est folie que d'être revenu, Holmes ! la réprimanda la vieille dame. S'ils vous attrapent…

-Tranquillisez-vous, ma chère, tout ira bien. Nous avons simplement quelques affaires à prendre pour enquêter sur un crime. Si nous le résolvons, nous devrions êtres absous assez rapidement. Car ce tueur devrait embêter Scotland Yard davantage que nos misérables personnes.

-Holmes, l'interpella le médecin, il doit y avoir des agents dans notre appartement.

-Deux, Watson, l'un dans votre fauteuil et l'autre à la cuisine, il prépare du thé.

-Comment allons-nous… ?

-Je crains que la manière forte ne soit de mise, cette fois-ci.

Sous le regard de Watson, il rajouta :

-Le plus silencieusement possible.

Le médecin approuva et Holmes se dirigea vers l'escalier.

-A tout de suite, Madame Hudson, lança Watson. Quoiqu'il en soit, nous vous avons trompée et nous sommes des cambrioleurs.

-Cela va de soi, Docteur, dit-elle en souriant.

Le médecin lui rendit son sourire et suivit Holmes dans les étages. Quand il pénétra dans le salon, les deux agents étaient déjà à terre, et le logicien mettait à sac leur appartement.

-Vous traînez, Watson, dépêchons-nous ! Je voudrais simplement le strict nécessaire de votre matériel d'autopsie, vous avez carte blanche pour le reste. N'hésitez pas à mettre en désordre vos quartiers pour simuler le cambriolage.

Watson soupira. Il n'était évidemment pas question d'emporter de bagages, il se contenterait de sa trousse compacte et de cacher les objets de valeur sous une latte du plancher. Une fois prêt, il promena son regard sur leur salle de vie, songeant avec mélancolie qu'il y pénétrait peut-être pour la dernière fois.

-Allons, Watson, ressaisissez-vous, avec un peu de chance, nous serons bientôt d'honnêtes gens libres de retourner chez eux.

-Il faudrait un miracle, Holmes.

-Je suis faiseur de miracles, Watson, ne l'oubliez pas.

-Votre égo se porte-t-il bien ?

-Fort bien, merci, mais je crois que vous négligez le votre.

-Comparé à la façon dont vous l'entretenez vous, cela me semble évident.

-Activons, Watson, activons ! Vous aurez le temps de soigner mon égocentrisme plus tard. Il nous faut partir, nous devons être sur les lieux du crime avant la police. »

Le médecin alla chercher ses affaires et lui emboîta le pas. Il retrouva son ami dans la loge.

« Merci, Madame Hudson, chuchotait-t-il en posant ses lèvres sur son front ridé.

-Faites attention à vous, les garçons, souffla-t-elle en s'asseyant sur sa chaise, tendant deux torchons au logicien.

Holmes lui lia avec précautions les mains derrière le dos et lui fit un bâillon grossier et pas trop serré. Il se recula jusqu'à la porte, lui fit une petite révérence et referma la porte.

« Au revoir*, madame ! lança-t-il derrière lui alors qu'ils descendaient les marches de leur entrée. On reviendra l'année prochaine !

Et puis, il rajouta aux gardes, pour le panache (que Watson appelait bien plus facilement « forfanterie grotesque ») :

-Z'êtes bien gentils de veiller sur une 'tite dame comme celle-là, m'sieurs les agents.

-En fait, nous-

-Chuut ! le réprimanda l'autre.

Holmes releva puis fronça les sourcils. Il jeta un regard à Watson, qui joua son rôle malgré son agacement et haussa les épaules d'incompréhension. Le logicien fit une moue, et s'éloigna en jetant un dernier regard scrutateur aux policiers, qui soupirèrent.

Holmes afficha un sourire triomphant sur ses lèvres alors qu'ils descendaient Baker Street.

« Alors, qu'avez-vous pris ? s'enquit Watson pour effacer cette expression grotesque.

-Diverses choses, une barbe postiche, un pistolet, une loupe, ma pipe, et je me désole d'avoir laissé mon violon et ma dernière expérience chimique en date. Et vous ?

-Ma trousse d'autopsie et des maigres effets.

-C'est tout ?

-Je suppose que nous allons devoir parcourir Londres de long en large sans prendre de fiacre, je ne voulais pas m'encombrer.

-Vous avez eu raison. Moi-même je n'ai pris certaines de ces choses qu'en pensée pour ne pas entraver ma liberté de mouvements.

Watson le regarda curieusement, puis décida de l'ignorer .

-Avons-nous une destination précise ?

-Je vous propose de procéder par étapes, Watson. Nous allons d'abord parcourir le quartier des plaisirs pour repérer une éventuelle odeur de sang, puis si nous ne trouvons rien, nous irons dans une maison appelée Desire, du nom de sa maîtresse. L'homme que je soupçonne semble en être un client régulier. Dans cet ordre, nous devrions devancer la police dans chaque lieu –car l'ordre est, primo, scène de crime, et secundo, interroger les éventuels témoins-.

-Nous descendons donc Oxford Street, puis celle de Regent's, pour arriver dans le nord de Piccadilly.

-Exactement. Le trajet vous préoccupe ?

-Disons que l'habitude des fiacres me fait un peu perdre Londres de vue.

-Dommage, c'est une très belle ville, quand il y a des cadavres. Evidemment, les travaux divers et variés ainsi que le surplus de population la salissent un peu, mais dans quelques années elle sera très belle.

-Si vous le dites, Holmes. Si vous le dites. »


Ils parcouraient les mêmes rues depuis deux heures, et le soir commençait à tomber. Holmes s'arrêta dans le passage étroit, et lança :

« Je suppose que nous retrouverons la victime demain matin. En attendant, nous allons nous rendre au Desire et, si nous le pouvons, y passer la nuit.

-Evidemment, les auberges nous sont refusés…

-Malheureusement notre signalement, malgré la lenteur de notre police, doit être à présent dans toutes les mains gantées de noir, et sera dans les journaux dès six heures. Nous devrons nous contenter des milieux discrets, désormais, l'informa Holmes en se remettant à marcher.

-Connaissez-vous ce milieu ? La prostitution et autres activités plus ou moins clandestines, l'interrogea le docteur en le suivant.

-Ma foi, j'en connais le strict nécessaire. En ma qualité de détective, rajouta-t-il après un moment d'hésitation.

-Je vous trouve bien prudent, tout à coup.

-Je ne crois pas que mon influence sur vous me soit entièrement bénéfique, soupira le logicien, elle est en train d'aiguiser votre sens de l'observation. Disons simplement que les personnes appartenant à ce… Milieu ont plus souvent besoin de moi que les autres.

-Je vous ai rarement vu mener des enquêtes de ce genre, lança Watson en tournant à droite pour suivre son ami.

-Je m'en occupe en cas d'insomnie. Car ce quartier vit la nuit, voilà pourquoi je pensais trouver l'enfant en fin d'après-midi, car là est l'heure creuse. Mais notre homme est soit sûr de lui, soit peu familier des coutumes de Piccadilly. Il risque d'être plus facile à attraper dans les deux cas, car il commettra des erreurs s'il est dans l'une des deux catégories.

Watson médita ses paroles tout en continuant à marcher. Il n'y avait pas d'éclairage public, et la lueur faible des devantures serait bientôt leur seul source de lumière, il ne pouvait s'empêcher de ne pas être rassuré.

-Desire est si éloigné que ça de Piccadilly ?

-Assez, si mon souvenir est bon. Elle devrait se trouver… Ici. Lança-t-il en obliquant dans la ruelle à sa gauche. »

Les rideaux rouges de la maison close donnaient à la rue un éclairage écarlate assez morbide, et le médecin eut la chair de poule. A sa droite, le détective se stoppa brusquement et fronça le nez.

« Mes suppositions s'effondrent. Il semblerait que le cadavre soit dans les parages. »

A son tour, Watson se concentra sur son odorat et perçut une faible odeur de sang. Il opina de la tête, et suivit le logicien quand il se retourna en pistant la fragrance désagréable.

Ils pénétrèrent dans une ruelle plus étroite encore, si c'était possible. Il leva les yeux vers les habitations, et se demanda si on ne pouvait pas passer d'un appartement à son voisin d'un simple saut. Le minuscule morceau de ciel étoilé qu'il apercevait lui donnait une sensation de claustrophobie. Bel endroit pour laisser un misérable cadavre d'enfant, au milieu des traces de vomi, d'ordures et d'excréments. L'odeur de mort dominait néanmoins les autres parfums, et Watson ne put s'empêcher de ressentir une immense pitié en contemplant l'expression torturée du garçon.

-Finalement, nous avons le temps d'observer la victime, contrairement à ce que je craignais. Je vous laisse faire, Watson. Dit Holmes en se reculant.

Le médecin s'agenouilla, déposa sa trousse médicale et commença à observer la dépouille.

-Un garçon, apparemment, et d'une dizaine d'années. Il comporte de multiples traces de coups, aussi bien des plaies à l'armes blanches que d'hématomes. Je ne sais pas pour l'instant lequel est mortel… La mort est ancienne. 36 heures au moins.

Il y avait une large tâche de sang au niveau du pantalon, remis maladroitement. Fronçant les sourcils, le docteur le baissa avec précautions et ferma les yeux quelques instants, un frisson d'horreur le parcourant.

-C'était une fille, fit-il après quelques minutes, en remettant le vêtement correctement. On dirait que notre tueur imite Jack l'Eventreur mais à un degré d'horreur supplémentaire en s'attaquant à un enfant, et sans la connaissance médicale qui va avec : c'est du simple charcutage sans ablation. Elle est morte d'hémorragies, suite aux lacérations au niveau du vagin. Il y a également eu agression sexuelle. On comprend son déguisement, mais son travestissement ne l'a pas protégée.

-La vie dans la rue est moins cruelle quand on est un garçon. Mais quelqu'un a découvert son secret.

-La cible du tueur serait donc des petites filles de rues ?

-Probablement, Watson. Fit Holmes en s'agenouillant à son tour. Mais cette population n'a généralement pas grand-chose à nous apprendre.

Il inspecta le corps à son tour, mais les indices étaient maigres. Il se redressa avec déception.

-Cette gamine a sans doute voulu s'approcher de notre tueur par appât du gain, d'après mes informations. Ce dernier appartient probablement à la moyenne bourgeoisie et fréquente le quartier des plaisirs pour sa discrétion. Venez, Watson, nous aurons plus d'informations chez Daisy.

-Nous sommes évidemment obligés de laisser cette petite fille là où elle est.

-Oui, Watson. Il n'est pas nécessaire de donner à la police plus de preuves de notre culpabilité.

Le logicien laissa quelques secondes à son ami, puis ils rebroussèrent chemin vers la maison close après avoir effacé les traces de leur passage.


« Sherly ? C'est toi ? Tu es tout sale.

-Bonsoir Daisy, fit chaleureusement Holmes en s'approchant de la femme.

-Ça fait longtemps gamin ! Je désespérais de te revoir un jour !

-Seul mon travail harassant a pu me tenir éloigné de toi, ma chère.

« Sherly ?Toi ?Gamin ?De toi ? Ma chère ? »

Watson était paralysé au milieu de la pièce. Holmes s'en rendit compte et revint près du médecin.

«Daisy, je te présente mon ami le Docteur Watson. Watson, je vous présente Daisy, une amie de longue date.

-Ravie de vous rencontrer, Docteur. Sherly m'a énormément parlé de vous. Venez, je vous en prie, allons nous asseoir. »

« Le strict nécessaire, hein ? » songea Watson en fusillant Holmes du regard. « En votre qualité de détective, hein ? »

Le logicien lui fit un sourire d'excuse et suivit la tenancière dans un petit salon.

« Je peux t'offrir du scotch, Sherly, j'en garde toujours une flasque au cas où tu reviendrais. Désirez-vous quelque chose, Docteur ?

-Nous travaillons, Daisy, déclina poliment Holmes. J'aurais voulu te demander quelques petites choses.

-Parle, mon cher, et je boirai tes paroles, fit-elle avec un sourire charmeur.

Elle était belle, malgré ses quarante ans, dut convenir Watson. Pulpeuse encore, aux formes généreuses, les vêtements aguicheurs, elle était l'incarnation de la luxure. Son esprit dessinait très bien la créature avec le détective, leurs bras enlacés, l'un dans l'autre, à se dévorer les lèvres. La vision lui arracha un frisson désagréable, et il se força à revenir à la conversation.

-Oui, je vois de qui tu veux parler, disait la Luxure. Comme tu t'y attends, je n'ai pas de nom à te donner, mais Kitty en saura peut-être plus. Reste assis, je vais te la chercher.

Elle se leva et Watson y vit l'occasion rêvée pour y voir plus clair.

-Le zèle que vous mettez dans votre travail est beau à voir, Holmes, vos relations professionnelles sont au beau fixe.

-Vous devenez doué pour les sarcasmes, Watson, mes félicitations, fit le détective dans un sourire.

-Non, vraiment. Mais le plus étonnant est que cette femme me connaisse si bien alors que moi-même, j'apprends son existence cet après-midi.

-Ma foi, Watson, mes insomnies sont plus fréquentes que vous ne le pensez.

-Vos insomnies, répéta-t-il à demi hébété. Je ne pense pas que cette femme vous aide à dormir. J'espère au moins que vous vous protégez.

-Watson, je n'en crois pas mes oreilles, lança Holmes en se tournant vers lui. Vous êtesjaloux ?

-J'apprends toute une partie de votre vie alors que je pensais être celui qui vous connaissait le mieux ! grinça-t-il. Evidemment que je suis jaloux ! Elle vous appelle Sherly, fit-il ave une grimace, sobriquet que seul votre frère est autorisé à utiliser !

-Si c'est cela qui vous dérange, vous pouvez m'appeler ainsi si vous le désirez, sourit-il.

-Ce n'est évidemment pas ça, et vous le savez très bien, répliqua le médecin en se refermant. »

Souriant toujours, le logicien le regarda l'ignorer quelques secondes et tourna la tête quand Daisy revint. Watson suivit son regard et soupira intérieurement : ces filles étaient plus jolies les unes que les autres. Celle-ci avait des moustaches dessinées au maquillage sur ses joues.

« Navrée pour l'attente, j'avais un client, s'excusa la dénommée Kitty en s'asseyant sur un des fauteuils. Que puis-je faire pour vous aider, messieurs ?

Son sourire faisait tourner la tête. Watson ne pouvait qu'approuver le lieu qu'avait choisi Holmes pour sa cure de sommeil. Avec beaucoup de grincements de dents.

-Kitty, je voudrais un renseignement sur un de vos clients régulier. Il a des demandes étranges mais paye bien.

-Ah, Jack ?

Watson eut un frisson.

-Je ne pense pas que ce soit son vrai nom, mais il se fait appeler Jack. Il m'a assuré que ça n'avait rien à voir avec Jack the Reaper, car vous comprenez, on a perdu Millie il y a quelles années, avec cette histoire. C'est tabou, ici.

-Quelle est sa fréquence de passages ?

-Je dirais, environ trois fois par semaine. Il est venu il y a deux jours, donc il sera peut-être là ce soir.

-Pouvez-vous nous parler des demandes ?

-Elles sont étranges, vraiment. Tout d'abord, il m'a prise parce que je suis la plus jeune. J'ai quatorze ans aujourd'hui, ajouta-t-elle fièrement d'une manière enfantine, et Watson eut une bouffée depitié et de honte. Il m'a demandé de me faire des couettes, une fois. Et d'avoir l'air d'une novice, ne pas chercher à dominer ou changer de positions Mais il ne m'a jamais vraiment fait mal, fit-elle peut-être pour le défendre.

-A cause de Jack l'Eventreur, justement, ma chère, fit sombrement Holmes, sachant pertinemment que la police surveillait bien plus les maisons closes depuis le tueur en série qui avait retourné Londres. Ecoutez, Kitty, voilà ce que vous allez faire : nous allons rester dans la maison, moi et mon ami, et si cette nuit, votre client vient, venez directement nous prévenir.

-A-t-il fait quelque chose de mal ?

-C'est possible. Sommes-nous d'accord ?

-Bien. Je ferai ce que vous me demandez.

-Merci bien.»

Elle prit congé et Holmes se tourna vers la Luxure, qui avait écouté silencieusement.

« Daisy, nous allons rester chez toi. As-tu une chambre de libre pour nous ? Nous aurions besoin d'un nécessaire de toilette pour enlever le charbon, également.

-Je crains en avoir une, mais qu'elle soit petite. Je n'ai pas de lit double…

Watson eut un discret soupir de soulagement. Dormir avec Holmes ne l'avait pas tenté plus que ça, ses insinuations se faisaient plus nombreuses depuis l'histoire des points.

-… Mais qu'un lit simple. Et pas beaucoup de place ailleurs… A moins que tu ne veuilles laisser le lit au Docteur et dormir avec moi, Sherly… Fit-elle dans un clin d'œil.

Watson réfléchit à toute vitesse alors que Holmes le regardait en souriant, comme attendant sa décision.

-Ça sera très bien, madame, nous avons l'habitude de dormir ensemble. Fit-il avec un sourire de défi involontaire.

-Mademoiselle, Docteur, pouffa-t-elle avec une lueur de déception. »


« Si je ne vous connaissais pas, Watson…

-Vous continueriez de parler, mais vous n'allez pas le faire car vous connaissez mes crochets de droit, le menaça-t-il.

Sherlock eut un sourire radieux en refermant le rideau qui isolait leur chambre. Watson contempla le lit simple avec quelques regrets, d'autant que des bruits dérangeants filtraient du rideau.

-Je suis un ange, la nuit, Watson, ne vous faites donc pas tant de soucis.

Il avait prononcé cette phrase en se gardant de poser sa main sur son épaule. Il l'aurait regretté amèrement quand sa mâchoire aurait été brisée.

-Je l'espère pour vous ou vous dormez par terre, répliqua le docteur.

-C'est entendu.

L'accent moqueur de sa voix irritait Watson. Le médecin savait qu'il avait eu un comportement ridicule mais ils travaillaient. Holmes ne devait pas se laisser distraire par la lascive Daisy.

-Vos conclusions ? s'enquit Watson.

-Nous n'avons pas beaucoup d'informations supplémentaires. Mais je pense que nous gagnerons à surveiller cette Kitty. Elle est en danger. Maintenant qu'il a franchi le pas du meurtre, il devient une menace pour elle.

-Pensez-vous que Scotland Yard va également la mettre sous protection ?

-C'est probable, mais pas avant demain midi. D'ici là, nous devons être présents.

-Quand pensez-vous qu'ils vont venir ?

-Le Desire est la deuxième maison close la plus proche. Cela dépend de l'heure à laquelle on va découvrir le corps, mais je dirais six, sept heures.

-Nous devons déguerpir à ce moment-là.

-En effet. Je crains que notre reste de charbon ne trompera pas longtemps Lestrade, dont la seule capacité réside en sa reconnaissance des visages. Il nous faut donc nous coucher maintenant, Watson, mais garder un œil ouvert.

Le logicien se retourna et retira son déguisement, gardant son pantalon pour tenter de rassurer son ami.

-Vous vous protégez, au moins ? lança le médecin, lui tournant le dos en se déshabillant.

-Watson, cela fait des années que je n'ai pas fait l'amour avec Daisy.

-Avec Kitty alors ?

-Votre jalousie est irrationnelle. Sachez que ayant quarante ans passés, la gente féminine n'a plus beaucoup d'attraits à mes yeux.

-Vous protégiez-vous, Holmes ?

-Cette maison est beaucoup plus respectable que vous ne le pensez. La tenancière impose à ses clients et à ses prostitués masculins le port de French letters.

-Nos amis français les appellent des « capotes anglaises », ajouta Watson, un peu rassuré.

-Nous nous haïssons mutuellement, c'est naturel. Perfide Albion, froggies, c'est dommage, j'aime beaucoup Paris. Nous aurions tout à gagner à mieux nous entendre, soupira Holmes.

Il se retourna, ayant entendu Watson se mettre au lit. Il le rejoint en prenant garde de ne pas le toucher, si bien qu'il était sur le point de tomber.

-Je vous fais confiance, Holmes, et si vous vous cassez la jambe, l'enquête en sera compliquée, fit-il en se retournant pour lui faire dos.

Souriant, le logicien s'installa plus confortablement, guettant la réaction de Watson quand leurs peaux se touchèrent. Il n'eut pas un mouvement. Pour s'amuser, il fit mine de vouloir discrètement passer un bras autour du docteur et dut se stopper quand Watson lança :

-Mauvaise idée, Holmes. Un œil au beurre noir vous gardera en état de travailler, mais ruinera votre sex appeal.

-Les boxeurs ont du charme.

-Je les ai toujours trouvés pathétiques, à vouloir se prouver leur force sur une arène.

-Touché, fit-il en riant doucement. Même si je le fais par divertissement, pour ma part.

-Holmes, taisez-vous ou je vous étrangle.

Le médecin pouvait presque l'entendre sourire. La situation l'amusait trop pour qu'il s'endorme tout de suite. D'autant que leur chambre n'était pas exactement silencieuse. Des cris de plaisir, des gémissements et des grincements de matelas résonnaient dans les murs. Ils n'allaient jamais pouvoir dormir dans des conditions pareilles !

« Vous savez, si le bruit vous dérange, il suffit de faire les mêmes pour…

-Je croyais que vous étiez un ange, la nuit.

-Le soleil ne se couche jamais, en Angleterre.

-C'est une nécessité pour vous d'avoir réponse à tout ? Lança Watson, excédé, se redressant pour fusiller du regard le logicien.

-Une nécessité ? Non. Une satisfaction ? Oui, surtout avec vous, très cher, souffla Holmes, ayant décidé de rester allongé.

-Que dois-je faire pour vous vous taisiez, soupira le médecin, épuisé par leur longue journée.

-Je pense que vous regarder devrait suffire à ce que le sommeil m'emporte. »

Le docteur fronça les sourcils et scruta le visage de Holmes pour déceler la vérité. Un sourire en coin, l'air calme, il paraissait être sincère. Le médecin se recoucha avec précautions, cette fois du coté de Holmes. Celui-ci le regarda quelques instants puis ferma les yeux. Etonné, Watson attendit quelques minutes, mais ses yeux et ses lèvres restaient clos. Il referma les yeux, attendit puis les rouvrit. La respiration du logicien s'était ralentie, son torse se soulevait doucement. Il dormait.

Abasourdi, il attendit encore quelques minutes. Il dormait vraiment. Soit il était fatigué, soit… Non, pas de soit. Il était fatigué. Point. Et lui aussi était fatigué. Il devait essayer de dormir.

Il ferma les yeux mais le boucan autour de lui l'incommodait. Une fille poussait des cris de jouissance de plus en plus rapprochés. Il soupira et décida d'utiliser la même technique que son ami. Il rouvrit les paupières et regarda le logicien dormir. Etrangement, son visage sans expression, dénué de sourire moqueur, le rajeunissait étrangement. Le sommeil lui allait bien.

Sans qu'il ne s'en rende compte, le médecin s'endormit.


*en français dans le texte. Oui je me trouve drôle. Et parce que l'accent de RDJ quand il parle en français est à se damner.

J'espère que vous avez aimé. Vous savez ce que j'aime le plus au monde moi ? Je suis sûre que vous savez. Un tout petit mot dans la boîte ci-dessous (tapez-moi si vous voulez mais c'est vrai). Je réponds toujours et souvent je vais stalker votre profil.

A la semaine prochaine !