Je suis sincèrement navrée, je suis en retard et je m'en excuse platement. Insultez-moi dans votre review (oui, je suis en manque d'elles à ce point-là.)

Je vous abandonne très vite, bonne lecture. (PS : Pour l'ambiance, ce sera La Danse macabre de Camille Saint-Saëns.)

-o-o-o-

« Watson. Watson !

-Un thé sans sucre, j'ai repris du poids, Mary, à cause des petits fours.

-Il n'est pas question de petit-déjeuner, Watson ! Levez-vous !

Le médecin ouvrit un œil. Holmes, torse nu, était penché sur lui. Il poussa un cri de surprise et tomba du lit trop petit dans un mouvement de recul.

-Qu-Quelle heure est-il ?

-Trois heures du matin. Daisy vient de m'avertir, la police est dans la rue.

Le docteur leva un sourcil d'incompréhension. Holmes roula des yeux et s'expliqua :

-Nous, fugitifs, cadavre, police, prison, déguerpir. Peut-on se secouer les puces ? »

Watson se redressa, attrapa ses effets et sortit de la pièce à la suite de Holmes. Daisy revenait vers eux.

« Il y a une porte par derrière, lança-t-elle, il faut vous dépêcher.

-Merci pour tout, Daisy, mais surtout fais attention à Kitty.

-Compte sur moi, Sherly.

-Monsieur Holmes !

Kitty accourrait vers eux, paniquée.

-Monsieur Holmes, Jack est là !

-Il est à la porte ?

-Il est arrivé par derrière, répondit-elle

-Sherly, les poulets sont entrés, l'avertit Daisy. »

Watson se tourna vers Holmes, qui devait faire un choix. L'enquête ou leur liberté.

Le logicien se retourna et retira la chemise qu'il avait enfilée, faisant mine à Watson de faire de même. Celui-ci haussa un sourcil mais le logicien s'était déjà tourné vers Daisy.

« Nous sommes Ramon et Fred, prostitués espagnol et belge, parlant mal anglais. Entendu ? fit-il en se tournant vers le docteur.

-Entendu. Répondit la tenancière tandis que le médecin levait les yeux au ciel.

-Kitty, menez-nous à Jack.

-Par ici.

Watson leur emboita le pas et ils tombèrent nez à nez avec un bourgeois moyen, inquiet, pas très bel homme.

-Que se passe-t-il ici ? demanda-t-il à Kitty.

-Ne t'en fais pas, tout va bien. Tu peux venir deux minutes ?

-Bien sûr, répondit-il lentement en dévisageant, méfiant, les prétendus prostitués. »

Watson se retourna en entendant le bruit se rapprocher. Il entra dans le petit cabinet juste avant qu'un agent ne tourne à l'angle.

« Bonjour, je suis Sherlock Holmes. Vous êtes bien celui qu'on appelle Jack ?

-Jack ?

-Ce n'est pas grave si tu ne veux pas dire ton nom, chaton, intervint Kitty. Réponds juste à leurs questions.

-Je suis à la recherche d'une petite fille qui s'est enfuie de chez sa belle-mère, continua Holmes. Elle s'est déguisée en garçon pour ne pas qu'on la retrouve. L'auriez-vous vue ?

Watson se concentra sur le visage de l'homme. Il ne remarqua aucun changement notable, si ce n'est que sa suspicion augmentait de seconde en seconde.

-Le Sherlock Holmes ? Que faites-vous ici ? s'enquit-il en détaillant sa tenue légère avec suspicion.

-Les enfants des rues viennent souvent par ici, et j'ai appris que vous étiez un client régulier. Vous l'auriez peut-être aperçue.

-Non, pas que je me souvienne, navré. Attendez, j'ai vu un enfant il y a deux semaines, c'était peut-être elle.

-Non, elle n'a disparu que depuis deux jours. Tant pis. Merci de votre concours, conclut Holmes en se tournant vers la sortie.

Le chahut augmentait, sans doute que les clients s'enfuyaient avant d'être reconnus, bousculant les policiers et les excitant.

-Mon Dieu ! Kitty, c'est la police qui est là ?

-Oui, avoua-t-elle.

-Pourquoi n'as-tu rien dit ? Je risque gros, moi ! dit-il précipitamment. »

Holmes s'écarta pour le laisser s'enfuir, mais Watson ne fut pas assez rapide. Il se fit pousser contre le mur et le heurta en grognant.

« On lève le camp, Watson.

-Maintenant ?

-Oui, et vite.

-Vous avez les informations qu'il vous faut ?

-Je vous expliquerai dehors. »

Il se tourna vers la prostituée et lança :

« Merci ma chère ! A bientôt ! »

Elle ne répondit rien, et ils quittèrent la maison close en remettant leurs chemises. Ils coururent pendant quelques minutes puis s'arrêtèrent, haletant, auprès d'un réverbère.

« Pourquoi être partis.. Si vite ? s'enquit avec difficultés le médecin. Je suis sûr que… Vous parlez très bien… l'espagnol.

-Ce n'est pas… Lui. Il est sans doute… Attiré par les enfants, mais… Il n'a pas le profil.

-Pour.. Quoi ça ?

-Trop bête. Trop sincère. Trop inquiet. J'ai un autre suspect.

-Lequel ? s'enquit Watson, commençant à reprendre son souffle.

-Evidemment, vous vous êtes concentré sur le client lors de mon interrogatoire.

-Oui, répondit-il, intrigué.

-Il fallait regarder l'autre. Elle a écarquillé les yeux quand j'ai parlé de l'enfant.

-Kitty ? Un tueur en série ? s'étrangla-t-il.

-Complice, au moins. Seul un complice du tueur savait que c'était une fille. Elle a pris peur quand elle a cru que c'était une fille de bonne famille et pas un enfant des rues.

-Elle a quatorze ans !

-Les trottoirs font vieillir, Watson, répliqua-t-il amèrement.

Ils se remirent à marcher, s'éloignant du quartier qui regorgeait d'agents.

-Notre suspect est également un client régulier. Très connu, car je pense que ça s'est déroulé ainsi : l'enfant a voulu chaparder l'argent du client étrange, mais est tombée sur notre prostituée en compagnie du tueur. Elle l'a reconnu, il a voulu la faire taire.

-Pourquoi s'amuser avec ? Et abandonner le corps dans un endroit assez fréquenté, vu l'heure à laquelle il a été retrouvé ?

-C'est un mystère. Peut-être a-t-il un bouc émissaire.

-Le client que vous avez interrogé ?

-C'est probable. Avez-vous noté qu'il ne paraissait pas connaître son pseudonyme ?

-Quand vous l'avez appelé Jack… ? tenta de se remémorer le médecin.

-Oui, à ce moment-là, et Kitty a détourné son attention. Je crains que ce nom ait été inventé par elle pour qu'il paraisse plus suspect à nos yeux. Mais nous verrons ça dans les journaux.

-Croyez-vous que le véritable tueur va recommencer ?

-Je ne sais pas. Si aucun autre enfant ne s'approche de lui, c'est possible qu'il s'arrête là. Ou du moins qu'on l'attrape avant. »

Ils se turent quelques instants, se remettant de leur réveil agité.

« Que faisons-nous ? demanda Watson.

-Il nous faut attendre le départ des policiers avant de revenir au Desire. Je vous propose de nous recoucher.

-Et où donc ?

-Et bien, à la maison close voisine, répondit avec naturel le logicien.

-Parce que vous connaissez plusieurs tenanciers, en plus ?

-Bien sûr, Watson, j'aurais pu en avoir besoin, comme maintenant.

Le médecin soupira, déprimé.

-Ils vous tutoient, vous appellent Sherly et connaissent votre corps par cœur ?

-Vous êtes tenace, vous, je n'ai pas été dans tous les lits de Londres !

-A vous entendre, on pourrait presque y croire.

-Vous dites que je suis possessif, mais vous êtes bien pire ! Qu'auriez-vous dit si j'avais ramené quelqu'un à Baker Street ?

-Vous ? Quelqu'un ? Mais je…

Holmes haussa un sourcil.

-Je n'aurais rien fait voyons ! Enfin, rien dit ! Vous couchez avec qui vous voulez…

-Vocabulaire, Watson.

-Ce reproche vous est habituellement adressé.

-Vous êtes vulgaire quand vous êtes jaloux.

-Ce n'est pas de la jalousie. Nous ne sommes pas un couple, Holmes.

-Oh que si, et le plus original qui soit, lança-t-il joyeusement. Mais un beau tout de même.

-Je vous demande pardon ? s'étrangla le médecin.

-Vous avez l'esprit étroit, Watson. Vous savez, les prostitués masculins ne sont souvent pas là pour des femmes.

-Et pour qu- Pardon ? Et la police tolère ça ?

-La prostitution est illégale également. Mais la police ferme les yeux sur ce genre de « business », car la situation économique de notre pays serait encore plus désastreuse sans lui.

-Et vous, avez-vous… Je veux dire…

-Le corps est une belle réussite de la nature, qu'il soit féminin ou masculin. J'apprécie les deux.

Watson resta muet quelques minutes, si bien que Holmes lui jeta un regard curieux. Le médecin finit par se racler la gorge.

-Où allons-nous ?

-Au Butterfly's Bottles, répondit Holmes. Ils devraient avoir des chambres, et beaucoup de gamins y dorment. Nous avons des chances d'obtenir des informations sur la petite fille. »

Watson tourna la tête. Il avait cru entendre un bruit. Les réverbères clignotaient , et certains s'étaient éteints, bouleversés par les travaux du métropolitain. Londres était oppressante, la nuit. Les rats remuaient dans l'ombre, l'atmosphère était malsaine, et le vivifiait autant qu'elle l'étouffait.

Il vit clairement une forme bouger devant eux. Il se stoppa, et Holmes fit de même. La chose bondit sur eux, et ils attrapèrent ses poignets avant qu'elle ne puisse leur voler leurs maigres effets.

« Bonjour, cher ami. Puis-je savoir ton nom ? demanda Holmes.

-Fais chier, lâchez-moi !

-Quel langage ! Voyons, un pound contre des informations.

-Un pound ? Zêtes sérieux ? Ca marche, fit l'enfant en se dégageant et en croisant les bras, attendant les questions.

-Comment t'appelles-tu ? s'enquit Watson.

-Little Ben, fit l'enfant, dont le contour se détachait dans le noir. Comme l'horloge, mais en petit. Facile à retenir, hein ?

-Es-tu familier du Desire ?

-J'y vais quelque fois, ouaip. Mais pour dormir je préfère le Butterfly.

-Tu connais la nouvelle du gosse qui s'est fait attraper ?

-Carol ? Ouaip, il paraît que c'était pas joli à voir. Mais c'est plein de poulets maintenant.

-Sais-tu ce qu'il voulait faire ?

-Chaparder un client de Daisy, ouaip. Mais s'est fait choper par un type louche. Je l'aimais bien, audacieux, il ramenait des trucs sympas à son frère.

-Son frère ? Releva Watson.

-Son frangin, Charly, qu'à sept ans. Je crois qu'il est au Red.

-Au Red ?

-Le Red Shadows, l'informa Holmes. Carol t'a dit quelque chose avant de partir au Desire ?

-Nope. Mais allez voir son frangin, si vous voulez, les vioques.

-Les vioques, soupira Watson.

-Tiens, ton pound. Evite de t'approcher du Desire, Little Ben.

-T'inquiète, m'sieur, on a vu pire. Merci pour le pound.

Il disparut comme une ombre derrière un tas d'ordures.

-Eh bien.

-Vous comprenez, quand je vous dis que mes informateurs préférés sont des enfants ? Petits, discrets, ils trainent partout, partagent tout et ainsi, savent tout. Changement de cap, Watson, nous allons au Red réconforter le petit Charly. »

-o-o-o-

« Sherlock, salua un jeune homme bronzé, torse nu, la peau huilée, appuyé contre le mur d'extérieur, une cigarette entre ses lèvres, avec un léger accent hispanique.

-Alonzo, répondit le logicien avec un sourire.

-Cela fait bien des mois qu'on ne t'a pas vu par ici.

-Le travail, le travail, tu sais ce que c'est, fit-il avec une grimace de fatalité.

-Tu es venu passer du bon temps ? Je n'ai pas grand monde ce soir, si tu veux raviver les souve-

Watson se racla la gorge.

-Oh. Bonsoir, fit le prostitué, souriant. Je suis Alonzo.

Il lui tendit la main mais le médecin garda les siennes dans son dos.

-John Watson. Nous sommes ici dans le cadre d'une enquête criminelle, mon ami n'a pas de temps à perdre.

-Bien sûr, bien sûr. Répondit-il avec un sourire en laissant retomber son bras. Entrez et expliquez-moi ce que vous voulez. Lança-t-il en s'effaçant.

-Nous cherchons un petit garçon de sept ans qui a pour nom Charly, lança Holmes.

-Les gosses, ça vient, ça repart, on ne les voit presque jamais, on les entend juste marcher au deuxième, comme des souris. Mais il n'y a presque plus de plancher, répondit-il avec un sourire d'excuse.

-D'accord. Merci pour ton aide, Alonzo.

-Au plaisir, Sherlock, fit-il avec un clin d'œil.

Il adressa un sourire froid au docteur et retourna à l'extérieur.

-Je n'y crois pas. Vous avez réellement été dans tous les lits de Londres, l'accusa froidement Watson.

-Non, pas dans tous, il m'en manque un, répliqua-t-il avec un ton de défi. Bon sang, Watson, concentrez-vous !

-Vous, concentrez-vous ! J'ai presque cru que vous alliez accepter son offre !

-Vous l'auriez déclinée, vous ? le provoqua-t-il.

-Bien sûr ! fit-il avec un frisson en imaginant son ami avec l'hidalgo.

-A propos, je ne vous ai jamais vu refuser une poignée de main.

-Je ne savais pas ce que cette main avait fait avant. »

Holmes pouffa tout en continuant de parcourir les couloirs. Ils arrivèrent devant un escalier étroit qui montait dans les étages. Le détective passa devant le premier sans s'y arrêter et se stoppa au deuxième.

« Les enfants vont ici pour examiner leurs biens ou prendre un peu de repos. Faites attention Watson, le plancher est non seulement défoncé mais habitué à leurs maigres poids.

Le sol était un vrai gruyère. Le plancher était crevé par des trous qu'ils devaient éviter à l'aveuglette. Ils visitèrent tant bien que mal les pièces et se stoppèrent quand un bruit singulier leur parvint.

Des sanglots d'enfant venaient du bout du couloir.

Ils s'avancèrent silencieusement et ouvrirent doucement la dernière pièce.

Un enfant blond gisait au fond du placard. Holmes s'agenouilla et lança :

-Bonjour Charly.

L'enfant releva la tête eut un mouvement de recul, son bras devant son visage en maigre protection.

« N'aie pas peur, nous ne te voulons aucun mal. Nous voulons t'aider. Je suis détective et mon ami est médecin. Nous savons ce qui est arrivé à- »

Watson lui avait plaqué la main sur la bouche. Holmes haussa un sourcil et le regarda s'approcher doucement de l'enfant, les bras ouverts. L'enfant eut un sanglot et baissa lentement son bras, dévoilant son visage inondé de larmes intarissables. Watson retira sa veste et la tendit à l'enfant, qui parut indécis quelques instants. Il finit par prendre le vêtement et s'entoura avec, regardant le médecin avec hésitation.

« Viens, dit simplement le docteur, la voix douce et portant toute la tendresse qu'il avait. »

Charly attrapa un baluchon et tendit ses bras maigres. Le médecin le souleva avec précautions et sortit de la pièce en portant délicatement l'enfant enveloppé dans sa veste, qui posa sa tête contre son torse.

« Holmes, chuchota-t-il. Cet enfant a besoin de repos, pas de questions ou quoi que ce soit d'autre. Navré, mais il va falloir être patient. Trouvez-nous une chambre où attendre le matin. Et si vous pouvez, il lui faudrait quelque chose à manger, il est maigre comme un clou, ainsi qu'à boire. Merci. »

Le détective soupira et aida le médecin encombré par l'enfant à éviter les trous du plancher. Ils les laissa au premier étage et descendit chercher ce que son ami lui avait demandé.

Watson passa doucement sa main dans les cheveux de l'enfant qui releva la tête.

« Médecin ?

-Oui. Si tu as mal quelque part, tu pourras me le montrer dès que mon ami sera revenu. Je m'appelle John.

-Charly, murmura-t-il.

-Charly, on ne te laissera pas seul.

-D'accord.»

Son front retrouva le chemin de la clavicule de Watson, qui se laissa bercer par la respiration de l'enfant. Une femme assez âgée monta les marches, suivie par le logicien.

« J'ai un lit double et un fond de casserole de soupe. C'est malheureusement tout ce que je peux vous donner.

-Ce sera amplement suffisant, madame, merci beaucoup, répondit chaleureusement le docteur.

-Oh, je dois beaucoup à Sherlock, la maison serait déjà fermée sans lui. Alors… fit-elle en les emmenant jusqu'à la chambre.

Watson sourit au détective, qui le lui rendit rapidement. Il regardait anxieux le gamin, inquiet pour le temps qui leur filait entre les doigts.

-Holmes, souffla le médecin, prenez patience, cet enfant détient sans doute la clef du mystère.

-Watson, j'ai peur que nous n'ayons une mauvaise surprise dans les heures qui vont suivre.

-Que voulez-vous dire ?

-Le prétendu Jack ne tient pas la route, comme bouc émissaire. Le but est de distraire les forces de l'ordre le temps de semer des preuves. Qu'avons-nous laissé au Desire ? s'enquit-il en tournant les yeux vers lui.

-Ma foi… Rien qui me vienne à l'esprit…

-Votre montre est-elle gravée à votre nom ?

-Oui… Vous voulez dire… »

Il détacha sa main du dos de l'enfant pour fouiller dans sa poche. En effet, la montre qu'il avait récupérée à Baker Street avait disparu.

« Et vous ? murmura-t-il.

-Ma veste et ma pipe.

-Celle que je vous ai offerte à Noël ?

-Précisément. Ces deux effets comportent mes initiales.

-Vous songez à Kitty ?

-Peut-être Daisy.

-Mais… Vous lui faisiez bien confiance, à cette femme ? Pourquoi la…

-Absolument pas.

Watson le regarda avec des yeux interrogateurs.

-Mais vous étiez amants, non ?

-Il n'y a qu'une personne au monde à laquelle je fasse confiance, Watson.

-Mycroft ? proposa le médecin, n'osant trop croire à ce qu'il lui avait d'abord effleuré l'esprit.

-Mon frère trempe dans des affaires plus graves qu'un meurtre d'enfant, et me vendrait si cela peut les mener à bien.

-Vraiment ? s'étrangla le médecin.

-Bien sûr. Son « Sherly » et mon « Micky » sont ironiques, Watson. Vous n'en aviez pas conscience ?

-Je dois avouer que non, souffla-t-il.

-Voilà pourquoi je préfère votre « Holmes » formel à ce sobriquet.

-Je ne comptais pas vous appeler « Sherly », de toute manière, sourit Watson, ravi que sa première pensée ait été la bonne.

-Voilà, lança la femme âgée en ouvrant la porte de la chambre. Alonzo vous montera la soupe.

-Ce n'est pas la peine, j'irai la chercher, fit Holmes. Merci Grace.

-Ce n'était rien, Sherlock.

Watson entra dans la pièce et déposa délicatement l'enfant sur le lit.

-On aura de la soupe chaude dans quelques minutes. Ca va mieux ?

L'enfant opina de la tête et releva ses yeux bleus vers le logicien.

« Vous êtes détective ? s'enquit-il.

-Oui.

-C'est pour ma sœur que vous êtes là ?

-En effet.

-Elle est bien morte ?

Watson hocha tristement la tête.

-Elle revient tous les soirs, d'habitude, fit le garçon en baisant la tête. Je savais qu'il lui était arrivé quelque chose. C'était dangereux de voler ce collier.

-Un collier ? releva Holmes. Tu l'as sur toi ?

-Elle me donne toujours ce qu'elle vole. Elle m'appelle… Enfin, reprit-il tristement, elle m'appelait son « coffre-fort ». Comme dans les banques. On avait l'impression d'être riches. Il est là, fit-il en prenant son baluchon sur ses genoux. »

Du tissu crasseux émergea un superbe collier de perles de nacre. Watson eut un hoquet de stupeur. Ce bijou valait une fortune.

« C'est la faute du collier ?

-C'est possible, Charly, soupira le médecin.

-J'ai tout faux dans cette histoire, maugréa le logicien.

-Mais nos effets, Holmes ?

-Une initiative de Kitty, sans doute. Elle va le regretter.

-Elle est en danger ?

-Oh que oui.

-Dites… les interpella le garçon. Qu'est-il arrivé à ma sœur ?

-Ta sœur… Carol, c'est bien ça ? demanda Watson.

-Oui.

-Ta sœur a été trop ambitieuse, répondit Holmes. Elle a volé un voleur, et il veut récupérer son bien.

-Tout ça pour ça, murmura l'enfant en contemplant le collier qui roulait dans ses mains sales.

-C'est souvent pour ça, gamin. Reste avec le docteur, je vais chercher la soupe.

Le logicien se leva du lit et sortit de la chambre.

-C'était très courageux de parler ce soir, Charly. Je pensais que nous aurions dû attendre le matin, le félicita le médecin.

-Elle m'avait prévenu. Elle me disait « Je vais mourir un de ces jours. Nous jouons un jeu dangereux. Quand ça arrivera, tu attendras sagement au Red que la police vienne. » Mais détective, c'est la même chose que la police, non ?

Ses yeux bleus rougis le regardaient avec une lueur d'espoir.

-Pas tout à fait, fit-il, attendant quelques instants pour ménager son effet. C'est plus efficace que la police. »

Un sourire se dessina sur son visage, puis l'enfant se mit à rire doucement. Holmes entra alors avec deux bols de soupe.

« Tiens, gamin, le plus grand est pour toi. »

Malgré la lueur d'impatience qui brillait dans ses yeux, l'enfant attendit sagement qu'on lui donne le bol avant de tremper ses lèvres dedans. Il attrapa les gros morceaux avec sa cuillère, et avala finalement la dernière gorgée.

Watson lui prit doucement le bol vidé en un temps record et lui indiqua du menton qu'il pouvait dormir s'il le souhaitait. L'enfant acquiesça, avant de regarder le médecin en se mordillant les lèvres. Le docteur lui sourit et se leva pour enlever ses vêtements, sous le regard étonné du logicien. Watson se glissa sous les draps, et Charly se blottit contre son torse.

Holmes avait assisté à la scène sans comprendre les non-dits, et ses yeux étonnés firent rire silencieusement son ami. Le logicien n'y entendait décidément rien au lien fondamental qu'ont l'adulte et l'enfant. Le docteur l'observa poser la soupe sur une petite table et repartir dans la contemplation du collier. S'il devinait bien le jeu du détective, il dirait qu'il était jaloux. Oui, Sherlock Holmes boudait.

« Holmes, chuchota-t-il. »

Le détective daigna tourner la tête après quelques secondes et le regarda avec un air hautain. Le médecin lui sourit et lui fit signe de les rejoindre. Le logicien fronça le nez, lui tourna le dos une minute puis finit par retirer sa chemise.

Respectant sa bouderie, Watson ne prononça pas un mot quand il se coucha, retenant avec peine son pouffement de rire. Il se contenta de baisser les yeux vers l'enfant endormi, caressant doucement ses cheveux blonds plein de poussière. Ils restèrent ainsi quelques minutes ainsi, le médecin sentant le regard de Holmes sur lui, et le détective hésitant à prononcer les mots qui lui restaient en travers de la gorge.

« Watson, commença-t-il.

Le médecin releva la tête.

-Je…

Sherlock déglutit, comme si ce qu'il allait dire lui écorchait les lèvres.

-Je suis désolé.

Le docteur resta un instant interdit, puis eut un sourire radieux.

-Le grand Sherlock Holmes daigne enfin présenter ses excuses à un médecin médiocre. Je vous écoute, chuchota-t-il, pourquoi demandez-vous pardon à mon humble personne ?

-Je vous demande pardon car je vous arrache à ça, expliqua-t-il en montrant du menton la tête blonde.

Le docteur contempla le garçon lové contre lui quelques secondes et se dit avec tristesse qu'en effet, il aurait aimé avoir un enfant, mais il serait difficile de retrouver une femme comme Mary.

-Je me rends compte qu'il existe d'autres solutions que la voie conventionnelle, relativisa le médecin. Par exemple, la disparition de Charly de l'univers de la rue ne se remarquera même pas. Et je répandrai la rumeur qu'il est mon fils illégitime et que sa mère ne le reconnaît pas, imagina Watson avec un enthousiasme difficilement contrôlé.

-Encore faut-il mener à bien cette enquête.

-Ne soyez pas rabat-joie. Vous boudez parce que vous faisiez fausse route, se moqua le docteur.

-En effet, soupira-t-il. Pas l'ombre d'un tueur en série ni d'une personnalité au désir d'anonymat.

-Expliquez-moi, pour que je vois si j'ai tous les éléments.

-Un voleur indépendant ou à gages fréquente une prostituée qui rêve de s'enfuir en Amérique avec lui. Il vole un jour quelque chose de grande valeur et le ramène à la maison close pour le montrer à son amante, par vantardise ou stupidité, je ne sais. C'est alors qu'une fillette de la rue vole le bijou. Elle s'enfuit pour retrouver son frère, lui donne son bien mais choisit de reparaître devant le tueur afin de l'éloigner de sa seule famille. Elle est attrapée, malmenée pour avouer la cachette mais apparemment n'a rien dit, ou pas grand chose. Le corps sur les bras, le voleur et la prostituée montent un plan bancal pour rejeter la faute sur un client de la fille. Le crime est maquillé en agression sexuelle, Kitty prénomme leur bouc émissaire Jack et raconte qu'il a des vues sur les petites filles pour effrayer le détective qui passe par là. Incertaine de leur plan, elle prend alors l'initiative de chaparder des affaires du détective et de son assistant pour éventuellement les accuser, même si ce serait bien maigre. Vous connaissez la suite.

-Que pensez-vous que l'assassin va faire, maintenant ?

-Continuer de chercher le bijou en interrogeant les enfants tout en montant des preuves contre le client. La question est de savoir si Kitty va se faire punir ou non.

-En conclusion ?

-Nous devons retrouver le tueur au plus vite pour protéger cette jeune fille ainsi que les enfants et éventuellement arrêter ces deux affreux criminels. Et remettre la main sur ma pipe.

-Bien dit, Holmes, sourit le médecin. »

Le logicien sourit à son tour et repartit dans sa contemplation du plafond. Watson attendit patiemment qu'il reprenne la parole, sentant que quelque chose tracassait encore son ami.

« Watson ?

Gagné.

-Je suis pardonné ? s'enquit Holmes, avec un ton d'enfant fautif presque attendrissant.

-Bien sûr que non. Il vous reste beaucoup de chefs d'accusation : dix-septième tentative de meurtre sur Gladstone, kidnapping d'un éminent docteur pour s'en servir comme cobaye, manipulation du dit docteur, obligeant celui-ci à enfreindre la loi et devenir un criminel, et j'en passe.

-Vous oubliez crime contre nature.

-Votre baiser n'en était pas un.

-Et Alonzo ?

Le médecin le fusilla du regard.

-Je souhaite oublier Alonzo.

-Parfait, parfait, abandonna prudemment le logicien. Bien. Quelle est la peine encourue ?

Watson resta muet quelques secondes.

-J'avoue que je n'y ai pas réfléchi.

-Vraiment ? Voilà qui m'étonne de vous.

-Non, vraiment, je ne sais pas comment vous punir.

-Je trouvais intéressant que votre vengeance soit aussi éducative que satisfaisante. Vous pourriez apprendre les 99 points à votre tour, suggéra Holmes. Ce serait un juste retour des choses.

-Ceci ne punirait que la séquestration.

-Et bien, soupira le détective, si vous voulez me faire souffrir, vous savez quoi faire.

-Vous confisquer votre violon ?

-Me priver de votre présence, Watson. Trois jours pour que ce soit douloureux, deux semaines pour que je perde la raison et trois pour entraîner la mort.

-Vous exagérez, souffla le médecin.

-Non, je vous expose le meilleur des cas, celui où je suis à Baker Street, répliqua Sherlock en se tournant vers lui. J'ai dit vrai, au Saint James Square. Si vous partiez, j'en mourrais.

Le médecin sentit malgré lui son cœur s'accélérer. Holmes leva doucement le bras, s'arrêtant un instant, hésitant. Finalement, il caressa la joue du médecin avec ses doigts, murmurant :

-John… Je vous en prie, ne me laissez pas.

Le docteur le regarda un long moment. De sa réponse dépendaient beaucoup de choses. Ce n'était pas comme rassurer un enfant inquiet. Pas uniquement. C'était bien plus engageant que cela. Cependant, il n'eut pas à hésiter longtemps, car c'était ce qu'il voulait, finalement. Il contempla ses yeux inquiets, qui semblaient si différents sans la lueur de malice qui les éclairaient habituellement, et posa doucement sa main sur celle de son ami.

-Je vous le promets.

Holmes ferma les yeux un instant et eut un sourire soulagé. Il retira ses doigts à regret et eut une étrange chaleur dans la poitrine quand Watson garda sa main sur la sienne, son bras entourant le gamin. Autrefois, quand Watson parlait sentiments, il s'amusait à le tourner en ridicule. « Mais le cœur, Holmes… » « Le cœur, Watson, n'est qu'un organe, ou plutôt une pompe qui envoie de l'hémoglobine dans notre corps pour alimenter nos muscles en oxygène. Comment voulez-vous qu'il ait des sentiments ?» « Mais le cerveau est également un organe, et il provoque des sentiments, s'énervait alors le médecin. » « Parlez-moi de cerveau, dans ce cas, pas de cœur. » »Vous êtes agaçant, Holmes. Le cerveau, si vous voulez, pas le cœur, qui n'est qu'une pompe, comme vous dites…»

Mais comment expliquer que son cœur battait la chamade, alors qu'un médiocre médecin s'endormait en lui tenant la main ?

Sherlock Holmes eut un soupir de lassitude silencieux et ferma les yeux, tentant de trouver le sommeil.

-o-o-o-

Je vous prie de bien vouloir pardonner mon retard. A la semaine prochaine !